1991 Cizeta Moroder V16T…


Les supercars des années ’80 et ’90 ont perturbé toute une génération et sont responsables d’une quantité hallucinante de déséquilibres psychologiques, divers spécialistes des causes perdues et autres cas dantesques de folie ont écrit dans divers magazines qui alors se vendaient bien et affichaient des tirages en zone francophone de plus de 100.000 exemplaires pour 75% de ventes…, qu’il s’agissait d’un virus fatal, impossible à soigner !

Dans ces années de n’importe quoi, tout le monde rêvait de posséder une supercar, particulièrement une Lamborghini Countach avec ailes élargies, jantes larges et ailerons avant et arrière… et qui n’avait pas une telle Lamborghini pour aller frimer en Vroum-vroum devant des boîtes de nuit et de partouzes, était un « looser »…

Les moins flambeurs et nantis se sont rabattus sur des répliques de Countach qui d’ailleurs ressemblaient davantage à des Objet Roulant Non Identifiables qu’à des chefs-d’oeuvres pré-suppositoires de Bertone, c’était une période ou tout ce qui avait été « Mini-Mini » devait être « Super, hyper »…

Ferrari a suivi le mouvement quasi involontairement avec la fumante 288 GTO qui devait servir d’homologation pour le Groupe B…, mais comme elle avait tendance à se briser en deux et était abominablement dangereuse, à peine présentée, les instance de la FIA décidèrent de stopper la fabrication et la vente de cet engin diabolique…, sans pouvoir  empêcher que les 200 exemplaires prévus trouvent des gogos-payeurs  avant même que la 1ère fut fabriquée (Maranello en construisit même 72 de plus pour répondre à la demande)…

Chez Porsche, on suivait l’odeur de l’argent facilement gagné et ce bien avant les magouilles actuelles, une 911 élargie nommée 959 est sortie de nulle part pour ne pas aller bien loin en homologation Groupe B, avec un flat 6 biturbo, vendue à l’équivalent actuel de 260.000 € (à cette époque c’était une fortune, actuellement ce n’est plus grand chose)… et Lamborghini s’est retrouvé propriété de Chrysler qui, après avoir continué de caricaturer la Countach avec de plus en plus d’éléments « tuning », a décidé de sortir la Diablo qui serait plus « design » mais avec une touche d’américanisme…

Divers artisans ambitieux se mirent à rêver de leur propre fusée à roulette…, dont Claudio Zampolli, pilote d’essai Lamborghini, se retrouvant en charge de la marque pour l’Amérique du nord, avant de se retrouver viré sans indemnités, installé à Los Angeles, il va y ouvrir une concession spécialisée dans les modèles « exotiques »…  et devient rapidement le fournisseur officiel du tout Hollywood (comprenez là : « le sodomiseur » le plus efficace de Beverly Hills)…, ses poussées testiculaires le font déjanter jusqu’en son moi-profond,… et, boosté par la classe et l’extravagance de sa clientèle, Claudio Zampolli à l’idée de créer une supercar encore plus super que les autres.

Un tantinet paranoïaque, il se met alors secrètement en quête de fournisseurs en toute discrétion, craignant que les constructeurs italiens ne lui mettent des bâtons dans les roues…, il conclut un accord avec Tecnostile qui promet de lui fournir un V16 réalisé au départ de deux V8 Lamborghini Urraco…, c’est le motoriste Oliviero Pedrazzi qui assemble les deux V8…, ce V16 est donc muni de culasses et vilebrequins séparés en deux groupes de huit cylindres…, en revanche, son bloc est d’une seule pièce et l’allumage est un système Bosch K-Jetronic d’origine Ferrari.

Avec 6 litres de cylindrée et 520 chevaux à 7000 tr/mn (décatalysé, le moteur ira jusqu’à 560 chevaux), la Cizeta-Moroder V16T possédait alors sur le papier des caractéristiques moteur pour tutoyer les sommets de la performance automobile…., il reste à Claudio de créer un châssis chez lui pour le recevoir…

Pas question de cellule centrale en matériaux composites comme sur certaines de ses concurrentes directes, il crèe une structure multitubulaire classique utilisant des tubes traités au molybdène…, sur cette structure viennent se greffer les suspensions à double triangles superposés…, à l’arrière, les suspensions triangulées et les combinés ressorts/amortisseurs sont placés inboard (soit contre la boîte)… et toute cette structure est recouverte d’une carrosserie en panneaux d’aluminium.

La direction est à crémaillère mais sans assistance, laissant augurer des séances de musculation pour garer ou manœuvre la Cizeta-Moroder V16T…., pour freiner cette lourde supercar (1720 kg !), quatre freins à disques ventilés Brembo sans ABS sont à l’office….

La largeur des voies avant et surtout arrière (1,66 mètres !) est impressionnante et dévoile à l’avant de larges jantes de 17 pouces chaussées en 245/40 ZR 17 et à l’arrière en 335/35 ZR 17…., mais il pense qu’il ne devrait pas avoir trop de problème pour passer la motricité, car en plus de ces dimensions pneumatiques généreuses, la Cizeta-Moroder est équipée d’un autobloquant à 40%.

Reste finalement à trouver une carrosserie en Italie dont personne ne veut pour l’habiller à bon compte… et là, coup de bol et de génie, Gandini, le designer italien, qui compte à son actif la Countach attribuée à Bertone, lui présente une maquette roulante originale, qu’il a proposé à Lamborghini, mais que la marque via son repreneur Chrysler lui a fait modifier en profondeur sous le nom de code “Diablo”..

Dernière étape : trouver un max d’argent… et pour ce, Claudio va se servir de son carnet d’adresse pour trouver trouver le pigeon idéal : Giorgio Moroder…, musicien, ex-parolier de Donna Summer et Diana Ross, reconverti avec succès dans les musiques de films (Midnight Express, Scarface, Flashdance, Top Gun,…), qui sort son chéquier… et le projet voit le jour avec une originale et très people présentation dans une villa hollywoodienne en décembre ’88.

La Cizeta-Moroder V16T (Ci-Zeta pour les initiales de Claudio Zampolli et T pour Tranversale, la position du moteur central arrière) envoie du lourd…, une gueule violente, un V16 de 520 chevaux pour une vitesse annoncée à  300 km/h…, en ’88 ça faisait mouiller les petites culottes…, mais la mise au point s’éternise, Moroder frôle la banqueroute et quitte le navire presque ruiné, Ferrari et Lamborghini tentent de leur coté de flinguer le projet…, ce qui n’empêche pas Claudio de tenir bon…

A Genève en 1991, la Cizeta V16T définitive se retrouve sous les projecteurs, le capot orné d’un emblème en signe de défi : 3 têtes de loups, le seul animal qui ne craint ni le cheval cabré de Ferrari, ni le taureau enragé de Lamborghini…, de plus le calendrier avantage le petit constructeur puisque la Cizeta-Moroder V16T est présentée un an avant la Lamborghini Diablo… et a quasi la même carrosserie !

Malgré tout le talent de Marcello Gandini, on constate quelques lourdeurs de style comme les prises d’air latérales qui semblent rapportées et la poupe massive (avec des feux d’Alpine GTA)…, l’aileron n’est là que pour le look et n’apporte aucun gain significatif en aérodynamique…, la proue de l’auto est garnie de quatre petits feux escamotables superposés l’un au-dessus de l’autre par paire, une fois les phares en place, l’esthétique en prend un coup… et de plus, l’accès à bord est difficile et la planche de bord est finalement très classique dans son dessin.

Mais voilà, le projet restera une coquille vide, manque d’image face à une concurrence à forte notoriété, délais interminables, pas d’homologation européenne, le tout sur un fond de crise…, seuls 8 modèles, dont 1 prototype, verront le jour dont certains ne seront pas terminés…, Claudio Zampolli ouvrira un atelier en 2002 pour terminer les modèles inachevés et pour ajouter 3 roadsters à la production.

Le Sultan de Bruneï possède à lui seul 25% de la production puisque 2 Cizeta dorment dans son garage…, le seul et unique modèle-prototype de Cizeta-Moroder V16T est toujours la propriété de Giorgio Moroder, qui s’est refait une santé dans la musique en travaillant notamment avec Lady Gaga, Coldplay ou les Daft Punk sur leur dernier album, Random Access Memories…

A l’époque, bon nombre de journalistes ont supposé que Marcello Gandini n’aurait pas supporté les retouches apportées par les designers de Chrysler sur ses dessins du projet de la Diablo et qu’il aurait ainsi réparé cet affront…., d’autres affirment que Chrysler aurait refusé les dessins de Gandini jugés trop agressifs…., toutefois, il n’y a eu aucune déclaration de Marcello Gandini à l’époque affirmant cette hypothèse…, une simple imagination de journaliste !

La Cizeta-Moroder restera une aventure sans lendemain de la même veine que les autres ayant tenté l’aventure à la fin des années ’80 pendant l’âge d’or des supercars…, mais avec le recul, malgré quelques fautes de style propre à son époque et sa conception artisanale, la Cizeta-Moroder V16T est certainement plus désirable qu’une Lamborghini Diablo car plus authentique dans son design, plus rare… et motorisée par un V16…, c’est magique !

La Cizeta-Moroder V16T possède une histoire et des caractéristiques propres aux GT d’exception, aux supercars réservée à une élite (financière certes !) de connaisseurs avertis, l’amateur fortuné optera pour une « classique » Lamborghini Diablo, alors que le vrai connaisseur remuera terre et ciel pour trouver enfin l’oiseau rare qu’est une Cizetta V16…, la bonne solution pour en trouver une étant de retrouver Claudio Zampolli pour lui demander de re-fabriquer un exemplaire à la demande…

PRODUCTION :
Cizeta-Moroder V16T : 8 exemplaires
Cizeta-Moroder V16T Roadster : 3 exemplaires
Cizeta-Moroder V16T non achevées : 2 exemplaires
TOTAL : 13 exemplaires

CHRONOLOGIE
1973 : Arrivée de Claudio Zampolli aux USA pour réorganiser le réseau Lamborghini américain.
1988 : En décembre, au salon de Los Angeles, première présentation publique de la Cizeta-Moroder V16T : Design de Marcello Gandini, moteur V16 transversal.
1991 : Giogio Moroder, le musicien, se retire de l’affaire. Les Cizeta-Moroder deviennent alors des Cizeta V16T : Le prototype blanc présenté initialement changera ainsi de nom. Le moteur V16 change de système d’injection et troque son système d’origine Bosch K-Jetronic d’origine Ferrari pour une gestion électronique intégrale Cizeta. En septembre, le premier client est livré.
1993 : L’aventure Cizeta s’interrompt faute d’argent, de rentabilité, des soucis de santé et des démêlées avec la justice.
2002 : Le premier spider Cizeta V16T est achevé par Claudio Zampolli.

Ce que j’en pense :
Bien sûr, l’implantation en position transversale de cet encombrant propulseur ne s’est pas faite sans mal…, elle a surtout sensiblement conditionné la silhouette de la voiture, d’où cette ligne complètement disproportionnée, avec une partie arrière franchement démesurée, un avant particulièrement court et un poste de conduite très en avant, c’est bien simple, la Cizeta est encore plus monstrueuse que la Diablo…

Ses dimensions extérieures confirment cela : 2 cm de plus en longueur et en largeur, le tout sur des voies et un empattement encore plus généreux, soulignées par une monte pneumatique tout aussi impressionnante (245/40 ZR 17 à l’AV et 335/35 ZR 17 à l’AR)…, elle n’en reste pas moins, elle aussi, très racée, très italienne en somme.