C’est quoi ce monde ou chacun veut fuir sa maison ?

Puis j’ai pensé à tous ces soldats jamais revenus…: «  Réveil. Adieu, mille baisers à toute la famille, je pars dans deux heures au petit bonheur. Fernand.  »
Ce matin, en regardant le manteau de neige sur le toit des maisons, par la fenêtre, je me suis dit : « Qu’est-ce que cela devait être pour ces femmes, ces enfants qui attendaient leurs compagnons ou leurs pères partis à la guerre…?  S’habituaient-ils à l’absence de leurs maris, leurs amoureux, du papa…? »…
Un simple évènement naturel et normal au mois de décembre… et voilà que l’on ne parle plus que du « mauvais temps » aux infos…, tous ces gens qui attendent dans les aéroports pour partir en vacances râlent et critiquent la mauvaise organisation des services, ce sont ceux-là aussi qui râlent lorsqu’ils partent en vacances au soleil dans les embouteillages… et toujours les mêmes qui vont pourtant s’extasier devant les flocons qui tombent dans les stations de ski et la nuit de Noël bien au chaud, devant la dinde et la bisque de homard, pendant que mémé est à l’hôpital ou dans une maison de repos où elle n’arrête pas de se reposer… parce qu’elle a perdu la tête, peut-être pour oublier qu’on l’a oublié…
C’est quoi ce monde ou chacun veut fuir sa maison…?
Si la météo n’est pas toujours une science exacte, nous devrions nous rapeller que le mois de décembre est toujours un mois d’hiver…Il fût un temps, ou la Noël réunissait la famille autour de la cheminée, on embrassait tendrement Papy qui rajoutait une buche de plus dans le foyer avec la Lady à ses pieds qui faisait partie de la famille, on faisait assoir maman, tellement belle, si douce, même un peu fatiguée dans le meilleur fauteuil, pour lui servir enfin sa part de gâteau…, on cassait sa tirelire pour un joli foulard en soie qu’elle tenait dans ses mains, les yeux brillaient devant les loupiotes, les cadeaux étaient : une nouvelle écharpe tricotée faite maison par une Mammy…, un savon ‘qui sent bon »…, des chaussons remplis de spéculos, de massepains et de pièces d’or en chocolat…, on comptait les minutes au nouvel-an avant les douze coups de minuit pour s’embrasser encore sous le gui, pour une soirée, on mettait la télé en sourdine ou nous écoutions Dean Martin dans Lullaby de Brahm’s sans les violons…, on rêvait à la lumière des bougies et devant l’étoile d’argent sur le vrai sapin qui sentait la résine…, après on regardait le Walt Disney en s’endormant… en pyjama flanelle sur le tapis et les oreillers ou sur les genoux du Papichon adoré…


Le lendemain, c’était encore maman la première éveillée pour nous préparer un chocolat chaud et des œufs à la coque avant d’aller faire de la luge et taquiner le bonhomme de neige dans le jardin…
On ne croyait pas au père Noël chez nous, mais à la magie de Noël, comme une trêve, le monde ne s’arrêtait pas, mais… il y avait comme un ralenti délicieux sur les vras partages, ceux aussi de l’attachement et de l’amour…
Il y avait aussi une cabane au fond du jardin de mon enfance…
Que de bêtises là-dedans avec mon grand frère !
Puisque nous en sommes aux souvenirs…
 

Nous adorions y jouer aux cow-boy et indiens, nous avions fabriqué des petites flèches et piqué une boite d’allumettes dans la cuisine, (les méchants indiens « cruels » tuaient les gentils cow-boy, la faute à John Wayne…)
Un jour, plus moyen de jouer dedans, papa avait mis un cadenas sur la porte…
Mais le château-fort a commencé vraiment à brûler…, Papa a déboulé en force et a écrasé le tout avec ses pieds, plus d’indiens, plus de cow-boy et… plus de château…, tout le monde était mort !
Nous avons été bien punis…
Lorenza