2011 Morgan Aéromax Automatic #43/100 – 2.741km : One exquisite, delicious and delightful Shit…

Dans les salles d’attente des dentistes ou chez les coiffeurs, les beaufs se jettent soit sur des mag’s « autos-cons » qui traitent d’automobiles jusqu’à l’écœurement et l’indigestion…, soit sur les mag’s « people’s » qui font leurs choux-gras avec les photos des frasques des membres (érectiles et « érectibles ») de la « Jet-Set »… qui s’affichent, plastronnent, bandent ou font bander…, se branlent ou se font branler…, à Saint-Tropez…, à Porto Cervo…, à l’île Moustique…, sans oublier Monte-Carlo pour le Grand Prix…, Venise pour la soirée « Save Venice »…, Londres pour les courses d’Ascot…

Cette faune, membres et membresses de la Jet-Set (une appellation qui tinte, délicieusement, comme des glaçons dans un cocktail exotique), forme une société ailée, liée à ce moment de l’histoire du XXe siècle où les gens fortunés ont pu s’exposer et exposer leur fortune aux quatre coins du monde…
Pour ce petit millier d’individus constitué de femmes d’un certain âge trop habillées… et de vieux messieurs accompagnés de femmes qui rajeunissent d’année en année…, la planète est un village, semblable à Saint-Tropez !

Les deux pivots de la Jet-Set sont le temps et l’argent, car il faut beaucoup de temps et d’argent pour ne rien faire… et, quand on a du temps, on doit meubler sa liberté…, on se consacre donc à ses loisirs !
Comme dans toute société humaine, certains jet-setters sont plus égaux que d’autres…, il y a d’abord les vrais, ceux qui ont un jet privé qui les emmène de ville en ville…, ensuite, derrière eux (ce qui est un double-sens sexuel voulu), naviguent les autres, y compris (et surtout) « ceusses » qui voyagent en classe économique (ce n’est pas incompatible, même si certains, honteux, se cachent).

L’avion privé (tout comme le « petit » yacht)…, c’est la pire des humiliations pour les « ceusses » qui suivent…, car il n’y a en général qu’une seule chambre exclusivement destinée pour le confort et les besoins du (et/ou de la) propriétaire, les invité(e)s sont donc assis(es) n’importe ou et comment…
Pourtant, même s’il reste encore quelques fêtes légendaires, les temps ont changé…, depuis la mort de Marie-Hélène de Rothschild, ordonnatrice légendaire de soirées où se pressaient des invités du monde entier, il n’y a plus d’événements frivoles… et les milliardaires d’Internet ne sont pas très drôles.

En dehors de ces « réunions de famille » où l’on voit toujours les mêmes 60 personnes…, la Jet-Set s’est achetée une conduite…, on fait désormais dans le « charity »…, des soirées sonnantes et trébuchantes pour une bonne cause (généralement celle de qui l’organise)….
Chacun/chacune doit débourser entre 5.000 et 10.000 euros, parfois bien plus, pour avoir le droit d’entrer dîner et ensuite de mettre sans cesse, encore et encore la main au portefeuille pour les tickets de tombolas des cadeaux, des colifichets débiles et des faveurs (surtout sexuelles), puis, s’il reste « des moyens »… à palper quelques fesses et seins : « I need you, and I need your cash »…

Le couturier Valentino était (quoiqu’il le reste en sourdine) le saint patron de ce monde cosmopolite de flambeurs, l’homme qui a habillé Jackie Kennedy, Audrey Hepburn, Nicole Kidman, Gwyneth Paltrow, Sharon Stone, Nancy Reagan et des centaines d’autres élégantes en plus de cinquante ans de métier (il est né le 11 mai 1932) possède une maison à Capri, un chalet à Gstaad, un château en France, un hôtel particulier à Londres, le palais Mignanelli à Rome, une villa immense sur la via Appia et une autre sur la Côte-d’Azur…, tandis que la Méditerranée est réservée à son yacht de 60 mètres : le MT Blue One
Dans chaque maison, et dans le « rafiot », un staff complet en état d’alerte et un valet derrière chaque chaise !

La nouvelle génération de Jet-Setteurs (depuis 2001) est plutôt calme…, on est loin de l’époque du Studio 54 à New York et des transhumances festives où se mélangeaient le groupe d’Andy Warhol, les sœurs Kennedy-Radziwill, Yves Saint Laurent, Mick Jagger, Mica et Ahmet Ertegun, ou encore la très haute en couleur Gloria Thurm und Taxis, surnommée « Princesse TNT », retirée du circuit depuis la mort de son mari, l’une des plus grosses fortunes d’Allemagne, qui remontait au Saint Empire romain germanique.
Il y a eu aussi quelques mort(e)s : Christina Onassis, son frère Alexandre, le fils et le neveu de Giovanni Agnelli, John Kennedy junior…, « Dieu ne veut pas que certain(e)s aient trop » !

L’extravagance est évidemment inscrite dans le code génétique de la Jet-Set…, je parlerais plutôt de panache…
Pour faire partie de la Jet-Set, il faut « des couilles », (même pour les femmes.., les transsexuelles disposent-ils et/ou elles, d’avantages certains), de l’insolence… et le sens de l’humour…, quand un jet-setter dit « Chiche », ça va coûter la peau des roubignolles, car il y a en eux un certain plaisir de l’irrespect…
Vous remarquerez que c’est exactement le style de mes chroniques…

Ce cercle ressemble par certains côtés à la Cour sous l’Ancien Régime, une concentration de gens qui ne perdent jamais une occasion de dire du mal les uns des autres… et ce qui les amuse, c’est de lancer des rumeurs.
On rit beaucoup dans ce monde…, comme toute société, la tribu a ses chroniqueurs, ses gazettes et son site-web : www. GatsbyOnline.com…, quoique au sommet de la pyramide, trône le mensuel américain Vanity Fair.

La Jet-Set fait rêver parce que les gens ont besoin de rêver d’une vie plus heureuse…, c’est comme imaginer un paradis sur terre…, malgré les progrès économiques, il y a la guerre, les gens s’entre-tuent… et, au milieu de tout cela, les beaufs imaginent ce monde comme une oasis de bonheur…, mais, avec quelques doses de vulgarité qui le rapproche du commun des mortels.
La Jet-Set représente un espoir réel d’ascension sociale…, même si tout le monde ne peut pas devenir Bernard Arnault…, mais devenir « Jet-Setteur » est à la portée d’un ambitieux doué d’une ambition raisonnable (sic !)…, la Jet-Set plaît parce que ce n’est pas un monde fermé comme celui de la politique… de plus, s’il est presque impossible d’entrer dans le monde des grands capitalistes…, par contre la Jet-Set est le seul cercle de richesse dans lequel un pauvre peut espérer se catapulter…

The must exquisite, delicious and delightful Shit ; The Morgan Aéromax !

En 2000, lors de la journée de la presse du Salon de Genève, un éminent Jet-Setteur, ayant dans ses coffres bien au-delà du minimum vital (sic !), le Prince Eric Sturdza, créateur et dirigeant de la Banque Baring Brothers Sturdza, tombe sous le charme d’un roadster au look néo-rétro : la Morgan Aero 8.
Fasciné, il engage sa banque dans la mise sur pieds d’une écurie Morgan, dirigée par d’anciennes gloires de la F1 : Jacques Lafitte et Jean Pierre Jabouille.

Comme dans les années d’avant-guerre, où l’élite choisissait un châssis Bugatti puis se rendait chez un illustre carrossier, ce descendant de la grande noblesse roumaine par son père… et d’une mère norvégienne (c’est anecdotique et n’apporte rien à cette histoire), se rend à Malvern Link, dans le Worcestershire, siège historique de l’entreprise artisanale Morgan, qui n’a presque jamais construit de coupés mais prend note des spécificités demandées par le client suisse, figure emblématique de la Jet-Set… et encaisse immédiatement son chèque !
Quatre mois plus tard, une maquette réalisée à partir d’un dessin de Matthew Humphries (que personne ne connaît) lui est présentée.

Le banquier Jet-setteur est bluffé par le résultat, avec l’avant dérivé de l’Aero 8, la partie arrière qui évoque la Bugatti Atalante et/ou T57S Atlantic et autres Talbot Lago T150C SS…, un profil bien typé année ’30 (si on débarque chez Morgan, ce n’est pas pour se faire créer une Vector)… et il trace un second chèque…
Ce style néo-rétro se retrouve aussi dans la conception : un châssis tout en aluminium extrudé, soudé, collé et riveté, une technologie contemporaine, avec entre autres quatre roues indépendantes à double triangulation, rotules Uniball pour toutes les articulations, amortisseurs inboard activés par des basculeurs, freinage assuré par des étriers AP Racing à six pistons et disques ventilés…, toutefois outre que cette technologie ne semble pas bien comprise ni appliquée…, c’est sur ce châssis « contemporain », qu’un improbable bâti en bois de frêne, sert d’armature à la carrosserie !

Réalisé en huit mois, l’Aeromax est d’abord présentée au grand Festival of Speed de Goodwood (un phénomène en Angleterre), puis au Salon de Genève où il fait tellement sensation que le Prince Sturdza pousse la banque d’Eric Sturdza (avouez que ce montage fiscalo-financier suisse est « rigolo ») a créer un club dédié à ses adeptes (une soixantaine de membres vont y apparaître sans qu’on sache comment)…, avec comme justification aux cotisations démentielles et aux dépenses somptuaires : des sorties sur les routes d’Europe….
La réaction des amateurs-fanatiques de Morgan (lobotomisés dès leur plus jeune âge par la lecture de magazines consacrés aux « vielles choses ») est telle, que Morgan décide (un Nième chèque du Prince Eric Sturdza y est pour beaucoup) de lancer une fabrication de 100 autos, pour célébrer le 100ème anniversaire de la marque…, si 100 acheteurs se manifestent…

Miracle…, en 48 heures, 170 bons de commande vont être envoyés avec des acomptes… et, à l’opposé de ce qu’aurait fait Ferrari, pour la Morgan, seuls les 100 premiers ont été servis, au rythme de 2 voitures par semaine à compter de janvier 2008.
Ainsi a démarré la brève vie de l’Aéromax…, la première et unique voiture-Jet-Set destinée aux Jet-Setteurs (et Setteuses)…

Morgan va utiliser pour la toute première fois la « CAO » (qui n’est pas l’abréviation de Chocolat Aux Olives, quoique l’Aéromax en a le goût), pour dessiner intégralement le modèle final.
La carrosserie sera ensuite réalisée en aluminium, par un procédé innovant d’étirement à chaud qui conserve les propriétés mécaniques de l’aluminium…, une technique permettant également d’avoir un poids très contenu ; l’Aeromax ne pesant que 1.180 kg !

Chaque propriétaire peut choisir la couleur de son auto parmi une palette de 25.000 couleurs.., en réalité le choix des coloris est infini car toute couleur peut être fabriquée sur demande.
Les phares de Mini cooper S phase 1 et les feux de la Lancia Thesis vont toutefois minimiser quelques ardeurs (et Hardeurs aussi)…

Aucune des 100 autos n’est identique…. et c’est la numéro 43 qui m’a donné rendez-vous afin d’immortaliser toute l’affaire…
Cette Aéromax a été acquise par un autre Jet-Setteur, le Prince John Radziwill, dont quelques membres illustres ont marqué l’histoire (Google vous apprendra plus qu’il ne vous en faut, vous y retrouverez Jackie Kennedy Onassis)…

Dans des circonstances obscures ou le sexe intervient pour une bonne-part puisque la #43 est devenue un cadeau pour une Dame « très méritante » qui ne s’en est servie que pour la mettre en vente chez DPM-Monaco (la bête n’avait que 2.500 km) à un prix minima de 150.000 euros, plus les coûts de « francisation » de la voiture (L’Administration, via anciennement la DRIRE – Direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement – et depuis 2009 via les DREAL – Directions Régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement – est chargée de s’assurer qu’un véhicule de conception nouvelle, modifié, reconstruit ou importé est conforme aux prescriptions techniques réglementaires concernant la sécurité et les nuisances)… plus une marge logique pour la vente, incluant la garantie légale obligatoire…, ce qui amenait cette Aéromax à un prix de vente public (négociable) de 205.000 euros…
Des circonstances étranges mêlant une soif inextinguible d’argent (frais et immédiat) à poussé la belle chez Sotheby (RM-Auctions) pour être placée sans prix de réserve dans la vente aux enchères du 6 septembre 2017 à Londres… ou elle sera vendue 92.000 euros (un rapide calcul, quoique complexe, vous démontrera que c’est moins de la moitié de 205.000 euros) !

Une telle automobile, N°43/100, quasi neuve avec 2.700 km/compteur, peinte dans un choix subliminal (carrosserie noire, intérieur rouge)… ayant été acquise neuve par le Prince John Radziwill, pffffffff, c’est pas trop cher !!!
Mais, comme vous l’avez lu…, rien de tel que d’aller à la source pour tenter de comprendre (la source ne coulant toutefois pas de l’entre-jambe de la Dame « très méritante »)…
Une attitude qui pourrait laisser supposer que le besoin rapide de liquidités était plutôt la crainte d’une saisie judiciaire non encore aboutie (un appel suspensif ?)…

Toujours est-il que le prix obtenu de cette vente me parait malgré-tout en phase avec les réalités du marché…, les clients-enchérisseurs étant moins « caves » que supposés… et l’aspect « exquisite, delicious and delightful Shit » de cette Morgan Aéromax étant de plus en plus connu des « connaisseurs »…, tandis que les montants affichés au delà de 200.000 ne sont que du consumérisme putassier, le genre ou les belles en vitrines agitent leurs seins en attente d’un gogo…
Notez qu’en ce cas, ce bijou #43 a vécu le même sort que les montres et bijoux offerts aux splendides créatures, souvent putes ‘sic !), qui s’empressent d’aller tout revendre après d’incendiaires promesses d’amour-toujours (c’est rarissime qu’un ahuri fortuné offrirait tant pour une simple passe) !

La belle salope…

Baroque à souhait, au plus haut de la tradition anglo-saxonne…, au fur et à mesure qu’on caresse les matériaux habillant l’habitacle, les neurones s’affairent à imaginer les heures de travail nécessaires à assembler cette sorte de demi œuvre d’art…, par exemple, sur quelle autre auto peut-on s’ébahir devant le ciel de toit ?
Une lame de frêne vernis s’étire d’avant en arrière pour couper la custode arrière…, cet intérieur s’observe avec le nez et se regarde du bout des doigts…., mais tout n’est pas rouge-rose, les assemblages sont précaires… et le plus dérangeant, ce sont les commodos plastique tirés de chez BMW qui dénotent dans cet environnement, à l’instar de feu TVR, Morgan aurait dû réaliser ses propres pièces.

Les portières sont « non-étanches » (mais rien ne l’est, tout comme la double lunette arrière)… et la planche de bord est « craquante », dans le sens ou elle craque sans cesse (mais avec classe)…, quant aux vis cruciformes apparentes, un peu partout… c’est pis qu’un sacrilège !
La montée (ou descente) à bord est aussi artisanale que l’engin (sic !) qui n’a pas des proportions si grandes que les photos pourraient laisser croire…, en réalité les portes sont ridiculement petites et obligent à des confortions invraisemblables…

Accéder aux boutons de lève-vitres nécessite également une gymnastique stupide…, la jante du volant éclipse les jauges à essence et de température d’eau…, c’est l’enfer et l’inconfort extrême…
Au-delà du pare-brise, tenant plus d’une meurtrière, et qui a 3 essuie-glaces, s’étend le long capot qui « bouffe » 50% de la vision…, sous ce dernier, s’ouvrant en « en aile de mouette », les ingénieurs ont fait rentrer au chausse-pied le V8 BMW 4.8 de 367 chevaux.

Les freins ne manquent pas de mordant et ont tendance à jouer au culbuto avec la tête…., l’Aeromax si elle s’apparente à une belle GT au premier abord…, au second, elle dévoile un tout autre visage, les 255/40 avouent leurs limites qui se traduisent par des glissades malvenues…., tandis que le châssis, contrairement à beaucoup d’autos modernes : on le sent vibrer !
Alors qu’on voudrait tenir le volant avec une main de velours, on se surprend à devoir l’agripper fermement…, les suspensions hyper-raides trahissent chaque aspérité…, sur routes dégradées, les mouvements de caisse se font sentir et la voiture rebondit à droite, ou à gauche…, mieux vaut se mettre vers le centre de la chaussée.

Si on est en charmante compagnie, il est préférable de fermer les vitres, sinon l’air et les exhaust pipes couvrent sans soucis le son de sa voix suave (sic !) ainsi que la stéréo (qui ne sert à rien)…
Les accélérations qu’on prétend époustouflantes, sont en réalité gommées par un V8 linéaire…, il ne ronronne pas, mais pétarade au lâcher de gaz…., c’est vulgairement déplaisant…, il faut dire que les échappements se trouvent au plus près, de chaque coté des postérieurs embarqués…, la boîte auto par contre, lisse chaque passage de rapport, c’est la seule pièce mécanique qui s’accorde finalement assez bien avec l’esprit vieillot de la Morgan Aéromax.

Je comprend pourquoi le Prince Radziwill l’a donnée en cadeau… sans avoir roulé plus que 2.000 km… et pourquoi la réceptionnaire (la Dame « très méritante ») l’a mise en vente sans jamais l’utiliser…, elle est inutilisable…
C’est un engin élaboré par un sadique…, pour les Jet-Setteurs (et Setteuses) masochistes… et c’est réjouissant d’extrapoler qu’il n’y en a que 100 au monde…, mais il faut relativiser puisqu’un certain nombre se sont crashées quasi toutes seules…
One exquisite, delicious and delightful Shit…