2007/2008 Weber, la libidomobile…

« Quand on monte dans ce genre de voiture, on ne sait pas descendre plus bas »…, c’est ce qui m’est venu à l’esprit quand j’ai eu le bonheur d’en sortir…

Avril 2007, Monaco…

Les vrais exégètes sont tombé de leur chaise, de leur lit ou de leur armoire (pour les plus basiques), en découvrant cette voiture.
Au bout de quelques jours d’angoisse, l’objet s’avérant réel, nombre d’entre-eux se sont fait violence avant de se retrouver groggy.
Au delà de ses plus visibles tares (anti-design, manque de sens, contresens, fautes de goût, éléments techniques issus d’ingénieurs amateurs, absence de logique…) et faute de moyens intellectuels…, cette voiture est un cran en deçà des ambitions développées? ses défauts cachés lui assurant le statut d’automobile débilitante, avec une densité incontrôlée du dramatique.

On y retrouve en effet une certaine lubricité généralisée des formes, des gimmicks typiquement bourgeois, un dédain pour le confort le plus élémentaire, le tout dans un style pour le moins brut de décoffrage, valeur ajoutée non négligeable à l’hallucination permanente ressentie à sa vision.
Venue de Suisse, cette nouvelle super car entend défrayer la chronique en s’attaquant aux chronos de la référence du moment, à savoir la Bugatti Veyron.
La firme annonce en effet des performances ahurissantes : plus de 400 km/h, 2,5 secondes pour atteindre les 100 km/h, 6,6 secondes pour franchir la barre des 200 km/h et seulement 16,2 secondes pour le cap des 300 km/h !

Le moteur n’est pourtant que le LS7 Chevrolet Corvette, un V8 de 7 litres, suralimenté par deux turbos.
Le secret de ces chiffres : une puissance virtuellement démoniaque (pour atteindre virtuellement 900 chevaux, il suffit de le prétendre tout en fournissant des fichiers fabriqués à l’appui d’un baratin convainquant), associée à un poids plume virtuel de 1.100 k (même méthode).
Les 900 chevaux virtuels à 7.000 tr/min pour un couple tout aussi virtuel de 1.050 Nm à 3.800 tr/min, se frayent un chemin (virtuel lui-aussi) vers une notoriété illusoire, via une la boîte séquentielle 6 rapports de la même Corvette (qui n’en peut rien et n’est donc pas associée à l’escroquerie intellectuelle)…

Cette Weber bénéficie d’une transmission intégrale invisible qui peut envoyer, toujours virtuellement, jusqu’à 36 % de la puissance aux roues avant… et, pour ralentir la bête, des jantes de 20 pouces cachent des disques de freins en céramique de 380×34 mm, tant à l’avant qu’à l’arrière.
A l’intérieur, les sièges sont prétendument en carbone et bénéficient d’une finition en cuir qui permet de n’en rien savoir…., le volant est quant-à-lui « spécifique » (sic !) et permet, non seulement de diriger l’engin vers de nouveaux horizons, mais de modifier la cartographie moteur (virtuellement via des « zondes »)…, de modifier (aux risques et périls de l’intrépide conducteur) la loi de l’anti patinage ou encore de dérégler la gestion de la boîte séquentielle…
Une production très limitée est prévue pour la fin de l’année (nous sommes en 2007), chaque engin étant affiché au prix stratosphérique de 1.600.000 francs Suisses + taxes Communauté Européenne + TVA nationale applicable + contrôle fiscal inquisitorial + ennuis divers + frais…

Mai 2008, Tobel, Canton de Thurgovie, Suisse…

Un an et plus a passé…, aucune production même limitée n’a débuté…, la Weber orange et gris métal a été repeinte en bleu et gris métal après avoir été modifiée par endroits.
C’est grâce aux « méritoires » efforts de l’irresponsable en chef de cet engin (accessoirement propriétaire de l’atelier de tuning ou a été élaboré la Weber…, un personnage considéré par certains journaleux comme un authentique désaxé, frondeur, paillard, buté, retranché derrière une absence totale de recul sur son œuvre et celle des autres, sautant sur la moindre esquisse d’opportunité pour mettre en verbiages inutiles les pires histoires qui lui trottent dans la tête)…, c’est grâce à lui, donc et à ses « méritoires » efforts, que cette chose automobile a pu être présentée une seconde fois à la presse (qui ne s’y attendait plus), sans vraiment susciter d’émeute !

Il est vrai que les explications débitées avec un entêtement désarmant par cet authentique bateleur, lesquelles, en autant d’instantanés des différentes périodes de sa vie…, trahissent toujours de façon inconsciente des bribes d’informations autobiographiques.
Ce sont toujours (bis !) des obsessions ou des opinions sur sa vie, l’amour, les femmes, les gosses et les chiens…, le tout dans un cadre improvisé sur le vif, alors qu’il faut supporter les apparitions fugaces de techniciens derrière lui… et la présence (même plus occultée) de bimbos vaporeuses et de bellâtres…, vieux beaux et soupirantes décaties enfilant (comme la Weber), les fautes de goût esthétiques comme des perles.

Mais, cette suite de marivaudages et de manipulations incongrues prend une ampleur inattendue au bout d’une heure, lorsque toute l’attention se cristallise sur l’aspect technique… et qu’il fait volontairement abstraction de l’usage forcené du système D dans la conception de cet engin…
Ce pétulant bordel narratif, voguant sur d’innombrables fausses vérités vite abandonnées en digressions, un enchaînement de plus en plus nébuleux, avec une constance hallucinante…, dès-lors, en suite de ses délires, à grands coups de passages en force cataclysmiques…, toutes ses énumérations techniques ne réussissent qu’à favoriser une certaine appréhension, obligeant à remettre les pendules à l’heure en séparant le bon grain automobilistique de l’ivraie roublarde.

Cet art du contre-pied permanent joue pour beaucoup dans la singularité de cette présentation…, ce fringant bonhomme qui a fait fortune en Suisse, affronte la tête haute les commentaires haineux des journaleux excédés, précisant qu’il a l’habitude des perfidies dont il est souvent l’objet, depuis qu’il est revenu au château familial avec un compte en banque turgescent et une accorte jeune fille à son bras…
Autre élément à ne pas prendre à la légère pour distinguer cette voiture du tout venant mélodramatique, sa réalisation claudicante, visiblement tributaire de restrictions financières drastiques.

Je laisse la parole au pétulant responsable :« La légendaire précision suisse n’est plus limitée au domaine de la création de chronographes les plus prestigieux du monde. En utilisant une combinaison unique de haute technologie pour l’ingénierie et un intransigeant style novateur orienté vers l’efficacité aérodynamique maximale, m société Weber ancrée à Tobel, dans le canton de Thurgovie, en Suisse, va dès à présent développer et construire les plus rapides voitures du monde. Cette deux places ne pèse que 1100 kg et est propulsée par un moteur V8 à double suralimentation qui produit 900 chevaux et 662,4 kilowats, une exceptionnelle puissance-poids de 1,22 kg par cheval vapeur, qui la propulser à 300 km/h en seulement 16,2 secondes pour ensuite atteindre une vitesse de pointe de plus de 420 km/h. Les prix de détail commencent à 1,620,000 francs suisses (prix à l’exportation sans TVA). Les propriétés aérodynamiques sont absolument élémentaires afin d’atteindre cette vitesse de pointe. La carrosserie est entièrement fabriquée en fibre de carbone. Grâce à nos logiciels en études aérodynamiques et des essais de soufflerie, la voiture à une stabilité directionnelle maximale dans les plus hautes vitesses. Les appuis aérodynamiques qu’elle crée ne sont surpassés que par les voitures de course pur-sang qui n’ont pas à se conformer aux exigences légales, par exemple une garde au sol suffisante. La face avant de la voiture avec ses deux grilles caractéristiques, est le résultat de nos recherches en aérodynamique. Cette conception particulière crée un vide d’air à l’avant de la voiture avec des effets positifs sur l’écoulement d’air sur le véhicule. Les portes, pour des raisons aérodynamiques, n’ont pas de poignées à l’extérieur, elles s’ouvrent et se ferment d’une simple pression sur un bouton. Ce stratagème contribue à la création de forces aérodynamiques puissantes comme le fait légalement la commande électronique de l’aile dé-ployable arrière. Cette touche high-tech ne crée pas seulement un appui, mais sert aussi comme un frein à air. Selon la vitesse du courant et la force de freinage appliquée par le pilote, l’aile se déploie en position totalement verticale dans les 50 millisecondes. Cela crée jusqu’à 4000 newton-mètre de force de freinage supplémentaire. Le bloc en aluminium léger a été mis à niveau avec un haut rendement énergétique grâce un vilebrequin équilibré avec précision, de même que des bielles équilibrées et des pistons forgés. Le système de gestion du moteur provient du monde de la course automobile et orchestre l’interaction parfaite de tous les composants et les paramètres. Dans le même temps les boutons sur le volant donnent au conducteur la possibilité de sélectionner différents mappages et d’ajuster la puissance du moteur à toute situation de conduite spécifique. Un livret explicatif indispensable de 654 pages est livré en supplément pour la modique somme de 500 Francs Suisses. L’électronique du moteur répond aux strictes limites Euro IV en matière d’émissions d’échappement. La combinaison d’une conception légère, et d’un moteur extrêmement puissant, haut de gamme dans une voiture à quatre roues motrices, disposant d’un système de traction de contrôle actif dérivé de la Formule Un et un aérodynamisme de course innovant…, donne des temps d’accélération plus rapide que ceux précédemment atteints par des voitures de course. Les sprints de 0 à 100 km/h sont atteints en seulement 2,5 secondes et la voiture atteint 200 km/h, après seulement 6,6 secondes. Après seulement 16,2 secondes, la vitesse maximale est de plus de 400 kilomètres par heure ! Des jantes personnalisées ont été fabriquées en 10Jx20 pour l’avant avec des pneus 285/25 ZR 20….et 13Jx20 pour l’arrière avec des pneus 325/25 ZR 20. La Weber est également équipée d’un ABS high-tech commandant des freins à disque en céramique à 12 pistons fixes de 380 x 34 millimètres. Ces freins permettent un arrêt de 100 km/h en 30 mètres environ. Le cockpit est une cellule de sécurité intégrée en fibre de carbone. Le volant style F1 est un autre développement interne…, il comprend les commandes pour la cartographie moteur et le système de contrôle de traction ainsi que des palettes de commande pour la boîte de vitesses séquentielle »

Voilà pour la première couche d’appréciation…., la deuxième, non des moindres, repose sur le coté apocalyptique du véhicule et non plus via un baratin invérifiable, destiné à créer une rumeur positive, aidant à mythifier un engin qui vient de nulle part….
Pour y pallier, le grand responsable…, coupe une grande partie des commentaires, noie les discussions en entier…, tout en boostant soudainement la musique d’ambiance… et lorsqu’on le réentend en finale, enfin…, c’est avec difficulté… et des niveaux sonores aléatoires entre lui et ses interlocuteurs-journaleux…, cette dernière apparition, étant, à ce titre tout simplement splendide !

En matière de véhicules laids, il y en a qui se défendent bien et…, un cran plus haut, il y a la Weber Sportscar…, la seule chose à en retenir, c’est que cette voiture est une daube apocalyptique… et que l’irresponsable qui a mal assuré sa présentation ne s’est guère soucié d’aucune vérité…, se contentant de mener sa barque en emmerdant puissamment les lazzis critiques suscités par ses bouffonneries.
Pour le reste, la carrosserie est molle…, on dirait qu’elle a fondu après avoir été laissée un peu trop longtemps au soleil… et son museau de bâtard qui louche fait penser à un projet scolaire impliquant de la fibre de verre qui aurait terriblement mal tourné…, qu’on ne se méprenne cependant pas, ces automobiles débiles, apparues de nulle part pour s’écraser peu après dans le décor, dans des proportions spectaculaires…, je les adore.

Toute cette affaire, ne fut que la représentation par l’absurde du paradoxe insurmontable entre la foi candide de l’exécutant dans son projet (sic !) et les approximations désinvoltes de l’exécution.
Avec son mode de fonctionnement foutraque, le responsable irresponsable, demeurera à tout jamais, une personnalité fascinante… et je suis prêt à tout pour qu’il continue à présenter des engins aussi déviants, qui finissent par avoir leur propre valeur, au-delà du bien et du mal…, oui, je suis prêt à tout, même à l’impossible.

Dimanche 6 mai 2012, 19h34, lac de Genève, Suisse…

Je suisse confortablement assis à l’Auberge du Lac en attente de la fondue que j’ai commandé…, je me souviens de la fumeuse Weber présentée en 2007 à Monaco, puis en 2008 à Tobel, dans le Canton de Thurgovie…
Contrairement aux discours et aux communiqués de presse, aucune production, même très limitée n’a jamais débuté…, il est vrai qu’il s’agissait d’une automobile épouvantable, stupide à l’excès et grotesque jusqu’au vertige.

Il fallait oser accoucher d’une pareille somme d’inepties niaises… et tenir des affirmations péremptoires à une presse crédule…, sauf si l’irresponsable responsable n’avait qu’uniquement l’intention de se payer une bonne tranche de rire…
Pas facile toutefois pour les journaleux et le public, de prendre la mesure d’un tel océan de médiocrité…, un examen plus attentif encore, s’impose peut-être…, mais ans quelle mesure cela relève-t-il de la légende automobile ?

Les expériences du concepteur lui auraient valu quelques troubles psychiatriques bien réels durant sa jeunesse, mais il semble en avoir surtout usé pour alimenter sa libidomobile…, le journaliste Charles de Hautefeuille, qui l’a connu, corrobore la réputation d’un personnage relativement fantasque dont l’histoire qu’il racontait à-tout-va… racontait que Enzo Ferrari l’avait reçu à bras ouverts pour un projet de voiture sportive… mais que, mécontent des discussions concernant l’utilisation d’un moteur V8 plutôt qu’un V12, il s’était mis à exiger des changements sur un ton si agressif que pépé Enzo se serait mis à crier plus fort que lui, l’entretien dégénérant en une séance de hurlements et d’injures mutuelles…
La vérité se situe sans doute entre les deux extrêmes : selon Charles de Hautefeuille, le concepteur fou était avant tout mythomane et prêt à tout pour faire parler de lui.

M’en retournant, une heure plus tard, à mon hôtel, après avoir assez mal digéré la fondue suisse de l’Auberge du Lac…, ayant toujours en tête le souvenir de la sinistre présentation de la Weber…, j’étais passager à bord du dernier autobus qui s’enfonçait dans la nature pour me ramener dans mes pénates…
A proximité de mon siège, se trouvaient : un playboy à la mâchoire carrée obsédé par la bière…, un petit moustachu musclé du ciboulot…, un freak sympathique constamment défoncé…, une rouquine fragile aux manières pudibondes… et une fausse blonde décérébrée chaude comme un bulex, qui parlait tout haut à mon attention…, m’affirmant qu’il y avait cinq figures incontournables en Suisse : le sportif suisse, l’intello suisse, l’idiot suisse, la vierge suissesse et la salope suissesse…

Autant dire que la fête pouvait continuer… en empruntant les chemins de traverse.
Et… effectivement, mon retour a eu les allures réjouissantes d’un tour en montagnes russes suisses dans une maison fantôme dont les chausse-trapes révélaient une architecture gigogne…