1966 Cobra 427 S/C # CSX 3040… US$ 2,947,500

Il me faudra d’abord revenir sur la valeur de l’opinion qui creuse la tombe de tant de nos pairs…
Il me faudra ensuite revenir sur le petit commerce des charlatans, sur la virtualité des choses… et sur la réalité de celles-ci.
Trop de trop, trop de tout…, nos armoires, placards, dessous de lit ou de canapés débordent, dégueulent des machins de toute nature, de toute taille et de toute inutilité…, c’est du plomb qui colle à nos bottes et qui dit à nos invités notre détresse et notre ennui.
Combien de disques jamais entendus ? De livres jamais lus ? De gadgets accumulant la poussière ?
Les « navions », les « niboux », les « zorreurs »… la multitude…, comme une vêture plaquée, une étouffante prise, une salmigonde étreinte.

Par le haut de haut de nos têtes s’immiscent les cohortes, les collections, d’indénombrables propositions : acheter le dernier machin, avoir une opinion sur tel ou tel machin, se rendre au spectacle, ou à l’expo de machin, rencontrer machin et machine, à la soirée que donne machin/machine…
Les trente-cinq dernières années m’ont fait voir le bordel des hommes (autrefois relégué au bureau ou à l’atelier) remonter à la surface du bordel des femmes : c’est la réussite de la mise à égalité des uns et des autres.
Maintenant, le bordel exposé revendique une mixité uniforme et plus personne ne pousse l’autre à la roue…

Je m’amuse chaque jour un peu plus quand mon Cocker Blacky, en me regardant dans les yeux, par télépathie m’entretient d’insécurité, m’évoque le funeste cortège des crimes et délits qui maussadent notre quotidien, et tristent nos cités.
Il en est trop de trop nés du côté des coupables : enfance chaotique, milieu familial névrosé (pire encore car démuni), expérimentations diverses, excès de vitesse, substitution à l’impôt, sexualité à partenaires multiples, instabilité créative, coupables d’un nombre incalculable de petits crimes, de petites prises de pouvoir, dans les discussions, la persuasion, la séduction…, oui, coupables d’acheter des produits trop peu chers à des producteurs ravalés au rang d’esclave…, coupable d’entretenir le dealer principal (l’état)… et de permettre aux « politiques » de péter dans la soie en acceptant de payer force taxes, dîmes, impôts, amendes, pot-de-vins, dessous de table et largesses.

Pour ma part, je suis coupable également… de régner en despote sur mon site-web et sur mes pages Facebook, ainsi que sur mon nouveau Chromes&Flammes…, oui, je suis coupable de dénoncer le consumérisme, la bêtise humaine (l’inhumaine aussi) et le policé…
Je vais commencer par ne plus me commettre dans cette criminalité-là, avant que de fustiger les « zélus » de se goinfrer sur les deniers publics, et d’envoyer des chars d’assauts sur des mariages de paysans armés de dragées (ou de je ne sais pas quels trucs au delà de nos frontières)…, c’est à dire : balayer à ma porte, puis guillotiner les chefs d’états (et ça ira, ça ira, ça ira).

Soirée prestigieuse samedi-nuit au gotha du raout, à Saint-Tropez, ce que compte de pensés et de faisants se trouvait là, réunis au frais, au creux d’un nid, partageant la paille : c’est l’heure du point d’eau, c’est à dire celle où l’esprit englue les verres, c’est à dire celle où l’on espère desserrer l’émoi en soi serti…
Dans l’attente, on glose, on enfle, on se cite autant qu’on en cite…, ceux cités ne sont pas là, c’est que l’intérêt est ailleurs, plus loin, là où vous ne vous trouvez pas, car nous ne sommes pas là moi vraiment, surtout vous qui me feriez ombre si vous vous intéressiez aux choses inintéressantes…, dans l’attente on se boursoufle et l’on chuchote comme au théâtre : les rangs du fond sont concernés, eux aussi doivent savoir et s’émouvoir (et tout ce néant de la merde)…

Je suis coincé entre un hurluberlu et un ahuri, ce qui m’oblige à imaginer le moyen d’une nécessaire fuite, car à l’instant je m’adonne à un tantrisme têtu, obstiné, pas assez silencieux et X. qui reçoit-parfaitement-gansé-d’une-impeccable-soie-arrivé-en-retard-pour-cause-d’affaires.
Je morfalle ses huîtres par douzaines de plateaux, je shoote ma troisième bouteille d’un blanc hors de prix (ainsi je m’affuble d’un look à la Bukowski dans une parfaite économie de postiche) et je rêve : aux anges, à Goethe, twinkle-twinkle uncle Floyd susurre Bowie, aux buissons typographiques des mûres, aux sirènes bleues des eaux bleues, à leur exploser la gueule à ces deux cons qui hurlent à me crever l’oreille et qui transpirent une concupiscence larvée car ils ont lu Lacan.

Je pense à une célèbre photo où l’on voit Brel et Ferré écoutant avec attention Brassens…, je pense à l’habileté technique, à ce qui fait poésie, je pense à écrire, d’une bagnole que j’ai vue partir à un prix stratosphérique en millions d’Euros
Je pense que misérablement l’on m’interrogera sur cette auto dès qu’on saura que c’est une Cobra 427 S/C de et que misérablement je la peindrai en mots moins bien que Proust mais « à la manière de » cet égotisme vomi, ces mains gercées de rancœur, ce tas d’entrailles avides, ces moi-je colossaux au dessus de l’abîme…

J’écoute, mais à chaque fois que cela revient, il n’y a plus que le creux du cri.
Comment dire ?
Cela crie, mais ne dit plus rien…, une dame m’accoste…
– Vous êtes venu vous encanailler ?
– A l’instar de Pierre Desproges, je n’aime pas les capilliculteurs… et moins encore les propos embagousés du métal commun que forge l’opinion publique…, j’en ai évidemment marre d’entendre parler d’insécurité, de politique internationale (ou pas), j’en ai forcément plein le cul d’être apostrophé à perpette par ceux qui ont besoin de montrer leur opinion à tous les passants, je me sens assailli, forcé, battu, violenté, violé.
– Vous y allez fort !
– Je ne regarde qu’épisodiquement la télé depuis le 11 septembre, je n’écoute pas la radio (et puis quoi encore ?)…, non pas que je m’en f…, non…, mais ce bruit… mais ces tristes clameurs… ces lugubres succubes, ces rampantes goules… alors que dures étreintes aux cris, alors que partout, comme un réseau de nœuds, alors que partout comme épaisses lames d’horreur.
– J’ai trop lu Proust pour me laisser attraper par la réalité quotidienne… et n’accorde crédit qu’à ce que la poésie suggère…

J’ai toujours su : en vieillissant, je me ferai attraper par ces trucs de vieux, ce sera de mon âge, en vrac les gros seins, les tisanes, le très beau linge très blanc des maisons, la tristesse, le chien qui ronfle, les femmes jeunes, un ou deux auteurs faciles, les automobiles confortables qui ne sont jamais en panne, la préciosité du temps s’amenuisant, les habitudes confortables dans lesquelles, enfin, l’on s’endort.
De longues années, je me suis préparé à ne plus me sentir coupable de n’avoir pas 10 ans, 20, 25 ans, puisque, enfin, ce serait de mon âge…, finalement, toujours pas…, assurément pas…, je n’accède pas, malgré ma loyale patience, à l’âge qui me donnera le droit d’aimer tous ces trucs de vieux que j’aime depuis l’enfance…

Mais les Cobra’s et les gros seins…, voilà mon coming out : ce n’est plus de mon âge disent les trop jeunes, et je m’en fous, j’aime les Cobra’s et les gros seins, plus les gros seins que les Cobra’s…, colossalement, même les petits, littéralement même les pendouillant légèrement, même les durs…et tous les autres, quand il est minuit, quand il est toutes les heures…
Être assailli les mains ouvertes, avec des quinconces allusifs et diaprés qui me fondent depuis le cœur, des roses, des tiges d’arômes aux cassures de lait ou bien de miel, cœur battant, baisers d’à bientôt ardemment espérés, attendus, donnés d’avance, claquant en drapeaux, en ocelles chromées, en ardents papillons.

Ahhhh, tracer mes obsessions sur des peaux obéissantes, cent signes de sang, faisant rouler, déraper, crisser la pulpe de mon index, esquissant des eaux fortes, que voulez-vous ?
99,999 % originale !
Moins de 6.000 miles réels depuis 1966 !
V8 427ci, 550cv d’origine !
Boîte manuelle 4 vitesses, jantes Halibrand et pneus d’origine…
Carrosserie aluminium originale, jamais accidentée ! Intérieur cuir original zéro défaut !

Un résultat… spectaculaire : Vendue pour $2,947,500 Fee incl (2.675.000 Hammer Desk) en 2018 par RM/Sotheby’s en Arizona, USA…

Le développement de la Cobra 289 de Carroll Shelby, a été, à sa base, assez simple : prendre l’attractif, léger et bien éprouvé roadster AC Ace et le transformer en un engin de course bestial en remplaçant son vieux six cylindres Bristol par un puissant V8 Ford.
Après avoir modifié le châssis et surmonté une quantité de problèmes techniques, les 260 et 289 ci V8-« powered AC Cobra » qui ont suivi se sont révélés être brillants.

En 1964, première année de leur création-fabrication, les Cobra manquaient d’un cheveu (d’un pneu), gagner le Championnat du monde FIA…
En 1965, les Cobra battaient les Ferrari…, victoire après victoire…, les 289 étant d’une fiabilité à toute épreuve, même préparées avec 400 chevaux pour suivre les demandes des clients sans cesse en quète d’une puissance accrue.

L’invincibilité des Cobra 289 qui franchissaient en tête les drapeaux à damiers, a toutefois été mise en danger une fois que la nouvelle Chevrolet Corvette Grand Sport a touché la piste à Nassau…
Carroll Shelby se posa alors des questions existentielles et passa de la crainte d’un souci grave à un état d’urgence immédiat.

Les 427ci étaient fiables à 500 chevaux mais il fallait repenser les Cobra : un châssis plus large avec des suspensions à ressorts hélicoïdaux tout autour…, Shelby s’est tourné vers Ford pour obtenir des V8 390ci… et ce sont des V8 427ci, déjà testés avec succès dans les courses Nascar, qui lui furent fournis…, le résultat ?
Un châssis trois fois plus rigide et solide que celui des 289.

Une première tentative d’utilisation de roues à rayons a été mis sur la touche après que le couple énorme du V8 427ci les a déchiré en pièces.
Une fois de plus, l’équipe de Carroll Shelby a réglé la question en peu de temps…, en finale, la Cobra 427 est rapidement devenue la plus populaire des voitures sport Shelby de tous les temps… sur route et sur piste.

Mais pas dans une course FIA, car au moment où les responsables de la FIA sont arrivés en Californie pour l’inspection des voitures en vue du Championnat en avril 1965, seulement 51 Cobra 427 sur les 100 requis, avaient été construit…, d’où un refus d’homologation FIA !
Shelby a alors cessé la production de ses voitures de course aux normes FIA, et commencé la production de voitures de route par la suite.

C’est dans cette catégorie, tel l’American Road Race of Champions (ARRC), que les Cobra 427 ont gagné à plusieurs reprises…, Shelby, cependant, était toujours avide de courses et ses Cobra étaient admissibles en SCCA (des courses régionales et nationales)…, des pilotes tels que Ed Lowther, Sam Feinstein, Hal Keck et le jeune Dick Smith se sont retrouvés sans cesse à occuper les trois premières places sur les podiums.
La production des Cobra 427 va durer deux ans, débutant à partir de janvier 1965, seulement 291 Cobra 427 Cobra ont été vendues en Amérique, toutes facturées : pour usage urbain…, dont 31 ont été modifiées en S/C (Semi Competition).

La grande majorité des 291 Cobra 427 a finalement été modifiée à la demande expresse de leurs acquéreurs leurs propriétaires, en spécification S/C, qui comprenait les fameuses bandes spécifiques Shelby Team, des jantes racing Halibrand… et un arceau derrière le siège du pilote.
Tout cela, alors la Corvette de production était fabriquée en milliers d’exemplaires, 90 tombant des chaînes de montage chaque jour !

Bill Moore, grand expert en Cobra et rédacteur en chef du magazine « Cobra » m’a dit :
– Vous êtes un archéologue des Cobra 427…, vous avez à nouveaux mis le doigt sur une rareté, cette Cobra 427 S/C est sublime. Le moteur est équipé de deux carburateurs quadruple corps et de culasses en fonte, selon la livraison initiale. Il est couplé à une boîte à quatre vitesses de transmission top loader originale. En fait, les seules pièces incorrectes sous le capot sont la poulie de pompe à eau et un réservoir d’eau, qui sont tous deux, de façon incorrecte, chromés…, un détail relativement trivial. Bien sûr, la carrosserie est d’origine, comme le confirme les marquages en différents endroits, notamment les portes, le capot et le couvercle du coffre et même les panneaux de plancher et le tunnel de transmission à l’intérieur du cockpit. La moquette en laine Wilton et la sellerie en cuir Connolly sont également d’origine, de même que le radiateur, le chauffage optionnel Smith, les instruments Smith’s (complets avec indicateur de vitesse dans le sens horaire), le volant, les ceintures de sécurité, l’éclairage Lucas, à l’avant et les pare-chocs… et bien sûr les jantes Halibrand en magnésium, qui sont un peu la signature S/C, puisque la plupart des Cobra de route ont été livrées par des jantes Sunburst conçues par Peter Brock. Contrairement à l’information imprimée dans l’édition de 1997 du « Registre Shelby American World », cette voiture possède sa capote complète d’origine, ainsi que son couvre-tonneau. Seul le refroidisseur d’huile a été ajouté… Lorsque l’on considère les vertus de cette Cobra (la liste est presque interminable)…, non seulement elle est la seule Cobra 427 S/C au monde à être restée d’origine, 99,9% intacte, avec toute son histoire parfaitement connue, ainsi que ses propriétaires…, de plus, elle a réellement moins de 6000 miles…

« Courtesy RM Sotheby’s »

 


Chromes&Flammes N°2 1er Trimestre 2018 En kiosques et librairies…
Egalement ici ; https://www.journaux.fr/chromes-flammes_auto-collection-prestige_auto-moto-transport_238887.html