1980-1983 Porsche 911 SC…

C’est l’histoire d’un quarteron de nananas, assez jeunes, qui traînaient, allaient en soirées, pour écouter de la house en dragouillant à droite à gauche, sans jamais réellement s’amuser…, il leur manquait un truc : du piment…, ça n’allait pas à 100%… il leur fallait de l’action, de l’imprévu, de la violence…, coincées dans une vie riche mais dénuée de risque, elles se trimballaient de soirées défonces en soirées en aprem’s déboitées, à danser sur de la house, à flirter avec les grelous…
Un soir, elles rentrent chez elles et voient, dans une rue crade, une Porsche 911 SC Targa, style machine à laver, elles y déversent quelques poubelles et contemplent le chaos en bougeant leur cul et en gueulant : « Après avoir eu nos cerveaux fracassés pendant des années, on modifie simplement les genres, tout en rajoutant quelques couches de richesse au bordel ! On est fatiguées de se faire coffrer par les flics après chaque soirée »…

C’est l’une des rares fois que j’ai eu envie de marcher dans la rue en levant mes mains en l’air plutôt qu’en me roulant par terre en bavant…, comme d’habitude…, je me suis dit que finalement c’est exactement ça que méritait la Porsche 911 SC, surtout Targa (ohhh ! qu’elle est laide)…, je ne suis foncièrement pas là pour présenter les bagnoles prétendument révolutionnaires de l’année ou des années passées, en pleine nuit devant mon ordi, je commence à fatiguer de narrer mes coups de cœur, les grosses baffes reçues, que l’engin ait été et/ou soit encore considéré comme une évolution “importante”… ou est resté complètement inconnu au bataillon…, le plaisir d’écrire un truc que j’ai imaginé dans mon bain ou sous la douche s’estompe…
Si ce groupe de nananas n’a jamais changé le monde, il a bousculé ma vie…, j’avais un peu laché le cradingue qui donne envie de pleurer en chantant des refrains ultra catchy qui parasitent le cerveau dans le marasme général…, toujours dans le sens du poil…, les tendres câlins sont suivis, souvent, de profondes saignées, sans garrot ni désinfectant…, on se retrouve écrasé, affolé, fasciné par ce déchainement de violence qui nous tombe sur la tronche, par cette masse lourde écrasant toute trace de vie, par cette tornade d’émotion désenchantée, sépulcrale, parfaite.

Dans cet état d’esprit, me souvenir d’une Porsche 911 SC Targa que j’avais acquise en échange d’une Cadillac Seville, m’a rouvert un traumatisme primitif, post-apocalyptique, le genre ou je ne pleure plus, je supplie de ne plus en entendre parler, espérant baiser une dernière fois dans une cathédrale vide avant de me donner la mort par pendaison après convié les anges au banquet final, histoire de leur arracher les ailes avec mes dents.., chute sans fin, passage à tabac plein de grâce, commotion cérébrale, sans même m’en rendre compte.
En Porsche 911 SC Targa, on nage hors temps, sans point d’ancrage, les repères complètement brouillés par la durée du temps qui passe mais surtout par les (mauvaises) surprises vécues : les rêves mort-nés, les pubs bidons, les gros featurings stériles, j’ai mis tant d’années à oublier tout ce bordel puant la crasse et les impasses mal famées (à peine éclairées par la présence de quelques légendes discrètes), les responsables de la création et de la commercialisation de cet engin, après avoir contractualisé, s’en allant tranquillement, les mains dans les poches, relever les compteurs des tapins peuplant les artères crades et anonymes…

Au milieu des années 70, les plans du Docteur Ernst Fuhrman, alors directeur de la marque, ne sont clairement pas à l’avantage de la 911 pour laquelle il envisage purement et simplement un remplacement par les nouvelles Porsche à moteur avant refroidi par eau, la 928 et la 924…
Mais Ferry Porsche, le fils du créateur, tente pourtant de maintenir la 911 au catalogue…, quoique l’apparition de la « Super Carrera », en 1978 ressemble à une véritable tentative d’assassinat…, l’ironie voulant même que cette « nouvelle 911 » soit moins puissante que celle qu’elle remplace (la Carrera 3.0L), fait demeuré unique dans l’histoire de la 911…, mais par un coup du destin, celle que l’on croyait bien être la dernière des 911 va finalement devenir une miraculée, relançant la carrière du modèle phare de Porsche…

Extérieurement et techniquement, la filiation avec les 911 classiques reste évidente, mais on remarque cependant dès le premier coup d’oeil, le montage de boucliers avec une proéminente bande en plastique noir destinée à répondre aux normes du marché américain, tant convoité par Porsche, en matière de sécurité, c’est moche…, de plus, comme la 911 Carrera 3.0 dont elle dérive, la SC dispose des ailes larges de la 911 Carrera RS 2,7L, et de rétroviseurs peints ton caisse…, les poignées et entourages de porte sont en noir mat, l’option chrome des débuts ayant disparue.
Intérieurement, l’équipement de la SC est désuet et les options sont hélas nombreuses (pack électrique, lave phares, rétroviseurs chauffants à réglages électriques)…, le tableau de bord à cinq cadrans ne change pas, typiquement 911…, on y trouve toujours de gauche à droite la jauge d’essence, la température d’huile et pression d’huile, le compte tours en position centrale (zone rouge à 6300 tr/mn, coupure à 6800 tr/mn), le compteur de vitesse gradué jusqu’à 250 km/H et enfin la montre.

Le 6 cylindres à plat 3 litres de la Porsche 911 SC (moteur type 930/03) provient directement de la Carrera 3L et a également servi de base à la Turbo 3.0 (930)…, mais sa véritable origine remonte à la rarissime Carrera RS 3.0 de 1974…, en 1968, le carter en alu avait été remplacé par un carter en alliage de magnésium…, on recourut à l’opération inverse pour la Carrera 3.0, en remplaçant le carter magnésium par un carter en alu, plus lourd mais plus rigide et capable de mieux résister aux sollicitations locales élevées.
Pour coiffer les cylindres de 95 mm, il fallut modifier la culasse…, conduits et soupapes restaient les même que ceux du moteur 2,8 litres, mais la distance entre les tirants fixant les cylindres et leurs culasses sur le carter dut être augmentée à cause du plus grand diamètre des cylindres…, ce moteur de 3 litres, exactement 2994 cc (alésage 95 mm, course 70,4 mm) possède des soupapes de 49 mm à l’admission et 41,5 mm à l’échappement…, les cames sont moins dures, le vilebrequin est nouveau, les paliers principaux sont agrandis et les têtes de bielle ont un plus grand diamètre…, les cylindres sont couverts de Nikasil, les arbres à cames sont également nouveaux…, la turbine de refroidissement a 11 pales de 226 mm et tourne avec un rapport 1,8:1 (1,8 fois la vitesse du moteur)…, un nouvel allumage à décharge de condensateur et sans rupteur est monté…, tandis qu’une pompe à air est installée sur tous les modèles.

Le nouveau moteur est pourtant à ses débuts, moins puissant sur la SC que sur la Carrera 3L, (180 chevaux contre 200) et la pillule est dure à avaler…, les ingénieurs se défendent tant bien que mal, en justifiant par ici un couple amélioré, par là une pollution moindre…, il faudra finalement attendre août 1979, pour que la puissance gagne 8 chevaux (188 chevaux à 5500 tr/mn, couple: 27 mkg à 4200 tr/mn), mais seul le départ prématuré du Dr Fuhrman, en 1980, va réellement permettre à Ferry Porsche de mettre en oeuvre le renouveau de la 911.
La boite manuelle (type 915/62) à 5 rapports est utilisée depuis la 188 chevaux, la 5ème étant légèrement plus longue…, la peu recommandable sportomatic 3 rapports proposée en option sur les SC 180 et 188 chevaux n’est plus disponible sur la 204 chevaux…, la SC de 1981 avale le 1000m DA en 26″6, accélère de 0 à 100 km/h en 6,3 secondes, atteint 160 km/h en 16 secondes… et au bout de presque exactement 30 secondes, elle franchit le cap des 200 chrono…, la 928 S qui dispose d’un gros V8 de 300 chevaux ne perd la 911 SC, qu’au-delà de 160 km/h…, sa force véritable, la SC l’exprime sur une plage allant de 4200 à 6000 tr/mn…, enfin, la consommation ramène à la réalité d’une autre époque, le Flat 6 engloutit allègrement ses 15 à 20 litres de sans plomb 98 tous les 100 km.

Qu’on ne s’y trompe pas, la Porsche 911 SC se conduit comme une voiture de sport ancienne… et plus encore comme une vieille 911…, par rapport à une 911 moderne, le comportement d’une vieille Porsche SC de presque 40 ans a de quoi dérouter…, problème inhérent au moteur en porte-à-faux arrière, la tenue de cap pose des problèmes qui s’amplifient proportionnellement à la puissance et la vitesse…
Pour maîtriser ce phénomène, les techniciens Porsche n’ont eu de cesse d’essayer d’améliorer les choses : jantes et pneus ont subit la même inflation que la puissance, ce qui a impliqué plusieurs modifications de géométries de suspension…, sur la SC, les pneumatiques d’origine sont à l’avant en 185/70 VR 15 et à l’arrière 215/60 VR 15 ou 16 pouces en option…, à partir de 1981, on pouvait passer en option à 205/55 VR 16 et 225/50 VR 16 avec les jantes Fuchs.

La conception de la suspension dotée à l’origine d’amortisseurs Boge résulte aussi de ce souci de gain de place, comme le montre le choix à l’avant d’un McPherson allié à des barres de torsion plutôt qu’aux ressorts à boudin habituellement utilisés avec ce dispositif…, les barres de torsion sont chères au Professeur Porsche qui en avait breveté l’emploi, combinées aux bras tirés qui guident les roues arrière…, longtemps, les 911 furent dépourvues de barres antiroulis, seulement proposées en option…, sur la SC, la barre antiroulis avant est de 20 mm, à l’arrière de 18 mm…, la barre de torsion arrière passa de 23 mm à 24 mm à partir du millésime 1980.
Pourtant, les défauts de cette porsche 911 SC sont toujours ceux de ses ainées… et il suffit d’avoir conduit une voiture normale avant d’en prendre le volant pour qu’ils vous sautent à la figure…, du caractère, elle n’en manque pas, à tel point qu’au début c’est plutôt elle qui vous conduit que l’inverse…, instable, elle demande un sérieux temps d’adaptation avant d’en comprendre le mode d’emploi…, seulement voilà, quand on a passé ce cap, tous ces petits traits de personnalité fatiguent !

Véritable voiture école pour pilote en herbe, la Porsche 911 SC se conduit avec le frein et l’accélérateur…, on entre dans les virages pied levé, pour contrer la tendance sous vireuse, puis on laisse le train arrière amorcer une légère dérive que l’on contrôle à l’accélérateur et au volant jusqu’à ce que la trajectoire de sortie du virage soit visible et que l’on puisse remettre les gaz à fond…
Côté freins, les quatre disques ventilés font leur boulot…, bien aidés par le poids raisonnable de cette machine à laver sportive pesant moins de 1200 Kg à vide…, le freinage est doté d’une assistance Hydrovac mais bien sûr, il n’y a pas d’ABS et il ne faut pas hésiter à appuyer fort pour s’arrêter, toute la difficulté étant de sentir le moment ou l’adhérence des gros pneus est dépassée…

Il ne faut pas se leurrer, les artistes les plus brutaux ont délaissé cette porscherie, pour ne plus oser se présenter les yeux rouges et le nez coulant, à parler de dépressions post-coïtales embrumées par l’usage intensif d’une pure bricole…., mais l’arrivée de sous-merdiques cramés émo-toxico qui achètent très chers des 911 SC pour en faire des fausses plus récentes ne risque pas d’inverser la tendance : La 911 SC est naze…, oscillant entre le zéro ultime et le mauvais goût absolu… et c’est fascinant.
Ferry Porsche n’était surement pas un criminel, mais c’est celui qui a pondu ce caca, c’est un dieu perdu dans sa propre folie, ressassant les anciens miracles de son père dans un magistral brouillard arrachant les âmes naïves frôlant le néant émotionnel…, pour ma part, ayant été sodomisé par Porsche avec cette chose…, dès que j’en vois une, je m’évertue de serrer mes fesses et m’enfuis pour éviter une nouvelle chute dans les tréfonds, c’est comme voir dieu après un crash, gentiment tu t’immoles…

Dans le milieu de l’Occazz des Porsche’s 911 SC, on trouve de tout dans ce bordel…, sauf qu’il n’y a pas vraiment d’ambition ici, si ce n’est que de faire un max de fric sur le dos des débiles et ça flingue sérieusement le cœur…, je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’adore ce bordel d’enculades, sans jamais m’en lasser…, au point que par déviance je rêve de mater des porscheries et les foules de porschistes dégoulinant de cyprine et de sperme, une noyade de pines et vagins, levrette sur femmes hippocampes…, un peu de douceur dans ce monde de brute, bordel de merde.
Ca semble simple une enculade porschiste, mais c’est riche à en crever, bourré de détail, parfait pour hanter tes nuits blanches…, c’est beau, parfaitement exécuté, rien de plus n’est demandé pour prendre son pied… avec la certitude que divers mecs vont mourir d’une overdose dans les 5 ans à venir, dans une espèce de mélancolie carbonisée qui marque les esprits de ces pigeons au bord du gouffre, aux cerveaux complètement fracassés, pleurant leurs économies juste avant de se faire sauter la tempe…, les larmes aux yeux et la morve coulant dans la bouche, le cerveau trop conscient d’une vie dissoute à cause de la 911 SC, ça frôle la perfection.