2009 Faralli & Mazzanti AutoVulca S…

Un homme rêve qu’il pilote une automobile extraordinaire…, peu importe la marque, elle est rouge… et son capot avant est long, puissant (même si le moteur est positionné à l’arrière)…, une côte se présente, jusqu’à l’horizon… et voilà que ça cafouille, que ça ratatouille…, le rêveur s’éveille trempé de sueurs d’angoisse…, pas la peine d’avoir lu Freud pour découvrir la clé libidinale du songe…
Les psychanalystes savent bien quelle place tient l’auto dans notre paysage inconscient…, l’homme s’identifie à cet instrument de puissance, il y étend l’espace de sa personne… toucher à son corps de métal et/ou plastique…, c’est l’agresser : faire obstacle à sa trajectoire, c’est une atteinte castratrice à la toute puissance de son Moi profond.

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Passe encore que l’auto soit ainsi érotisée : dans toutes les civilisations converties à l’Occident, elle est objet de séduction comme ailleurs les cornes du cerf, la crinière du lion ou les plumes du paon…, les belles voitures fascinent les dames, pas forcément les mieux avisées…, il n’y a pas si longtemps, les dragueurs français parlaient, avec un clin d’œil égrillard, de leurs « aspirateurs à nanas »…, la complicité entre l’automobile et le désir est brûlante, les publicitaires en jouent…, plus spontanément, il y a trente ans, le glissement des grandes limousines américaines vers des dimensions plus modérées (disons des normes presque européennes) a coïncidé avec le dégonflage des énormes seins arborés jusque-là par les pin-up de certains magazines…, aucun des sociologues qui, bien sûr, sont attentifs aux avatars de l’auto, n’y a vu un pur effet du hasard.
On n’a pas tous les jours l’occasion de s’éclater…, je pense aux journaleux qui attendent impatiement d’être invités au bout du monde à la présentation d’une automobile insipide : voyage, hôtel de grand luxe, bouffes diverses, boissons (alcoooooolisées, hipsss !) à volonté, jeunes femmes avenantes aussi, cadeaux divers à la clé, en ce compris l’ultime et innénarrable parapluie aux couleurs de la marque…

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Depuis que je raconte tout et le reste, je ne suis plus invité à ces partouzes…, je suis persona-non-grata…, plus question donc de gratter à la porte des relations publiques pour obtenir des bons d’essence gratuits, voire une auto quelconque pour partir en week-end prolongé à Saint-Tropez (maintenant que j’y habite, ce serait plutôt pour aller à Berlin, Londres, voire Paris)… en contrepartie d’un article pré-écrit par le staff des relations publiques… et laudatif à vomir…, sur une oubliée de gamme qui ne se vend plus depuis longtemps et qu’on vient de ressortir avec un autocollant « Sport » sur le coffre…
Nananano, non…, tout en me laissant gratter les coucougnettes par une extraordinaire beauté…, je me détends à tapoter mes propres (quoique parfois pas propres du tout) aventures sur GatsbyOnline, généralement au volant d’engins étranges que personne ne connait, ne connaitra jamais et qu’en réalité personne n’a envie de connaître… et cela dans un style très particulier du genre : «Il bondit jusqu’au ciel ! Quand je le monte, je plane. Mon cheval est ma maîtresse…», c’est dans Henry V, de William Shakespeare…, le Dauphin de France, un imbécile vaniteux, délire sur son destrier, à la veille de la bataille d’Azincourt…, rien en commun avec la Mazzanti Vulca S…, pffffffff , le cheval, alors qu’il va être question de chevaux-vapeur ?

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Remonter à la guerre de Cent Ans pour décortiquer la modernité ?
Normal, la vitesse hante depuis toujours notre imaginaire, surtout celui des mâles avides de prolonger leurs petites jambes avec des bottes de sept lieues…, dévorer l’espace terrestre, depuis les chars de Pharaon jusqu’à la diligence de la Chevauchée fantastique, c’est une prétention immémoriale…, la litanie shakespearienne du Dauphin fou de cheval se psalmodie encore aujourd’hui, presque mot pour mot, dans les bars de Rome, de Paris ou de Kansas City…, sauf qu’il s’agit de Porsche ou de Ferrari, voire d’autos étranges et quasi inconnues, comme les Mazzanti !

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L’automobile a exaspéré cette hantise, elle l’a rendue universelle…, une route, quatre roues, un volant et, sous le capot, une force surhumaine que le bout du pied droit peut déchaîner : c’est bien plus que le parcours d’un point à un autre… un sentiment très fort, un idéal d’évasion loin des pesanteurs matérielles et collectives…, l’espace est dominé…, le temps est maîtrisé…, mais si le cheval, lui, était donné par la nature, l’automobile, au contraire, est un produit intégralement humain, une volonté manufacturée…, jamais objet n’a été aussi richement chargé de sens…, la littérature, le cinéma et même l’art moderne en font sans cesse leurs choux gras.
L’auto caractérise l’homme, et inversement…, si demain, après un cataclysme nucléaire, quelque habile archéologue du futur découvre une collection de voitures épargnées au fond d’un garage-mausolée, il pourra en déduire tout ce que nous fûmes…, j’ai donc choisi de vous conter l’Auto Vulca « S »…, ce dont vous vous doutiez au vu des photos et du titre de cet article de la mort…, on dit ça : « à l’article de la mort« , c’est une expression qui me parait ici justifiée…

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C’était au mois de mars 2009, j’hésitais entre partir en Inde, assister au lancement de la Tata à 1.500 euros (la voiture des classes moyennes au pays de Ghandi qui devait s’en retourner dans sa tombe), ou partir en Italie pour essayer la nouvelle Antas AutoVulca « S »…, une « chose » absurde et Italienne, relativement décadente, aucunement en phase avec nos réalités, ni même nos rêves…, vous souvenez-vous de mon reportage sur l’Antas V8 qui reposait avec naïveté, mais savoir faire, sur une plate-forme de Maserati Quattroporte des années ’60… et qui était l’œuvre de Faralli & Mazzanti ?

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Cet engin, dont j’ai réalisé un reportage décoiffant dans cette section « Automobile » de GatsbyOnline… (cherchez bien, ça vous occupera)…, mariait aluminium, cuir et carbone dans un design surréalistiquement étrange s’inspirant d’une Bugatti Atalante en forme de baleine qui se serait pris pour un cachalot…, ce qui n’a pas aidé cet engin à obtenir un succès commercial…, ce Nautilus de la route, au volant duquel même le Capitaine Némo aurait déserté, avait toutefois le mérite d’exister, alimentant ainsi, gratuitement, les rubriques étranges des magazines d’automobiles insipides désireux d’attirer quelques égarés afin de minimiser le pourcentage des invendus… (également au bénéfice d’épicuriens esthètes tels que moi…, qui vous en fait profiter)…

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Mais les gars de Faralli & Mazzanti ne se sont pas découragés… et ont entrepris de créer l’Auto Vulca « S », un coupé 2+2 à carrosserie et châssis en aluminium, avec en tête de produire artisanalement 10 exemplaires réservés à une « élite »…, avec, pour justifier un prix ahurissant d’un million d’€uros…, des pré-personnalisations pré-intégrées et infinies…., mais il n’y avait pas que le design de cet engin qui devait être unique…, le nom donné à cette automobile : « Vulca« , s’inspirait directement du nom du sculpteur « Vulca da Veio« , mondialement connu je ne sais ou (sic !) comme étant le Maître artistique de la civilisation Etrusque, étrange et mystérieuse…

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Cette Auto Vulca « S » allait donc entrer dans l’Histoire comme étant la première voiture de sport Bulgaro-Italo-Etrusque…, un grand moment dans l’histoire de l’automobile, actuellement sur le déclin…, le design de Zsolt Tarnok (un Bulgare, bien évidement), n’avait toutefois pas encore atteint une pleine maturité (il est maintenant trop tard pour qu’il y arrive puisque la voiture a été produite avant de tomber dans l’oubli), mais il a eu le (seul ?) mérite d’être un designer quasi unique…, sous le capot avait été placé un V10 5L8 de 630 chevaux emprunté à la BMW M6 qui servait de voiture « donneuse » quant à ses trains roulants et autres accessoires…. et la Vulca « S » reposait sur des 21 pouces (255/30 devant et 295/25 derrière), ce qui suffisait à faire comprendre à n’importe quel quidam, que l’auto était très chère, réservée à une élite…, « excusez du pneu » pouvait-on dire !

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Longue de 4.83m pour être précis, elle était large également (2m) et assez basse (1.35m)…., l’Auto Vulca « S » s’affichait en catalogue et communiqués de presse, comme : « crachant son magma pour atteindre les 100 km/h en 3.9 secondes avec une vitesse annoncée de 335 km/h »… en réalité des chiffres totalement fantaisiste…,la réalité étant un 235 km/h sur circuit…, ce qui n’était pas pareil, mais pas si mal…, quoique je n’ai jamais atteint les performances annoncées…, ma seule performance réellement, attestée par des témoins peu-dignes de foi, étant que j’ai réussi à me rendre jusqu’à la Pizzéria située dans le village voisin de la carrosserie Faralli & Mazzanti et à en revenir au solde d’un périple épique que je vais me faire un plaisir sadique de vous narrer…
En résumé, pour résumer brièvement, je suis donc parti en Italie essayer cette « merveille » de l’art Etrusque revisité par un designer Bulgare… et construite par des ouvriers Albanais employés par Faralli & Mazzanti, une firme Italienne aux capitaux Russo-Arabes… et ce, à mes risques et périls…, sans garantie de recevoir des cadeaux, pas même un parapluie au logo de l’Auto Vulca « S »…

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Après avoir effectué les pleins de fluides divers et gras, les pneus gonflés comme mon cou et mes chevilles…, l’engin et moi-même, étions prèts à avaler les nombreux kilomètres pour faire le tour de la carrosserie, puis pour pousser « une pointe de vitesse pure » jusqu’à la Pizzéria du village voisin (que je ne vous recommande pas)…, cette Pizzéria étant en effet la propriété de Polonais fraîchement immigrés, et leurs Pizzas ressemblant à des gâteaux secs avec des tomates en bouillies mélangées à des champignons et des morceaux de jambon…, de plus, en plein coeur de l’Italie profonde…, nommer cet endroit « Pizzeria Izmir« , laissait planer un doute quant à l’identité des Polonais… qui me semblaient être des Turcs illégaux… quoique le chef-coq était Yougoslave)…, si la Pizza manquait de sel, par contre l’addition fut salée à souhait !

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La première plaisanterie est survenue dans un virage de l’arrière-village, ce fut comme un rêve de conduite pour tout bon masochiste qui apprécie les routes au comportement sinusoïdal…, montée de casse-vitesse innoportun, sortie de virage hative… et là, pouf, l’auto s’est arrêtée !
A vue d’oreille, je n’entendais plus la pompe à essence…, j’ai rampé sous la voiture… et après quelques reptations, je n’ai rien vu d’anormal…, en revanche, le fusible, lui, avait rendu l’âme…, j’ai alors pris le fusible de la ventilation…, le chauffage en mars, en Italie, n’étant pas indispensable !
Quelques centaines de mètres plus loin, même symptôme… et même constat…, n’ayant pas de fusibles de rechange sous la main…, celui des phares a fait l’affaire…, j’ai commençé à voir la boite à fusibles se vider, d’une part… et l’angoisse m’étreindre d’autre part…, d’ou un arrêt chez un accessoiriste local, où j’ai eu beaucoup de mal à lui expliquer qu’il me fallait des petits fusibles… et ce en italien, langue que je pratique uniquement pour, en Italie, commander des pizzas (non salées) et demander l’addition (salée).

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Par désoeuvrement et tentative de désenvoûtement, j’ai ouvert le capot… (je vous fait grâce du « comment je l’ai ouvert » en cause de la commande camouflée sous le tapis)… et, après 20 minutes de désespérance, j’ai réalisé qu’en fait le support de batterie, légèrement désserré, venait toucher le relais de la pompe à essence…, le fourbe !
Avec un sourire jusqu’aux oreilles, j’ai réparé grâce à un bout de papier journal…, puis j’ai terminé mon voyage jusqu’à la Pizzéria du village (celle que je ne vous recommande pas)…, une fois mal sustenté d’une Pizza « maison » aux Cannelloni frits… (n’en rajoutez pas en tirant la g…, j’en ai encore des hauts-le-coeur)… et réhydraté d’un litre de Chianti Turc englouti dans mon buffet…, chantonnant « O sole mio » en turc…, je suis reparti en sens inverse au volant de l’auto Etrusque, durant un certain nombre de kilomètres !

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Ma vessie décrétant une fatigue soutenue (je reconnais que je n’étais pas frais non plus à ce moment-là), j’ai avisé un terrain de camping près d’un cours d’eau, occasion pour moi d’immortaliser l’Auto Vulca « S » à coté d’une minimale maison de campagne en toile…, bref une tente, histoire de créer un contraste saisissant…, je suis entré dans le camping, ratant la réception de peu et d’un pneu…, alors que des petits enfants aux mains pleines de doigts gras et sales laissaient des empreintes quasi indélébiles sur la voiture, tout en jettant des regards stupéfaits sur la drôle d’auto qui venait de pénétrer sur leur territoire…, j’ai alors entamé une franche marche arrière en me déportant sur le côté de l’allée…, grave erreur !

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Je n’ai évidemment pas vu la margelle en ciment de taille irrégulière qui balisait la-dite allée…, en revanche le pot d’échappement, lui, l’a très bien senti passer puisqu’il l’a pris dans le cul…., instantanément les résidents du camping, dérangés par le bruit caverneux du bloc BMW V10 en échappement libre, sont arrivés en vociférant des insanités…, la ligne d’échappement coté gauche en inox avait plus ou moins tenue…, mais sous le choc, la ligne coté droit, elle, avait été proprement bousillée…, de même que la jupe arrière…, bref, j’étais au milieu de nulle part, avec une auto quasi inutilisable… entouré d’une cohorte de gens charmants mais désireux de donner, qui son avis, qui un bout de fil de fer, qui un coup de poing dans ma tronche..

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Je me suis ruiné en portable pour appeler à l’aide… et les gens de Faralli & Mazzani sont finalement venus réparer et, à 18 heures, légèrement dégrisé, j’ai pu reprendre la route, soulagé (vessie) mais un peu anxieux tout de même, en me demandant à quelle sorcière j’avais bien pu faire offense…., mais, alors que j’entamais la traversée du village pour la quatrième fois, j’ai regardé avec une certaine inquiétude les nuages de couleur menacante qui s’accumulaient… et, au moment ou je repassais devant l’immonde Pizzéria (que je ne vous recommande toujours pas)… : pouf, pouf, pouf… la voiture s’est mise à ratatouiller, puis s’est arrêtée de nouveau…., tandis que des GROSSES gouttes (de pluie) s’écrasaient sur l’impeccable carrosserie, nonobstant les nombreuses traces de doigts graisseux laissés, en souvenir, par les enfants du camping….

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Comment dire…, je me sentais rudement seul, à chercher pourquoi cette auto avait décidé de s’arréter, alors qu’auparavant elle fonctionnait sur 7 cylindres 1/2…, c’est ainsi que j’ai ruiné le travail d’un des derniers « grand » carrossier italien, créateur d’engins lubriques et pervers destinés à une clientèle de masochistes…
Hou, hou, hou, que c’est mal…
Il me faudra encore une 1/2 heure pour trouver le vrai gag, à savoir qu’il n’y avait plus d’essence !.

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Je vous passe les tractations avec le cuisinier Yougoslave qui était véritablement la tête de Turc de cette gargotte, afin d’obtenir quelques litres d’essence afin de repartir remettre définitivement cet engin d’apocalypse chez Faralli & Mazzanti, alors que les GROSSES gouttes de pluie se transformaient en châtiment divin…, le retour final se fera d’une traite, nonobstant une pause à refixer l’arrière de l’échappement droit se balançant à 5 centimètres du bitume (en tapant la margelle, toute la ligne avait reculé, ce qui avait tordu une des pattes de fixation, qui est sortie de son logement)…, n’étant pas rancunier (ou définitivement masochiste), j’ai promis que je reviendrais dans quelques années pour tester la prochaine création de Faralli & Mazzanti…
Amen !