1955 Ford Beatnik Bubbletop…

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De prime abord, la 1955 Ford Beatnik Bubbletop, peut se voir (à raison ?) comme une sorte de monument du Kustom déjanté du milieu des fifties, offrant toute la quintessence de l’humour de ces années « Rock’And’Roll » : ses délires et ses atteintes au bon goût plus ou moins assumées…, avec, en outre, ce je-ne-sais-quoi de fraîcheur supplémentaire, car tout le monde (de l’époque) semblait y croire à fond les ballons…

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Et c’est peut-être ça le plus beau : cet enthousiasme exubérant et quasi acharné qui finit presque par faire mouche quand on se retrouve à regretter d’avoir eu à immoler sa somptueuse « mullette » de mioche sur l’autel morne, froid et impersonnel des années cinquante, clinquantes…

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Amis lecteurs, amies lectrices, vous ne pouvez pas vous souvenir (car soit vous n’étiez pas encore nés, soit que votre très jeune âge n’a pas enregistré)… du milieu des années 1950…, cette époque bénie où le summum de la classe était de foncer à tombeau ouvert…, toute une génération réunie dans l’adoration de n’importe quoi a ainsi été déformée…, malgré le grand click du 30 septembre 1955, ou James Dean s’est tué comme un con au volant de sa Porsche 550 Spyder…, roulant trop vite…, cheveux au vent…

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La caisse avait de la gueule, avec sa robe gris argent et le numéro 130 (le numéro fétiche de l’acteur) peint en noir sur le capot et les portières, Dean l’avait baptisée « Little Bastard » (la petite garce)… et le bellâtre emboutit de plein fouet la voiture d’un étudiant de 23 ans nommé Donald qui lui coupait la route…
James a été retrouvé les pieds coincés dans les pédales de frein et d’embrayage, son thorax et son crâne étaient enfoncés, son cou brisé…
Ironie du sort, deux semaines plus tôt, il tournait un spot publicitaire pour la sécurité routière : « Soyez prudents sur la route, la vie que vous sauverez sera peut-être la mienne »…, disait-il.

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Quand Jack Warner (des studios Warner), a appris la nouvelle, il s’est décomposé…, pas que son poulain lui manquait déjà, mais surtout parce qu’il possédait deux films avec James Dean sur ses étagères, en attente…, dont un, « La fureur de vivre », avec cette fameuse scène de la course de bagnoles, absurde, justement…, censée sortir quelques jours plus tard…
Il s’est demandé qui allait vouloir se rendre au cinéma pour regarder un cadavre…, pourtant, le film fit un carton, donnant naissance à un mythe planétaire : James devint le héros rebelle aux cheveux ébouriffés, en tee-shirt blanc et en blue-jeans, l’éternelle cigarette posée nonchalamment au coin des lèvres, l’icône de toute la jeunesse des années 1950 en plein désarroi…

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James Dean fut même nommé deux fois aux Oscars à titre posthume, un record, pour « À l’est d’Eden » et « Géant », sortis un an après sa mort…, ne disait-il pas lui-même « Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre » ?…, voilà qui fut fait…
Après sa mort, les lettres de fans arrivèrent par milliers chez Warner Bros Studios…, pendant quelques années encore, des fan-clubs vont se créer à travers le monde…, sa pierre tombale fut volée à plusieurs reprises…, James Dean reste un des acteurs qui rapportent le plus d’argent avec ses droits dérivés…

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Quant à Little Bastard, qu’est-elle devenue ?
Little Bastard.., bof !
James Dean avait eu une brève liaison avec Maila Nurmi, une actrice de films d’horreur à petit budget et membre d’une église sataniste.
Vexée, humiliée et frustrée que James Dean la laisse choir…, l’actrice lui a lancé un sort de magie noire !
Alors qu’il est en plein tournage de « Rebel Without a Cause », elle a annoncé que la malédiction devait causer sa perte, celle de la voiture qu’il venait juste d’acheter (une frêle Porsche 550), mais aussi celle des jeunes acteurs qui tournaient avec lui : Sal Mineo fut poignardé à l’âge de 37 ans, Nick Adams succombât d’une overdose à 36 ans et Natalie Wood s’est noyée à 43 ans !

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Après l’accident, Georges Barris rachète l’épave de la voiture dans le but de la revendre en pièces détachées « souvenirs de James Dean ».
Lors de la livraison, la voiture chute du camion et lui casse les 2 jambes…
Quelques semaines plus tard, Troy McHenry et William Eschrid achètent respectivement le moteur et la boite de la voiture…, lors d’une course à Pomona où courent les 2 hommes, il y a 2 sorties de routes, Troy percute un arbre, se tuant sur le coup, William se crashe et finira ses jours en fauteuil roulant !
Barris vend les 2 roues intactes de la petite salope… et moins d’une semaine après la vente, leur acquéreur est impliqué dans un grave accident, les pneus des « jantes intactes » ont éclaté simultanément !

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Barris est invité par la California Highway Patrol afin exposer l’épave de la 550 histoire de montrer les dangers de la vitesse.
Le garage ou est exposé la voiture prend feu…, tous les véhicules présents ce jour là sont détruits par les flammes, à l’exception de l’épave de la Porsche !
Au cours d’une autre exposition, la voiture, maintenue dans les airs, perd son capot qui s’écrase sur une adolescente de 15 ans…, ironie du sort, l’accident se déroule le 30 septembre, un an jour pour jour après la mort de James Dean à son volant !

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Plus tard en 1956, la voiture se trouve sur une remorque, en route pour Salinas afin d’y être exposée.
L’attelage se détache, le chauffeur se rétablit in extrémis et s’en sort indemne…
Se rendant au niveau de la remorque pour constater les dégâts, la Porsche se détache subitement et l’écrase !

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2 autres chauffeurs seront victimes d’accidents mortels en 57 et 58 alors qu’ils transportaient la voiture !
Barris, qui commence quand même à se poser des questions, décide de tout arrêter et de faire détruire la voiture une bonne fois pour toute…
Il trouve un chauffeur courageux, qui accepte de charger la voiture à Miami pour la mener dans un centre de recyclage…, mais voilà, à l’arrivée, malgré des sceaux restés intacts, la voiture a disparu…, personne ne l’a jamais revue depuis…, putain de petite garce !

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La Ford Beatnik Bubbletop est soi-disant de cette même époque…, elle aurait prétendument  été créée en 1955… et plus ou moins comme James Dean, elle est devenue un mythe des annés « Rock’And’Roll »…
Circonstance atténuante, votre Honneur…, c’était le début du « restylage » de tout et n’importe quoi : machines à laver, fours, sèche-cheveux, jet’s supersoniques, fusées, missiles balistiques et bombes atomisantes…, tout était d’un nouveau design…

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Les bagnoles Kustom de Georges Barris (le pionnier du genre) ayant été récupérées par divers maestros comme Ed « Big Daddy » Roth et Darryl Starbird, ceux-ci s’auto-proclamant « constructeurs de voitures merveilleuses » et arrivent par bluff et entrechats à fasciner l’Americana des années 1950 en surfant sur des promesses d’un avenir « meilleur » (ce qui en sortira sera un cauchemar nommé « Le Grand Rêve Américain »… et l’Oncle Sam va bombarder le reste de la planète pour promouvoir l’immortalité de « La Grande Démocratie Américaine »)…

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La réalité de l’affaire est que le constructeur de la « 1955 Ford Beatnik Bulletop », cette voiture étonnante soi-disant venue du fin fond des fifties (gag !), se nomme Gary Fioto « Chopit », qui a grandit à Long Island, New York dans les années ’80 (si, si, vous allez comprendre comment et pourquoi on invente des mythes mités)…
Ce zouave (quand même assez doué) est fasciné par les « bubbletops », en particulier ceux de Darryl Starbird…
Convaincu que « Hacher » les automobiles comme de la viande quasi avariée pour en faire des hamburgers, est une « philosophie centrale de personnalisation »…, le bonhomme, au cerveau déjà en phase de liquéfaction, « hache menu » (pour débuter) une Mercury ’50 hard-top pour en faire en 2000 un « Bubbletop » nommé « Tuf Enuff »… et dans cette foulée, Gary Fioto va créer un club regroupant « ses » fanatiques : le « Beatnik-club », dédié aux autos-bubbletop…

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Comment décrire le choc produit par cet acte extrême (gag !) au sein de la société Américaine bien pensante ou, toujours en 2000 (un an avant l’arnaque du 11/9) les bouseux-types font toujours figures de héros de western ?
Disons qu’il existe une frontière ténue entre le sublime et le ridicule…, une lisière fine comme la lame aiguisée d’un rasoir sur laquelle on cherche à faire danser (parfois) les ploucs devant un prétendu chef-d’œuvre en devenir, afin d’en obtenir une montagne de US-$ !
Toutefois, à vouloir à tout prix délirer dans un certain grotesque, si dans la vie « normale » on finit par se retrouver la gueule la première dans la merde, mais en plus en y laissant des plumes…, dans la Kustom-Kulture, c’est l’inverse…, du moins, un certain temps !

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En 2006, la 1955 Ford Beatnik Bubbletop a remporté le très convoité premier prix de $ 20.000 au National Rod et Custom Car Show de Tulsa, Oklahoma, offert par la fondation Darryl Starbird à l’œuvre Kustom du siècle…., la victoire (sic !) a été « poétique » pour Gary Fioto, qui tout jeune lisait les reportages de divers magazines concernant Starbird, qui, lui aussi très jeune, avait « haché » son premier top-Kustom à 11 ans, utilisant beaucoup d’acier et d’aluminium ainsi que de fonte et de métal fondu, pour réaliser entre-autres bizarreries, un engin de 3 tonnes 600 au départ d’une Chevrolet de 1.200 kgs…, une « prouesse technique » unanimement applaudie à l’époque…, d’autant que ce « Maestro » n’avait utilisé aucun plan, et affirmé qu’il pensait en trois dimensions…

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« Je ne savais pas exactement ce que j’allais faire quand j’ai commencé, mais je pouvais voir le résultat dans ma tête, et j’y ai travaillé dur »…, ces paroles sont maintenant gravées dans la mémoire collective des Kustomiseurs Yankee’s…, Darryl Starbird étant maintenant reconnu comme un expert-magicien qui fut capable (sic !) de créer des œuvres-d’art à la gloire de l’Amérique en prenant des éléments disparates d’automobiles diverses récupérées dans des casses… et mélangeant ces ferrailles à un état de perfection (sic !) : des engins mythiques à la gloire du génie Américain.

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Gary Fioto va réellement créer le « one-of-a-kind » illustré dans cet article, non pas dans les années cinquante, mais dans les années 2.000…, un effort qui sera étrangement primé (sic !) car faussement défini comme étant un véhicule avant-gardiste des fifties…, un gag tout simplement superbe qui a dérapé rapidement vers une escroquerie intellectuelle…
C’est que son design « cuillère à soupe », roulé et plissé avec ailerons… et intérieur en pur skaï avec effet rasoir… était en effet radical et typique des années cinquante…

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Avec son tableau de bord bulbeux de type « aviation », la Ford Beatnik Bubbletop passait comme étant « vraiment » le travail d’un artiste du métal des années « Rock’And’Roll », accumulant toutes les excentricités possibles : d’ailleurs, lors de sa présentation « officielle » devant un public médusé, deux fanfares locales furent mises à partie avec « PomPomGirls » réalisant des chorégraphies démentes avec des moustachus recréant les fumeux Village People… et des types en slip avec des masques d’animaux jouant les diablotins des enfers en compagnie de blacks efféminés et sur maquillés en costume rose poussant des petits cris de folles prenant des poses affectées.

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Gary Fioto, en cette suite burlesque, a été interviewé par divers magazines de Kustom aux USA…, il a affirmé que les éléments constituant le « délire kustomique » étaient essentiels pour réaliser « une bonne voiture hachée » (sic !), ajoutant qu’il avait seul réussi à obtenir une attitude typiquement américaine : « C’est la gloire de l’Amérique que je recherche quand je coupe une voiture », avait alors déclaré Fioto…: « J’apporte de la  fraîcheur américaine dans tout ce qui rend une voiture extraordinaire, c’est ce que j’ai en tête, la liberté…, c’est quelque chose d’important pour moi, ma Ford Beatnik Bubbletop semble en déplacement, même si elle est immobile. Regardez-là attentivement, oui, regardez…, ma « Beatnik Bubbletop » bouge sans bouger… et vous pouvez voir ce mouvement en clignant les yeux »

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Si vous pouvez arrêter d’admirer les innombrables détails (gag !) qui rendent cette voiture si « intéressante » (sic !) je suis certain que vous allez attraper un mal-de-tête carabiné… et cela ne va guère évoluer pendant la nuit…, sachez, en fait… que la Beatnik fut en réalité un projet de quatre ans qui a débuté en 2000…
Gary « Chopit » a commencé en supprimant complètement le toit d’une Ford’55 après avoir installé la carrosserie sur un châssis de Lincoln type 88 modifié…, Fioto se justifiant en affirmant qu’il aimait remplacer les pièces antiques, par des composants plus récents, sur le raisonnement que, s’il y a un problème mécanique, il est plus facile de trouver des modèles récents, plutôt que des bricoles « vintage ».

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Comme le monde façon Gary Fioto est censé être futuriste et semi totalitaire (Boogalow en prend le contrôle), ou les flics ont des uniformes tout cuir et roulent dans des bagnoles échappées d’un post-apocalyptique étrange…, rien n’est plus logique et normal qu’un toit « Bubbletop »
Ce à quoi il faut également ajouter à cela tout un tas d’idées stupides qui ne peuvent que déboucher sur des soucis d’utilisation…
Fioto a en effet utilisé un mélange « éclectique » de composants Cadillac, Chrysler et Lincoln, y compris des phares quad inclinés…, tandis que le pare-chocs avant a été adapté d’une 59 Cadillac, que le pare-chocs arrière a été façonné à partir du pare-chocs avant d’une 58 Cadillac… et que les feux arrière à ailettes viennent d’une Chrysler 1960…

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La partie avant et les ailes arrière et les portes sont en acier formé-main et soudées à l’oxy-acétylène…, le moteur (avec son style d’époque six-carb induction via, développe ses performances, selon Gary Fioto, via « un système à saillie sexuelle qui pistonne à travers une ouverture de type grand capuchon »…
C’est un V8 Chevrolet 350ci avec accessoires en acier inoxydable et composants polis, équipé d’un système de courroie serpentine Hedman Hedders et de couvre-culasses à ailettes…
Et oui…, il y a même la climatisation pour les journées chaudes et ensoleillées sous la bulle de Lexan teintée qui a été fabriquée par Fioto lui-même.

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En Amérique, cette voiture est devenue culte grâce au revival 50/60/70/80’s, avec des projections délirantes de films débiles d’époque façon « Rocky Horror Picture Show » ayant lieu un peu partout, drainant des fans toujours plus nombreux à balancer des vannes sur cette voiture…
Attention toutefois, cela relève de l’escroquerie : outre qu’elle a été fabriquée de 2000 à 2004, elle a le culot de se proclamer « version originale » !

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Surpris, j’ai consulté quelques sites américains qui m’ont appris :
1° que toute l’histoire manque…,
2° que la « Beatnik » conserve très peu d’éléments de la Ford 55 originale… (un abruti m’a écrit que si on regarde attentivement, on remarque que « la cheminée » est toujours là, comme l’est l’intérieur des portes et leurs charnières, « la hotte » et ses gonds, la serrure du coffre et quelques uns des éléments d’origine)…

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La 1955 Ford Beatnik Bubbletop a reçu une pléthore de prix partout où elle est apparue…, elle a gagné le « Blackie-Gejeian » 2005 au « Fresno Autorama concours »…, elle a fait « première » dans la liste des « Top 5 Kustom » à Paso Robles en 2005… et au « Salon Grand National L.A. Roadster » de 2006, elle a remporté le premier prix d’élégance George Barris Kustom…

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En gros fan impénitent des arnaques automobiles, après avoir d’abord acheté un max de documents sur cette affaire, j’ai poussé le vice jusqu’à commander en import un DVD US édité par Gary Fioto en personne (je n’ai jamais rien reçu)…
Sans surenchérir dans la débauche de conneries accumulée tout au long de cette enquête, ne croyez pas que son final va vous faire voir Dieu (en personne) débarquer sans prévenir dans un Kustom infernal pour sauver les incroyants aux vertus de l’Amérique et les emmener aux cieux avec lui dans une aura de lumière aveuglante…, de quoi laisser sur le cul, principalement de par son atmosphère de suicide collectif de secte façon Temple Solaire.

Notez tout de même, à l’instar d’avisés confrères américains, que les niaiseux, réunis au sein de la communauté de Gary Fioto, se gargarisaient de la mise en vente chez Auctions América (les 17 et 18 juillet 2015) de leur bébé d’amour (« Child of love »), au prix « estimé » de 200.000 US$…

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Demandant alors, en cette suite, ce qu’il en était de ce qui n’est rien d’autre qu’une supercherie et une arnaque intellectuelle, l’avocat de la compagnie de vente aux enchères, m’a précisé ceci : « Cher Monsieur, l’absence de toute référence quant à la réalité que vous invoquez, permet d’affirmer aux USA, que, malgré les 60 ans manquant à l’année de construction de la voiture donneuse pour créer une œuvre-d’art américaine… ne constitue pas officiellement une tentative de manipulation » !

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J’ai répondu que mon « anti-américanisme primaire », sans doute… ne me permettait pas (ou plus) de m’abreuver des mensonges qui deviennent des « vérités établies »
Toujours est-il que ce « bébé d’amour » a été adjugé $ 165,000…

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