1938 Phantom Corsair, « The Flying Wombat »

Le rétro-futurisme est un style artistique particulier qui s’inspire de la vision futuriste qui existait chez les artistes dans le passé !

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Pour ce qui est de l’inspiration, c’est simple…, choisissez un designer ou artiste qui avait, en fin des années trente, où, pour faite plus simple, dans les années cinquante et soixante…, une vision ou une certaine idée de ce que serait le futur… et créait des objets (dont des voitures) futuristes.
A travers son art, il suffit dès-lors d’en exprimer une extrapolation…, avec plus ou moins de fantaisie et de réalisme.
Bien sûr, on sait bien que rares sont les artistes qui ont vu « juste » dans ce domaine…, à chaque époque sa propre vision du futur, mais de tout temps cette vision a toujours été extraordinaire !

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Pour vous familiariser avec ce genre artistique, voici la Phantom Corsair (1938).
L’Amérique sortait de la Grande Dépression, la guerre se profilait à l’horizon et la promesse d’un lendemain radieux semblait bien loin.
La conception populaire de l’époque était le « Streamline-look » : architecture, mobilier, appareils électroménagers et les voitures, portaient cette lisse et fluide philosophie de conception.
La Chrysler Airflow et la Pierce Silver Arrow, sont deux des exemples les plus familiers de cette tendance, mais la plus fameuse et la plus caricaturale est la Phantom Corsair « The Flying Wombat »

Aucune voiture de cette époque n’était élaborée selon une conception véritablement organique de leur carrosserie…, jusqu’à ce que cette Phantom Corsair n’existe…
Ces automobiles ne se compromettaient pas avec ne fusse qu’un zeste de classicisme…, pas de badges, une finition sans joints des panneaux, aucune fioriture dans le style de l’accastillage des yachts, contours arrondis, écoulement des lignes non perturbé par des « gimmicks » et des phares additionnels de pare-chocs.
Une perfection avant-gardiste.

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H.J.Heinz de Pittsburgh, USA, est le propriétaire de l’empire des condiments Heinz (Ketchup), un homme richissime en centaines de millions de dollars de l’époque, qui savait bien comment ajouter de la sauce (gag !) à l’ordinaire et profiter de sa liberté financière…, Rust Heinz est son second fils… et c’est lui qui nous intéresse car il est le créateur de cette merveille automobile…
Sortant de l’université de Yale, avec une spécialisation en architecture navale, Rust Heinz a conçu des bateaux à moteur profilés révolutionnaires… et a couru avec eux !
Il connaissait bien évidemment les bonnes personnes pour réaliser de brillantes affaires, en sus d’être l’héritier de l’empire Heinz (qui existe toujours en 2018 !)…
Dès la fin des années trente, Rust Heinz (né en 1914), était certain qu’il détenait en lui la vision de la première supercar révolutionnaire américaine

Bien que sa famille était peu disposée à financer sa vision automobile de l’avenir, la tante de Heinz, une fofolle exentrique très riche, était quant à elle, heureuse de payer les factures.
A Pasadena, Californie, Rust Heinz a collaboré avec Christian Bohman et Maurice Schwartz, propriétaires de la célèbre carrosserie Bohman&Schwartz, pour concevoir sa voiture de rêve.
En moins d’un an, la vision de Rust Heinz est devenue une réalité avec la Phantom Corsair, en contre partie d’un montant de 25.000 $…
Basée sur une Cord Westchester Sedan 1936 équipé d’origine de son moteur Cord V8 289ci suralimenté à 192 chevaux par Granatelli, la carrosserie a été conçue dans une soufflerie puis construite par Maurice Schwartz en personne.

Ressemblant à un poisson ventouse en format « baleine », la carrosserie Fastback, radicale, incorporait des évents (louvers) et les mêmes phares « Woodlites » verticaux de la célèbre « Dupont » (une marque automobile de prestige des années trente), mais ici sculptés comme les yeux d’une grenouille en protubérance…, une caractéristique biologique qui se fondait prétendument dans la forme principale.
Les autres caractéristiques, uniques, incluaient les portes à bouton-poussoir automatiques, un contrôle thermostatique de la température, des vitres de sécurité teintées, des pare-chocs hydrauliques et un habillage intérieur dénommé « Anti-crash », car rembourré d’une épaisse couche de liège et de caoutchouc en isolation.

L’intérieur de la Phantom Corsair offrait de la place pour six personnes, quatre à l’avant et deux à l’arrière, le tableau de bord avait une forme insolite en style d’instrumentation aéronautique…, le pare-brise scindé en deux parties était dramatiquement bas tandis que les vitres latérales remontaient dans le toit.
Le voyage d’essai inaugural a révélé quelques problèmes : les persiennes de la face avant, en lieu et place d’une calandre classique, limitaient le refroidissement du moteur Cord-Lycoming de 4,7L qui, de ce fait, surchauffait fréquemment en ville… ou le potentiel de 200km/h ne pouvait s’exprimer…

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Des entrées d’air ont alors été découpées sous le pare-chocs avant… et finalement deux radiateurs de Lincoln Zephyr ont remplacé le radiateur Cord d’origine.
Un autre problème est apparu…, les vitres latérales merveilleusement incurvées, le pare brise de la taille d’une trappe de boîte aux lettres et la minuscule vitre arrière… étaient trop petits pour être utiles à y voir « clair »…, le conducteur téméraire et inconscient, ne voyait strictement rien lui permettant de circuler normalement…
Pour aggraver les choses, aucun rétroviseur n’avait été installé, les changements de voie et le stationnement s’avéraient dès-lors des manœuvres pénibles, voire impossibles !
Et pourtant, strictement rien de tout cela n’importait à son créateur, qui continuait d’avancer…

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Malheureusement, après avoir vanté les mérites de cette automobile extraordinaire dans des brochures et magazines pendant un an, promotion comprenant une annonce pleine page publiée dans le magazine Esquire : « La voiture de demain »…, après avoir confié cette même voiture dans un film Hollywwodien de 1938 « The Young at Heart » où elle était appelée « Flying Wombat » ( avec Paulette Goddard et Douglas Fairbanks Jr.)... et peu après l’avoir présentée à la New York World’s Fair en 1939 car destinée à être produite en nombre limité pour 12,500 $ (ce qui était une très grande fortune pour la plupart des individus à l’époque, soit l’équivalent actuel d’environ 300.000 euros)…, pas d’ordres d’achat ne sont venus récompenser Rust Heinz pour sa conception excentrique, réduisant ainsi la Phantom Corsair à n’être qu’un modèle unique très coûteux.

La voiture a été stockée par la famille Heinz jusqu’en 1945, puis vendue pour quasi rien à Lou Maxon, un ami de la famille, qui l’a revendue un peu plus cher à un car-dealer de Détroit…, qui l’a vendue à William Strohe demeurant dans le Michigan…, qui l’a cédée à Patrick Mc Carthy, qui l’a vendue à Crowe Motors, un vendeur de voitures d’occasions de Chicago qui l’a échangée contre une Buick à Andy Granatelli… qui l’a revendue à Richard H.Rush, l’avocat personnel du président Truman… qui l’a vendue à un de ses clients, membre de la famille Studebaker…
Le projet a pris fin en juillet 1939 avec la mort prématurée de Rust Heinz, décédé de ses graves blessures subies dans un accident de la route, avec une autre voiture…, il n’avait que 25 ans !.

En 1951, la Phantom Corsair a été acquise par le célèbre humoriste-commédien Herb Shriner, un fervent amateur de voitures qui a décidé de réaménager la voiture, commandant à Albrecht Goertz, designer de la BMW 507, de retravailler la partie avant du véhicule, d’améliorer le refroidissement du moteur et de transformer le pare brise pour augmenter la visibilité…
Dénaturation ultime…, probablement en raison de l’obscurité de cabine et pour assurer une meilleure ventilation de l’habitacle…, le toit a été modifié pour former deux panneaux de toit Targa.

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Après la mort de  Herb Shriners en 1970, la Phantom Corsair a ensuite été exposée au Musée Automobile de Silver Springs (Floride), avant de finir, suite à une vente aux enchères, dans les mains du célèbre propriétaire de casinos et également grand collectionneur d’automobiles, William Harrah de Réno, Nevada, qui a fait restaurer la voiture dans sa configuration d’origine, supprimant la totalité des travaux d’Albrecht Goertz (sauf le toit Targa et l’amélioration du refroidissement moteur).

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Lorsque Bill Harrah est décédé, sa collection a été transformée en un musée qui se nomme maintenant : « The « National Automobile Museum »…, il est situé au sud de Truckee River à Reno, Nevada : http://www.automuseum.org/index.html
La Phantom Corsair y est toujours exposée…, elle en est sortie exceptionnellement pour participer à trois manifestations majeures du monde des voitures hors normes : le festival de Goodwood en 2006 (Angleterre)…, le Concours d’Elégance de Peeble Beach 2007… et le 14e Concours d’Elégance annuel de l’île d’Amelia, en mars 2009…

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– Il y a certaines automobiles que j’ai envie d’appeler : « once-in-a-designs », pour la vie entière… et concernant la Phantom Corsair, celle-ci se range tout naturellement dans cette catégorie…, m’a dit Bill Warner, fondateur et co-président du Concours d’Élégance de Amelia Island…, Quand cette voiture est sortie de chez Bohman & Schwartz, en 1938, elle a été mal perçue du public qui la trouvait scandaleuse et futuriste à la fois. Pourtant, cette grand-mère de 70 ans et plus, génère encore un « buzz » partout où elle va… et défie encore le monde de la voiture ancienne et d’aujourd’hui, de même façon qu’elle l’a fait quand elle a roulé hors de leur boutique de Pasadena en 1938. Il n’y aura jamais plus une autre comme elle. Je me suis souvent demandé ce que ce serait comme de conduire cette voiture dans une ville comme Paris. J’essaye d’imaginer les regards que j’obtiendriais. La Phantom Corsair va surprendre vraiment les gens venant à Amélia Island au Concours d’élégance 2009, elle sera probablement l’une des voitures les plus photographiées tout au long de la journée…

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Cette Phantom Corsair de 1938, véritable enclume roulable plutôt que roulante…, éloigne agréablement des routières auxquelles le public actuel (2018) est habitué, le point d’orgue de ce charmant coffre-fort déplaçable… étant l’excellent équilibre entre la tenue de route et le confort.
Vraiment !

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Si vous ne connaissiez pas cet engin, c’est parce que, mis à part celui qui a réalisé l’excellent article repris ci-dessus (moi en personne), les journaleux plumitifs tâteurs de plastique et chercheurs de « qualité perçue » qui sévicent dans les shows pour n’en voir que les « Grandes Classiques » habituelles, n’ont pensé qu’à s’y masturber…, ce fer à repasser design, n’étant pas leur pitance sexuelle habituelle pour peaufiner leurs texticules…
Seuls, quelques rares techniciens-journalistiques…, parmi les moins abscons possédant un autre type de fer à repasser, telles les grosses américaines bien grasses…, vous écriront qu’il est plus facile de prendre plaisir dans ce subtil compromis entre la science et le n’importe quoi… qu’est une grosse voiture routière américaine à l’empattement plus long…, qu’une petite voiture économique à l’espace techniquement réduit…