1969 Corvette C3 Cabrio, la descente aux enfers !

Depuis un beau matin de 1968, le monde automobile se divise en deux catégories : d’un côté les fans de la Corvette C3 (les « élus », transis d’une religiosité corvettiste souvent assez inquiétante)…, de l’autre les hérétiques, les païens et autres trolls d’un empire maléfique qui n’a que Ferrari comme exemple à donner au monde entier et au delà…, qui refusent de reconnaître le génie créateur du plastique  en croûte mû par un V8 100% fonte : Harley J.Earl.

Je gage pourtant qu’après bientôt un demi-siècle de lutte acharnée, qui que ce soit prenant possession d’une Corvette C3 (ou étant possédé par elle), après l’avoir tant attendue (ou pas), en ce compris le plus courbé des dévots envers l’oeuvre d’Harley J. Earl (22 novembre 1893 / 10 avril 1969)…, aura toutes les peines du monde à justifier (avec des arguments rationnels), qu’il s’agit là d’un chef-d’oeuvre du big Bouddha de l’automobile américaine…
De Bouddha à bidon, il n’y a qu’un pas… et, ayant possédé plusieurs Corvette dont certaines m’ont possédé (souvent, c’est quasi-sexuel !) dans le but de me ruiner, avec cette expérience anal-ytique, je le franchis avec toute la grâce d’un taureau en rut qui fut sodomisé par un mammouth et ne parvient pas à s’en remettre…

Certains d’entre-vous crient dès à présent que mon propos s’engage dans le glauque avec lourdeur…, que je lance mon récit sans finesse, tel un vieillard commençant à gratter du papier dans une ambiance « contes et légendes », plus proche d’une pub Quézac que de la plus humble des manières en usage chez les vrais et purs journaleux…, sans une once d’émotion ni de respect, comme si je débitais mes phrases et que je les livrais à la vindicte populaire, comme du boudin au kilomètre, empilant des mots sans me poser la moindre question de retenue…, fi donc !
Comme disait un célèbre chroniqueur chef-coq malheureusement décédé : « C’est de la M… »…

La Chevrolet Corvette est en place depuis les années ’50… et la troisième génération (la pire), est apparue en 1968, se caractérisant par une ligne spectaculaire dégageant une impression de grande puissance…, si les premières C3 avaient une ligne relativement pure dans le bestial, les dernières versions qui seront affublées d’un large becquet arrière et de quantités d’appendices grotesques…, enlèveront pas mal de crédibilité à une automobile rustique et basique qui méritait mieux, alors que les Corvette suivantes seront obligées (les temps changent) à plus de discrétion.
Sous le capot, on verra de tout…, un monstrueux 454 ci (7.4 litres) de près de 400 chevaux en 1970, mais aussi un 350 ci (5.7 litres) castré par les normes antipollution de seulement 165 chevaux quelques années plus tad (1975)…

Loin de moi l’idée de vous raconter qu’une C3 n’a rien à envier à une LS1…, mais à condition de ne pas faire n’importe quoi, on peut prendre pas mal de plaisir à bord d’une Corvette de cette époque.., le moteur (qui glougloute sous le capot dont on ne voit pas le bout), affiche un certain couple et de la réserve à tous les régimes…, mais les limites sont faciles à cerner, puisque ce sont celles des pneus, du châssis « flexible » et des suspensions « rigides » (les ingénieurs ont confondu et inversé)…, sur une américaine de cette époque, il faut s’attendre au pire.
Le budget, c’est la seule bonne surprise, car les Corvette C3 ne sont pas rares en occasion et leur cote oscille autour de 15.000 euros pour les moins puissantes…, les pneus, s’ils s’usent vite, ne sont pas d’une taille inconsidérée… et la mécanique est (presque) indestructible…, reste la consommation gargantuesque et les cliquetis « qui font peur »…, car la bête n’a pas été conçue pour carburer au « plombé » (gag !), mais, le couple aidant, on peut rester dans de raisonnables limites…

Acheter une C3 revient à s’emparer d’un imaginaire comme on louerait un semi-remorque…, à aucun moment, il n’est possible d’imposer une quelconque conduite intelligente, le bestiau tourneboule et danse, les virages sont des moments extrêmes de stress qui font penser qu’on s’est aventuré dans une rue en forte pente assis sur une machine à laver…, car, après quelques minutes d’émotions éléphantesques (mammouthesques), la découverte de s’être fait avoir dans tous les sens imaginables, même en des endroits que la morale réprouve et en des lieux déjà connus…, vous amène en compagnie de tout un bestiaire ésotérique lui aussi bien usé mais obsessionnel…
C’est d’autant plus triste que l’engin, outre qu’il ne tient pas la route une seconde, s’avère instable et ne dispose que d’un freinage hasardeux…, pour en savourer le charme, mieux vaut être inconscient et, à la limite, ne jamais avoir roulé dans une « vraie » automobile…, pour pouvoir tirer (sexuellement, car en Corvette, tout n’est que masturbation), un minimum de surprise d’un enchaînement de rebondissements automatiques.

Reste la question technique, censée apporter un peu de clarté à ce désastre…, réalisé à l’aide d’un gloubiboulga hi-tech d’époque dont les termes demeurent même actuellement incompréhensibles au commun des mortels, l’ingénérie rustique continue de conduire les experts à diverses dépressions nerveuses…, leur otant à jamais toute dimension épique !
On se pose en finale forcément cette question : S’agit-il d’une entreprise strictement mercantile ?

C’est d’autant plus probable que Harley J.Earl est décédé l’année suivante du lancement de la C3, d’une espèce de virus masochiste automobile morbide qui le poussait à s’enfermer dans le ressassement d’un univers dont il n’avait plus rien à tirer…
Quand on voit les sommets atteints aujourd’hui pour les derniers modèles de Corvette lancés dans des paris autrement plus risqués, on peut légitimement se demander comment Harley J.Earl a pu à ce point baisser pavillon.

En illustration de mon billet d’humeur, les quelques photos de mon ex-C3 1969 cabrio rouge, ne reflètent malheureusement pas tout l’échec de mon aventure dans laquelle elle et moi semblions promis…, sans doute y avait-il là de quoi réaliser une scène inoubliable : mais de manière si prosaïque que j’ai toujours eu l’impression d’assister à la course ringarde d’une patapouf…
Cette impuissance tragique au moindre lyrisme et à la moindre ampleur, cette inspiration complètement en berne…, doivent vous rappeller combien l’académisme et la balourdise, surtout quand ils se prennent pour de la virtuosité, demeurent les pires ennemis du merveilleux.

Post-scripum :
Outre le manque de puissance du moteur, la faiblesse des freins, l’inconfort général, la position de conduite grotesque, le manque d’étanchéité et la consommation effrayante…, je n’ai vécu que des soucis de conduite, que des problèmes mécaniques et des angoisses… qui ont perduré lorsque j’ai finalement préféré la vendre à perte pour éviter une descente aux enfers permanente…, le malheureux acquéreur, finalement, n’aura vécu que les mêmes tourments, risquant l’infarctus avec l’impossibilité chronique de réparer les phares basculants et surtout la trappe des essuie-glaces..

Corvettement vôtre !
Mémoriel déjanté d’un Corvettiste désabusé !
Dans le futur cimetière des mythes automobiles…, même pas enterrés…, la Corvette est une pièce de choix !
Apparue quelque part dans la General Motors en 1953, elle n’a cessé de faire l’objet d’articles d’hiver divers écrits par des journaleux, des pigistes et des rédacteurs désespérés… dans des magazines aux concepts vagues d’océans de mots ou la Corvette était présentée comme la réponse américaine aux sportives européennes d’alors.
Ce qu’était en réalité la Corvette est pourtant toujours resté un mystère, sauf pour les « ceusses » qui en ont acheté une, voire deux ou plus encore.

Ce passage à l’acte n’était pourtant qu’un coït stimulé par des tonnes de lubricités présupposées…, laissant entendre aux myriades de prématurément sourds, que la Corvette était une sorte de copulateur mécanique…, générant des fantasmes de sexe rapide, simultanément à une vague de syphilis quasi incontrôlable…
Mais c’est une autre histoire que je laisse aux ethnologues…

Imaginez donc ma surprise l’autre soir, alors que, en pijama à fleurs, les pieds dans une bassine d’eau chaude salée pour calmer mes pieds qui souffraient d’avoir piloté une C3 big block boîte manuelle…, je googlais en quête d’informations sur le modèle de Corvette que je venais d’acquérir au péril de ma vie…, car la vie est périlleuse, emplie d’aléas… et je suis tombé stupéfait sur mes propres photos citées en référence…, surtout celles mettant en scène des jeunes et jolies femmes dénudées sur quantités d’automobiles…, que d’honneur !
Je me suis dit qu’il me fallait apprendre à interrompre mon coït virtuel avec toute la misère du monde et oser écrire quelques vérités vraies sur ce mythe qu’est la Corvette, devenir « inasexible »…, une petite vertu cardinale en nos temps ou la capote d’une Corvette Cabriolet pourrait être la cible d’une remarque Papale…, oui…, c’est étrange comme parfois la vie s’accélère, ou chancelle, ou vacille…

Donc, après avoir étouffé, tremblé, hésité…, submergé par l’émotion…, j’ai pris une décision capitale : me branler la tête tout en tapotant le clavier de mon ordinateur (il y a là-dessous comme une sexualité refoulée)… pour vous narrer un résumé de mes points de vue sur diverses Corvette…, un tourbillon de passions, de sensations…, d’histoires fortes sous forme d’un texticule bien couillu en attente d’une jouissance partagée de rires… (je précise que je les ai toutes eu autant qu’elles m’ont possédées, ce qui précède et ce qui suit est donc écrit avec un réel vécu)…

C1 de 1953/54/55… Elles ne sont pas très puissantes (en 53/54 en 6 cylindres, en 55 en V8 optionnel), simplissimes, antiques, très plastiques…, direction lourde et floue, freins style vélo, suspensions de brouettes…, mais super look décalé…, tout le monde en est baba, les foules en délirent…, mais peu les achètent…
Autos spéculatives !

C1 de 1956/57 injection, simples phares… Leurs V8 sont léthargiques, effet toupie en virage, chars à bœufs sur routes…, mais super belles…

C1 de 1958/59/60/61 double phares… Leurs faces (avant) et tableaux de bord sont d’inspiration Juke-box…, amusantes jusque 100km/h, préoccupantes au delà…, mais si belles encore, façon Rock’N’Roll…

C1 de 1962… Elles roulent pareil que les ’61…, mais si elles disposent d’un coffre « ouvrant », leurs flancs sont monochromes… et elles ont l’air bon-marché et bas de gamme…
Autos de plaisirs solitaires… !

C2 de 1963/64 en small block et 1965/66/67 en small ou big block… Toutes marchent (fonctionnent) en fonction de leur état (une merde même camouflée roule comme un fer à repasser, mais une qui a été correctement restaurée, en ce compris les trains roulants, qu’en franchouille on camoufle avec du goudron, roule bien droit et vire à plat… tout cela pour le plaisir du conducteur). Les C2 sont de loin supérieures aux C1 et surtout aux C3 (les pires)…
Une C2 avec un Big Block, c’est l’enfer au paradis, inoubliable, mieux qu’une pignole…, sauf que ça bouffe 40/50 litres de super aux 100, si pas plus et au delà…, faut du porte-feuille, mais c’est là qu’est le plaisir…, rien à voir avec une VW-Cox…, c’est macho et le bruit y est pour beaucoup…, envoutant…, sauf pour faire Paris-Benidorm via Monaco…, même pas à Macon qu’on rêve de continuer en Peugeot bas-de-gamme…
C’est pour tout cela que les C2 sont les plus cotées, quoiqu’en europe, les « ceusses  » qui n’y « connassent «  rien, préfèrent les C1 croyant que ça vaut plus parce que c’est plus vieux et kitch… Tout le monde dit en rêver, mais peu achètent… et encore…, ils cherchent le meilleur marché… et rien de pire qu’une C3 bidouillée…, il faut donc se méfier des clubs d’américaines en Franchouille surtout s’ils s’affichent en santiag’s et vestes à franges tout en dansant du Rock and Roll…, ils sont capables de vous vendre une épave au prix d’une Ferrari 308 GTS (les clubs de C3 sont des rassemblements de propriétaires de C3 qui cherchent à revendre leur C3…, ne vous attendez donc pas d’y trouver le moindre quidam qui vous dira la vérité, même sous la torture ils n’avoueront rien)… Pour en savoir plus, cherchez d’anciens propriétaires de C3 et essayez de les comprendre car ils vont beaucoup rire…

C3 de 1968/69/70/71/72… C’est « futuristique » mais aucune ne tient la route…, quelles que soient leurs couleurs, c’est pareil… des toupies…, une fois parties, rien ne peut les stopper…, sauf un arbre un trottoir ou un muret !  Dans la transition de la correction du volant, juste au moment ou l’idée que la mort est bien vivante…, si, si…, généralement le moteur s’engorge, s’arrête… et la direction assistée rend les ultimes corrections de trajectoires impossibles ! Donc, ne pas dépasser les limitations de vitesses sous peine de mort… (je crois que le 55 miles maxi aux USA a été inventé spécifiquement pour les C3)…, de plus, l’emplacement de conduite est étriqué, on a des crampes sur courts et moyens trajets (sur les longs on se raidit de manière cadavérique)… et la tenue de route reste aléatoire, ce qui fatigue la tête plus que les jambes… Un big-block dans une C3 c’est  dangereux dès 100km/h…, pour rester en vie…, il faut rester sous les 55 miles et avoir privilégié une restauration parfaite en ce compris joints et rotules…

C3 de 1973/74/75/76/77/78/79/80/81/82… Avec TOUTES ces versions, et particulièrement les 1975 (165 chevaux), les moteurs sont léthargiques…, les voitures lourdes et craquantes (double sens), la moindre des anciennes Twingo toute pourrie (et même avec un cylindre en carafe), gagne au démarrage et en vitesse de pointe… alors qu’une C3 165cv de 1975 est à fond à 148km/h…
C’est toutefois beau, surtout les premiers modèles avec pare-chocs chromés, privilégiez les cabinets cabriolets…
C3 = Autos de frime…

C4 de 1984/85/86/87/88/89/90/91/92/93/94/95/96… Très bonnes voitures, bonne position de conduite, très agréables à piloter, splendides…, super tenue de route, excellentes mécaniques…, les cabriolets (à partir de 1986) sont des musts…, mais…, il vaut mieux ne pas avoir de problèmes électroniques, car là, c’est coûteux… très… Comme ce sont d’excellentes voitures (et généralement pas très chères) personne ou presque n’en veux… (gag !)…, les gens adorent les conneries…, les gens sont généralement cons en automobiles…, difficile à vendre donc… mais facile à acheter !

C5 de 1997 à 2004…, C6 de 2005 à 2013… et C7 de 2014 à… On entre dans une autre catégorie… Il y a là beaucoup de bellâtres Bling-bling avec bagouzes et bracelets en or à tous les étages…, accompagnés de blondasses péroxydées aux gros seins pendouillants et bouches à pompier (c’est pour éteindre les incendies de l’argent facile, des grands creux érotiques, des érections calculées, et des jouissances aléatoires mais rapides)… Toutefois, la radio K7-CDVDR&co multi-sexyphonie est utile pour couvrir les craquements de torsion du châssis et de la carrosserie des C5 et C6… et certains jacassements en C7.
Voiture « ina-sex-ible » aux fauchés et boutonneux…, mais il faut se méfier des journaleux qui s’en servent en cadeau-parapluie les week-ends de Pâques à Noël…
Les C5 et C6 terminent généralement leur vie entre les mains de marchands d’occasion qui les revendent parfois à prix d’or à des patrons de boxons, cafés-branchés et restaurant à la mode…, après, les marchands vont ouvrir une friterie à Bénidorm et font fortune en racontant leurs souvenirs…
Les C7 sont égales à une Ferrari 599, mais sont moins chères et beaucoup plus fiables…
Corvettement vôtre…