1936 Ford Kustom Coupe…Tôt le matin John Mearns quitte sa maison en douce, il a rendez-vous avec son destin.
Son but : prendre possession d’une étrange voiture échouée dans le terrain vague jouxtant la propriété d’un type mystérieux, à moitié sauvage.
Un triste foyer familial, un désir d’aventure jamais assuré, un fleuve proche et ses tourbillons…
Les éléments du récit et la symbolique du genre sont posés : ce sera un parcours initiatique, l’histoire d’une folie, avec ses étapes, ses épreuves et ses crises.
John Mearns discute, se dispute, rediscute, tombe d’accord, paye, charge l’épave et s’en va…
Il se dit, tout en roulant vers son chez lui, en retour : « Avec cette Ford 1936, je vais me donner les moyens d’intéresser un plus large public au kustomizing, sans nivellement, sans en rabattre sur ses exigences ».
Il a besoin pour cela d’un certain « idéal-type », non encore compromis, un style peu déterminé, donc potentiellement universel.
Et c’est l’évidence que la vanité est une valeur typiquement américaine, que l’intransigeance morale permet de rendre sensible.
Cette évidence, qui est aussi une exigence, est le cœur simple de John Mearns, assumé sans la moindre ironie ou second degré, avec une fraîcheur et une simplicité dont le Kustomizing américain est sans doute plus capable que le nôtre : « En la vieille Europe, il y a trop d’histoire, trop de texte, trop de seconde nature, peu de naïveté. Pour atteindre à cette hauteur morale sans risquer la niaiserie, il faut souvent procéder indirectement, par purification » !

Éternelle jeunesse américaine ?
C’est un peu mythologique.
Mais justement, c’est une affaire de croyance.
John Mearns est décidé à montrer une fois de plus les ressources et l’intensité de l’imaginaire américain : la force de l’idée du nouveau monde, l’aura Yankee, l’âpreté et l’indépendance farouche des hommes, avec toutes les gueules qui vont avec.
Les problèmes qui l’intéressent : le monde en lequel il veut les développer, il les trouve légués par une tradition.
Mais il ne se contente pas de jouer avec elle, comme avec un réservoir de clins d’œil (ce qu’il fait au reste très bien), il s’y rapporte comme à une source vive… et lui donne un nouveau corps.
« Loin de ce monde, le Kustomizing est une entité désincarnée et abstraite, objet de fantasmes. Pour le coup, c’est un fait purement humain, anthropologique et non cosmologique »… se dit John Mearns : « Le Kustomizing n’unit pas l’homme à la nature, qui reste, avec ses serpents redoutablement hostiles, mais seulement l’homme à l’homme…, il n’ouvre à aucune mystique mais vaut par les liens horizontaux qu’il institue et soutient…, il est affaire de volonté, il se perd lorsque l’on baisse les bras » !
Il ne s’agit pas pour lui d’accueillir mais de construire à force de travail, alors que les gens en général sont indifférents.
John Mearns se met alors à penser tout haut : « Les hommes trouvent ce qu’ils veulent dans le Kustomizing…, le dualisme entre l’homme et la nature est irréductible, même pour ceux qui en sont le plus proche, qui la travaillent et qu’elle forme en retour ».
Aussi simple soit son évidence morale, la complexité de la réalité n’est donc jamais oubliée, même si opaque et incompréhensible, elle en est la métaphore.
John Mearns va souffrir, mais l’aspiration morale qui l’anime : rayonne dans une anthropologie optimiste.
« Tout le monde qui a travaillé sur elle, déteste cette voiture », me dit John Mearns, « Elle semble maudite ! Le 265ci Chevy reconstruit, monté d’origine a duré seulement 800 miles après la reconstruction. Bien sûr j’ai remplacé ce bloc par un nouveau 327ci de moteurs Taylor et je n’ai pas eu de problème depuis, mais la crémaillère de direction assistée a dû être remplacée. Le toit choppé par un atelier sans nom a été mal fait, je pouvais à peine regarder le coupé pendant plus de six mois. Puis j’ai engagé Jeb Scolman, qui, avec son calme habituel et son attitude calculée, à remodelé le toit et tous les panneaux de carrosserie ».

Avec John Mearns assumant le rôle de concepteur/architecte et John Scolman chargé de l’exécution des idées, le but était de construire un kustom de style Westergard de la fin des années ’40, début des années ’50.
« Ce n’est pas facile parce c’est un chemin de conception assez étroit, on court le risque d’avoir une apparence trop moderne ou de ne pas rentrer dans le genre kustom. Nous avons donc utilisé des éléments stylistiques du coupé Calori, la voiture de John Fisher… et quelques autres que nous avons vus le long de nos chemins de traverses, dont les propriétaires sont inconnus pour nous. Par exemple, on marchait dans les rangées de voitures au Roundup Lone Star show, quand on a aperçu une vieille Ford ’36 trois fenêtres qui avait des longues lamelles horizontales doubles sur les côtés du capot. Nous avons immédiatement décidé de faire de même. Tout cela nous amène à Bob Cole, de Long Beach, en Californie, qui a préparé la carrosserie largement modifiée avant la peinture Glasurit Bordeaux Rouge, une teinte reprise du nuancier Volkswagen de 1948. Pete Engle de Westminster Sellerie Auto a ensuite obtenu mon feu vert pour s’attaquer à l’intérieur. John a acheté un étrange volant au WCK Paso Robles show. j’ai ensuite utilisé la voiture pour aller au travail, même si son plus long voyage a été d’aller de Austin à Phoenix sur le chemin du retour de la Lone Star Roundup show. Je préssentais que le moteur allait rendre l’âme. C’est exactement ce qui s’est passé. Il a perdu toute sa pression d’huile dans un chaleur extérieure de 55 degrés ».
Il ressort de tout cela un indéniable savoir-faire, une qualité dans les détails, une manière sensuelle de les considérer, dans laquelle on perçoit un plaisir et un désir.
On ne sait si John Mearns habite ce Kustom ou l’inverse, mais la Ford 1936 Coupé semble se déployer et se déplier comme une instance organique et transformiste.
On a clairement à l’esprit la structure d’une sorte de fable dans une multitude de paliers visuels.
Le point d’aboutissement de ce cheminement est superbe, il s’agit du partage d’un regard et d’une rage, entre eux… et avec nous, entre le réel et l’imaginaire, une sorte de digression magique et enchanteresse.
Merci à Rod&Custom Magazine de partager ce moment de pur bonheur !
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