2 Jeep’s Rat-Rod : GXSSHsd2i & Death-Wish… On sait bien que dans mes jeux d’écriture, je ne donne pas avec insistance dans la promotion des marques… et que je ne concoure pas davantage à encourager la frénésie de consommation qui semble parfois être le dernier ressort d’une humanité occidentale un peu à court de poésie, de nostalgie ou de mélancolie !
On entend souvent ça, qu’écrire aurait une vertu thérapeutique, qu’écrire serait comme se soigner des offenses, des échardes, que ce faisant l’on pourrait cautériser souffrances et maux par le truchement d’une remise en lumière de ce qui se serait tapi dans l’ignorance ou l’inconscient.
 Ceux qui soutiennent ça n’écrivent pas…, au mieux, ils se racontent ou bien se content…, écrire ne se fait dans aucun temps ou l’éternel (ce qui est identique), cela fusionne la dolence des choses alentour, cette table, cette odeur, la lumière à l’instant et les couleurs, le poids du corps et son immédiate texture et puis le grain sous les doigts, le goût de la bouche, la température du sang battant la veine, les incomplétudes quotidiennes qui restent fichées quelque part en autant de pièces de soi manquantes. Ecrire ne charrie pas vers quoique ce soit qui appartiendrait au passé, mais l’érige, l’invente complètement dans la couleur, dans l’air et l’eau de maintenant.   Il faut écrire aussi des faits, qu’ils sont les seules choses que la mémoire puisse prétendre à retranscrire… et encore, si l’on accepte les intervalles écrasés, les voies d’une logique intégralement décrite à la fin du fait et non dans son déroulement et que ces faits ne servent en rien l’écriture, souvent même l’empèsent ou bien la lestent.
On ne guérit pas par l’écriture, elle nous blesse ou forme une carapace préventive pour les fois d’après qui, bien sûr, n’adviennent jamais, puisque nous avons écrit…, elle se tisse là, maintenant, elle prépare là et maintenant d’un peu plus tard et ce maintenant…, cela ne vaudrait toutefois vérité d’évangile que si l’on arrêtait d’écrire…

Prenez le temps de vivre, comme moi, celui de vos passions…, pour ma part j’ai déniché deux bijoux de super-extra-hyper-technologie…- La Jeep Rat-Rod GXSSHsd2i…, dont le moteur à calage cyclique auto-segmenté m’emmène loin devant…, vers mon  destin, peut-être (sic !)…, dans un discret ronronnement tout de puissance contenue…- La Jeep Rat-Rod Death-Wish, une finition incomparable reléguant Rolls-Royce, Bentley et Cadillac à rien qu’un vide abyssal, dans laquelle j’ai pu goûter à l’incomparable grain du cuir de zébu argentin habillant chaque pièce de ce salon roulant, jusqu’aux endroits les moins accessibles…, et pouvant, de l’index, commander un système haute-fidélité et ainsi comme pouvoir assister à la Traviata comme si j’étais assis en première loge à la Scala de Milan…

Pleut-il dehors…, ou peut-être neige t-il ?Quelle importance quand les trains avant et arrière des deux Jeep’s sont dessinés en épures de géométrie torique, apportant une indéfectible accroche et un confort irréprochable ? La climatisation à vingt-sept bouches indépendantes de la CXSSHsD2i me comble d’ailleurs de toute la tempérance à laquelle j’aspire… et dans la Death-Wish, les systèmes automatiques d’éclairages et de chasse-pluie s’occupent de quasi-tout…, je n’ai rien à faire…, je suis bien…, je prends enfin, le temps de vivre.

Sans la puissance, la maîtrise n’est rien…, cette manière de réponse immédiate et ce grondement terrible, cette hallucinante assise quoique je décide, l’impeccable mordant qu’on distingue comme filés d’aciers l’un à l’autre joints, tant de finesse et tant de force, tant de certitude et tant de caractère, c’est prolongement… et m’y fond à l’autour…Ce sont des missiles lancés au hasard… et à leur volant (incertain), plus rien qui soit obstacle, je contourne, entre et sors en un orage multidimensionné, virevolte, prends de l’angle, relance, tempère, bouffe de l’asphalte à la vitesse d’un grand V au galop, considère en une fraction d’autres usagers et les oublie plus vite encore, ma respiration se fait intensément tranquille, mon corps se place au nanomètre, mon regard est une centrale analytique au service de mes mains (à moins que ce ne soit l’inverse), j’avais arrêté ça sept ans, presque huit, ce que je décrète à cet instant, c’est qu’aucune femme ne pourra plus jamais me priver de conduire des stupidités.

Traversant une bonne part du pays et me félicitant de ma moyenne (haute si elle est horaire, basse au compte des litres au cent) je n’ai cure de cette vieille obsession de faire que certaines coutumes n’oublient pas… Ainsi endosse-je l’entier de mon identité d’illuminé génial (sic !), j’en viens même à faire halte à divers arrogants relais de poste autoroutiers afin d’y ravitailler monture, cocher et passagers (alouette).

Vides et pleins, échange de liquides…, moi, je suis coté boutique…, plus précisément je contemple un indicateur vidéo qui précise le stade de préparation du café (qui n’en sera pas un, mon séjour en Californie m’en convainc plutôt bien) auquel les deux machines prétendent. Il y a toutefois une sorte de bruit de fond en notes et voix qui taraude…, il y a foule d’écrans qui font la promotion d’une station de ski ou d’une lingette à propreté automatique… et c’est du bruit encore.

Il y a ceux-là qui téléphonent et j’apprends…, des belles-mères, des affaires, des étapes et heures d’arrivée…, il y a ces enfants qui réclament et des parents qui dépensent en improbables en-cas et en boissons suspectes…, je vois qu’on occupe les places prioritaires avec diligence…, qu’on klaxonne, qu’on dérape ou qu’on crisse les pneus. Tout est bien, comme des poissons dans l’eau…., il n’y a sans doute que moi qui imagine les parois du bocal… et je comprends que rien ni personne ne me sauvera de l’épuisette… que je porte à l’intérieur les mailles et le filet…, que sans doute le rétroviseur intérieur (gag !) avait raison de déplorer que mon regard soit triste, lourd, totalement désespéré…

J’aime assez le « revival », mais objectivement, c’est la baratte à merde… et ce déluge là occupe à plein les postes de télévision, les journaux ou ce qu’il en reste, les slogans de campagne, les conversations au salon entre un verre de bourbon et un joint de gras…, ces gens soi-disant « politiquement-corrects » ne vont pas aimer les deux Jeep’s de cette chronique !

J’en viens à la laide comédie des torrents de kaki, d’acier, d’ogives, d’hommes crapahutant (en loisirs) à la va comme je te pousse, fusils d’assaut en main en autant de missels, les sourcils barrés de noir pris au cirage des rangers (les godasses pas la troupe), les grelots de gourdes, pelles et cartouchières battant les flancs…

Je reconnasse que ces Jeep’s Rat-Rod GXSSHsd2i & Death-Wish… ne sont en réalité que des amas tubulaires fumant d’acides gras et de gaz mort-né s’élevant vers ce qui serait peut-être un ciel sans elles, un assemblage abscons de métaux sans autre épaisseur que celle d’un blanc éteint, imprécis, palot comme l’est le visage d’outre-tombe, un peu translucide aussi mais sans veine qu’on devinerait, des soudures, des matières gluantes couleur de brume chien-loup, des crachotements de couleurs avortées en quart fer-blanc !Sous les pneus de ces choses, il n’y a rien que du vide, également blafard et le tas de bagnoles qui va avec en suite…, sans oublier le décor, quelques espèces d’arbustes circonscrits dans leurs carrées de béton dont les bords se coupent en lignes droites dont on doute, et aussi quelques panneaux de signalement qui disent : « Pas là, pas ici, comme ceci ou cela, au pas, debout, interdit, pas autorisé »

Des amants regardent ces choses et rêvent…, des maris et épouses, des pères et mères, des amis ou membres d’un club de Customeries, d’anciens enfants aux joues de lait…, la semaine, ils arrivent au turbin à six heures, à huit les plus tardifs, ils disent en quittant le lit ou le foyer : « je vais au travail »…
Quand ils sont arrivés, qu’ils ont rangé l’auto, l’ont verrouillée et rassemblé leur nécessaire, ils disent « je travaille, je suis au travail, j’ai beaucoup pas trop, bien mal, travaillé »...

On pense à la constante de Planck ou encore aux quanta, on pense à Leibniz, à Apollinaire dans la tranchée, on pense à l’humain de Léger comme les boîtes répétées de Warhol, à cette curieuse métamorphose de la langue qui appelle un bulldozer un chat… et serpentin un gras cloaque si tant qu’on l’ait électrifié…, on pense à opposer l’idée de la collaboration à celle de la participation. J’aurais du être professeur…, de musique ou de lettres, précisément…, on me haïrait pour ce tic de corriger chaque phrase, chaque mot qui, dit ou bien muet, secoue perpétuellement mon entente…, je dirais « je travaille »…, moi aussi, et ce n’est pas pareil.

Il en va des demandes comme des questions qu’on aimerait n’avoir pas à poser : on attire à soi des réalisations laborieuses et bancales, des réponses incertaines car hors du temps de l’interrogé et puis souvent cette mauvaise grâce du chroniqueur que je suisse parfois, qui, parce que j’ai de temps à autre perfidement soumettre le monde à mes divagations mélancoliques, ne livre pas que de l’ancien rassurant, ni du mâché, ni du livrable en porte-à-porte et que de l’inédit. Depuis la dernière ville traversée, quelques baraques en tôle et parpaings, en tout cas, mon dos, mes fesses, crient « au secours »…, pour les reins, c’est pareil, ils finissent d’endurer, me disant ce qu’il faut de dégoût, d’agacement…

Voilà, c’est tout ce que j’ai trouvé à écrire sur ces deux Jeep’s… et c’est bien assez ! 
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