1988 BMW 325i « GATSBY 2000 »

Je ne sais plus si, dès fin 1979, via mes mag’s Chromes&Flammes, j’ai bien fait d’introduire les Hot-Rods, les Kustoms et les Kit-cars en Europe Continentale, particulièrement en France, après en avoir consommé une quantité non négligeable dès 1970, d’abord pour mon seul plaisir, ensuite dès 1977 dans un but mi-consumériste, mi-charismatique (gag !) pour le lancement des cigarettes Viking de British American Tobacco…, car cela a marqué toute une génération de p’tits d’jeun’s innocents (quoique pas tant que ça)… qui ne s’en sont (et Dalila) jamais remis…
Une grande quantité (un certain nombre) maintenant devenus plus vieux, pour la plupart simplement vieux, parfois gâteux (mais ils l’étaient déjà jeunes), viennent maintenant sur GatsbyOnline.com (vous ?), lire mes articles et jauger mes texticules (des petits textes, bande de pervers !)…

Mais…, comme j’ai relancé le magazine Chromes&Flammes, la quantité (non négligeable), qui s’évertuait à continuer de décrypter les rares mag’s papiers survivants ressassant les mêmes ritournelles renvoyant vers les mêmes show’s et concentres qui perpétuent la tradition franchouille des Kamping Kustom Koncentrationnaires (Arbeit macht frei)…, peuvent (enfin) revenir à de meilleures lectures…
Voila le décor d’arrière plan à cet article peinturluré à la sauce kustom…, en effet…, il vous faut comprendre l’incompréhensible dans le fil de l’évolution (qui s’avère parfois une lente déglingue)… afin de saisir la substantielle moelle de cet univers étrange (parfois glauque) dans lequel certains irréductibles surnagent et créent des véhicules bizarres dans un but improbable et incertain…

J’en suis partiellement responsable (indirectement, je précise)…, d’où mon angoissante interrogation : Ai-je bien fait de ré-éditer Chromes&Flammes pour apporter à nouveau un pneu de rêves mécaniques dans un monde de brutes épaisses, de beaufs et bouseux ?
Depuis la grande époque du Customising et des Kit-Cars (c’est plus que l’âge du Christ, ma crucifixion est proche)…, les complications apportées par les politiciens et fonctionnaires en charge de mettre des bâtons dans les roues de tout ce qui roule (même les vélos et monocycles), ont rapidement presque interdit à tout un chacun/chacune de mettre en circulation des Hot-Rods, des Kustoms et des Kit-Cars, même ceux qui sont légalement immatriculés dans un autre pays membre de la Communauté Européenne, sous prétexte d’éléments sécuritaires…, quoique certains inconscients parviennent tant bien que mal à contourner cela par des moyens que je ne commenterai pas, ce qui laisse la part belle aux margoulins de tous poils…

Mais…, ce ne sont pas ces entourloupes qui donnent confiance au grand nombre, qui préfère soit la paix et le calme en payant le moins de taxes possibles avec une micro voiture (de la Smart à la Mini), soit ont un sursaut à l’idée qu’on va tous mourir et que ça passe vite, et s’entichent d’une voiture de plus de 30 ans pour leurs loisirs, qui n’a pas à subir les mêmes contraintes et frais…
La plus recherchée est la Mustang, en Coupé pour les moins nantis, en Cabriolet pour ceux qui aiment le soleil et en Fastback pour les plus aisés qui sont restés admiratif de la Fastback de McQueen dans Bullit… et en marge, les néo-classiques et répliques telles Panther, Excalibur et Clénet… sont à acheter par qui en veut encore…, par contre, plus de place pour les Hot-Rods sauf pour les Outlaws…, voilà…

Vous pouvez raconter beaucoup de conneries sur les gens qui gravitent dans ces milieux de bagnoles, en imaginant vous faire une opinion sur diverses personnes en cherchant comment elles mangent, bouffent ou grignotent un hot-dog…, les puristes y ajoutent de la moutarde, les enfants du ketchup, les libertines du bacon…, dans ce délire, vous allez direct penser que le mec qui a construit la BMW personnalisée qui s’affiche en star de cette chronique, doit aimer ses Hot-Dogs badigeonnés de chocolat…, parce qu’il est fou.
Je préconise donc que vous ayez à coté de vous un seau, parce que vous risquez de vomir votre hot-dog quel qu’en soit la sauce…, tenez-le même solidement planté entre vos genoux avant de jeter un coup d’œil à ce monstre… et s’il vous plaît, gardez à l’esprit que je suis un homme qui a normalement une inhabituelle haute tolérance pour ce genre de design rétro absurde.

En fait, j’aime assez les automobiles « dérivantes »…, celles qui vont en tous sens, que ce soit en conduite ou en style, comme la Zimmer Golden Spirit, la Spartan, la Tiffany, la Destiny et la Mitsuoka… et j’ai même plus qu’un pneu de bonheur en tête à la vue d’une Stutz…
J’avoue, par ailleurs, avoir collectionné diverses Clénet, Panther et Excalibur et connu plus qu’un peu leurs concepteurs et constructeurs, Alain Clénet, Bob Jankel et toute la famille Stevens, particulièrement Brook, chez qui j’étais reçu en ami…, je ne déteste donc pas ces voitures…, je les aime même beaucoup…, tout en ayant la lucidité de reconnaitre que certaines sont relativement… immonde, question style et finitions !

C’est un « fan » de Chromes&Flammes et de Calandres, puis de TopWheels (la version américaine d’AutoChromes), lorsqu’il est allé vivre aux USA, qui, tout heureux de me lire à nouveau dans GatsbyOnline.com, a voulu ainsi rendre hommage au site, en nommant sa réalisation : « Gatsby-2000″…, une exécution minutieuse, très inspirée de la Zimmer et de la Tiffany, adaptée à un cabriolet BMW 325i de 1988…, clairement une idée vraiment originale, mais décalée parce que plus vraiment dans l’air (et la musique) de notre temps (crise, déficits, chomââââge, banqueroutes, faillites), et ça rend l’affaire tragique…
Tous les équipements originaux (d’usine) BMW… et plus encore, s’y trouvent concentrés : alarme quadriphonique (gag !), frigo intégré sous le plancher (re-gag !), ordinateur de bord BMW donnant une foule d’informations inutiles, installation multi-stéréophonique, etc.etc.etc…

Cette voiture est un tourne-têtes…, j’ai eu plusieurs belles voitures dans ma chienne de vie, chacune interpelle une certaine tranche d’âge, mais celle-ci semble faire appel à tous les âges…, j’ai toutefois conscience que cette description se lit comme la lettre d’une victime d’enlèvement en proie au plus sévère et délirant Syndrome de Stockholm, d’autant plus vrai (si, si !) que n’importe quel esprit rationnel se rend compte que je suis chauffé à blanc.
Les décisions prises dans la conception de cette voiture sont fascinantes : à l’avant, c’est très criard, voire surfait, il n’y a pratiquement aucune trace de l’existence d’une BMW 325i là-dedans…, de côté, cependant, ça commence à être plus bizarre, le capot est absurdement allongé et vient se fondre dans la carrosserie originale intouchée (évitant de se compliquer la vie dans des adaptations sans fins)…, quatre ailes à l’ancienne, façon années ’30, entourent le tout jusque vers l’arrière, ou le cul intouché s’avère austère, donnant à l’aspect global de la voiture une triste vision d’inachevé…, tout cela en couleur champagne…, pour 38.000 $, ça passe…, c’est même donné compte tenu du travail, mais qui va l’acheter ?

Un seul client probable : une personne aveugle, sans membres, sourde à toutes les mauvaises remarques, habitué à vivre dans la douleur constante de l’adversité humaine… et qui jouit chaque fois que 38.000 $ est retiré de son compte bancaire…
Intellectuellement, je comprends les tendances du design rétro, la nécessité de concevoir des voitures innovantes, en ce compris la sottise fondamentale de vouloir absolument placer des éléments rappelant les années d’avant-guerre, au risque d’être coincé avec des détails démodés.

D’une certaine façon, c’est ce que plupart des gens pensent lorsqu’ils sont devant des voitures rétro : la New Beetle, la nouvelle MINI, la nuova Fiat 500, la Ford Thunderbird (abandonnée), les dernières Camaro et Mustang…, ce sont des voitures conçues basées sur l’apparence d’un modèle précédent, habituellement iconique, du passé. … et leurs dessins sont faits de la traduction du design iconique plus âgé, adapté dans un vocabulaire de design moderne.
L’aspect fondamental « ancien » de ces voitures est conservé autant que possible… et restitué dans une esthétique moderne…., mais ces conceptions peuvent s’éloigner considérablement de leur source en termes de détails techniques : toutes les voitures à moteur arrière qui ont servi de base d’inspiration sont maintenant moteur avant… et d’échelle (tout est plus grand).

Les résultats sont mitigés de marques en marques, certains parviennent à capturer l’esprit de la voiture d’origine et d’autres se retrouvent semblables à des monstres écoeurants…, certaines conceptions ne sont pas basées sur un véhicule particulier du passé, mais sur un tri global d’idées généralisées d’un type de voiture du passé, comme le Chrysler PT Cruiser et le Chevrolet HHR…, des voitures qui utilisent l’inspiration d’un passé généralisé pour leur aspect et leurs formes, tout en conservant le vocabulaire commun de conception moderne pour tous les détails : éclairage, pare-chocs, traitements des fenêtre,s etc..
Je pense que c’est le moins réussi des types de design rétro, étant par nature une démarche à mi-chemin et jamais complètement liée à la modernité ou à la tradition.

Pour une raison quelconque, les japonais semblent avoir un talent spécial pour ce type de voiture, Mitsuoka par exemple, construit des « choses » qui techniquement entrent dans cette catégorie, même si elles ont souvent tendance à finir par ressembler à des caricatures, mais je pense que nous aurions tort de toujours comparer ces voitures à des véhicules anciens réels, car ils n’essaient pas vraiment la même chose.
Ces conceptions rétro sont conscientes de ce qu’elles sont et comme telles, sont par nature un peu moins vintage, mais ce n’est clairement pas dans le but de tromper, comme une réplique de Cobra ou de Bugatti…, elles font seulement référence a des associations de style anciens pour évoquer certains sentiments.

Pour en terminer avec la BMW 325i « Gatsby-2000″…, sachez qu’elle fait partie de ces bêtises roulantes que j’affectionne tout particulièrement…, ce n’est pas tant une connerie parce qu’elle est terriblement cheap (elle l’est, mais ça demeure dans les limites du convenable), mais bien parce que le kitch y est constant et ininterrompu, d’une bêtise épaisse et grasse comme une tranche de lard de baleine, c’est une authentique aberration !
Le fait que son look tient sur un ramassis de clichés n’est même pas le vrai problème…, cette foire aux signes extérieurs d’hommage d’aficionado serait moins consternante si seulement on pouvait en mesurer la pertinence dans le contexte actuel…, aussi sèchement appliqués qu’un rire enregistré dans une sitcom, les clichés restent exclusivement ce qu’ils sont, des clichés si satisfaits d’eux-mêmes qu’ils ne cherchent ni ne trouvent jamais la nuance qui pourrait les rendre crédibles : déférence sans conscience n’est que ruine de l’âme.