Dodge, family-muscle-cars…
L’automobile, se vit parfois comme le symbole fort d’une existence sociale misérable, qu’on espère améliorer…, puis qu’on tente d’oublier… à moins qu’on désire la transcender… 

La distinction entre musique intra-diégétique et extra-diégétique est rompue : le non-vacarme des échappements ne fait qu’exploser les logiques de répartition sonore : dans le dégonflement de sa présence, cette musique misérabiliste est à la fois assomante dans l’intimité de son écoute… et vexatoire dans l’impression d’évasion hors du cadre humain, en fanfare plus gazouillante que bourdonnante…, par l’ouie exacerbée d’une non-musicalité…
Je tourne la clé de contact…, explosion sonore macrocosmique : dans la nudité grandiloquente du désert, la musique tout azimuts du V8 sonne un accompagnement célèbrant une euphorie inexistante…
Dans le strict cadre de la scène que je vais jouer, c’est aussi une manière de traverser toute limite par l’occupation d’une profondeur nouvelle…, une illusion collusive.  
L’automobile devenue bagnole n’a plus la bonne presse d’avant, en Europe occidentale.
Elle provoque la nausée parait-il, dans tous les partis politiques, surtout auprès des Verts et de ceux qui font semblant de les soutenir pour capter leurs voix.
C’est que les emplois disparaissent au fil de la limite des vies humaines et de la dernière découverte technique pour améliorer la productivité, de la nouvelle idée d’un DRH zélé, pour alourdir la charge de travail des opérateurs.
Je tente depuis quelques années d’analyser ces nouvelles idées qui façonnent les mentalités, la pollution, l’insécurité routière, l’étalement des villes, et de banlieues sans âme…., sans jamais renoncer à défendre une production nationale qui a sérieusement tendance à s’expatrier dans les pays dits émergeants…
L’automobile est pourtant l’objet de grande série le plus élaboré, le plus sophistiqué destiné à rouler sur du bitume, sur des pavés, voire sur des chemins de terre défoncés !
C’est un Instrument de travail et de loisir irremplaçable qui trimballe dans ses fibres toute une idéologie.
Il n’y a plus de grand messe de l’automobile, d’ailleurs on ne vient plus dans les salons pour acheter un véhicule, en espérant raccourcir les délais de livraison.
On n’y vient plus pour rêver…, c’est mal vu…, les grands constructeurs se croient obligés de tuer le rêve pour obéir aux politiciens en affirmant qu’il n’y a pas plus écolo, pas meilleur garant de notre sécurité, de notre environnement, que leurs automobiles.
Tout juste s’ils ne s’excusent pas d’avoir pollué et mis des vies en danger à l’âge d’or de l’automobile.
Tristes salons en effet quand on assiste au spectacle de grands patrons, jadis salués comme des prophètes, reconnaître diverses erreurs de jugement (mais ce n’est pas leur faute, c’est la crise)… et nous faire croire qu’est venu le règne de la voiture électrique.
Pardonnez-nous de nos péchés…
Ils ne nous aiment plus, ils voudraient divorcer.
Les marchés européens ne les intéressent plus depuis qu’ils ont découvert la Chine, la Russie. Demain ce sera l’Inde leur Amérique.
A quoi sert-il de produire des voitures en Europe alors que les marchés profitables sont si loin ? 
Tristes salons, où une majorité de modèles présentés viennent de ces nouveaux eldorados.
La Peugeot 508 fabriquée à Rennes, mais aussi en Chine…, ou elle sera évidemment le plus vendue, donc produite.
Renault, son Far-East, c’est la Russie…, marché très prometteur dit le prophète.
Tristes salons où les stylistes rentrent dans le rang pour dessiner sur ordre, des voitures qui se ressemblent toutes, avec, pour remerciement de tant de soumission, l’autorisation de présenter des concepts cars aguichants.
Présenter est un verbe trop fort…, en réalité, les « concept-cars » sont déposés dans un stand, noyés parmi les clones de voitures de rallyes et/ou de F1, ce qui frise la provocation.
Tristes salons dans l’air du temps, aseptisés, vidéosurveillés, pour le seul profit de gros actionnaires qui ne se gênent pas pour rouler en 4×4 américains, et prendre l’avion ou l’hélicoptère comme vous le métro…, tandis que les ouvriers des usines délocalisées en Chine ou rn Inde, gagnent quelques équivalent d’euros par jour de 10 heures, souvent 7 jours sur 7….
Si ça continue on exigera un bilan carbone à chacun d’entre nous en même temps qu’on vérifiera la puce éléctronique injectée dans le corps, obligatoirement, sous peine de 10 ans de prison… Bonjour, contrôle !
Vous avez dépassé votre quota de CO² ce sera une amende.
Merci ! 
Problème : l’automobile ne mourra pas de sitôt, tant que la liberté de se déplacer existera.
On le voit bien, il s’agit de décision politique, rien d’autre.
Si pour vous, cet engin que l’on appelle automobile, qui a bouleversé notre façon de vivre au vingtième siècle, si cet engin a encore, sinon un sens, du moins une utilité sociale…, vous pouvez aller vous balader…
Les analyses objectives sur le phénomène automobile sont suffisamment rares (du moins en France) pour saluer celles qui émergent, parmi un flot d’annonces apocalyptiques dénonçant ces impies du monde moderne ! 

Avant…, il était question de progrès, l’accès à la mobilité individuelle ouvrait les portes d’autres mondes…, nous en sommes au point du désamour de l’objet fétiche du dernier siècle.
La saga mécanique du vingtième siècle, a transformé nos villes, nos paysages, nos vies.
Sortie de l’histoire, la France refoule de toutes parts ses motifs de fierté ou les traite au second degré.
L’auto, dont la visibilité est totale n’y échappe pas, bien au contraire.
Pour ses détracteurs, et ils sont partout, l’auto ne serait qu’une imposture, un objet totémique pour viles croyances.
Oui, nous avons participé, souvent en la combattant mais pour l’améliorer au bénéfice de tous, à cette construction collective, combattue aujourd’hui avec tenacité par un capitalisme financier mondialisé.
Derrière la disgrâce péremptoire, mais peu réfléchie, dans laquelle est tenue l’auto, c’est la condamnation rétrospective d’une époque qui est à l’oeuvre.
Il est pourtant question d’autonomie et de liberté…
L’ère du développement durable rejette donc brutalement l’automobile, à laquelle on substitue des modes de transport lourds (eux aussi d’un autre âge) le train, le tramway, ou bien un plus léger, le vélo…, qui n’a plus rien à voir avec le vélo populaire et ouvrier du début du siècle ! 
Alors, si l’auto a été l’avenir…, en a t-elle encore un ?
Oui, parce que c’est le seul outil de déplacement disponible à tout moment de la vie.
Doit-il rester en l’état ? Bien sur que non ! 
Mais, même mis à nu et démembré, le cadavre, parce qu’il reste exquis, vous salue bien !
L’auto doit achever son processus de civilisation : elle doit moins tuer et moins polluer…
L’auto a été contrainte d’apprendre l’humilité, ce qui lui a fait du bien, mais ne l’a pas tuée car il y a des raisons objectives à sa survie : une restauration…, celle d’un libre arbitre raisonné… et une condamnation, celle du délitement du sens de la responsabilité dans le politiquement correct tacite qui, profitant de l’absence de réel dialogue, est pris trop souvent pour la démocratie.
Déchet de l’imagerie de Western, les « Muscle-cars » familiaux américains (des berlines 4 portes singées sur les antiques mais véritables « Muscle-cars », coupés 2 portes)…, sont, comme tels, destinés à des recyclages infinis…, ce ne sont plus des automobiles, en ce que cette notion est propre et définie, avec une existence une et indivisible, mais ce ne sont pas pour autant des voitures « de rêve »… 
Cette figure virtuelle est actuellement, en nos temps de crise, à ce point dénaturée, abîmée, qu’elle en devient presque incongrue.
Exit l’icône de Steve McQueen dans « Bullit » et sa Mustang, terminé le mirage de « Point limite Zéro » et de la Challenger…, nous avons maintenant affaire, avec des motifs-composites, la concordance d’une conjonction de clichés issus de modèles typologiques à ce point travaillés, malaxés, transposés et dégraissés de leur mythologie essentielle et périphérique, de leur nature initiale et de leurs identités secondes…, qu’ils forment une entité nouvelle, qui est le souvenir métamorphosé d’une impression.
Pour autant, chaque motif-composite, dans son devenir, passe par l’accumulation d’un réinvestissement et, dans le même mouvement, par la perte des caractères fondateurs de ces figures, n’accèdant pas au statut d’icones. 
Ces « Muscle-cars » familiaux, sont nés, vivent et vont mourir dans un malaise intériorisé et dans le concret d’une méta-existence immature et informe ! 
Ce sont des objets-roulants non établis, non conventionnels, non définitifs.
Ils sont, au sens sidérurgique et industriel, des composés-décomposés, sans identité finie, mais comprenent en eux la possibilité de la projection d’un simulacre d’identité.
Il contiennent la possibilité de vivre en famille, des fragments de réminiscence corrompus et pervertis.
Pas de comparaison possible avec un antécédent clairement défini, mais la collusion asymptotique et tendue avec des modèles du passé.
Le mythe est tellement usé… que ces « Muscle-cars » familiaux, ne parviennent plus à engendrer un aura mythique, ne s’adossent plus à lui…, il y a incohésion, inadéquation glissante et gluante entre le visible actuel et les modèles passés.
Ce n’est pas d’un quelconque héritage dont ces faux « Muscle-cars » d’aujourd’hui peuvent vraiment se revendiquer, (qui suppose une ligne claire et archivable de strates accumulés au cours du temps), c’est l’inconsistance liée au travail de la modulation informante et déformante du temps, exclusivement dans un but mercantile.
En quelque sorte, voir la beauté au lieu de l’horreur d’un massacre, c’est voir avec les lunettes de la foi en une Amérique qui nous a trompé, qui nous a menti, berné, volé… et presque ruiné…

Tout peut arriver, rien n’est mauvais.
Mon filtre, ce qui me permet d’écrire tout ceci…, c’est l’expérience et le vécu…, c’est voir, en dépit de la férocité et de la réalité présente, l’horreur…, en gardant  l’apparence blasée de celui qui en a trop vu pour s’émouvoir, s’inquiéter.
Le fétiche du passé apporte avec lui son lot d’images qui le dispense de se repaître du fantôme d’images autres qui me sont proposées,dans le présent de mes visions.
Epaisseur de l’expérience contre couche superficielle du présent.
Rien de grave dans celui-ci, ce n’est qu’une image en plus, qui survivra, s’évanouira et rentrera dans le rang, comme les autres.
De la sorte, pour un personnage et une conscience qui ne peut voir dans les « Muscle-cars » familiaux actuels, que des suppléments dispendieux et superflus , vous imaginez que ce n’est pas la perception de l’exceptionnel qui peut guider mon regard…, c’est l’exceptionnel.
Ces 3 Dodge, pour qui n’a pas bourlingué longtemps et partout, comme moi, dans de multiples mondes, sont banales, ordinaires, des « choses » qui se décrètent dans le simple et quotidien exercice de leur fonction principale : transporter une famille d’un point A vers un point B en donnant une illusion…, aux autres et à chacun qui y est assis….
On est loin de la grâce survitaminée de la beauté qui empoigne les sens et cloue le bec aux blanc-becs au-delà du temps, confèrant à la beauté, une énonciation franche et profane ! 
Son off : bruissement du moteur de l’engin à l’arrêt.
L’itération chevauchante du ronronnement insistant et non-percutant est comme le départ d’une course de voiturettes à pédales, voire de caisses à savons….
Il faut se préparer, dans l’inarticulation du son des moteurs ; cela va partir loin…
Mais plus que les images, la tyrannie dérobante et équivoque du non-son est facteur d’illusion, de tromperie…., car ce bruit de moteur, montant le niveau sonore et embrayant à l’arrêt, n’est pas l’annonce d’une automobile intra-fictionelle…
Bof !…
  
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