1931 Réo Royale aventure…

Comme chaque mercredi midi, la salle de restaurant était comble, toutes les tables étant réservées depuis le mercredi précé­dent, l’ambiance était comme toujours, feutrée, cossue, dis­crète et de bon goût, ce qui faisait depuis de longues années la renommée du « Rive de Gière » auprès des hommes d’affaires de la région.

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Les industriels allemands s’y saoulent de grandes rasades de Chambolle-Musigny dans l’espoir fébrile de hâter la signature de multiples contrats…, quel­ques secrétaires de direction s’y font titiller le clitoris sous les tables en dégustant du bout des dents leur « boudin de homard et écrevisses »… et le comité de la rédaction de GatsbyOnline (qui n’est constitué que de mon CockerBlacky et de moi-même) s’y rend pour une réunion menstruelle… euhhh mensuelle.
C’est l’occasion de faire le point Blacky et moi, de parler et d’aboyer à bâ­tons rompus de la futilité dérisoire, pour moi, de passer de mon temps à écrire des articles, des chroniques, des texticules divers… et de prendre des photos (pas toujours artistiques) d’automobiles extraordinaires, alors que le monde va à sa perte, que nous sommes en crise, que les carottes sont archi-cuites… et que Blacky préfèrerait courir en bord de mer, pisser partout ou d’autres chiens et chiennes se soulagent pour marquer son territoire, sauter dans la mer… et jouer à la baballe !

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A chaque fois j’acquiesce aux aboiements philosophiques de mon brave Blacky : « A quoi bon échafauder des plans sur les comètes pour des reportages à venir, ne sachant pas, ni ou aller, ni comment en revenir…, mieux vaut se branler de tout (et toutes), tout en dégustant diverses spécialités culinaires…, en occurrence, celles de ce restaurant 6 étoiles : mousse de turbotin à l’aneth, coquilles Saint-Jacques gratinées aux épinards, omble chevalier grillé au beurre de ciboulette, etc. et de les partager avec Blacky sans plus m’inquiéter du devenir du monde »…
Mes articles déjantés suscitent en effet, parfois, chez cer­tains lecteurs et lectrices, un courrier injurieux, mettant en doute mes compétences naturelles à écrire des conneries, me traitant de rustre incapa­ble d’apprécier, indigne de piloter des voitures aussi nobles…, j’en éprouve dès-lors un certain abattement… et de la peine à digérer les mets les plus délicats…

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Ce mercredi, j’avais exceptionnellement invité à leurs frais, divers éminents journalistes lettrés, des « grosses pointures » de la presse écrite, dont Philippe Pernodet au curriculum vitae bien rempli, venu pour la circonstance avec quelques amis et amies du même bord, avec la promesse que leurs notes seraient à ses frais…, et nous devisions de choses et d’autres, lorsque soudain, j’ai eu une illumination…
– « Je me demande », dis-je à l’assemblée, tout en si­rotant une gorgée de Chablis Fourchaume…, « si je ne devrais pas louer les sévi­ces textuels d’une personne plus nuancée que moi…, moins iconoclaste, une personne moins distinguée dans le sens « populaire », un beauf qui aurait une relative et fausse connais­sance des voitures exceptionnelles, tout en pouvant affirmer comprendre ce qu’il n’y a rien à comprendre…, parce qu’il n’aurait pas les moyens de s’en offrir une tout en rêvant le contraire…, une per­sonne dont le rang social basique ferait de lui un critique plus commun, plus crédible, dont les écrits seraient du même niveau que celui de la masse qui fourmille dans les blogs-autos et dans le courrier des lecteurs des magazines papier qui survivent grâce à la pub et aux publi-reportages ! Qu’il aime le football serait un plus »…

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– « C’est peut-être une bonne idée », me répondit Philippe Pernodet en taquinant un pigeonneau aux chanterelles d’une fourchette distraite, « mais ou  trouver, que dis-je, ou débusquer un sous-homme qui accepterait de servir de pilote d’essai pour GatsbyOnline, sans risquer d’être aussitôt excomunié de la Guilde des Journalistes de France et de l’Univers… et que va-t-il vous rentrer comme notes de frais ?…
– Oui bien sûr, cher ami Philippe…, mais la crédibilité populaire est à ce prix… imaginez l’impact sur le lectorat planétaire des internautes si un tel personnage sans culture es­sayait des voitures prestigieuses, une personne absolument pas connue, une fausse non-personnalité de la jet-set, un homme qui prétend naviguer dans les hautes sphères et qui a ses en­trées partouze alors que c’est un super mythomane éternellement fauché ! Vous imaginez les retom­bées ? GatsbyOnline en plus d’être le site-web des épicuriens milliardaires, disposerait en sus de sections populaires…, il deviendrait aussi la bible de la masse…, ce Web-magazine se­rait regardé et lu via les ordinateurs non seulement de toutes les grandes demeures de France et de Navar­re…, du monde entier et au-delà…, mais aussi des sous-couches glauques ! »…

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Le portier vient m’interrompre, en chu­chotant :
– « Excusez-moi,, mais il y a une Toyota Carina qui gêne dans le parking, serait-ce par hasard votre voiture ? »…

Je lui répondis sur le même ton chucho­tant :
« Non, Je suis venu en Réo Royale… Mon ami Philippe ne roule qu’en Rolls-Royce et je répond du standing des autres personnes présentes à ma table…, nous sommes garés sur la pelouse entre la Rolls-Rosse de Mâââdâââme Rochfielfd et la Lamborghini Vénéneuse du Comte d’Orsel, nous ne gênons personne »…

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Il m’a remercié en s’excusant encore de m’avoir importuné… et je me suis remis avec délice à mon filet de chevreuil aux truffes pendant qu’il se dirigeait vers la table suivante pour y poser la même question et essuyer la même réponse négative.
C’est lorsqu’il-eut posé sa question à la table du fond de la salle que le drame éclata.
– « COMMENT OSEZ- VOUS M’INSULTER DE LA SORTE ! »…, cingla une voix de tonnerre.
La salle devint silencieuse, muette.
Tout le monde posa ses couverts et se retourna en direction du portier qui tentait de cal­mer les esprits.
Un homme se tenait de­bout devant lui, la serviette nouée autour du cou… et continuait de hurler à trois doigts de son visage en l’empoignant par le re­vers du veston.
– « SAVEZ- VOUS SEULE­MENT A QUI VOUS VOUS ADRESSEZ, MONSIEUR ? EST-CE QUE J’AI UNE TÊTE A ROULER EN TOYOTA, MONSIEUR ? »

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Le portier atterré ne savait où se cacher, il roulait des yeux fous de terreur, il venait de commettre une grosse gaffe qui pour­rait bien lui en coûter sa place.
– « MOI, CHRISTOPHER de GENESTRY, VI­COMTE DE SAINT-ROMAIN, MOI…, ME FAI­RE CET AFFRONT ! MALOTRU… VOUS VOUS EN REPENTIREZ !  APPELEZ-MOI LE PATRON IMMÉDIATEMENT ! »…
Et il s’est rassis (appréciez ce double-sens subtil)…, pas calmé du tout, le visa­ge rouge de colère.
Le portier a disparu derrière une tenture et le patron, qui avait entendu l’esclandre depuis les cuisines, s’est dirigé vers le théâtre du crime de lèse-­majesté d’un pas très sûr…, après tout, il était chez lui !
En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, Jean Norimer (le patron) avait la situa­tion en main…, le client était calmé, ama­doué par je ne sais quelle promesse, ras­suré que cela ne se reproduirait plus, ou que sais-je…

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En revenant vers les cuisines, il s’est arrêté de table en table, un petit mot d’excuse à tout le monde… et lorsqu’il s’est approché de nous, je lui ai dit :
« Ne te répands pas, Jean, c’était plutôt drolatique comme intermède ! Si tu pouvais me rendre un service…, invite ce Vicomte de Saint-Germain à prendre le café en Notre compa­gnie, je voudrais lui faire une proposi­tion… tu peux m’arranger ça ? »…
– « Pas de problèmes », m’a rétorqué Jean, « je viens de lui dire que s’il ne se taisait pas immédiatement je lui ferais avaler ma toque de cuisinier devant toute la salle, alors… il ne pourra pas refuser. Installe-toi­ au bar, les alcools sont pour mon compte, et je te l’envoie dès qu’il aura terminé son omelette aux fraises »…
Confortablement installé dans les « Chip­pendale » (sic !) en cuir BDSM du fumoir du « Rive de Gière », nous sirotions un Martell en at­tendant le café, lorsque l’énergumène hurleur et Vicomte… fit son apparition…, très digne, très droit, il marchait en pinçant les fesses, la tête un peu sur le côté, com­me s’il était de la confrérie…
– « Râââââvi de faire vôtre connaissance Mon­sieur, je suis Christopher de Genestry, Vicomte de Saint-Romain »…

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Il s’était placé devant moi, me tendant une main soigneusement manucurée, il pencha alors soudainement le buste en avant et dit :
– « Christo­pher de Genestry, enchanté »…
– « Patrice de Brun-Chalais, Editeur…, en­chanté. Puis-je vous présenter Philippe de Pernodet, Prince du Castel de Malmaison… et ses amis et amies qui le soutiennent en toutes circonstances ? »…

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Et il s’est tourné vers Philippe, déjà sérieusement embrumé par les vapeurs d’alcools divers… et s’est in­cliné vers lui en lui faisant un baise-main :
« Christopher de Genestry, rââââvi »…
Convaincu que je tenais là un super mythomane pouvant répondre à ce que j’imaginais afin de gouter à la soupe populaire…, je me mis à lui expliquer mon projet en long et en large.
Au fur et à mesure des explications, le visage du « Vi­comte » se détendait, il se sentait à la fois à l’aise, rassuré sur mes intentions… et finit par me couper en pleine phrase pour s’exclamer :
-« Mon ami, ne m’en dites pas plus. Je suis votre homme. Vous ne pouviez pas mieux tomber…, vous ne vous doutez pas encore de mon expérience considéra­ble, inégalable même, en matière de voitu­res de luxe. Savez-vous qu’en 1944 j’ai gagné le Grand Prix de Pau au volant d’une Bugâââtti ? Savez-vous que j’ai toujours eu au moins une Delâââge dans mon garage… Pouviez-vous devinez que j’ai possédé 14 Ferrari, de tous les modèles ? AAAhhhh ! les Ferrari ! Qué Machina ! Formi­dabilé ! Pouvez-vous seulement imaginer… tiens, je vous appelle Patrice, appelez-moi Chrissy, nous allons bien nous entendre »…

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Et voilà le Vicomte embarqué dans un plaidoyer dithyrambique, une envolée lau­dative des mérites des diverses Ferrari qu’il aurait possédées, des voitures dont il faut se montrer digne, qu’il faut mériter, des merveilles pour passionnés… etc.etc.etc…, impossible de l’arrêter… et blablabla, et bla­blabla.
– « Excusez-moi de vous interrompre, mon cher Chrissy, nous sommes absolument d’accord avec vous, inutile d’essayer de nous convaincre, nous sommes des gens du même monde et nous partageons votre passion pour les italiennes, mais ce que nous voudrions savoir… »…
« Je sais, je sais… », m’a coupé le Vicomte, « vous vous demandez si à l’âge que j’ai, je suis encore capable de savourer le plaisir de conduire une voiture exceptionnelle… et bien ne vous faites aucun souci, la finesse de mon pilotage ne s’est pas dégradée comme ma vieille carcasse, ha ha ha ! Et je prends toujours le même plaisir à dé­couvrir un. modèle qui ne m’est pas fami­lier… et ils sont rares, croyez-moi, HA HA HA ! »…
– « Bien sûr, votre expérience Nous sera précieuse… Pensez-vous que vous pourriez vous libérer ces jours-ci, nous avons justement une voiture sur laquelle nous voudrions votre opinion ? »…
– « Me libérer ? Mais mon cher, je SUIS libre, j’ai été libéré la semaine demiére, ha ha ! »…
– « Et bien si cela vous sied, je vous enga­ge immédiatement. La voiture est dehors, vous l’emmenez où bon vous semble, nous nous retrouvons samedi pour déjeu­ner, chez Maxim’s… et vous nous donnerez vos impressions le plus complètement possible… Qu’en pensez-vous Chrissy ? »…
– « HA HA HA ! J’adore…, vous êtes un homme d’action, n’est-il pas ? Et bien c’est d’accord le temps de donner quelques coups de téléphone pour annuler deux ou trois rendez-vous d’affaires et je suis à vous. J’en ai pour cinq minutes »…

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Quelle tante !
Il était probablement en trai­n de prévenir sa maman qu’il ne rentrerait pas ce soir…, puis il sonnerait son cousin Arsène pour annuler le Poker du jeudi soir, est-ce qu’il avait un permis de conduire au moins ?
Cinq minutes plus tard, Christopher de Genestry réapparu, la mine enjouée…
– « Et voilà », dit-il dans un geste théâtral, « tout est arrangé et je suis à vous. Tout à vous pour trois jours ! Voici ce que je vous propose de faire. Il est trois heures. Je pars tout de suite, je peux encore être à Deauville pour dîner, j’y possède une villa vous savez. Et demain je pourrais rendre visite à des amis à St-Brieuc. Ça me sera l’occasion de tester la consommation »…
– « C’est bon, c’est bon. Faites, allez où vous le désirez pour autant que vous nous remettiez la voiture samedi midi chez Maxim’s avec un rapport complet ! »…
– « Merveilleux », me lança le Vicomte, « alors mettons-nous en route ! Tiens à propos quelle Ferrari me confiez-vous pour cet essai ? »…
– « Ah non … Non, non, ce n’est pas une Ferrari, c’est une Réo Royale Sedan de 1931 ! »…
« Euh… Ah oui ! » s’esclaffa le Vicomte…, « Qué bella machina hé ? Il n’y a que les ita­liens pour faire des voitures aussi racées que la Clénette ! Oui oui, je me souviens très bien, j’en ai possédé une, en 1958 je crois, l’année de l’exposition universelle de Bruxelles, HA HA HA ! Mer­veilleuse auto … boîte automatique, pont débloquant, oui oui oui, très bonne auto, je m’en sou­viens »…

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Nous sommes sortis sur le parking ensoleillé, tous les clients étaient partis depuis belle lu­rette et il ne restait plus que cinq ou six voitures.
Nous nous sommes dirigés vers la Réo Royale, lorsque le Vicomte s’est exclamé :
– « HA ! je l’aurais reconnue entre mille ! Ah quelle est belle cette Clénette… cette couleur rouge brique lui va à ravir. Je me souviens. La mienne était blanche avec des bandes bleues, c’était plus sportif, mais elle est très bien en rouge brique aussi ! HA HA HA ! Je vous ai bien eu, hein ? HA HA ! Elle est bien bonne celle-là ! Vous avez marché HEIN ! Je sais bien que votre Clénette-Beignet n’est pas une Réo Royale, je l’ai re­connue immédiatement ! Pensez donc…, j’en ai eu trois, des Beignettes ! Dont un break avec boiseries… alors vous pensez si je l’avais reconnue ! »…
On s’est approché de la Réo Royale.
Cet olibrius était complètement fêlé, il tombait pile-poil…
Pendant que le Vicomte s’installait dans la Réo, j’ai demandé à Philippe Pernodet de le prendre en filature.
Le Vicomte s’est fait expliquer toutes les commandes… et comme un maî­tre d’école, je lui ai donné, avec un maximum de détails, l’explication de cha­que bouton, chaque interrupteur, chaque manette :
– « Vous voyez la rangée d’inter­rupteurs ici, au milieu du tableau de bord ? Celui-ci actionne le démarreur ».

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Et la démonstration s’est poursuivie, intermi­nable, on a même détaillé la trousse à outils et les pneus de secours sur les ailes avant…, j’ai cru un moment qu’il allait m’obliger à démonter une roue pour avoir l’explication du fonctionnement du cric.
J’ai fait durer le plaisir… jusqu’à ce que Philippe aille discrètement s’installer dans sa YoungTimer, une somptueuse Renault 16 bleu ciel avec des bandes blanches…, qu’il avait rangé à l’autre bout du parking, il allait pouvoir suivre la Réo et réaliser un reportage d’enfer…
Du coup, les explications devinrent d’une brièveté étonnante, j’ai terminé par :
– « Le res­te, vous trouverez bien tout seul, n’est-ce pas Chrissy ? Allez, bonne route, et n’ou­bliez pas…, samedi midi chez Maxim’s ! »…
ET voilà la Réo Royale partie, avec la Renault 16 YoungTimer tunée de Philippe en filature…, ouf… !
Quel soulagement…, quelle parfaite andouille…, quel personnage prétentieux…, je n’avais jamais rencontré un type qui prétendait avoir eu au­tant de Ferrari et qui ne savait pas faire la différence entre une Clénet qu’il nommait « Clénette-Beignet » et une authentique Réo Royale de 1931…
II n’avait probablement jamais vu une Réo Royale de sa vie…, j’étais curieux d’avoir ses impressions samedi midi !

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Samedi midi, j’étais installé à la ta­ble 18 chez Maxim’s, sirotant l’apéritif en attendant Christopher de Genestry, Vicom­te de Saint-Romain…., j’avais réser­vé une place de parking pour la Réo Royale qu’il devait ramener…, et c’est Philippe Pernodet qui vint soudain s’asseoir…
– « Le Vicomte vous aurait-il semé ? Où est-il ? Et où est la Réo Royale ? Répondez très cher ami ! »…
– « Eh bien », m’a répondu Philippe en sortant son bloc-notes, « c’est une longue histoire, tout est là-dedans… je ne l’ai pas perdu, il ne m’a pas lâché, mais pour la Réo Royale… cela vous coûtera plus que mes frais… ! La voiture est maintenant chez un marchand Hollandais. Comme le faux Vicomte n’avait pas les documents de la voiture, il ‘ai laissée en dépôt-vente mais a exigé d’avoir 5.000 euros en gage… J’ai pu faire tout annuler, mais il faudra rapatrier la voiture qui, heureusement n’a pas été accidentée… Quant au Vicomte de Saint-Romain, qui n’est pas plus Vicomte qu’Archiduc, il est en ce moment : euh »…, il a regardé sa montre en réfléchissant…, « il doit être à New-York ! Je l’ai vu prendre un billet à Amsterdam, destination New-York…, je n’ai pas pu le suivre, mais la préposée aux billets m’a confirmé qu’il était parti pour New-York et que le bil­let était au nom de Claude Dupont !… J’estime que ce reportage stupide et ubuesque va vous couter les 5.000 euros à rendre au garagiste Hollandais, plus mes frais… Je considère donc que votre idée « populaire » était mauvaise et je vous suggère de ne plus en avoir de semblable »…
Effondré, incrédule, secoué par cette nouvelle catastrophique, j’étais soudain seul et sans voix…
Horrible !

30

Philippe m’a tendu son bloc-­notes et m’a dit :
« Tenez, voilà un rapport circonstancié, depuis son départ mercredi après-midi jusqu’à ce matin, 4 heures, à Amsterdam. Lisez-le, ma note de frais est jointe… Faites-en un article »… 
Et il m’a serré la main avant de disparaître.
(le rapport et la note de frais sont publiés après la mosaïque des photos ci-après)…

Rapport :

Mercredi, 16h10.
Départ Rive de Gière. Direction Lille. Arrêt pompe Shell. Demande un plein. Paye par chèque. Embarque un jeune auto·stoppeur, 15/16 ans, culottes courtes. Reprend la route. S’arrête devant une épicerie dont il ressort avec un pot de beurre et quatre boîtes de Coca. Démarrage énergique. Le bougre à l’air de bonne humeur. La Réo Royale fait quelques écarts de trajectoire, je ne vois pas ce qu’il fait, mais il conduit certainement d’une main ! La Réo Royale s’arrête devant un Motel et le Vicomte ferme la voiture à clé. Ils entrent dans l’établissement, je reste en faction. Je vais me renseigner à la réception. Monsieur le Vicomte a interdit qu’on le dérange, a fait monter à dîner pour deux et a demandé qu’on le réveille demain matin à 8 h 30. La chambre est payée d’avance en liquide.

Jeudi, 7h00.
Le Vicomte sort du Motel : SEUL ! Il n’a pas l’air d’avoir beaucoup dormi. Il démarre la Réo Royale et prend la route, il se dirige vers la Belgique. On traverse des villes sans s’arrêter, il s’engage sur l’autoroute. Tant mieux, je risque moins de le perdre de vue. 13h10. Arrêt essence. Bigre, ça doit consommer au moins 30 litres, cette Réo-Royale. Après avoir fait un plein, il rentre au Restoroute pour manger. J’en fait autant. En plein repas, il va aux toilettes. Il y reste 1/4 d’heure avant de ressortir. On reprend la route. LILLE, 15h40. Il se dirige vers Baisieux. On passe la douane sans problèmes, et on se retrouve en Belgique ! Tournai, Ath, Enghien, j’ai l’impression très nette que le Vicomte m’emmène à Bruxelles ! BRUXELLES, 17h45. J’avais raison, on passe la nuit a Bruxelles. J’irai manger des moules et puis des frites ! La Réo Royale se fait doubler par une Coccinelle jaune. Deux jeunes gens. Ils ralentissent à sa hauteur. Le Vicomte leur fait des signes, il les drague ! On dirait qu’ils conviennent de se suivre ! Effectivement, la Coccinelle reprend la tête, et la Réo Royale suit. On entre dans Bruxelles. AVENUE DE LA CHASSE, 18 h 30. Ils s’arrêtent devant : « La Gaie Chevauchée », les jeunes gens s’approchent, la conversation s’engage joyeusement, puis ils rentent tous les trois à l’hôtel.

Vendredi, 7h00.
J’attends en face de « La Gaie Chevauchée », la Réo Royale est toujours là et la Coccinelle jaune aussi ! Le Vicomte sort à 9 heures, SEUL ! Je reprends ma filature, la Réo Royale se dirige vers le centre·ville. Je reconnais la Gare du Midi, la rue de France, et quelques minutes plus tard le Vicomte s’arrête devant un marchand de voitures. Suspect, ça ! Il entre dans le show-room, en ressort un peu plus tard avec un homme assez fort (le marchand sans doute) et ils discutent sur le trottoir…, l’homme fait le tour de la Réo Royale, ouvre le capot, détaille l’intérieur, puis sort un petit bouquin de sa poche. La discussion semble s’animer, les gestes aussi, puis le Vicomte remonte en voiture et on redémarre. Il tourne à droite, roule très lentement comme s’il cherchait une adresse, puis s’arrête de­vant un autre marchand de voitures ! Même cinéma, ça dure 1/4 d’heure, et on redémarre, direction Anvers… 16h00 on passe la frontière Hollandaise, direction Eindhoven, puis vers 17h on bifurque vers Bergeijk ! Vers 17h45 on stoppe devant un garage… Aucun doute possible, il cherche à vendre la Réo Royale, je réussi à entendre ce qu’il dit : « Ecoutez Monsieur », dit-il au patron du garage, « ce n’est pas tellement que je cherche à la vendre, mais je pars pour les Etats·Unis. C’est la voiture de mon défunt père, voyez-vous… et je ne l’uti­lise que pour régler quelques affaires qu’il avait ici. Moi·même j’habite en Floride, n’est-ce pas et dans le fond cette voiture je n’y tiens pas tellement, elle ne fait que raviver de pénibles souvenirs. Alors si vous la voulez elle est à vous, mais il faut me la prendre tout de suite ! »… Ils se serrent la main pour con­clure la transaction, commande un taxi et part en direction d’Amsterdam. A l’aéroport d’Amsterdam il prend un vol pour New·York… Ma mission est terminée.
Pour parfaire mon rapport, j’ai repris sur Internet tous les renseignements utiles, en anglais, sur l’histoire de la Réo Royale, puis j’ai pris la route pour Paris.

Fin du rapport.
Note de frais et honoraires : Enquête de 4 jours au tarif syndical : 13.000 euros  – Hébergement : 4 nuit d’hôtel : 2.000 euros – Repas : 1.000 euros – Essence : 500 euros – Remboursement au garagiste Hollandais : 5.000 euros – Total dû : 21.500 euros


Rapport complémentaire concernant la Réo Royale :

The REO Motor Car Company was a Lansing, Michigan based company that produced automobiles and trucks from 1905 to 1975.
At one point the company also manufactured buses on its truck platforms.REO was initiated by Ransom E. Olds during August 1904.
Olds had 52 percent of the stock and the titles of president and general manager.
To ensure a reliable supply of parts, he organized a number of subsidiary firms like the National Coil Company, the Michigan Screw Company, and the Atlas Drop Forge Company.Originally the company was to be called « R. E. Olds Motor Car Company », but the owner of Olds’ previous company, then called Olds Motor Works, objected and threatened legal action on the grounds of likely confusion of names by consumers.
Olds then changed the name to his initials.
Olds Motor Works soon adopted the popular name of its vehicles, Oldsmobile.
Then instead of two « Olds » companies there were none.
The company’s name was spelled alternately in all capitals REO or with only an initial capital as Reo, and the company’s own literature was inconsistent in this regard, with early advertising using all capitals and later advertising using the « Reo » capitalization.
The pronunciation, however, was as a single word (like « rio »), never as letters (like the band « REO Speedwagon »).
Lansing is home to the R. E. Olds Transportation Museum.
By 1907, REO had gross sales of $4.5 million and the company was one of the four wealthiest automobile manufacturers in the U.S.
After 1908 however, despite the introduction of improved cars designed by Olds, REO’s share of the automobile market decreased due in part to competition from emerging companies like Ford and General Motors.
REO added a truck manufacturing division and a Canadian plant in St. Catharines, Ontario in 1910.
Two years later, Olds claimed he had built the best car he could, a tourer able to seat two, four, or five, with a 30–35 hp (22–26 kW) engine, 112 in (2845 mm) wheelbase, and 32 inch (81 cm) wheels, for US$1055 (not including top, windshield, or gas tank, which were US$100 extra); self-starter was US$25 on top of that.
By comparison, the Cole 30 and Colt Runabout were priced at US$1500, Kirk’s Yale side-entrance US$1,000, the high-volume Oldsmobile Runabout went for US$650, Western’s Gale Model A was US$500, a Brush Runabout US$485, the Black started at $375, and the Success hit the amazingly low US$250.
In 1915, Olds relinquished the title of general manager to his protégé Richard H. Scott and eight years later he ended his tenure as the company’s presidency as well, retaining the position of chairman of the board.Perhaps the most famous REO episode was the 1912 Trans-Canada journey.
Traveling 4,176 miles (6,720 km) from Halifax, Nova Scotia, to Vancouver, British Columbia, in a 1912 REO special touring car, mechanic/driver Fonce V. (Jack) Haney and journalist Thomas W. Wilby made the first trip by automobile across Canada (including one short jaunt into northeastern Washington State when the Canadian roads were virtually impassable.)
From 1915 to 1925, under Scott’s direction REO remained profitable.
During 1925, however, Scott, like many of his contemporaries/competitors, began an ambitious expansion program designed to make the company more competitive with other automobile manufacturers by offering cars in different price ranges.
The failure of this program and the effects of the Depression caused such losses that Olds ended his retirement during 1933 and assumed control of REO again, but resigned in 1934.
During 1936, REO abandoned the manufacture of automobiles to concentrate on trucks.
REO’s two most memorable cars were its Reo Flying Cloud introduced in 1927 and the Reo Royale 8 of 1931.
The Flying Cloud was the first car to use Lockheed’s new hydraulic internal expanding brake system and featured styling by Fabio Segardi. While Ned Jordan is credited with changing the way advertising was written with his « Somewhere West of Laramie » ads for his Jordan Playboy, Reo’s Flying Cloud—a name that provoked evocative images of speed and lightness—changed the way automobiles would be named in the future.
The final REO model of 1936 was a Flying Cloud.
The 1931 Reo Royale was a trendsetting design, introducing design elements thatwere a precedent for true automotive streamlining in the American market.
The model was vended until 1935. Beverly Kimes, editor of the Standard Catalog of American Cars, terms the Royale « the most fabulous Reo of all ».
In addition to its coachwork by Murray designed by their Amos Northup, the Royale also provided buyers with a 125 hp (93 kW) straight-eight with a nine bearing crankshaft, one shot lubrication, and thermostatically controlled radiator shutters.
The Royale rode upon factory wheelbases of 131 and 135 inches (3,400 mm); a 1932 custom version rode upon a 152-inch (3,900 mm) wheelbase.
The Royale also featured REO’s semi-automatic transmission, the Self-Shifter.Although truck orders during World War II enabled it to revive somewhat, the company remained unstable in the postwar era, resulting in a bankruptcy reorganization.
In 1954, the company was still underperforming, and sold vehicle manufacturing operations (the primary asset of the company) to the Bohn Aluminum and Brass Company of Detroit.
Three years later, in 1957, it became a subsidiary of the White Motor Company.
White then merged REO with Diamond T Trucks in 1967 to form Diamond-Reo Trucks, Inc. In 1975, this company filed for bankruptcy in the Western District of Michigan and most of its assets were liquidated.
Meanwhile, the corporation remained nominally after the 1954 Bohn sale.
Management began liquidating the organization, but due to shareholder issues, instead acquired Nuclear Consultants, Inc., a nuclear medicine or nuclear industry services organization (unclear), and renamed the combined company « Nuclear Corporation of America, Inc »… The company diversified, and purchased other companies, to become a conglomerate, including nuclear, prefabricated housing, and steel joist businesses.
Most of these business were failures, except for the latter, and the company was bankrupted once again in 1965.
Upon reorganizing, only the successful steel joist business remained; that company started producing recycled steel, leading to today’s steel company, Nucor.