Lorsqu’en 1955 le magazine américain « Hot-Rod » a interrogé Jay Everett sur ses motivations et son inspiration l’ayant amené à créer son Astra Coupé, une voiture qualifiée de « révolutionnaire »…, il a répondu d’un air naïf : « Je suis fatigué de voir les barges de plomb »
Une réponse étonnamment succincte concernant un engin : « qui lui a nécessité des efforts considérables au départ d’un talent exceptionnel »… selon ses proches, enthousiastes !
Ben voyons…

A force de combler les manques et d’égaliser les courbes, surtout en cas d’un toit surbaissé (top-chopping), ces engins devaient être enduits de centaines de kilos de plomb, d’ou leurs surnoms de « luges de plomb » et « barges de plomb » eu égard à leurs piètres qualités routières en virages…

Les « barges de plomb » désignaient les éléphants-auto-mobiles nommés « Kustom-cars » reconstruits au départ des grosses et typiques berlines et coupés des années cinquante, à grands renforts de plomb, comme c’était la règle en carrosserie en ces années ou Synthofer et fibres-de-verre n’existaient pas encore…

Entre autres réalisations, il a le mérite d’avoir développé la forme caractéristique de la bouteille de bière « Michelob », ainsi que les modèles de pré-production de la célèbre chaise « Eames » en plastique moulé, de même que le design des appareils photo Polaroid en partenariat avec l’architecte finlandais Eero Saarinen.
Bien qu’Everett a mené une carrière très réussie en tant que maquettiste professionnel dans l’industrie automobile de Détroit, la voiture présentée ici précède tout ses projets.
La voiture présentée ici a pris forme en 1952.
Everett, vivant en Californie, était un jeune père de famille travaillant dans un petit garage derrière sa maison, tout en étant assistant de cours à l’Art Center College of Design de Pasadena, le vivier des plus grands designers automobiles de l’époque.
Après deux ans d’efforts, Everett, alors âgé de seulement 25 ans, avait terminé sa voiture qui fut exposée au Motorama Petersen de 1953.

La carrosserie en aluminium et le châssis tubulaire ont donc été entièrement construits à partir de zéro, avec l’assistance de Paul Koonz.
Plutôt que de commencer avec une voiture existante et de la modifier, comme l’avait fait William « Bill » Flajole (1955 Flajole Forerunner « convertissable »…), Jay Everett a tout simplement rejeté cette coutume et a décidé de construire une voiture de A à Z.
La forme de la voiture a été définie par des entrelacs de petits tubes soudés à d’autres tubes de plus fortes sections, le tout formant un châssis « bird-cage » autour duquel Jack Sutton et Dennis Powers ont laborieusement sculpté « à la main », une carrosserie en aluminium…, l’ensemble de ce processus s’inspirant des techniques de la construction aéronautique.

Le pare-brise de l’Astra Coupé avait été prelevé sur une Cadillac 1952, la vitre arrière avait été retaillée à partir de celle d’une Chevrolet Fleetline…, la vitre latérale étant élaborée avec des récupérations de voitures décapotables de diverses origines…  
Sutton, était spécialiste de cette technique qu’il avait déjà employé pour la fabrication de nombreuses voitures de courses, comme la Ol ‘Yaller de Max Balchowski, exécutée de main de maître sous la supervision de Jay Everett (Viva Las Végas en « Ol ‘Yaller »…).
L’avant et l’arrière de sa conception initiale sont certainement les plus frappants.
Les grilles d’entrées d’air sous les phares et sous le nez, ont été fabriquées à partir de tubes plats, l’ensemble canalisant l’air vers un radiateur innovant refroidit ainsi « naturellement » par le flux des turbulences de la zone de basse pression du sousbassement de face avant.
Le capot avant sur charnières-compas, inspiré du coquillage-palourde « Shell », était totalement innovant en début des années cinquante, précédant de 10 ans des procédés semblables qui seront utilisés dans l’industrie automobile, notamment par Jaguar pour la E-Type.

Quant à l’intérieur, en place de l’habituelle banquette, Jay Everett y avait placé des sièges baquets… et au lieu du sacro-saint changement de vitesse au volant défini comme une avancée technologique depuis les années ’49, Jay Everett a placé le levier de vitesses au plancher, fabriqué au départ d’une conception de George Hurst.
Avec son design « Fastback » en pente douce (également innovateur en 1955), ses bords d’ailes d’une netteté remarquable, ne nécessitant pas de joncs chromés pour être embellis… et ses grands enjoliveurs de roues typique des Rolls-Royce, l’influence Européenne de la voiture était sans équivoque.
Le groupe motopropulseur résident sous le capot en aluminium était un V8 Buick 303ci Rocket.

L’engouement du public fut tellement énorme qu’un autre article a réapparu moins d’un an plus tard dans le numéro de Mai 1956 du magazine américain Rod and Custom, toutefois sensiblement modifié… et donnant à cette voiture le nom de « Astra Coupé », qui lui est resté.

La voiture prévue en reportage pour un numéro spécial d’été, ne fut terminée que début août, juste à temps pour être programmée simultanément dans l’édition de Septembre 1955 de « Motor Trend » et de « Hot-Rod Magazine ».

Le nouveau propriétaire de l’Astra était Dick Hoy, une des têtes associées dans la boutique de George Barris, chez qui il a amené la voiture pour « lui refaire une fraîcheur », incluant une repeinture en bleu.
Everett a finalement vendu la voiture à la fin des années cinquante et, avec cet argent, a co-fondé « Scale Design », une société avec laquelle il voulait créer des prototypes avant-gardistes.
Georges Barris était impatient de mettre la main sur cette voiture pour en faire une nouvelle base de ses créations, mais par un étrange concours de circonstance, au moment de pouvoir acheter l’Astra, il était malade, indisponible… et c’est Johnny Morris de El Monte qui l’a achetée en 1979…, pour la revendre 11 ans plus tard à Fred Torrisi, propriétaire de « Antique Auto Parts« .
Selon sa fille Brandy, il a été enseveli dans son garage qui s’est effondré, alors « qu’il faisait de la place pour y entreposer l’Astra…, avec laquelle il n’a donc jamais roulé »….

Il l’a vendue après 14 ans de bonheurs mécaniques, en 2004, à Jeff Allison, de Spokane, USA, un artiste très connu à Washington qui a directement déposé l’Astra chez un carrossier restaurateur.
A sa mort en 1990, c’est le camionneur qui était en charge du transport de l’Astra, de chez Johnny Morris vers chez Fred Torrisi, qui l’a achetée…
En voyage d’agrément en Californie, Jeff Launier a repéré la voiture dans la carrosserie ou elle était en attente du début des travaux.
Jeff Launier était un ancien « Ridler Award » semi-finaliste du 59e Autorama de Sacramento en Californie, le plus important challenge-concours de Customs et Hot-Rods…. et le propriétaire de « JF Kustoms » en Colombie-Britannique.
Il a demandé à qui appartenait l’Astra, a pris contact avec Jeff Allison et lui a acheté… pour ensuite envoyer l’Astra dans sa carrosserie en Colombie-Britannique…
A la manière de Jay Everett plus de 50 ans plus tôt, Jeff Launier a terminé la restauration en seulement 10 mois !
A ce terme, il a vendu l’Astra à Barry et Carole Blomme qui ont ramené la voiture aux USA ! 

Elle a regardé la voiture et, toute excitée, s’est mise à crier : « That’s my dad’s car ! »
En 2007, l’Astra était exposée au « West Coast Customs ‘Paso Robles », ou Kim Everett-Enriquez (la fille deJay) était venue par hasard…
Kim n’avait plus vu la voiture construite par son père depuis cinq décennies !
John Everett, le frère de Jay, est venu le lendemain avec sa femme et a négocié son rachat…
    
  
 
Kim Everett-Enriquez s’est laissée interviewer à cette occasion : « Au « West Coast Customs ‘Paso Robles 2007 », les participants étaient les plus occupés de l’histoire de cet événement, tous « en affaire » (excités) par la participation de l’Astra. Le nombre de véhicules acceptés et enregistrés officiellement avait été plafonné, une voie obligée depuis quelques années, mais le nombre de véhicules non-enregistrés sans incription, qui tournaient et stationnaient dans les rues rayonnant à partir du parc d’exposition, avait facilement doublé en comparaison de 2006. Dès le vendredi soir ou l’Astra est arrivée, il y avait une vibration étrange dans la foule. Mais, le samedi ce fut le délire, lorsque l’Astra s’est parquée en face de l’auberge de Paso Robles. C’est là que je l’ai vue. J’ai hurlé : « That’s my dad’s car ! » … puis j’ai téléphoné à John, le frère de mon père qui cherchait la voiture depuis longtemps. Il m’a répondu qu’il arrivait de suite avec de l’argent pour l’acquérir immédiatement. C’était un moment magique »…

Cette Astra Coupé 1955 est une extraordinaire starlette, publiée dans de multiples publications des années cinquante : Hop-Up, Hot-Rod Magazine, Motor Trend, Rod and Custom.
Elle vient d’être à nouveau présentée en 2009 dans toute une série de magazines qui ont loué son style novateur et décrété que c’était sans nul doute le Kustom-car le plus iconique des années cinquante.
Elle va être mise en vente chez RM Auctions en janvier 2010, très bientôt donc, avec une valeur estimée entre 200 et 300.000 dollars.
Je vous ferai part du prix auquel elle a été adjugée, si elle se vend…
Wait and see…
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