Albert du Rocher…

Pour le trouver, il faut chercher…, c’est près du rocher de Roquebrune sur/Argens, qu’on remonte (l’Argens) sur la gauche via la route « La Maurette », pas loin de la « Chapelle St-Roch »…
On tourne ou il faut, au pif, à droite, en gardant le Rocher en vue, sur le « Chemin de la Roquette », on passe un pont… et c’est là, direct à droite, un grand terrain, une ancienne vigne, avec une p’tite maison à laquelle est accrochée une p’tite caravane…On ne peut ni ne sait se tromper, il y a même des nains de jardins exposés sur une table-meuble extérieure…

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L’homme, c’est Albert…, Albert du Rocher, tout comme il y a aussi Albert de Monac’, sauf que ce Prince là est insipide… alors que le Roi de Roquebrune Sur/Argens a du caractère, beaucoup de caractère… et même un fichu caractère pour certain(e)s.
Il est des jours comme des chaussures trop petites et d’autres où je me marre d’avance…
Le jour de ma rencontre avec Albert du Rocher est une de celles-là…, prendre des raccourcis conséquents et discourir de choses et d’autres, de choses vineuses aussi…

 

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A le voir, je m’attendais à ce qu’il me raconte qu’il avait été orpailleur, catcheur dans une boite de nuit, sexeur de poulets, vendeur de vaisselles rares ou casseur de porcelaines de Chine…, qu’il aimait le confit de canard, le cassoulet, le foie gras et les frères Nakache, qu’il avait été dresseur d’ours des Carpates et marié à une écuyère belgo-ougandaise qui s’usait les doigts à raccommoder sa culotte de peau lacérée par son plantigrade en rut.

 

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Que nenni…, Albert du Rocher est un type formidable…, formidablement humain, c’est un agitateur d’idées-cool, un remuant-pragmatique, un non-médiatique, ombrageux d’aspect, mais éclairé par une bonté d’âme et un intérieur d’esprit quasi bucolique…
C’est un ex-routier sympa, qui a viré vigneron, et s’est retrouvé retraité…, le genre enraciné dans son temps…, fils de France et de cette terre rude et fière du var qu’il défend bec et ergots acérés.

 

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Albert est un Français de conviction qui ne craint pas le débat…, ses passes d’armes sur les espaces de liberté prennent souvent des allures de combats de coq de village…., il aime les bourre- pifs locaux, mais peu importe, c’est franc et sincère et c’est bien là l’essentiel.
Dans un décor de carte postale, aux (deux) pieds du Rocher de Roquebrune, entre la Méditerranée et le reste du monde…, il a décidé d’aller au bout de la vie.

 

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En partant de presque rien, il a créé son coin de Paradis…, il a bossé, tout appris…, il s’est trompé…, il a recommencé… et il a réussi à faire ce qu’il voulait…, il lui a fallu de la moelle et se retourner les manches pour y parvenir, il fallait surtout en avoir l’intention.
Alors, rencontrer ce retraité, heureux…, l’occasion est trop belle pour ne pas la saisir.

 

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Albert aime qu’on l’écoute, il aime qu’on l’aime, il n’aime pas qu’on ne l’aime pas, un peu comme tout le monde…, alors il est généreux en verbe, il a indéniablement le sens du relationnel, ce sens que ne possèdent pas toujours les gens en petite retraite,  il parle librement de son époque, de son travail, de ses convictions… et même généreusement.
A la recherche de l’excellence, il a créé sa vigne, mais le monde du vin s’est écroulé sur lui…, inondation…, son terrain, sa p’tite maison et la caravane aussi…, tout a été englouti… et lui : submergé…, mais il a surnagé, repris pied, tout reconstruit, sauf la vigne !

 

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De sa vie, de son travail qu’il l’a rendu plus tolérant, moins critique envers certains qui triment pour peu de chose, il dit : « La vision du monde change quand on regarde le monde attentivement »…
Ce n’est pas un règlement de compte à OK-Carambole, seulement sa vérité, sa vie, son « chez-lui », ses voisins, ses émotions, sa vision du bon, ses convictions, ses intentions…

 

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Il met un point d’honneur, à offrir de son temps, un verre, ou plus, de vin qui fait couler autant d’encre que sa couleur…, avec une énergie indiscutable, dans un langage fleuri de Provence, précis, construit, équilibré, parfois capricieux, comme toutes les vedettes…
A ceux qui raillent, à ceux qui sont désobligeant avec ses nains, ses amis, son décor… et les couleurs de la France qu’il affiche avec grandeur, il répond liberté, passion, dévouement, courage… et beaucoup de talents de vie…, quand même.

 

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– « Parfois, lorsque les ennuis du quotidien submergent mon cortex en érection, les seuls mots qui me viennent à l’esprit sont : neurasthénie, bourdon, Jean-Mouloud, Nietzsche, Kurt Wagner et l’intégrale de Cure…, je me demande ce qu’il se passerait si je plaquais tous les zimboom, pour aller monter un club à Phuket. Je pourrais facilement me faire des couilles en platine en initiant de vieilles veuves américaines aux mamelles dilatées, aux joies du rosé de Provence, en les goinfrant de Roquefort, d’olives… et en leur distillant quelques grossièretés provençales pendant qu’elles se tartinent les steaks de monoï bon marché. Elles pourraient même me payer en emprunts russes que ça m’en bougerait une sans toucher l’autre. Le seul hic, c’est que le surdosage de Rosé et de Roquefort provoque, chez moi, des délirium profonds. Le matin, il m’arrive de me réveiller dans un lit en verre de bohème, pendant mon pti’dèj je parviens à me souvenir de mes rêves : deux touristes femelles allemandes se font arnaquer par deux touristes mâles italiens, un travelo suisse fait du vélo, une japonaise tâche sa robe rose avec de la sauce blanche qui sort d’un kébab, un type en tutu rose fluo pleure en regardant une photo, un catcheur s’épile le maillot devant un albinos qui fouette un Pata Negra en récitant des passages de la Torah. Un maquereau et deux morues font leurs courses chez Picard, trois tibétains déguisés en népalais s’amusent du fait que seul eux voient la différence, un skinhead avec une queue de rat se marre devant une confiserie kasher. Mais bon, grâce à une bonne dose quotidienne d’alcool, une psychose maniaco-dépressive mal soignée et quelques malversations fiscales, je devrais être millionnaire dans cinq ans et seuls mes héritiers auront à subir les affres de mes rapports compliqués avec l’Etat »…

 

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Avec lui, un fait anodin peut se transformer en expérience comico-mystico-absurde…
lI a arpenté « son » rocher en long, en large et surtout de travers, il en connaît les moindres coins et recoins, alors, quand un hirsute cyclotouriste, sur son vélo fuselé en titane, est apparu avec un sac de 85kg sur le râble, mettant quelques minutes pour récupérer son souffle, pour demander à Albert du Rocher, avec un air de shampouineuse en analyse, pour lui dire qu’il n’était pas du coin, qu’il cherchait le plus court chemin pour aller voir le père-ermite Antoine qui vit dans une grotte du Rocher de Roquebrune…, j’ai vu, tout comme Albert du Rocher l’a vu lui-aussi…, dans le regard hagard et désespéré de ce touriste-pédaleur, toute l’immensité de son vide intérieur, le genre conditionné pour aller tout droit et réfléchir très peu…
Il me faisait pitié, il avait l’air de regarder au fond de lui-même pour voir s’il y était, mais il n’y était pas…, personne à l’intérieur, rien sous le casque de cyclotouriste…, son cerveau était parti sans laisser d’adresses, aucune pensée, encore moins d’arrière-pensée, fatalement…

 

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Albert du Rocher l’a envoyé de l’autre coté…, et, le sportif s’en étant allé au diable se dégourdir les mollets…, a dit laconiquement :
– « C’est con un vététiste, ça sait pas où ça pose ses roues en carbone plus chères qu’un Montrachet, tu me verras jamais sur un putain de vélo, je préfère me cracher sur le torse, me foutre un litron d’essence sur la couenne et m’immoler comme une bûche en attendant la mousson »…
Vidéo ; https://s.real.com/HSH0U0