1969/2019 Mustang Mach-40…

J’étais en voyage aux USA et je m’en étais allé saluer mon ami Claude Dudouit, qui m’a reçu passablement énervé car sa machine à laver familiale avait rendu l’âme et on j’étais arrivé en même temps qu’on lui livrait la nouvelle…, une machine à laver rutilante, achetée dans le but de soulager sa femme de ménage, de la rendre heureuse, tout en étant heureux de répandre le Bien dans sa maisonnée…
Mais qui aurait pu se douter qu’une telle blancheur immaculée pouvait dissimuler autant de perfidie ?

Claude aurait dû se méfier, car alors que nous devisions aimablement au salon le programme court couleur à 30°C s’est subitement auto déréglé à 90°C, et la femme de ménage s’est mise à hurler qu’elle se retrouvait avec une collection de vêtements pour Barbie et Ken.
« Mais non, quand on ne veut rien voir, on ne voit rien »… ai-je dit pour détendre l’atmosphère…, « après tout, à voir les fringues déchiquetées, il devait s’agirde vieux T-shirts, pas de chemises Armani…, ça peut arriver »… et je lui ai dit de relancer une seconde lessive… et m’en suis retourné au salon pour continuer de discuter avec Claude…

Mais quand la seconde fournée est également ressortie en lambeaux, on a toutes et tous a été perplexes…., on a ri (un peu jaune parce que là sa chemise blanche, Claude y tenait, hein, OK c’était H&M mais bon), et on a décidé de baptiser la machine infernale : « Dorothy »..., en pensant que c’était probablement la cousine de « Christine »…, rapport au film… et au roman…, mais ni Stephen King, ni Dean Koontz n’auraient eu l’audace d’imaginer que cette machine à laver était en réalité l’Instrument de Lucifer.
Humiliée par un prénom aussi grotesque, la machine démoniaque décidait immédiatement et irrémédiablement de se venger en éliminant toute vie humaine a proximité…, sournoisement par intoxication…, son plan est entré en action lors de la troisième lessive, durant laquelle elle produisit un épais nuage de fumée noire méphitique et lacrymogène, un truc infect à vous sécher un buffle à 200 mètres.

N’écoutant que mon courage et frôlant ainsi une mort héroïque par asphyxie, alors que Claude était prostré et balbutiait des choses incompréhensibles concernant un fourgon VW et une Porscherie qui n’avaient aucun rapport avec la machine à laver…, je réussis à débrancher la prise du Monstre à temps, entre deux gerbes d’étincelles et avec force râles et moult larmoiements.
J’ai ensuite décidé de partir quitte à revenir dans quelques jours…

Il fallut à Claude deux jours pour éliminer l’odeur âcre et les traces de suie sur le mur de la buanderie, ce pour quoi il a pris des mesures drastiques, et a convoqué sur le champ un électricien exorciste.
Devant l’ampleur de la tâche, celui-ci décréta qu’il lui faudrait au moins une semaine pour réparer et purifier la « Dorothy », moyennant une somme équivalente à l’achat d’une Corvette neuve.

Cinq jours plus tard, Claude m’a téléphoné pour m’inviter à voir sa machine à laver réparée qui reprenait sa place entre la planche à repasser et le tancarville (le monstre métallique qui traîne dans beaucoup de salles de bain, on l’a ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec le célèbre pont de Tancarville, c’est une bonne option pour faire sécher les pièces délicates qui ne vont pas dans le sèche-linge)…, avec un moteur et une courroie neuves…, j’ai toutefois décliné l’invitation, lui proposant de revenir pluche tard, car mon voyage aux USA n’était pas prévu pour des machines à laver.
Mais le Démon n’avait pas dit son dernier mot, et derrière ses airs meurtris à la Jack Nicholson après une séance poussée de SportElec’ dans vol au dessus d’un nid de coucou, son âme damnée n’aspirait qu’à la trahison et au meurtre…, cette nuit là, elle prit feu spontanément, pensant entraîner Claude, son Combi VW et sa Porschette, avec elle dans les abysses infernales de par son immolation désespérée.

N’importe qui eût été endormi à cette heure tardive, eût été subséquemment rôti séance tenante, mais c’était sans compter sur les deux voisins invités de Claude, des alcooliques ne jurant que de Porsche’s et de Combi’s VW, en train de concourir pour la confection de la Margarita Parfaite sur la terrasse de Claude…., c’était comme la petite olive à Martini dans l’engrenage fatidique…
Vers minuit, heure favorite des criminels, Claude se dirigeait vers sa cuisine pour pallier à une pénurie de jus de citron, quand les flammes d’Hadès lui léchèrent le visage et le firent roussir les sourcils…

Il fallut quelques bons hectolitres (Dieu merci il n’y a pas eu de coupure d’eau ce soir là) pour éteindre le brasier, sachant que l’haleine des deux voisins alcooliques invités n’agissait pas en sa faveur…., la bataille entre le Bien et le Mal fit rage pendant vingt minutes.
La buanderie a été repeinte dimanche car c’était le jour que j’avais fixé pour revenir discuter… et seule une petite odeur de soufre flottait toujours dans l’air.
« Dorothy », m’a-t-il dit… « a trouvé la paix, elle trône dans le fond du jardin et sert de pondoir à mes trois poules rousses. L’Esprit du Mal a déserté ma maison, et nous pouvons maintenant parler de la Mustang de mon autre voisin, une curiosité qu’il a nommé Mustang Mach-40 »…, je suis allé voir et j’ai été « sur mon cul »…

La Mustang 1969 Fastback et la GT40 1969 sont sans doute les deux plus mythiques voitures que Ford a jamais construit.
Terry Lipscomb, un américain pure souche, féru de Hot-Rods et Muscle-Cars a eu l’idée de réaliser un « mix » de ces deux mythes automobiles américains en s’associant avec Mike Miernik.
Ces deux gaillards ont créé diverses esquisses et plans et sont allé dans l’Oregon, chez Eckert Rod & Custom ainsi que chez Hardison métal works pour que leur projet devienne réalité.

La construction a duré trois ans et a couté un pont d’or…, la base technique étant le moteur V8 5L4 suralimenté de 600cv (miraculeusement intact) récupéré d’une Ford GT récente mais déclarée « bonne pour la casse » après un accident… et la carrosserie d’une Mustang 1969 Mach 1.
Le nombre de belles voitures qui circulent à Las Vegas est relativement gigantesque, mais, en ce qui a trait aux voitures totalement hors de l’ordinaire, le projet Mach-Forty en était un d’envergure qui risquait de rendre fous les mordus de Mustang’s et fanatiques de Ford GT…. et, effectivement, de voir débouler ce « Mix » au Sema-Show, ce fut du délire…

Le projet a évidemment débuté avec la coquille de la Mustang Mach 1 1969, les seuls composants conservés étant le toit, les portières ainsi qu’on ne sait plus trop quoi…, tout le reste (ailes avant et arrière, capot, plancher, etc.) a entièrement été façonné à neuf formé dans des feuilles d’acier travaillées « à la main »…
Comme vous vous en doutiez sûrement un peu, la carrosserie a été élargie, tandis que le toit a été surbaissé afin de copier la ligne d’un des prototypes Mustang de 1969.

Tout comme sur la Ford GT, le moteur V8 de 5,4-litres compressé a été logé à l’arrière avec la totalité des éléments mécaniques en ce compris la boîte de vitesses à 6 rapports, tandis qu’un nouvel ordinateur de bord Mo-TeC permet à cette voiture de carburer avec de l’essence ordinaire ou avec de l’E85, le conducteur pouvant également ajuster la puissance de la bête via un simple petit bouton qui permet de faire passer la puissance de 600 à 850 chevaux…, rien que ça!
Tout n’est pas uniquement tiré du constructeur Ford, puisque la suspension provient d’une Corvette C6….


Quant à l’habitacle, il comporte des matériaux « riches » (sic !) comme de l’aluminium et de la fibre de carbone, du cuir italien et même de l’acier inoxydable.., mais, pour mieux comprendre, il est préférable de jeter un coup d’œil aux photos et aux deux vidéos ci-après…