1948 Bentley MK VI Roadster by Vesters & Neirinck…
Histoire d’une « enroule » ! (une « enroule » est, en argot, une arnaque minable, exécutée rapidement)

Cette histoire véridique est celle d’une « enroule« , minable, à la fois sur la nature de l’objet et sur le manque de respect à une parole donnée…. et aussi de la constatation d’un incroyable manque de c…. après ces deux faits, de la part de son auteur, le propriétaire de la « chose« … !

Ce que je répète inlassablement à ma fille de presque 20 ans, c’est qu’il ne faut JAMAIS se laisser faire, ni manipuler, dans la vie…, il faut TOUJOURS garder la tête haute, TOUJOURS rester soi-même et ne pas avoir peur de dire la vérité, en toutes choses et quels que soient les gens qui tentent de nous baiser profond…

Mon « ami » Roland P. me téléphone concernant une Bentley Cabriolet 1947 très spéciale, propriété de Michel B. multi-milliardaire dont la famille a un nom très connu dans le monde de la construction de batiments et de ponts…, qui désire la vendre rapidement parce que sa maison située dans le Golfe du Bercuit ou elle est entreposée, maison ou il résidait, est vendue… et qu’il part définitivement s’installer et vivre à Cadiz en Espagne.
Mardi, 10h23
Il m’affirme que c’est une affaire « exceptionnelle« , que cette voiture vaut au moins 100.000 euros mais que je peux l’avoir pour le quart de ce prix : « 25.000 environ…, je crois, oui, environ, je sais plus exactement, on verra, viens voir… Prend 5.000 euros avec toi pour bloquer l’affaire » !
Rendez-vous est convenu pour le lendemain 11h00…

J’arrive à la taverne de la Grand-place de Wavre que dirige Roland P. et nous partons en direction du golfe du Bercuit.
Mercredi, 11h04
Roland s’installe dans ma Smart avec un antique casier de bouteilles et me demande d’effectuer un « crochet » vers une firme, « Troc« , qui revend les secondes, troisièmes, quatrièmes mains et plus… des « ceusses » qui désirent gagner quelques euros sur des choses qu’on jette généralement dans des poubelles…
Roland P. profite vraiment de tout et n’importe quoi…, il reçoit 8 euros pour son casier en vieux bois après une demi-heure d’attente !
A titre de comparaison, mon avocat me demande 85 euros de l’heure…
Que soit…

On me montre une Bentley MKVI toute poussiéreuse dans un de ses garages.
Vers 11h30 nous arrivons à la villa de Michel B.
Malgré le léger crachin de pluie nous poussons la voiture devant la villa afin de l’examiner en détails et nous discutons…

C’est loin du prix « d’accroche » de 25.000 euros destiné à me faire venir !
Le prix de base est indéterminé, sauf que ça devrait tourner dans les 40.000, mais ça dépend si je paie de suite…
On ne sait comment me présenter cette voiture assez bizarre dans son style arrière, sauf qu’on me dit que cette Bentley aurait été achetée neuve en 1948 (et non en 1947) par le Grand-père, Emile B. (ou Ado B. je ne sais plus) qui aurait fait carrosser le chassis d’usine chez un grand carrossier de l’époque, puis qui aurait circulé avec elle seulement durant une soixantaine de milliers de kilomètres entre la Suisse ou il possédait une propriété et sa villa belge…
Le nom de Vesters & Neirinck est cité.
Ce cabriolet 2 portes 2 places est construit sur le châssis Bentley # B374DA…
On me cite enfin le prix « pour moi » : 40.000 euros…, possibilité à 35.000 si je me décide de suite et donne 5.000 cash pour « bloquer« …
Ce laxisme est suspect !

En fonction de ce qui m’a été « raconté« , ce que je répète à Coys, une valeur de 40.000 Livres Sterling en découle… (60.000 euros).
Je téléphone à Grégor Werner de chez Coys pour commenter cette voiture.
Roland P. et Michel B. me poussent à acheter cette voiture, ne fusse qu’en la bloquant avec un acompte de 5.000 euros : « Pour les 35.000 restants, on s’arrangera, même 30.000, pas grave, mais donne de suite 5.000 pour bloquer« …
Un je-ne-sais-quoi me fait hésiter…, il n’y a nulle-part de plaquette du carrossier « Vesters & Neirinck »…, il n’y a d’ailleurs aucune plaquette d’identification en dehors de la plaquette constructeur qui se résume au seul numéro de chassis.
Soudain, un flash…, le Grand Mickey Maître de l’univers me chuchote que mon horoscope m’invite à la prudence financière…, je ne dois pas acheter cette voiture…
Dès-lors, autant la mettre dans une vente Coys et se contenter d’une commission.
Risque zéro…

Ascott est un endroit très prestigieux, c’est la vente la plus « classe » de Coys en Angleterre, la date n’est pas trop éloignée, c’est le lieu idéal pour obtenir un « juste » prix de cette « rareté« …
Je dis à Michel B., très diplomatiquement, que je ne suis pas là pour « faire une affaire sur son dos » (ce qui s’avèrera un double-sens très approprié) et je lui propose de placer cette voiture dans la vente Coys d’Ascott fin octobre 2007.
Je propose de m’occuper de la vente de cette voiture moyennant une commission de 25% comprenant le « fee » retenu par Coys.

On décide alors que je réalise de « bonnes » photos immédiatement, d’autant que fin de semaine Michel B. sera definitivement en Espagne.

Recontacté de suite, toujours sur mon mobile, Grégor Werner de Coys me signale qu’au vu de la rareté de la voiture et du nom de son carrossier, entre 2 et 4 pages du catalogue seraient offertes sans soucis, il me demande toutefois de lui envoyer des photos d’urgence ainsi qu’une copie des documents d’immatriculation afin d’être certain que cette voiture est authentique.

Michel B. et moi convenons que je prends en charge la voiture, que je la fasse « rénover » en un super-détailing et qu’on y replace une nouvelle batterie, les 25% de commission incluant le « fee » de Coys et les coûts catalogues, publicités et inscriptions sont acquis et approuvés.
Après avoir repoussé la voiture dans son box, nous partons déjeuner chez Roland P.
Roland téléphone à Philippe D. pour qu’il effectue le transport le lendemain jeudi du Bercuit à mon garagiste près de Tournai, de mon coté, en forçant un peu, je parviens à obtenir une photocopie des documents (dont par acquis de conscience j’ai réalisé une photo peu avant sur le capot de la Bentley), Michel B. m’inscrit toutes ses coordonnées pour établir les documents « Entry-fee » pour Coys et on se quitte dans la bonne humeur.

Je retouche et re-cadre les photos, prépare un article historique, le place sur mon site www.GatsbyOnline.com et en envoie une copie à Coys et à un expert Britannique en voitures anciennes, Anthony Godin.
De retour chez moi, vers 15h00, je re-contacte Coys, on se confirme tout.
Il est 20h30, ce travail m’a pris la tête tout l’après-midi…

Je téléphone à Philippe B. qui me confirme avoir chargé la Bentley et qui sera chez mon garagiste avant midi.
Jeudi, 11h34
A 11h48, coup de tonnerre : je reçois un é-mail d’alerte de l’expert Britannique, Anthony Godin qui oeuvre avec Coys, me signalant qu’en fonction du numéro de chassis # B374DA , des photos que j’ai envoyé la veille en soirée et des renseignements obtenus par lui, la voiture ne serait pas une Bentley achetée en chassis nu motorisé et carrossé en cabriolet 2 places par Vesters & Neirinck en 1947 ou 1948, mais une simple berline sedan de 1948 qui a été gravement accidentée à l’arrière dans les années cinquante et reconstruite à l’arrière en cabriolet avec un minimum de moyens par un obscur carrossier inconnu réutilisant des pièces d’autres véhicules…
Son alerte m’informe de ne surtout pas acheter ou m’aventurer avec ce qu’on nomme vulgairement « un Bitza » qui ne vaudrait pas plus de 18.000 euros.
Je téléphone alors à Roland P. pour lui en faire un résumé…
Il me dit : « Ah bon, je vais voir, je rappelle plus tard, je vais dîner…« .

14h30… toujours rien !
14h00… rien !
Le téléphone de Philippe B. sonne mais ne répond pas.
J’appelle chaque demi-heure… rien !
Je téléphone à chaque intervenant, plus personne ne répond…
A 18h30 mon garagiste m’avise que la Bentley n’est jamais arrivée, qu’il a perdu son temps tout l’après-midi à attendre et que maintenant, il en a ras-le-bol et qu’il ferme, on verra demain !

En conséquence, obéissant, il a fait demi-tour et l’a entreposé dans son garage ou il me prétend qu’il va la « fignoler » et la vendre !
A 20h36 j’ai enfin Philippe B. en ligne en l’appelant via un autre téléphone (il ne sait pas que c’est moi qui l’appelle)…, il me dit que vers midi (juste après mon appel signalant les commentaires de l’expert de Coys), Michel B. lui a demandé de ne pas me livrer la Bentley et de la parquer chez lui… 
Je lui demande pourquoi plus personne ne m’a répondu téléphoniquement, il me prétend qu’il a eu des ennuis avec son téléphone et qu’en plus il y a eu une panne de réseau…
Il me laisse sous-entendre dans cette conversation que cette Bentley aurait transité par lui qui y aurait effectué des travaux…, comme si, en fait, cette voiture n’aurait jamais appartenu à Emile et/ou Ado Blaton, mais aurait été « bricolée » puis vendue à Michel B. par Roland P.
A 20h54 je téléphone à Roland P. qui me dit, d’une voix très embétée, ne rien savoir.
A 21h13 j’appelle Michel.B qui me dit qu’il dîne et qu’il me rappelle dans le quart-d’heure…
Il ne rappelle pas !
Je subodorre une « enroule« , je flaire que Michel B. aurait acheté cette voiture à Philippe D. via Roland P., que cette voiture ne lui aurait pas apporté de satisfaction et qu’il la renverrait à ses anciens revendeurs, à charge pour eux de la négocier au mieux…
Quoi de mieux que de m’attirer dans le site prestigieux du golfe du Bercuit dans la villa de Michel B. pour me raconter une histoire avalisée par lui, qui s’en f…. puisqu’il part définitivement en Espagne fin de semaine…
N’a t’il pas donné les documents d’immatriculation à Roland P. et la voiture à Philippe D. ?
Ayant découvert l’affaire peu avant midi, plus la peine de me confier la Bentley…, autant chercher « quelqu’un » d’autre… et me laisser tomber comme quantité négligeable !

Vendredi, 10h32

Je téléphone à Michel B. avec un numéro masqué…
C’est un répondeur automatique qui m’informe qu’il faut le joindre via un numéro espagnol.
Michel B. me re-sonne quelques instants plus tard (touche appel reçu en absence) et, se rendant compte que c’est moi, bafouille qu’il va me rappeller de suite…, énervé il me répète deux fois qu’il va me rappeller de suite !
12h40, au moment ou j’écris ceci, Michel B. n’a jamais rappellé, il n’appellera jamais plus malgré l’é-mail que je lui ai envoyé la veille peu avant minuit…
Plus personne de cette « équipe » (pour ne pas écrire « bande« ) ne m’appellera…
Leur « enroule » n’a pas marché !
Merci à Coys dont la sagacité de l’expert Anthony Godin a permis de découvrir la réalité…

Même multi-milliardaires, certains n’ont ni c… ni parole, ni honneur.
Conclusion…
Ils cherchent tout comme les « ceusses » que je rencontre au hasard des shows ou j’expose, la seule volonté de me l’enfoncer bien profond…
On a tout simplement cherché à « m’enrouler » pour un « Bitza« , une Bentley « ordinaire« , Sedan 4 portes « usine » accidentée puis transformée en cabriolet-roadster avec un minimum de moyens techniques, comme en témoignent les vitres latérales en plastique et la réalisation plus que « légère » de l’arrière de la voiture…
Lorsque l’expert et Coys s’en sont aperçu et m’ont informé en « alerte« , lorsque j’ai demandé des explications aux différents intervenants…, la voiture est repartie vers ailleurs…, sans doute en attente d’un autre pingouin à enc…
Quelle y reste !

Après la deuxième guerre mondiale, Rolls-Royce reconnu un changement dans la volonté de sa clientèle, et passa de la voiture conduite par un chauffeur aux limousines « propriétaire-conducteur« .
Historique des vraies Bentley MKVI…
La Bentley Mark VI Standard Steel Saloon était la première voiture entièrement construite par Rolls-Royce avec une carrosserie standard.
Avant, seuls les châssis étaient construits par la firme, le reste était sous-traité.
La Bentley MKVI a été dessinée pour être la plus compacte possible à cause du rationnement d’acier d’après guerre.
Elle fut équipée de l’excellent et très fiable nouveau B60, un 6 cylindres en ligne de 4257cc. 
Toutes les voitures avaient une boîte manuelle.
La Mk VI « Standard Stell Saloon » (berline de série tout acier) d’une cylindrée de 4257 cm3 apparue en mai 1946, se caractérisait par des lignes typiquement britanniques.
Elle était basée sur la Mk V produite en dix neuf exemplaires de 1939 à 1941, avant que la guerre n’entraîna l’arrêt de toute construction automobile.
 
Ce fut la première voiture “rationalisée” à être fabriquée en série, avec un châssis conçu pour accueillir les caisses des Bentley et des Rolls Royce de différentes tailles.
Malgré que des chassis motorisés pouvaient encore être acheté par des particuliers pour que des carrossiers réalisent « LA » voiture unique qu’ils désiraient avoir, comme c’était le cas avant guerre, Bentley produisait normallement et pour la première fois, la voiture toute entière, obtenant ainsi un véhicule particulièrement bien assemblé, car le constructeur de Crewe maîtrisait l’ensemble du processus, de la conception jusqu’à l’assemblage final.
 
A noter toutefois que sa caisse en acier embouti était produite par la Pressed Steel Company.
La Mark VI demeurait assez conservatrice, même si quelques uns virent dans certains de ses éléments tels que les projecteurs intégrés des innovations radicales ! 
Son moteur 6 cylindres en ligne datait, quant à lui, de 1938.
Il développait une puissance de 132 ch.

Elle atteignait la vitesse de 145 km/h.
La Mk VI était appréciée pour sa maniabilité, son confort, son silence, et pour ses performances honorables.
Le modèle ne fut commercialisé que tardivement en Grande Bretagne, le gouvernement de l’époque souhaitant privilégier les rentrées de devises en cette période d’immédiat après guerre.
La cylindrée du moteur fut accrue à 4566 cm3 en mai 1951.
Sa puissance atteignait désormais 160 ch.
Sa quotation est de 15/18.000 euros pour un exemplaire en très bel état.
Les versions de Grands-carrossiers célèbres, en version cabriolet sont évaluées aux environs de 30.000 euros, certains modèles de Park-Ward et/ou Graber atteignant 60.000 euros, c’est dire que faire croire qu’un « Bitza » fut l’oeuvre d’un grand-nom de la carrosserie, peut faire réaliser des « coups » juteux dans des « enroules » tarabiscotées…
Dont acte…
www.LesAutomobilesExtraordinaires.com  
www.GatsbyOnline.com