Le clinamen du jour : l’attitude épicurienne à Saint-Tropez ! Latitude43 et Ermitage…

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Mercredi 13 septembre 2017, 12h30.
C’est curieux Saint-Tropez…, y déambuler et on a l’impression d’avoir vraiment franchi une frontière… et puis très vite on comprend que les hommes sont les mêmes partout et définitivement…, les frontières, elles ne figurent en réalité que dans nos âmes…
Le soleil est accablant…, bien que je longe le port, aucune brise ne me parvient du large, la mer est inerte, le ciel est d’un bleu trop bleu…, des gens harassés passent en traînant péniblement leurs ombres sur les trottoirs brûlants…

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L’attraction de cet endroit du monde, c’est rien d’autre que les alignements de tables et chaises…, des gens assis regardent passer des gens debout…, voilà qui résume fortement « les naturels » du coin qui ont résolu le problème de l’attraction permanente…
Les gens se regardent passer à tour de rôle…, le spectacle se renouvelle constamment dans sa permanence, c’est la vis sans fin, le mouvement perpétuel !

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Tel un plongeur en eaux troubles en scaphandre, j’écoute les commentaires… et, les femmes, qu’il s’agisse de vioques ou de nananasexes, sont toutes les mêmes…, les affaires de leurs mecs, elles s’en tamponnent la coquille…
Ce qui importe pour elles, ce sont leurs petites couenneries…, pour les jeunes, c’est le nouveau hâle solaire ; pour les vioques, les dernières petites laines à trouver en prévision de l’hiver !

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On n’y peut rien, c’est le genre humain qui est commak…, si on a des réclamations à formuler, prière de les adresser sur carte postale à M. le Créateur dans le secteur Azur…, capitale Saint-Tropez !
Le monde est plein de gens impressionnables, tous prêts à filer leurs contemporains dans la mouscaille, pour trente deniers ou une mandale bien appliquée…, pas seulement des faibles, mais des salauds…

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Surtout croyez pas que je sois sceptique…, au contraire, je suis comme qui dirait un anti-sceptique…,  j’ai le sens du positif.
Si vous croyez que je vous bourre le mou, comptez sur vos dix malheureux doigts le nombre d’ami(e)s sûr(e)s que vous possédez…, des ami(e)s vrai(e)s, de ceux/celles qui sont capables de vous emprunter dix sacs sans changer de trottoir après et sans clamer partout qu’il n’y a aucune différence entre vous et une poubelle de quartier pauvre…, vous verrez que vous aurez du rab sur vos dix doigts…, il vous en restera de disponible que vous pourrez vous introduire dans le nez, ou ailleurs, suivant vos préférences !

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Souvent la bêtise me porte au bocal…, je me sens frémir de la coiffe dans ces cas-là… et, le plus dramatique, c’est qu’ayant des mœurs orthodoxes je suis obligé de me déguiser en crème d’andouille toutes les fois que je le peux, c’est-il-à-dire très souvent.
Les échecs, connaît pas…, je joue aux dames…, le grand jeu, les mignardises, les grandes envolées et les prouesses du slip…, oui, tout ça et le reste…, quoique je le regrette lorsque je me retrouve près d’une bergère comme July de Meschoses-en-Salade !

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Un pneu plus loin que l’ex-nougatier Sénéquéen, y a un machin chic et cher, très cher même, tellement très cher que tous les ploucs, les biaiseux, les beaufs et divers déguisés en épouvantails veulent y bouffeter, c’est proprio des mafieux de Marseille, Toulon sur Maghreb…, dans ce bastringue chic y a des blacks-mens à l’entrée qui filtrent et refusent le passage à ceux qui ont une trop bonne tête, seuls les affreux peuvent entrer moyennant un billet de banque…, avantage, il n’y a pas de guitariste dans le bistanche…, je pense que les gratteurs de jambons se font emmener en villégiature avec les jambes dans du béton, loin en mer, entre Saint-Tropez et la Corse.
L’établissement, si je peux employer un terme aussi pompeux pour qualifier ce bouge… est bourré…, ici on ne se contente pas de peu…

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Je respire un grand coup avant de replonger plus avant…, ça me fait une vilaine impression, comme si je descendais dans un égout… et au fond, sans vouloir bomber dans la littérature, l’image convient…, Saint-Tropez-commercial, a ses trottoirs pareils à des égouts drainant la lie de l’humanité…, les gens se baguenaudent sur les trottoirs en cherchant on ne sait quoi avec une obstination qui est l’obstination même de la vie.
Je les considère avec tristesse et même plus…, charriez pas, pitié… et pour ce qui est des extensions devant les boutiques et bastringues, c’est laid, affreux, horrible, le p’tit-port-pêcheur est défiguré, ça se voit pas quand la foule des suceurs de glaces est là…, mais en hiver c’est la honte, le consumérisme détruit tout !

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Les ploucs, touristes, avec leur marmaille… vont, pareils à des fourmis effrayées, se cognant contre les murs ou contre eux-mêmes, avec une espèce de bonne volonté pitoyable…
Personne ne prête attention à quiconque…, personne du reste ne prête attention à personne…, ici ces gens revivent leur pauvre vie comme ils peuvent…, ils sont attelés à leur destin comme des bourricots à leurs voiturette (Hue !) et c’est l’existence qui fouette ! (Merde, avec une comparaison pareille, je pourrais poser ma candidature à la mairie de St-Trop’!)

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J’évite soigneusement de m’enliser et je décide d’aller dîner dans le fameux Ermitage dont m’a parlé une nouvelle copine 100% Tropézienne.
Il se trouve dans une des ruelles, pas loin de la Citadelle, c’est un truc peint en beige, avec des lampes versicolores autour de la fosse…, elle m’a dit que c’était lupanar de luxe…, j’imagine…

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Je file un coup de périscope autour de moi… et waouwww, dans ce 5 étoiles, c’est pas du tout la même faune lamentable, craspecte et débraillée qui roule sa misère sur les trottoirs étroits face aux yachts de milliardaires !
Ils sont loués à la semaine, ces rafiots, à des « ceusses » qui ont soif de paraître devant des ploucs suceurs de glaces qui s’en tamponnent…, tout ce cinéma ne sert qu’aux vendeurs de glaces, boissons et boustifailles hors de prix !

La nuit est constellée d’étoiles repeintes à neuf…, il fait doux et calme… et je regarde l’infini en grande sérénité, me confiant au charme alambiqué d’une méditation qui passerait pour philosophique
L’existence se résume à : Naissance/Vie/Décomposition… Point… Barre… On ne va pas à la ligne…

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L’âme, comme le corps, sont purement et simplement de la matière organique, c’est ce que l’on appelle le matérialisme antique.
La matière, ça se détériore, ça pourrit et ça disparaît, ça ne se réincarne pas, ça ne va pas au Paradis…, pour ne pas craindre la mort, il ne faut pas y penser…, la mort n’est pas une souffrance ni une douleur mais un claquement de doigt…, comme quand, dans un bon nanar, un ninja balance une boule de fumée et disparaît…, c’est pareil…, sauf qu’on ne revient plus jamais après.

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Cette attitude qui s’apparente au stoïcisme est la philosophie du détachement de l’âme…, se détacher de ses peurs pour accéder au bonheur : c’est l’ataraxie épicurienne.
Le point central de toute sa pensée c’est ça, l’ataraxie, et pas la débauche.

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L’Ataraxie est, quelque part, une victoire de la vie sur la mort…, si je ne crains pas la mort et n’en souffre pas, pour moi, elle n’est en rien un souci…, plus encore, elle n’existe pas.
Comprendre ça, c’est comprendre Epicure…, il explique ça tout bien dans Lettre à Ménécée.

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Pour ne pas trop vous brusquer et vous obliger à faire trop d’efforts, je résume l’essentiel en une citation : « La mort n’existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu’elle n’a rien à faire avec les premiers, et que les seconds ne sont plus »…, c’est logique, non ?
Maintenant que les choses sont claires concernant la mort, on va pouvoir s’attaquer au reste…, à savoir sa théorie du bonheur qui est très facile, c’est la même que le petit rouquin dans la vieille pub Herta : « Le bonheur des choses simples »…, comme quoi on peut philosopher de saucisses !

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Vous voyez, « Epicurien » est le terme le plus mal usité et le plus dévoyé de la langue française…, un épicurien n’est pas un gros sac qui s’englouti 3 kg de viande, 2 litrons de gros rouge par jour en dansant sur du Patrick Sébastien lors des fêtes de son village du Gers…
Non, c’est tout l’inverse, c’est le mec qui se contente de peu, des plaisirs essentiels pour le corps et l’âme qui, je le rappelle car c’est important…, ne sont que matière…, il ne cherche que le bonheur, un bonheur stable, pas juste un bonheur passager, ça c’est le plaisir et c’est nul.

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Le seul bonheur vraiment éternel est l’ataraxie…, mais on n’atteint pas l’ataraxie comme ça, il faut bosser, mais pas trop.
Là où le soit disant épicurien a tendance à amasser des choses, à engloutir, le vrai, va se délester de toutes choses intentant à sa tentative de recherche de bonheur.

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Comme il le dit lui-même : « Mon cœur est saturé de plaisir quand j’ai du pain et de l’eau »…
Pain et eau, c’est pas bézef…, hein ?

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La seule chose que recherche Epicure c’est le bonheur…, mais attention, il ne le cherche pas n’importe comment… et puis il ne faut pas confondre bonheur et plaisir.
Le plaisir est un état passager qui arrive aussi vite qu’il s’en va…, le plaisir c’est quand ton avant centre claque une grosse liche dans la lulu…, du bon gros plaisir en barre…, sur l’engagement, l’avant centre adverse place une vieille frappe de mouche mais ton goal se troue…, t’es trop deg…, envolé le plaisir, terminé…, c’est comme s’il n’avait jamais été là…, le plaisir c’est nul, ça ne sert à rien.

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Le bonheur est plus compliqué à trouver…, pour les épicuriens il est un état stable, permanent, c’est le but de tout homme mais certains (ceux qui craignent la mort par exemple ou se mettent des races tous les week-ends) ne le rencontrent jamais…
Le bonheur se trouve dans l‘absence de manques et de souffrances…, dans l’ataraxie… et oui, on y revient toujours.

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Un exemple très simple :
Epicure a soif. Il boit de l’eau, pas plus… Epicure a faim. Il mange du pain, pas plus… Epicure s’ennuie. Il écrit des lettres qui constitueront le cœur de son corpus et qui traverseront les millénaires…

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Contre exemple, vraiment pour ceux qui n’ont toujours pas compris :
Michel a soif, il va au bar se mettre une grosse race. Plaisir… Il vomit sa mère et se dégueulasse les pompes. C’est pas le bonheur… Ensuite il a la dalle, il va s’enquiller un KFC et un vieux grec complet bien gras. Plaisir, ça fait du bien bordel… Il se choppe un vieux mal de bide des familles avec remontées acides et tout le bordel. C’est pas le bonheur… Sur la route il s’invite dans une soirée, serre une petite bien peu farouche et lui met des pâtées toute la soirée. Plusieurs fois. Plaisir au max… Le lendemain, les MST frappent à la porte. C’est pas le bonheur… Saisissez la différence ? Modération…

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Il ne faut pas satisfaire un désir si cette satisfaction apporte d’encore plus grands désagréments que ceux causés par la non satisfaction de ce même désir.
C’est simple…, ne t’enivres pas ou tu auras la gueule de bois…, ne consomme pas de drogue ou tu vas sentir le manque…, il l’a dit d’ailleurs : « A propos de chaque désir, il faut se poser cette question : quel avantage résultera-t-il si je ne le satisfais pas ? »…

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Ce mec était en fait le premier straight edge de l’histoire…, pas con, il distingue trois types de désirs :
– Les désirs naturels et nécessaires. Bien… Ce sont les seuls qui doivent être satisfaits conformément à la nature de l’homme : Boire, manger, se soigner, être à l’abri des éléments, accéder au WIFI…
– Les désirs naturels non nécessaires : mal. Nul. On oublie… Ce sont ceux qui sont naturels mais superflus : Boire des boissons de connards, acheter de beaux vêtements de plumeau, une belle baraque de frimeur, une grosse bagnole de p’tite bite, manger trop gras, trop sucré, trop salé…
– Les désirs non naturels et non nécessaires : de la grosse merde… C’est des trucs qui t’apportent des soucis et sont totalement vains : la frime, la haute opinion de soi, l’arrogance, la recherche de pouvoir, de puissance, les selfies, les post facebook en plusieurs langues histoire de montrer que t’as des potes dans le monde entier parce que ta vie est top cool.., t’as vu ?

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Le sage épicurien est donc plus proche de l’ascète que de l’hédoniste forcené…, il se concentre sur l’essentiel et banni tout ce qui est inutile…, parmi ces choses qui ne servent à rien, Epicure inclut le sexe et l’amour.
Le premier parce que ça file des maladies, le second parce que c’est une source de troubles infinis…, mieux vaut rester peinard, à faper, bronzer et se peigner la barbe sous un arbre, avec un bon bouquin : « L’homme qui ne se contente pas de peu ne sera jamais content de rien »…

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Comme il avait beaucoup de temps libre, il réfléchissait pas mal…, il s’est dit que le monde et toutes les choses, c’était chelou, il devait y avoir des trucs cachés là dedans…, alors il a lu/écouté Démocrite et a approfondi en reprenant à sa sauce son atomisme.
Pour Epicure, le monde, l’univers est composé d’atomes et de vide…, c’est le mouvement des atomes à l’intérieur de ce vide, leurs chocs, leurs collisions…, qui créent les choses, la vie, le monde, tout ce qui existe…, ce sont les atomes et pas une quelconque entité surnaturelle, que ce soit un Dieu ou des anciens Extra-Terrestres, qui ont fait tout ça.

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Il rationalise et matérialise la vie des hommes et leur épargne la croyance et l’obéissance à une quelconque force supérieure…, plus de 2.000 ans d’évolution plus tard, on en trouve encore pour faire n’importe quoi au nom d’un truc qui n’existe pas…, putain de race humaine …
Mais pour ne pas trop mécaniser le bordel, il amène dans le débat la notion de clinamen (alerte : mot compliqué dans une langue morte) qui permet d’insérer une dose de hasard et de liberté dans un matérialisme trop rigide.

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Le clinamen est une déviation ou une déclinaison qui permet aux atomes, lors de leur chute causée par l’apesanteur de dériver de leur ligne pour provoquer des chocs et des évènements aléatoires.
C’est un idiot qui, en quittant sa ligne dans un sprint massif, crée une chute en tête de la course…, c’est l’automobiliste qui, en quittant sa bande pour trainer sur la bande du milieu d’une autoroute à trois bandes, crée un bouchon.

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Dans la vraie vie, c’est bien de la chiasse mais dans la théorie épicurienne c’est un truc plutôt cool, qu’on peut traduire par un accident heureux.
Cela a amené l’évolution tout de même, c’est pas négligeable hein ?

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Au final, le vrai épicurien n’est pas du tout ce gros sac aviné et ventru qui ne pense qu’à polluer son corps et son esprit avec d’horribles choses…, le vrai épicurien est un mec qui ne se casse pas la tête et qui se contente de vivre chichement, à la cool, comme son patron le faisait en -300 avant JC.
En fait être epicurien c’est être « Out of step with the world »…, Ian MacKaye, mon gars sûr.

Je philosophe et en oublie de vous causer du bastringue 5 étoiles ; l’Ermitage…

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Construit au début du 19ème siècle, l’Ermitage était une villa à l’origine, la résidence familiale paisible fût transformée en un hôtel dès le début du 20ème siècle avant de devenir une des destinations les plus exclusives et festives de Saint-Tropez.
L’Ermitage comprend 24 chambres et suites, toutes uniques par leur décoration, conçue par des artistes et designers tels que Marc Newson, Jean Pigozzi ou Paul & Chloé Sevigny…, elles ont ainsi chacune leur propre identité…, certaines donnent sur la citadelle ou offrent une vue magnifique sur le village de Saint-Tropez et la mer… et, côté mobilier, le vintage côtoie le moderne ou le contemporain en transformant chaque « lieu de vie » en un espace complètement intemporel (« lieu de vie » parce que ça copule pas mal dans les chambres et parfois les couloirs, toilettes et les terrasses… ainsi que le parking).

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Dès mon arrivée à l’Ermitage, après le voiturier qui range ma Jeep (je lui ai donné 6 euros à sa reprise) et après une entrée verdoyante et sauvage…, je me retrouve dans un cadre discret, bien à l’écart du brouhaha des touristes qui flânent et circulent du côté du vieux port ou de la Place des Lices…, il n’y a qu’une seule norme à l’Ermitage : la cool attitude !
Au « Tigrr Indochine », ce sont essentiellement les spécialités Thaï qui prédominent pour le plus grand bonheur des papilles…, je vous conseille vivement d’opter pour une Dorade Royale en feuille de banane… et au dessert, de succomber aux nems au chocolat…, l’Ermitage est un havre de fêtes gourmandes et musicales baignant dans un univers artistique flirtant avec un monde plutôt « unconventional chic »…

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Ce soir du mercredi 13 septembre 2017, c’était Alexandra Miller qui officiait, et c’était foutrement délicieux, la petite a du talent…, un ange, une voix à damner le monde, subjugué j’étais…, cherchez sur Google… elle a aussi une page Facebook.

Figurez-vous qu’après ce dîner de qualité, pris en tête à tête avec moi-même et une authentique Tropézienne, j’ai été gagné par une somnolence romaine…, un vieux barbon terrassé par la digestion c’est cool…, la roupille en fin de banquet…, j’en connais des qui savent roupiller bien droits sur leur chaise en se payant le luxe d’avoir l’air réfléchi…, une technique… sauf que durant de lap de temps d’éternité, Blacky a bouffé son sac et ses lunettes !

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Le serveur m’a alors apporté un café dont l’arôme m’a gouzillé les fosses nasales (les forces navales), ajoutant à mon bien-être de boa en méditation digestive.
Et…, c’est alors que j’ai entendu un rire cristallin qui m’a fait frémir la peau des testicules…, m’a tire-bouchonné sur mon siège pour sonder les peuplades rassemblées dans ma tête.

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Tout au fond, derrière une séparation couronnée de plantes ornementales, j’avise le maire, attablé en compagnie d’une divine beauté…et d’un gros mec sans cou, sanguin (mais non sans gains)…
soudain, surgit à leurs cotés un petit homme aussi bizarre qu’étrange que je vais prendre un malin plaisir à vous décrire avec toute la force évocatrice d’un style qui en aura fait chier plus d’un et pas des moindres !

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L’individu dont je cause ne doit pas mesurer un mètre soixante-huit…, il est maigrichon, voire malingre, avec les biceps de Renaud…
Il porte un pantalon corsaire à rayures rouges et blanches qui l’apparente aux sans-culottes de la Révolution, une chemise rouge et des sandales de caoutchouc.

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Son visage anguleux fait songer à celui d’un Indien…, ses cheveux noirs, rasés sur les côtés, descendent bas dans son cou…, il a une boucle d’oreilles, un collier de cuir agrémenté d’une breloque figurant un phallus à tête de rubis… et un poignet de force en cuir, comme certains petits crevés désireux d’impressionner leurs contemporains avec des moyens artificiels.
Il est vachement primate, cézigue-pâte, avec ses longs bras au bout desquels pendent deux mains dont la mission essentielle est de demeurer inertes, avec sa frime de singe, aux yeux enfoncés, sa bouche pleine de grosses dents faites pour bouffer des bananes non épluchées, sa bibite qu’il sort pour un rien de son bénoche… il est pétrit d’abondance.

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Il conserve en permanence un rictus étrange qui, tout à la fois exprime la surprise et la crainte… et cependant c’est un demeuré qui sur Pluton, Mars ou Neptune, ferait un malheur !
Ce gonzier, je le verrais plus volontiers à la tête d’un manège forain que d’un hôtel pour friqués… et quoi qui dit le bonhomme ?

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../.. Hélas, ma chère femme a contracté une méchante maladie hépatique qui nous a obligés à quitter l’Inde. Nous sommes allés au Canada, le véritable, celui du Grand Nord où la vie est saine, certes, mais rude. Nous avons travaillé dans le traitement des animaux à fourrure. Boulot peu attractif, monsieur le Maire, mais qui nous permettait de gagner un peu d’argent. Une fois rassemblée une somme qui m’a paru suffisante, nous sommes rentrés en France. L’air du pays nous manquait. Après pas mal d’hésitations, on s’est décidés pour Saint-Tropez où, enfant, je venais passer mes vacances. J’aime les gens d’ici surtout avec qui les rapports sont agréables. Une vieille veuve qui mettait sa petite affaire en gérance, assortie d’une promesse de vente, ça m’a décidé. Je gagne peu, mais je n’ai pas de gros besoins car la vie m’a rendu sage. En saison, je travaille dur ; hors saison, je trouve des petits boulots à droite et à gauche car je suis un bricoleur qui sait à peu près tout faire dans le domaine de la vie courante. Vous voyez ce que je veux dire ?
– Non pas vraiment…
– Si vous avez besoin de dessouder quiconque, je suis votre homme !
– Ici à Saint-Tropez, nous avons ce qu’il faut, merci de votre offre…

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Le dividu sursaille et pose sur le Maire, le regard qu’aurait eu le brave maréchal Ney si, au lieu de Blücher, ç’avait été Grouchy qui se serait pointé à Waterloo…
Bon, marre…, j’ai sommeil, il est temps d’aller retrouver ma Morphée…

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Je suis guidé vers ma chambre située au bout d’un couloir sombre et joliment décoré, c’est un univers Arty et coquin…, j’imagine les rock stars déambuler de la même manière avec une groupie de chaque côté avant de rejoindre une de ces chambres pour des plaisirs effrénés…
Loin, en bas, des bateaux rentrent à leur mouillage, traînant des triangles de remous argentés…, le ciel immense est boursouflé…, la lune dessinée en blanc attend son heure.

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Je lui adresse un signe de ma main, à la lune…, elle feint de ne pas le voir et imperturbe…, salope !
Toute cette hantise qui m’assaille depuis quelque temps, qui tourne au leitmotiv : nous autres seuls sur un ballon lancé dans la gravitation universelle, seuls, à nous entre-faire chier…

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Le jour où Le Grand va lâcher la ficelle et qu’on ira valdinguer dans les cosmos gigognes, on aura bonne mine.
Notez qu’on y est déjà au fond de tout puisque ce TOUT n’a pas de fin, pas de fond.

Le lendemain, je continue ma nonchalance…, en fait je continue nonchalamment…

J’adore les bois, les forêts, les bocages…, là est le départ du monde…, là, tu retrouves la Terre avant la venue de ce con sublime qui s’appelle l’homme…, l’odeur de lent pourrissement, les remugles de sépulcres frais me chavirent.
Comme j’en ai marre qu’on me fasse les poches…, je décide d’aller sur la plage de Pampelonne…

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Devant des clapiers (si, si !), trainent plusieurs misérables transats de toile décolorée…, des dames y prennent le soleil.
Les plus vieilles tricotent en jacassant…, une vachasse bourreletteuse offre ses cuisses bleues aux rayons de l’astre du jour, comme disaient les Romantiques du siècle dernier, qui ne chiaient pas la honte.

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La dame la mieux du lot, une châtaine-blonde avec de grosses lunettes noires, lit un bouquin de Stephen King qui doit peser 3 kilos 600.
Je coule un regard à la fois con, cul et pissant sur la Tropézienne que j’allusionne…, j’apprécie son soutif noir, son short blanc, ses longues cuisses ambrées, ses ongles de pieds vernissés carmin…, je m’attarde sur ses genouxes bien ronds (dirait le Mammouth).

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La personne doit envisager la quarantaine sans trop paniquer…, le genre de gerce capable de tenir le premier rôle féminin dans « Le bidet en folie »…
D’emblée, je me dis qu’il doit être plus joyce de l’escalader que la Roche de Solutré.

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Et je sens soudain quelque chose qui tente d’explorer mon intimité profonde.
Une prompte volte d’orthodoxe m’apprend que c’est un chien brunââââtre qui s’intéresse de cette manière appuyée à mes orifices naturels, tandis que mon Blacky, renifle son trou-du-cul…
Une voix féminine exclame : « Castor ! Veux-tu laisser Monsieur tranquille » !

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Je découvre, par-delà le chien, une femme si tellement ravissante de partout que, d’instinct, je cherche mes lunettes de soleil pour amortir les dégâts oculaires qui pourraient en consécuter.
C’est une personne d’environ trente-cinq printemps, brune, bronzée, avec des yeux d’or, des seins fabules accrochés à l’endroit où ils font le plus d’effet…, des hanches à te couper l’envie d’aller visiter le Louvre…, des jambes longues au modelé poustoufleur…, le tout enveloppé dans une toilette paille et saumon qu’elle n’a pas dû acheter sur catalogue aux Dames de France.

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Son rouge à lèvres ocré renforce le dessin d’une bouche qui m’inciterait à me rendre en marchant sur les genoux jusqu’à Saint-Claude pour qu’elle m’y fasse une pipe (d’écume).
La créature supra-naturelle m’apostrophe d’une voix prête à l’orgasme : « Bonjour »…

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Dedieu ! C’est de l’électricité pur fruit qui me picouille le corps, depuis le haut jusqu’au bas, avec arrêt prolongé à la station Mayburnes.
Je referme illico mes bras pieuvresques sur cet être palpitant, si doux, si chaud, baisotte sa nuque, frotte mon tarbouif contre ses oreilles, la respire à fond, trique comme la culée d’un pont, salive, m’humidifie, râle d’amour, tout ça crescendo, comme disent les Italiens…, dans la frénésie la plus complète…

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Elle en gémit de « too much », roucoule blanche colombe que j’y vais vite, quasi à sec, direct…, et elle émet de minuscules plaintes qui m’égosillent la passion.
En moi, il y a combat entre mon cher ange gardien, toujours prêt à faire du zèle, et mon démon perditeur…, lequel va l’emporter ?

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Saigneur…, faites que ce ne soit pas l’ange, mais le diablotin pousse-au-cul !
Mais, on discute quand même…

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Je lui évoque le cosmos, grouillant d’étoiles et de planètes si vertigineusement grosses que, comparée à elles, la Terre n’est qu’une orange:
« Ces mondes monstrueux sont atrocement vides. Des espaces infinis où s’accomplit la valse du néant, qui ne recèlent aucune vie. Ils sont pétrifiés et nous, blottis sur cette boule de billard qui tourne dans la ronde, sommes perdus, élus, punis de vie ! On fait pousser des fleurs et des tours Eiffel. On peint la Joconde. On chope le sida. On aime, on meurt, on rit, on boit du Château Pétrus. On s’encule, on s’atomise, se décore. On devient Gaston Dunœud ou Victor Hugo. On va vérifier que la Lune est bien déserte. On croise en Dieu, on découvre l’Amérique, le four à micro-ondes, le couteau Opinel, le théorème de Pythagore, la pénicilline. On bâtit les Pyramides, le pont de Brooklyn, des châteaux en Espagne. On fait des guerres, et puis des guerres et encore d’autres guerres, sans réfléchir qu’on est désespérément seuls et que tuer un vivant équivaut à se tuer soi-même. On oublie ce formidable, cet INCONCEVABLE environnement de cailloux au centre duquel nous dérivons, pauvres naufragés élus. Dérivons à corps complètement perdus »…

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A force, elle se pâme…, j’aperçois la Gironde lente et moelleuse, des vignobles tellement prestigieux que des larmes de reconnaissance me viennent…, je me les récite comme des poèmes…, j’encule le cosmos et ses minéraux…, ils n’ont donc pas eu droit au bon Dieu, là-haut ? : « Quand les bonnes gens s’imaginent que le ciel est dans les nues, m’est avis qu’ils se plantent la bite dans l’œil ! Là-haut, je te ressasse, y a que des roches et pas d’air, pas d’eau »… et elle me répond :
« Dieu, vous vous prenez pour le brave professeur Picard ? Il en a rien à secouer de la stratosphère, de la troposphère et de la mésosphère non plus ! Il règne autour de nous, je l’affirme. Parmi les plantes, les sources et les femmes ; Il est dans les prairies, sur la vague des océans, dans les branches des arbres, au bistrot du coin, dans le métro »…

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Elle me dit habiter « Latitude 43 », ce qui ne me dit pas grand-chose, à vrai dire rien du tout… ce qui la pousse au vice de m’y inviter derechef pour m’en faire une idée…
Et c’est suite à ça que je me retrouve face à un « truc de ouf »…, épicurien-classe, un bâtiment résolument décalé et atypique… et ça se passe à Saint-Tropez, bien sur, ou d’autre ?

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Un drôle d’édifice que ce Latitude 43…, depuis la mer, ou depuis Sainte-Maxime, ce vaisseau immaculé semble flotter sur une mer végétale…, tous les regards sont naturellement happés par cette masse blanche qui se détache au-dessus du village corsaire, certains croient même qu’il s’agit de l’hôpital de St-Tropez…
Depuis sa construction en 1932, ce qui fut le premier palace du Golfe a connu des destinées multiples.

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Le Latitude 43 fut imaginé en tant qu’hôtel-palace par l’architecte avant-gardiste Georges-Henri Pingusson… et bâti sur la colline de vignes du bourgeois château Vasserot, qui fut englouti…, ses pierres étant réutilisées pour l’édification du château d’eau réservé au bâtiment.
L’ouvrage fut bâti à base de béton armé avec des remplissages en briques creuses en tout juste 6 mois, une performance sidérante à l’époque (l’exploit paraît insensé, mais bien réel) , sa couleur, jaune ocre au départ, sera vite remplacée par de la chaux.

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Plusieurs noms circulèrent pour ce vaisseau : « le Suffren », « le Métropole », mais l’architecte Pingusson parvint à imposer son idée : « le Latitude 43 », en référence explicite à ce repère qui passe à quelques encablures de la presqu’île.
Reste un mystère…, qu’est-ce qui a poussé Pingusson à donner telle allure à son projet ?

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La légende veut que cette création lui ait été inspirée par une mésaventure en mer, son embarcation était tombée en panne, l’équipage naufragé aurait longtemps dérivé, avant d’apercevoir un navire.
Ce grand hôtel de 110 chambres (dont 90 avec salles de bains) pour 6.700 mètres carrés posés sur un parc de 7 ha., fut inauguré le 14 juillet 1932…, il était destiné à accueillir de riches vacanciers autour des loisirs, du sport, et de la détente…, il disposait d’un grand restaurant et de nombreux équipements sportifs et de loisirs (piscine olympique, courts de tennis, bar, commerces, dancing et casino)… et des bâtiments de service annexes (château d’eau, buanderie, garages, chambres de chauffeurs et transformateur).

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L’architecte a signé l’ensemble de l’édifice, dessinant aussi l’ameublement, les luminaires, les tapis et même les costumes du personnel.
C’était une merveille…, des bals somptuaires égayaient les salles du casino de jeux du palace.

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Avec sa « cheminée », ses coursives comme suspendues, ses lignes marines, ses chambres-cabines, sa silhouette étroite qui ouvrait des perspectives d’Est en Ouest, cette réalisation unique répondait aux canons de l’architecture navale !
Le grand escalier en briques rouges, « sublime et grand », se dressait semblable à l’accès d’un temple aztèque…, mais ce qui étourdissait, une fois « à bord » et « au plus haut », c’était le panorama aérien depuis les terrasses, l’impression d’être à bord d’un paquebot, un sentiment accentué en jetant un œil depuis le « hublot » servant de fenêtre à chacune des pièces « toilettes » des appartements…, le bonheur de se soulager avec une telle vue confinant au subliminal !

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Livré en 1932, le bâtiment au « style paquebot » est contraint de fermer en 1937…, cinq saisons seulement après son ouverture !
Est-ce le contexte économique de l’avant-guerre qui a causé sa perte ?
Sont-ce les chambres minimalistes, qui ne correspondaient pas à la clientèle aisée ?
Les galeries étaient-elles trop longues, nécessitant une augmentation du personnel ?

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L’imminence de la Seconde Guerre mondiale 39/45 achèvera le sort de cet hôtel où l’Aga Khan résidait lors des premières années fastes.
Pendant la guerre, l’hôtel fut réquisitionné pour y accueillir des soldats indochinois dès l’armistice…, suivront des soldats pétainistes, les forces italiennes puis celles d’occupation.

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Quand surviendra le débarquement libérateur en Provence, le 15 août 44, le général Patch y établira brièvement son quartier général, ce qui sera immortalisé par une plaque commémorative.
En hiver 45, des invalides de guerre y séjourneront… mais, à la suite de la faillite de l’entreprise hôtelière, en 1949, le rêve du palace s’évanouit peu à peu…, l’architecte bataillera toutefois auprès du ministre de la construction de l’époque afin d’éviter le démantèlement de son œuvre…

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Grâce à cette intervention épique…, à partir de 1950, le Latitude 43 pourra fonctionner, en partie, comme « un hôtel en faillite », les chambres fusionnées par grappes, sont ainsi transformées en appartements… qui vont alors commencer alors à être commercialisés pour les particuliers.
Inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1996, le bâtiment est considéré comme étant un chef-d’œuvre de l’architecture moderne…, lorsqu’un promeneur parvient à pénétrer dans cet édifice sévèrement gardienné, c’est un bout d’histoire qu’il effleure dès le hall d’accueil ou le long de ces coursives qui s’échappent vers les appartements.

Il est temps, grand temps, de passer aux actes…, et me voici en mode sexe…, tout ce qu’elle porte lui est ôté par mes pognes soudardes.
Le dur, c’est de procéder à mon décarpillage sans laisser baisser la pression…, mais le rut rend ingénieux.

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Tout en m’employant de la droite, je consacre mes autres doigts et ma bouche à son service entretien.
Le temps de passer mon costume d’Adam de cérémonie et je suis à elle…, Blacky, lui, est rangé sur la terrasse, pour éviter qu’il ne vienne renifler nos parties intimes et sensibles…

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Le Seigneur est clément : Oh ! c’est pas les Champs-Elysées, ni même la rue Royale, mais le plus ardu a été fait…, les travaux de terrassement existent…, je ne parle pas d’avoir mes aises, mais je peux pénétrer sans effraction, ce qui est essentiel.
Maintenant, s’agit de faire découvrir le nirvana à cette beauté sublime, dans la douceur ! Le suave ! Réfréneur d’exception. Maîtrise absolue des sens. Régulé à outrance ! Dosage minutieux !

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Il se fait un silence religieux dans son corps en état d’offrande…, elle savait, de toute éternité, qu’un jour son prince viendrait avec un guiseau commak et ses burettes d’huile pleines à ras bord.
Les petites baisouillettes sont reléguées…, on fornique dans le professionnalisme…, c’est de la baisance qualifiée.

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Deux heures ! Plus : deux heures dix ! Avec des plages de concentration, œuf corse, des périodes de mignotage languissantes…, on laisse souffler nos émois…, on se recharge le sensoriel. Elle a grimpé au septième ciel, là qu’on peut regarder les anges dans le blanc des yeux…, elle soupire des mots d’amour, roucoule tourterelle.
Moi, je dérive dans une douce songerie…, j’essaie de faire bon ménage avec mes souvenirs capiteux…, ils se pressent au portillon de ma mémoire…, j’ai aimé tant et tant de gentes femelles que je croyais différentes, mais c’était en vérité toujours la même : la femme ! Souveraine, mouvante, emportante…, hôtesse du septième ciel sous des traits différents, mais restant identique sempiternellement, qu’elle soit vioque ou jeunâbre, tartouze ou bioutifoule, salingue ou réservée, dévorante ou bêcheuse.

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On se frotte, s’humecte, s’entredélire, on se ramage, s’embourbe à jets sporadiques ou continus…
Les paroles accompagnent, réduites à l’essentiel, des mots, des mots en copeaux : « Tiens ! Toi ! Je ! Ouiii » !

On décline le désir sur tous les modes, à tous les temps, jusqu’aux sécrétions ultimes…
Nouvelles étreintes, embrassades farouches, plaintes inarticulées, plaintes articulées, geignardises, hoquets sur plancher, sécrétions polyorificielles, début de hurlements, gémissements pré-, puis post-orgasmiques, cris de pleureuse islamique, cornes de brume, couinements évoquant ceux qui ponctuent une descente de cercueil… et puis gloussements de bonheur, clapotis d’orgasmes, et mugissements libérateurs…, un récital !

Son regard dégage une lubricité qui fait monter le sang à la tête…, une pulsion phénoménale l’envahit…, lutter contre un désir ne fait que l’accroître…, le corps cambré, une volée de sensations variables, immédiatement, la conduisent à un dépassement de son moi sélectif…, le rythme de sa respiration est presque assourdissant dans des brimborions de plaintes, des gémissements…, elle mord les draps à belles dents.
Moi, d’un calme inspiré, terriblement en situation, je l’amène à une composition très very superbement…, m’est avis qu’elle n’a pas pris de fade depuis lurette et que mon arrivée lui procure un sentiment de forte allégresse sensorielle.

En grand scientifique de la bouillave, je modifie mon parcours du combattant, passant, sans crier gare, de la menteuse agile au pouce indiscret, avec participation des autres fingers en déchaînage dans la tranchée des baïonnettes…, là, c’est la phase intense…, on s’écarte des sentiers battus pour accéder à l’antichambre du délire…, elle libère alors des sons très beaux en comparaison desquels ceux d’un violoncelle font penser aux grincements d’un portail rouillé… et elle part en pâmade inexorablement, griffe les draps, tremble de partout, couine, halète, supplie, exige, encourage…, son panard est total, le subspace…, la prouesse dépasse celle des flotteurs de bois canadiens qui te livrent une forêt abattue comme ton commis épicier des rouleaux de faf à train.
Ensuite, elle glisse du lit, choit et balbutie :
— C’est trop !
Beau compliment, hein ? Tu te le rappelleras ? Je m’assieds en tailleur, près d’elle, caresse doucement ses cheveux sur ses tempes trempées de sueur, quoi de plus sublime qu’une femme anéantie par la jouissance, des instants de cette intensité, de cette qualité, faudrait pouvoir les garder intacts ; en faire des confitures pour l’hiver ! Et moi, dadais d’homme, de lui susurrer :
— C’était bon ?

On peut pas s’en empêcher, nous tous, les matous…, on se prend pour des démiurges, on espère des lancers d’encensoir, les grandes orgues de la cathédrale…, mais elle me délivre le satisfecit que j’attends :
— Merveilleux.
Je me penche jusqu’à effleurer sa bouche de mes lèvres.
— Alors vous allez tout me dire, n’est-ce pas, chérie ?
Elle se comporte très bien. Ne croyez pas qu’elle sursaute, bondisse, croasse. Non, elle soupire, sans abandonner sa voix languissante :
— Que vous dire, grand fou ?
S’il y a une qualification que j’abomine, c’est bien celle-ci. « Grand fou ! » Ça fait con…, c’est indigne d’elle…, c’est surtout indigne d’une Tropézienne !

@pluche !