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Cannes, c’est le tapis rouge des vanités, vaniteux, vaniteuses…, des noeuds-pap’s et des strings, des cravates de notaire et des culs de poupoules au pot…, ce sont aussi, voire surtout, des snipers sur les toits, des hélicoptères volant au-dessus du bunker, « maximal Alert »…, les fous et folles passant de la simple non-gestion d’une peur taraudante (et désormais familière), à un Nième pic d’intense paranoïa…

L’horizon que Cannes aperçoit depuis la Croisette, c’est moins les îles de Lérins que Manchester…, fouilles, projections retardées, circulation ralentie… et les beaufs essaient de « faire avec »…, plutôt que « faire sans » !

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Pour qui y vit enfermé durant deux semaines, en circuit fermé, suivant un enchaînement rodé de rendez-vous et de projections, Cannes est une forteresse capitonnée à travers laquelle on entend mal le bruit du monde extérieur.

C’est paradoxal, quand on pense au nombre de micros tendus dans la ville, à cette condensation de faux-culs dont le seul art est de faire semblant de lire et écouter le monde dont ils se f… comme personne.

Cannes n’a jamais su exactement comment faire avec l’angoisse, chacun cherche à oublier les autres dans la cukture onaniste du « MOI-JE »…, il est d’évidence de plus en plus difficile pour le Festival, de gérer de façon à peu près cohérente l’alliance de la plus extrême précarité (celle que racontent les films à l’écran) et de la plus opulente des richesses (partout dans la ville, dès qu’on tourne la tête)…, mais gérer la peur du pire est encore un autre niveau de problème.

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L’utopie de ce Cannes en 2017, c’est d’avoir recherché tout de suite une façon de fonctionner qui repose à la fois sur une anti-peur et une contre-insouciance…, ce n’est pas le retour de la légèreté, non (il suffit de sortir un peu la nuit pour voir que la fête y est souvent vide de sens), mais la résurgence d’une façon entre-soi d’échanger autour du cinéma et du monde ce qui pourrait rapporter rapidement un max de fric/pognon/pépettes…, avec les attouchements-jouissances, branlettes et pénétrations fourre-tout qui rendent tout visqueux.

L’envie d’entendre une idée, d’en ramasser une autre parmi les films, les textes, les discussions, c’est prétexte à baises et surtout à sodomiser tout le monde…

La sueur est revenue à la mode, Cannes avec le Festival devient une ville moite.

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De fêtes en villas aux sempiternels clubs, une faune en nage aspire a atteindre le stade légèrement dégoûtant du glamour freaky : une éphémère starlette du porno retire la ceinture de sa robe en souriant, what time is love…, une trans sud-américaine habillée en american housewife ondule en extase dans le vide, I wanna see you sweat…, c’est un festival ininterrompu d’yeux écarquillés, d’allures déboîtées, le « Concours Lépine » de la Palme du short moulant, la « Caméra d’or » de la demande d’amour carbonisée.

Cannes feint toutefois encore de garder un rien de dignité au McKebab du bas du Suquet…, là, c’est zombie land…, tout le monde en manque, ingérant de la trash food sale à grosses bouchées pour tenir le coup, éponger toute cette tension sexuelle inassouvie, toute cette violence de classe aussi : Cannes, tu as la bonne tenue, tu rentres, le Festival t’appartient…, un fashion faux pas, et c’est l’exil aux Lérins.

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Dans une ruelle, une gitane m’a caressé les lignes de la main, avant de me lancer parmi les cramés…, le pire de tous, c’est l’homme-mystère qui fait son running à 4h50 sur la Croisette…, il court sous la jurisprudence des couples qui se foutent sur la gueule dans la rue, à l’aube, pour un « eye contact », pour un 06 échangé.

Tapis rouge à Cannes, on le déroule, qu’on nous dit, on ne parle jamais de ceux qui l’enroulent quand la fête est finie…, ni de l’endroit où il est stocké toute l’année, ce foutu tapis même pas volant.

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Festival des festivaliers…, un festival, des festi-veaux, festi-beaufs…, les longues cannes des starlettes qui se tordent sur leurs talons hauts pour ne pas s’affaler en direct-live devant 160 papas-rassis mal-rasés et leurs télés pas très objectifs…, ceux qui sortent leurs grosses quéquettes noires et oblongues en gueulant ; « hep, toi, cocotte », « smile », « cheese » ou « gouzi-gouzi »… et qui flashent, c’est dans la boite, coco !

Cannes et ses bouchons partout, partouze…, sur la Croisette, chez zézette…, embouteillages…, bouchons de Ferrailleries et porscheries qui ronronnent, bouchons de Deutz brut qui pètent…, embouteillages à perte de vue de vigiles à écouteurs d’oreille, gorilles et leurs guenons, serveurs à biffetons passés directement de la merguez au caviar…, putes, demi-putes, quart de putes dont c’est 50% du chiffre d’affaire annuel.

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V.I.P, limousines, services…, call-la-girl, on te dit : « Non mais allo, quoi…, t’es à Cannes pour le week-end et t’as même pas de pouf sous la main ? Prends ma carte, ça va s’arranger…, pour vomir après, on te dira où c’est.

Yep, les longues cannes des starlettes, le sucre de canne qu’on jette dans l’expresso ristretto en terrasse à 25 euros…, ris, mais ris-donc, le truc est fait pour ça.

Allonger ses cannes à Cannes, sur la plage du Martinez ou du Majestic, sous un ciel si bas qu’il ne passe même plus d’oies sauvages criant la mort au passage, parce que Rilke et Aragon se sont barrés depuis longtemps… et que les oiseaux d’Hitchkock , ca fait perpète que c’est devenu pâté d’alouette…, allonger ses cannes à Cannes, un plaisir démodé.

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A une époque où le dernier film français qui a vraiment attiré le public a été tourné récemment au Trocadéro avec des figurants payés à coups de lance-pierres, des intermittents du spectacle banlieusard en représentation à Paris, des effets spéciaux basiques et des fumigènes bon marché, que reste-t-il de mystérieux à Cannes ?

Je vous le demande : des inconnues perdues, est-ce que ça fait rêver ? Et puis rêver, est-ce si bon pour la santé ?

Je ne voudrais pas la jouer vieux con blasé. Vous dire qu’on se prend à rêver d’une projection privée de « la grande attoffaga » où Piccoli deviserait avec Brando tenant la main de Maria Schneider, autour d’un croissant-beur…, le dernier tango à Paris, Trocadéro, mon amour, que des grands films…, refaire tourner le projo de l’œuf du serpent, de portier de nuit et la sulfureuse Charlotte Rampling…, ui, mettre le Bad Lieutenant Harvey Keitel nous faire un peu la police sur la Croisette et nous retrouver rapidos les deux barjots de Fargo.

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Voilà, c’est Cannes « sous vos applaudissements » comme disait le grand Jacques…, planquez la poussière et la misère sous le tapis, et fermez les spots en partant…, voyez-pas que tout le monde dort ?

Mon cher Festival, la liste de tes cadeaux aux journaleux et journaleuses des merdias serviles est interminable…, douze jours et dix éditions n’y suffisent pas…, restent sur les bras plusieurs wagons de marchandises.

Il y a cet abonnement à Netflix dont tu ne peux plus te dispenser…, il y a cette opération dans la ­clinique du docteur Transgenre à laquelle tu as toi aussi le droit d’aspirer…, il y a ce Jacuzzi full ­options, en cristal de roche bien sûr, et déjà tout équipé en créatures affriolantes…, il y a ce séjour à Mar-a-Lago, le complexe golf-hôtel-lupanar de Donald Trump, dont tu pourras abréger le forfait s’il te semble trop long (ou le refiler à la Mostra)…, il y a cette ­croisière « Le Figaro » avec des conférences d’anciens intellectuels de droite qui sont toujours de droite mais plus très intellectuels… et il y a aussi les gigolos, les cougars et les putes…, sans oublier les « invites » pour les « ceusses » qui disent du bien de tout et de tout le monde : chasse en Sologne, stage de Pilates, emploi fictif, pipe à crack, paquet de bonbons Haribo (le mélange Polka)…

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Mais le compte n’y est pas…, il semble indispensable d’ajouter autre chose, qui ne s’achète pas : un rêve…, une solution miracle…, un élixir…, une potion magique…

Ah, la fameuse « magie cannoise » !

De tous les clichés la concernant, et Dieu sait qu’ils abondent mon très cher Festival, celui-ci est peut-être le pire car le plus mensonger : la magie de Cannes.

Quelle farce !

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Ce qui serait magique, c’est de tout faire disparaître dans un chapeau claque…, on ne nous dirait rien, juste les dates du festival…, pas d’info, pas de titre, aucun nom mais des rendez-vous : tel endroit, telle heure.

Chaque jour, deux fois par jour, une vedette en justaucorps de diable rouge avec pieds de bouc et grande fourche, tirerait au sort un numéro de sa sélection et nous balancerait le film…, c’est très ­facile aujourd’hui avec les fichiers numériques en quoi consistent « les œuvres ».

Afficher la réalité, dire enfin que c’est du chiqué, du cinéma-paté pour chiens et chiennes en chaleur !!!

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Ainsi, cher Festival, tu t’éviterais beaucoup d’ennuis liés à ta programmation : le ­hasard ne saurait faire pire que toi, et qui engueule le hasard ?
Nous, on serait bien piégés : on ne pourrait plus caboter entre nos goûts et dégoûts acquis pour se précipiter à ceci et éviter cela, affûter nos poignards, préchauffer nos cœurs…, mais cela nous laisserait aussi une chance de vraie surprise, cela nous mettrait dans une disposition différente, oblique, suspendue, instable, inquiète… et peut-être bien délicieuse.

Bref, cela pourrait réinjecter une vibration un peu magique, pour le coup, dans une routine festivalière où l’ennui se nourrit surtout de la prévisibilité.

Sur ce principe, tu pourrais effectuer une vaste mise à jour de tout ton logiciel.
Les sponsors ?  Tirés au sort !
Les jurés ?  A la loterie !
Les chambres d’hôtel, les invitations aux soirées ?  Au petit bonheur la chance !
Et les accréditations ?  A la roue de la fortune !

Ce serait hardi, démocratique, sain… et ce serait très amusant.

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Alors que le jury du Festival de Cannes était en train de délibérer sur l’attribution des fameuses palmes, je dînais dans une ambiance glamour à souhaits avec mon Blacky, à deux pas du Martinez, au restaurant du 3.14, décor éphémère aménagé sur la plage, moitié ’70, moitié africain, plutôt soigné, pas très original, très Miami Beach…, la carte était prétentieuse car les saveurs annoncées d’une cuisine fusion n’étaient pas au rendez-vous, ma salade de beignets de gambas aurait pu sortir d’un fast-food asiatique bien que joliment présentée.. et mon médaillon de veau aux truffes blanches et au parmesan n’avait aucun goût malgré le jus de viande dans lequel il était servi mais dans lequel il n’avait manifestement jamais mariné, à mon grand désarroi…, pour couronner le tout, la seule bouteille de vin rouge disponible était d’une acidité épouvantable.

Fort heureusement, la faune était divertissante : vrais et faux looks « descente de yacht », putes de luxe en tous genres aux jambes vertigineuses, juchées sur des escarpins entièrement strassés, très « people », malgré tout…, la serveuse m’ayant pris pour un chti (ce que j’ai pris pour un compliment raciste) m’a apporté la carte en anglais…, Blacky en a profité pour copuler une caniche…,

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En fin de repas (pas très bon), j’ai proposé à sa maîtresse-starlette de « faire-pareil-sous-la-table »… elle a poussé un cri terrifiant et est partie en courant…, un « truc » de « vieille-peau » pour ne pas payer l’addition…, auquel j’ai profité en me levant tout en criant : « arrêtez-là, elle n’a pas payé l’addition« … et en courant après elle…

Ensuite, direction le Baoli, haut-lieu des nuits cannoises, où nous avons passé une soirée endiablée dans un décor inspiré d’un palais indonésien…, petite minute culturelle : Baöli signifie « puits profonds dans lequel repose une eau vénérée », un nom parfaitement approprié pour cet endroit « culte » où les cocktails ressemblent à des élixirs divins que l’on sirote avec de très longues pailles plantées dans un énorme vase.

Une nanana m’a fasciné, une vertigineuse brésilienne en robe de soirée année ’80 sculptée à la chirurgie plastique, la blonde de sévices dansait pieds nus sur un pouf… et un contingent de putes en sacs griffés peuplait la piste.

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Tandis que le valet de parking garait une fumante Countach bleu nuit, et que la blonde (celle qui dansait sur le pouf et qui était complètement pétée), faisait une fixation sur un cône de chantier.., Blacky et moi sommes partis au V.I.P room, qui n’avait de V.I.P que le design, vu la population de type Banlieue 13, à l’exception des lap danseuses de la « Secret room », cousines version trash d’Adriana Karembeu et qui prenaient des poses suggestives sur un lit rond…, parfaites fashion-victims et fières de l’être : Cheap Monday étiquette, top Chloé blanc et rubans turquoise, ceinture glam-rock argentée, escarpins gris clair en daim « Les prairies de Paris », et Balenciaga noir…

Qu’il semble loin, le temps où les stars, en bras de chemise ou en robe d’été, déambulaient sur la Croisette, sans lunettes noires ni gardes du corps !

Souvenirs, souvenirs…, nul ne savait d’avance…, cachée derrière des barrières, dotée d’un service d’ordre incroyablement musclé, badgée, aseptisée, triée…, la plus grande fête du cinéma au monde a éteint ses lampions d’antant pour allumer les spots d’une foire à l’image contemporaine, ou télévisions et nouveaux médias se disputent les restes d’une gloire enfuie (voir les conflits de ces dernières années sur les droits de diffusion des images de la montée des marches)…
– Il fallait venir il y a vingt-cinq/trente ans et plus… racontent les habitués qui, alors, pouvaient faire partie du décor…
– C’est simple, le soir, vers 5 heures, quand on avait fini de travailler, on pouvait voir Kirk Douglas faire une partie de pétanque sur la Croisette… se souvient une dame…

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Acteurs, réalisateurs, journalistes, badauds et passionnés y creusaient dans la pelouse des barbecues improvisés…
L’argent ne coulait pas à flots, les rires, si…
En 1964, le formidable Ugo Tognazzi, qui n’avait jamai peur d’en faire trop, avait décidé de cuire ses pâtes sur la plage, pour le plus grand bonheur des badauds et des photographes…

Aujourd’hui, tout est cadenassé et l’on ne voit des stars, que l’arrière des limousines à vitres fumées qui les déposent au pied de marches où l’on ne rit plus guère…, une fois la séance passée, les mêmes autos fendent « la foule du vulgaire » pour rechercher leurs précieux clients qu’ils déposent loin de tout ce bruit, à l’Eden Roc, dans une villa ou tout le monde baise tout le monde en disant du mal de tout le monde…, puis fissa, à l’aéroport, car hors « promo », et baise gratuite, on ne s’attarde guère…

@pas pluche !