Dodge Razor…

Je me souviens, c’était en 2002, j’avais été invité à la présentation de la Dodge Razor en tant qu’éditeur-fondateur et chairman of the board des magazines Chromes & Flammes.
Détroit, la capitale américaine de l’automobile.
J’y avais rencontré amis et ennemis de journalisme, de design et de tutti quanti, de ces choses qui rapportent gros mais qu’on tait… Piting !
Laissez-moi me remettre dans l’ambiance pendant que je relis mes notes, écoute la bande audio et regarde les photos.
C’est un sujet jamais publié que je ressort ici sous forme d’ancienne exlusivité mondiale…
Piting !
Les journalistes, dont les sacs à l’effigie de Dodge sont chargés de cadeaux et de dossiers de presse, sont rassemblés autour de l’un des plus récents spécimens de l’écurie Dodge.
Voiture sport à l’allure féroce, la Razor provoque le genre d’émotions fortes dont l’industrie automobile américaine nous gratifie bien souvent.

« Regardez cette voiture », sourit-il, son regard caressant la miroitante silhouette de la Razor, « à mon avis, le moment est idéal pour les stylistes automobiles. En fait, je ne me rappelle pas en avoir connu de meilleur. En 1998, une des voitures dévoilées au Salon de Détroit anticipait à elle seule l’avenir du design automobile. Le style jelly bean aérodynamique dominait l’esthétique automobile, refusant le caractère propre à chaque modèle. Le marché privilégié des baby-boomers ayant à maintes reprises indiqué que la sécurité constituait sa principale préoccupation, on prenait peu de risques dans le design des voitures. La berline Mercedes s’est mise à ressembler à la Honda Civic, et celle-ci à la Ford Taurus qui, avec son allure de pilule bosselée, était tout sauf sexy. Puis, virage à 180 degrés : la New Beetle de Volkswagen est venue tout bouleverser en séduisant les foules, qui se pressaient sur ses célèbres listes d’attente. Sa carrosserie saugrenue en disait long sur son conducteur cible : un jeune utilisateur de i-Mac portant chaussures de sport branchées, et qui n’était surtout pas un enfant du baby-boom. Les machos cinquantenaires de la presse automobile ont aussitôt ridiculisé la caricaturale Beetle, jugeant qu’elle s’adressait, quelle horreur, à une clientèle féminine. On adorait ou on détestait. Il y avait longtemps qu’une voiture n’avait provoqué d’aussi vives réactions. Rappelez-vous comme on aimait les voitures des années 1950. Elles aussi misaient sur la jeunesse et l’émotion. Les autres constructeurs n’on pu faire autrement que d’étudier ce mystérieux attrait exercé par la New Beetle. À l’automne 2000, l’émission radio Talk of the Nation de NPR présentait une interview de Bryan Nesbitt, styliste chez DaimlerChrysler. C’est à lui que l’on doit la carrosserie d’une voiture qui, passée de la conception à la production en un temps record, a rajeuni l’image rangée de Chrysler. Il s’agit de la PT Cruiser, qui ressemble, suivant les avis, à un vieux taxi londonien, à un roadster des années 1930 ou à un corbillard ».

Designers et ingénieurs se mêlent à la foule, l’un d’eux observe la scène du haut de la tribune de presse flottante et me dit :

« Certains, dont moi en tête, disent n’avoir jamais vu une voiture aussi laide que la Chrysler PT/Cruiser ! » lui dis-je….
« C’est vrai », me rétorque-t’il, « et la plupart ont plus de 30 ans. C’est parfait. Un nouveau groupe démographique émerge ».
Une analyste de l’industrie nommée Designer au projet Razor de Dodge approuve : « Ils ne conduisent pas ces voitures, ils les endossent comme un vêtement. Plus que toute autre génération de conducteurs dans l’histoire récente, ils s’intéressent au style. On les appelle les enfants du millénaire ou de l’écho-boom, ou encore la génération Y. Ils ont moins de 24 ans et sont imprégnés de ce principe du xxie siècle selon lequel les objets définissent l’identité. En Amérique du Nord, ils forment la génération la plus importante depuis celle de leurs parents baby-boomers et, d’après les analystes, ils gagneront encore plus d’argent. Les enfants de la génération Y achèteront des voitures plus tôt que tous les groupes qui les ont précédés. Et ils adorent la PT Cruiser. L’automobile qui a amorcé le grand virage : la New Beetle de Volkswagen remet les courbes à l’honneur ; son designer, freeman thomas, a encore frappé avec la Audi TT. La Crossfire de Chrysler est le dernier concept d’inspiration rétro en production ». 

À Montréal, elle n’était pourtant qu’une décrocheuse cégépienne parmi d’autres, vivant chez ses parents dans une chambre du sous-sol, lorsque son grand frère envoya ses dessins au Center for Creative Studies de Détroit.
Elle est irrésistible, avec ses yeux de chat couleur d’ambre, sa silhouette à la Paméla Anderson et sa grande aisance en entrevue. Elle n’est pas encore du niveau d’un Freeman Thomas, le styliste de la New Beetle, puis de l’Audi TT, voiture qui suscite presque autant d’engouement, ou d’un Trevor Creed, le virtuose de Chrysler responsable du nouveau design du Dodge Ram, un succès incontesté. Mais, abstraction faite de son charme, elle possède des talents qui la hisseront au sommet. 
« Il me harcelait en disant : “Allez, fais quelque chose avec ça !” », se souvient cette superbe femme.
Aux États-Unis, la plupart des meilleurs stylistes automobiles sont passés par le CCS ou le Art Center College of Design de Pasadena. Au CCS, elle crée un intérieur de voiture pleine dimension dans le cadre de son projet final.
Son travail impressionne au point que Dodge l’embauche sur-le-champ et qu’elle doit refuser les offres de deux autres constructeurs, dont Ford.
« J’ai pris un vrai risque », affirme-t’elle, « car, à l’époque, le constructeur attend toujours un succès qui ne viendra qu’à la fin des années 1990. C’était zéro romantisme, surtout avec la série K ! J’ai choisi Dodge uniquement pour la Viper… La fringante Dodge Viper est une voiture sport deux places avec des évents latéraux ajourés et une allure sensuelle qui évoque la Batmobile, en mieux. Avec un prix de base de 115 000 dollars et une production annuelle limitée à 1 500 exemplaires, elle contribue à revamper l’image du constructeur en montrant qu’une Chrysler peut aussi se faire provocante », laisse-t-elle tomber.

« Les gens, surtout les jeunes, aiment les héros. Les médias veulent pouvoir citer un nom, me dit alors un des patrons de Dodge, « mais chaque voiture nécessite une équipe énorme. Je ne suis que la pointe de l’iceberg. Avec l’avènement de ces jeunes qui endossent leur voiture en plus de la conduire, c’est de moins en moins vrai. Traditionnellement, il était impossible de rester en pointe des tendances avec un processus qui, de la conception à la salle d’exposition, coûtait des centaines de millions de dollars et exigeait au moins quatre ans de travail. Aujourd’hui, les constructeurs ont mis en place des petits studios spécialisés. Le studio Viper, par exemple, est situé loin de l’usine DaimlerChryslerDodge de Auburn Hills, où se trouvent les bureaux de design. Il y a beaucoup moins de tracasseries administratives qu’avant, et je crois que le milieu deviendra encore plus avant-gardiste. Le changement est déjà évident au Salon de l’automobile de Détroit, où Chrysler dévoile ses voitures concepts. Elles ne sont pas encore en production mais indiquent plutôt ce qui pourrait un jour rouler sur nos routes si le public y consent ».

Une volée de jeunes de la génération Y défilent sur l’estrade en trottinette, sur un fond d’écrans géants où des surfeurs des neiges dévalent dans la poudreuse.
Les journalistes grisonnants de la presse automobile doivent subir le rythme trépidant de la musique électronique en dégustant les sucettes glacées rose bonbon qu’on leur a distribuées.
C’est tout juste si on n’a pas déroulé une bannière proclamant « À bas les vieux ! ».
Tout est fait pour attirer le marché qui détient le futur pouvoir d’achat aux États-Unis : la jeunesse branchée.

Spécifiquement dédié aux jeunes et conçue en collaboration avec la compagnie de trottinettes et skate-board Razor, ce coupé sportif fait tourner bien des têtes.
Arrive ensuite la voiture tant attendue : la Dodge Razor, une voiture sport tellement délirante qu’on la dirait sortie d’un jeu vidéo de rallye.
Il utilise un quatre-cylindres de 2,4 litres auquel on a greffé un turbocompresseur, ce qui lui permet de produire 250 chevaux. Grâce à une boîte de vitesses à six rapports et à un poids relativement réduit, il devrait permettre de faire le plein des sens. Peut-être sera-t-il commercialisé.
Mais le concept ne sera viable que si Chrysler le vend au prix annoncé, soit moins de 15.000 $ US.
Rêvez pas, c’est un vieux souvenir…
Chrysler a extrapolé la CrossFire de cet engin, la Razor est restée un concept-car.
Le prix annoncé de 15.000 US$ a été doublé dès que Daimler-Benz/Mercedes a pris les commandes du groupe…
Fin d’une époque, début d’une autre…

 
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