1968 Bizzarrini Manta by Giugiaro…

Giorgetto Giugiaro est né le 7 août 1938 à Garessio, dans la province de Coni, au Piémont, Italie.
En 1952, sa famille se déplace à Turin, Giorgetto a 14 ans, il y réalise ses études, voulant se spécialiser dans le dessin technique et les beaux arts, mais ça ne « marche » pas…
En 1955, à 17 ans, il est engagé à un salaire de misère en tant qu’apprenti/larbin à tout faire… par l’ingénieur Dante Giacosa et se retrouve au Centro Stile du géant de l’automobile turinoise Fiat, à balayer entre les tables à dessins.

En 1959, à 21 ans, par un coup de bluff consistant à faire croire qu’il est parti de lui-même de chez Fiat qui n’a pas voulu reconnaitre son « génie », il réussi à se faire accepter dans le bureau d’études de Nuccio Bertone…, il y restera un peu plus de cinq ans, sans toutefois rien créer de personnel… et en novembre 1965 il se retrouve sans emploi…, mais parvient à se faire accepter chez Ghia ou enfin il est initié « au design »
En 1967 Giorgetto Giugiaro se retrouve une nouvelle fois sans job, Ghia à mis fin à son contrat !

En 1968 il crée son bureau de design : Italdesign, se fixant comme objectif de proposer de fournir à l’industrie automobile des services complets, de la conception de nouvelles voitures aux premiers essais, ainsi qu’une assistance dans tous les domaines… mais pour obtenir des commandes, il rame…, il imagine alors créer une voiture « hors-normes »…, un « concept-car » qui doit en jeter plein les yeux et faire grincer les dents de ses anciens employeurs…, un coup de pub/pute pour le salon de Turin qui pointe son nez dans un peu plus d’1 mois.

Il se pointe chez Giotto Bizzarrini… et ils discutent…, se chargent un peu trop en antipasti, font couler le chianti… et après le limoncello ça se termine avec la décision de créer un concept car nommé Bizzarrini Manta by Giorgetto Giugiaro…, un engin qui leur apportera gloire et trophées, ainsi que des clients et l’admiration des foules…

Bizzarrini qui est au bord de la ruine (vous lirez son parcours un peu plus loin dans le texte) n’a rien à y perdre et il accepte de lui confier un châssis de P538 qui a participé aux 24h du Mans…, le complément immédiatement lucratif du deal est simple, la voiture sera vendue après le salon et les 2 compères feront 50/50 sur le prix de vente…

40 jours, c’est le temps que met Giugiaro pour imaginer, dessiner, créer, construire et assembler la Manta…, c’est un exploit, surtout que la voiture n’a rien d’un produit bâclé proposé au rabais !
Le design est futuriste, mais passablement cohérent, l’engin est bas, profilé, spectaculaire et totalement avant-gardiste…, c’est une Berlinette à moteur central avec 3 sièges de front, l’intrépide pilote est assis au milieu, position nécessitant de longues et pénibles reptations pour s’installer puis pour s’enfuir…, mais qu’importe, les gens ne seront pas autorisés de s’y installer durant le show.

Le moteur est un V8 Chevrolet small block de 5.4 l gavé par 4 corps Weber 45, le tout « vendu » pour 400 hypothétiques chevaux…, la voiture est annoncée comme ayant été testée à 320 km/h sachant que personne n’aura le courage d’aller tester l’engin…, le design c’est sympa, mais ça ne garantit pas l’aéro… et à plus de 300, faut de l’appui !

La Bizzarrini Manta ne sera pas vendue au salon de l’auto de Turin, du coup elle va connaitre une vie tumultueuse faite de salons et de ventes aux enchères… ou elle finira par être acquise par un fanatique illuminé qui va de suite la peindre en rouge avec des bandes bleues et blanches, puis en gris, avant d’être vendue à un autre illuminé qui va la restaurer aux débuts des années 2000 dans sa couleur verdache d’origine façon « Coconut-District-Miami-Florida »

Après tout ce que vous avez lu et appris ci-avant…, au bout de longues années de galères et bonheurs mélangés, Giogetto Giugiaro est devenu prospère et déplace sa société Ital Design de Turin à Moncalieri ou elle est englobée dans un holding dont Giugiaro Design n’est qu’une branche dont l’activité n’est pas limitée au seul secteur automobile mais est diversifiée vers tous les domaines de l’industrie, là où le design des produits est devenu important.

En 1999, il est désigné « Car Designer du Siècle« , un prix remis à Las Vegas par un jury de 120 journalistes et experts internationaux.
En 2010, le Groupe Volkswagen achète 90,1 % des parts de Italdesign Giugiaro S.p.A…, Giugiaro estdevenu riche et célèbre sans grands bagages de départ, alors que Bizzarinni s’il est célèbre, n’est pas fortuné…

Parmi les créations les plus connues, de Giogetto Giugiaro via Ital Design, on compte les modèles suivants :
Alfa Romeo : Giulia GT (1963) – Alfetta GTV (1974) – Alfasud (1972) – 156 et 156 SportWagon de troisième génération (2003) – 159 et 159 SportWagon (2005) – Brera (2006)
American Motors : AMC Eagle Premier (1988)
Audi : Audi 80 (1976)
Bugatti Automobiles SAS : EB118 (1998) – EB218 (1999) – EB18/3 Chiron (1999)
Citroën : Citroën C3 Pluriel (2003)
De Lorean : DMC-12 (1981)
GM Daewoo Motors : Matiz (1999) – Leganza (1997) – Magnus (2000 et 2003) – Kalos (2002) – Lacetti (2004)
Ferrari : 250 GT Bertone
Fiat : Dino (1967) – 850 Spider – Panda (1980) – Uno (1983) – Punto (1993) – Palio/Siena (2001-2004) – Grande Punto (2005) – Croma (2005)
Gordon-Keeble : Gordon Keeble GT (1960)
Hyundai Motor : Pony (1974)
Isuzu : 117 Coupe (1968) – Piazza (1981)
Iveco : Daily (2006)
Lamborghini : Marco Polo
Lancia : Delta (1979)
Lotus : Esprit (1973)
Maserati : Ghibli – Quattroporte III – 4200 GT – 3200 GT (1998-2001)
Nissan : Micra (1982)
Renault : R 19 (1988) – R 21 (1986)
Saab : 9000 (1984)
SEAT : Ibiza (1986)
Subaru : Alcyone SVX (1991)
Toyota : Aristo (1991)
Volkswagen : Passat (1973) – Golf (1974) – Polo – Scirocco (1974)

Depuis lors, parmi ses activités en dehors de l’automobile, on peut citer sa participation active à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2006 qui se sont tenus à Turin…, il est également l’auteur des aménagements de la promenade de Porto Santo Stefano, chef-lieu de Monte Argentario en Toscane… ainsi que du ballon de basket utilisé par la FIBA depuis 2004 (sic !)….

Retour dans le passé pour Giotto Bizzarrini…
Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur à l’Université de Pise, il se consacre à sa passion, l’automobile… et en 1954 il entre au département « expériences » du constructeur milanais Alfa Romeo…, une première activité de courte durée puisque trois ans plus tard il entre chez Ferrari où il travaille sur le modèle Testa Rossa de 3 litres puis sur la Testa Rossa 500 Mondial de 2 litres…, il participe également à la conception de plusieurs versions de la Ferrari 250 : les 250 GT SWB, 250 Spider California et 250 GTO…, il est aussi à l’origine du projet Ferrari 854 ou « Ferrarina » délaissé par Enzo Ferrari et repris par ASA.

À cette époque, il se noue d’amitié avec l’ingénieur Carlo Chiti, né en Toscane comme lui et qui travaille aussi chez Ferrari.
En 1961, avec Chiti, ils quittent Ferrari et, avec l’aide du comte Volpi di Misurata, fondent la société Automobili Turismo e Sport… qui ne survit pas longtemps car Chiti s’occupe de la construction d’une monoplace de Formule 1… et Bizzarini crée alors la société Autostar à Livourne, spécialisée dans la conception de nouveaux moteurs.
Parmi ses premiers clients, on trouve Ferruccio Lamborghini, constructeur de tracteurs agricoles et de matériel de chauffage…, pour Ferrucio Lamborghini, il crée en très peu de temps un moteur de 3500 cm3 qui connaît un énorme succès… pour un peu d’argent de plus, il cède ses droits à la nouvelle société Lamborghini Automobili qui le monte sur sa première voiture, la Lamborghini 350 GTV.

Peu de temps après, il fait la connaissance de Renzo Rivolta, chef de la société Iso Rivolta implantée à Bresso, près de Milan, qui construit des réfrigérateurs, des motocyclettes et les voiturettes Isetta.
Renzo Rivolta veut se lancer dans la construction de voitures sportives de luxe…, c’est sur un projet de Bizzarini, un dessin de Bertone et une carrosserie réalisée par la société Sport Cars de Modène, que Iso Rivolta présente au Salon de Turin 1963 sa première voiture de sport : l’Iso Grifo.

En 1964, il crée sa propre société la « Prototipi Bizzarrini » qui deviendra « Bizzarini SpA » en 1966.
En 1968 (voir ci-avant) il « donne/confie » une de ses P538 à Giorgetto Giugiaro qui devient la Manta…
En 1969, l’entreprise Bizzarini ferme à la suite de difficultés financières insurmontables…, mais Giotto Bizzarini garde une activité de consultant auprès de divers constructeurs automobiles et participe à la conception de prototypes comme la BZ 2001 un spider sportif avec une mécanique Ferrari.