1963 Plymouth Fury Bubble-dôme…

Depuis qu’Andy Wickenheisser a modifié sa Plymouth Fury 1963 en la coiffant d’un « Bubble-Dôme », il pense devenir fou par peur de ce qui pourrait arriver quand il la conduit ! 
Trop de badauds restent figés, yeux écarquillés, bouche grande ouverte…, lorsqu’ils sont tétanisés sur les trottoirs, ça passe, mais lorsqu’ils conduisent, ça cause parfois des problèmes, ils se rentrent dedans, perdent le contrôle…, parfois pire.

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Je l’ai connu ainsi, par hasard, il a déboulé dans le parking ou j’étais stationné, un parking presque vide, j’avais moi-même la tête presque vide d’avoir entendu toutes les conneries habituelles aux States, suite aux attentats à la bombe de Boston : « Un nouveau 11 septembre…, la Tchétchénie attaque l’Amérique…, Bagdad s’exporte aux USA »…
J’ai entendu des explosions, j’ai cru que ça y était, que l’Amérique profonde allait vivre ce qu’elle fait subir dans d’autres pays…, j’étais là, près, suffisait de shooter des photos et d’y mettre des légendes…, ça fait double sens, là, des légendes photos…, mais, c’était pas le fantôme de BenLadden…, un drôle de bazar m’est apparu, avec un toit-bulle de soucoupe volante made-in-USA, et un hirsute au volant…
A coté de cette excentricité, toutes les voitures, mêmes les plus rares et chères, paraissaient n’être que des boîtes à conserves…

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Lorsque la Plymouth s’est mise à freiner, des flashs stroboscopiques façon pop disco ont illuminé le néant qui se niche dans l’obscurité des nuits noires… et presque au même moment, le dôme cristallin couvrant le cockpit, lentement, s’est mis à léviter comme dans un film de science-fiction de fin de soirée arrosée.
Un hirsute a sauté dehors et une femme avec trois petits chiens bâtards en remorque s’est avancée en lui posant les questions typiques des beauffes : « Est-ce légal à conduire ? Quelle est cette chose ?  C’est quoi comme marque ? Quelle heure est-il ? C’est bien la route pour El Paso ? Et quand il pleut ?…
Je suis allé voir l’engin de plus près et j’en ai conclu que c’était dingue…

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L’hirsute a voulu m’en mettre plein la vue, est remonté dans sa soucoupe roulante, a cliqué sur un bouton magique, et le dôme est redescendu lentement autour de lui.
J’ai demandé quoi c’était quand la batterie rendait l’âme…, mais il n’a rien entendu…
J’ai résolu de me répondre à moi même que c’était rigolo, pas plus ni moins : rigolo…
J’ai, par signe, fait comprendre que j’aimerai monter à bord… et l’hirsute de faire à nouveau fonctionner la coupole…
Je me suis installé et j’ai déchanté un brin…, l’intérieur s’avérait en effet assez pépère, avec une grande banquette rembourrée, faite dans un classique tuck’n’roll moelleux et bonbon…, le genre de fauteuil qui berce ses passagers comme un dimanche dans un canapé pédant, à franges, devant la télé à regarder Drucker-Shabat réciter des psaumes…

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Sous le dôme, j’ai été envahi par un sentiment de vertige provoqué par une surcharge sensorielle et je lui ai crié, énervé et pré-paniqué que le dôme pourrait ne plus s’ouvrir en cas de panne électrique : « Il n’y a rien pour entraver l’observation totale du paysage, ça fait bizarre ».
Mais, en tant que passager, fermer les paupières pendant quelques secondes m’a permis un regain d’équilibre.
Surélevée comme une pute sur talons aiguilles, la voiture doit sans cesse être maitrisée pour éviter de partir dans le décor, faut corriger en permanence… et, à l’avant, les pneus maigres (4 pouces de large) sont montés sur des jantes pizza coupe slim, les faisant apparaître encore plus petit qu’ils ne sont.

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La voiture qui a été construite pour aller tout droit, peu, miraculeusement tourner en cas d’urgence…, elle reste alors étonnamment contrôlable.
Même dans les virages serrés, à 30 km/h…, les jantes 15×10 Ansens chaussées de piecrusts Radir, parviennent à saisir la route, et s’y maintiennent…
Tant que le temps est couvert, le Bubble-dôme contribue à maintenir la température intérieure assez cool et confortable.
Mais dès qu’un coup de soleil vient le transpercer, rapidement, la température commence à griller les occupants du four roulant, car rien ne filtre les rayons du soleil.
Avec les « évents » de plancher ouverts au maxi, il y a seulement du pompage dans l’air…, la température continue d’augmenter rapidement, passant de moyennement confortable à étouffant.
En l’absence de fenêtres, il n’y a pas de manivelles à atteindre… et comme il n’y a pas de climatisation…, c’est assez épouvantable…
C’est en fait une voiture idéale pour l’Alaska.

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L’hirsute a fini par me dire qu’il s’appelait Andy Wickenheisser…, ce qui était un tour de farce…
Comme il semblait parfaitement cuit, je lui ai mis en tête de m’emmener faire un tour… et ce fut un grand moment !
Les rues étroites agissaient comme un mégaphone de pom-pom girls, en poussant et en mélangeant des bruits à d’autres dans une orchestration de résonnances diverses… des tons de couple à bas régime.
Une meute de punks en skate, de type pré-adolescent nous a assailli, voulant attirer notre attention.
« Êtes-vous un astronaute ? »… a laissé échapper le chef de la bande…, dans une expression faciale mêlant la peur intense et l’adulation totale, le tout en une fraction de seconde.

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Andy a ensuite été impatient d’aller voir ailleurs si on y était !
Il a tapé la pédale… et la fureur s’est mise à chanter la mélodie des trottoirs perdus, résonnant de-çi, de-là…
Les cheminées chromées crachant toute la fumée de l’enfer, le capot s’est levé au-dessus de la ligne d’horizon.
Puis, soudain, le nez est retombé.
Andy à stoppé la voiture, me disant qu’il était certain de ce que c’était : « Les pompes à essence ne fonctionnent pas, elles sont à l’arrière, je n’entend plus leur clic-clic-clic…, ça doit être un fusible ».
Il tiré un fusible de dessous le tableau de bord, et l’a maintenu sous la lumière et s’est fendu d’un commentaire philosophique : « Une tête d’épingle, si petite que les simples mortels ne le voient pas. C’est un fusible défectueux, mais pourquoi l’est-il ? C’est un signe de Dieu. Demain, je vais refaire le circuit électrique, pour l’instant je vais me contenter de le remplacer »…, a-t-il dit.
Le gars devait manger beaucoup de carottes, parce que la tache de réparation était si infime que la plupart des gens auraient passé outre.

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Nous avons ensuite continué de rouler sans but apparent !
Dans les bleds pourris, il y avait à chaque fois des beaufs et des beauffes, manifestant une attention démesurée au dôme…
« C’est le prix à payer pour vivre quotidiennement un phénomène de rue »… qu’il m’a dit !
« Avec une bulle qui n’apporte que du look et strictement rien d’autre, ouaihhhh, c’est débile ! Comment avez-vous eu l’idée de ce sommet de l’étrange ? « Avez-vous été inspiré par Darryl Starbird ? »… que je lui ai demandé avec un grand sourire…
« C’était tout simplement logique dans ma tête. J’ai acheté la Fury avec un pare-brise cassé et elle avait également besoin d’une nouvelle capote. C’était deux facteurs importants dans le prix des pièces à changer, plus le travail et le temps qui passe… La construction d’un toit en forme de dôme était pratiquement au même coût, donc c’était une meilleure voie à suivre… et comme je me suis spécialisé dans la construction de Hot-Rods, ce ne m’a pas paru complexe à réaliser…. Je voulais vraiment repousser les limites et je le voulais au top de mes créations précédentes, de sorte que créer un toit-bulle était la bonne chose à faire »… 

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Tandis qu’Andy m’expliquait toute une série d’autres choses inintéressantes, une ’69 Camaro RS, big-block équipée de pneus à profils bas, est venue se positionner en cote-à-cote….
Les vitres teintées cachaient les passagers, mais la fenêtre du passager de  la Camaro s’est mise à descendre, présentant juste assez d’espace pour passer un pouce levé.
La Plymouth Fury est toujours immédiatement entourée, c’est une attraction plus grande que les champs de citrouilles… et Andy aime les oohs et ahhs venant des gens…
Un jeune amateur de voiture qui tirait un chariot avec des nounours à alors laissé échapper : « Regarde maman, une vraie voiture de rêve, j’en veux une comme ça »….
Andy a révélé en cette suite, un sourire jusqu’aux oreilles… et son menton vibrait.
« C’est le meilleur compliment que je ne pourrais jamais obtenir, haut la main », m’a-t-il dit.