2014 Alfa Romeo 4C : Dans l’esprit du coupé Giulia GTA…
Par Marcel PIROTTE

Tous les ingénieurs automobiles vous le confirmeront : Le poids, c’est l’ennemi…, surtout dans le cas d’une voiture de sport qui se doit d’être maniable, amusante, performante et peu gourmande…
Il faut donc faire la chasse aux kilos superflus…, chez Alfa Romeo, la 4C en est l’incarnation parfaite, elle pèse moins de 900 kg pour 240 chevaux…, avec un rapport poids puissance de 3,7 kg/ch, ça déménage !

Dans les années soixante, les ingénieurs Alfa avaient déjà planché sur des versions légères des coupés Giulia Sprint, à savoir les fameuses GTA (Gran Turismo Alleggerita ou Grand Tourisme Allégée)…, développées par le département compétition Autodelta, une entreprise dirigée par Carlo Chiti…, en remplaçant les panneaux de carrosserie en acier par du Paraluman 25… et les vitres par du plexiglas, tout en modifiant la suspension arrière afin de modifier le centre de gravité, ce coupé pèse 200 kg de moins (745 kg) que la version de série.
Présenté au salon d’Amsterdam en février 1965, cette GTA 1600 cm3 développe 115 chevaux…, 500 ont été produites…, elles s’arrachent aujourd’hui à prix d’or…, pour les « vraies », bien entendu, pas les copies qui foisonnent un peu trop…, en 1968, Alfa refera la même opération mais cette fois avec la 1300 GTA Junior de 96 chevaux, mais elle a pris du poids : 920 kilos…, ce qui n’empêchera pas les 493 exemplaires produits de se vendre comme des petits pains… et ce malgré des prix qui ne sont pas donnés…

Ces modèles GTA vont évidemment donner naissance à des versions compétition nettement plus affutées comme les 1750 et 2000 GTAM livrant respectivement 195 et 240 chevaux, de véritables épouvantails qui, au début des années ’70, vont faire la loi dans la catégorie des voitures de tourisme, mettant à terre des machines nettement plus puissantes, comme les BMW 3L et même des V8 5L des Chevrolet Camaro.
En plus de nombreuses victoires à Monza, à Brno, au Nürburgring et à Zolder, les GTAM vont aussi remporter à deux reprises, la fameuse coupe du Roi lors des 24 Heures de Francorchamps, manquant de très peu la victoire absolue lors de l’édition de 1970, échouant à 12 km de la BMW victorieuse…, quelle époque !
Aujourd’hui, place au coupé 4C, pas du tout la petite sœur de la 8C à moteur V8 Ferrari 4,7L de 470 chevaux, fabriquée à 1.000 exemplaires…, 4C, c’est une toute autre approche, 3.500 exemplaires sont prévus, dont 1.000 pour le marché européen !
Alfa veut vraiment renouer avec son passé sportif avec ce coupé de poche, deux places, moins de 4 m de long, hyper léger, à moteur central arrière et propulsion, une sorte de Lotus Elise du 21ème siècle, mais nettement plus abouti que  l’anglaise à moteur Toyota…,  qui, elle aussi, joue la carte de la légèreté, mais avec un équipement plutôt spartiate.
 

Options gratuites…, mais pas d’écran géant ni même de système multimédia, encore moins de GPS…, il faudra alors se tourner vers une version nomade…, oubliez également les vide-poches et autre boîte à gants, c’est une voiture de sport pure et dure, vous voilà prévenus.
 Quant au coffre situé juste derrière le moteur, il est plutôt du style « riquiqui », un bac de 110 litres…, les deux occupants devront voyager très léger afin de partir en virée…
En revanche, le design met tout le monde d’accord…, comme un aimant, ce coupé attire immanquablement tous les regards…, le nombre de pouces levés lors de son passage est particulièrement révélateur… et ce ne sont pas uniquement des passionnés, un brave curé de campagne en soutane n’en est toujours pas revenu !

Lors d’un arrêt resto, ou pour refaire le plein « des sens »…, cette 4C fait le plein de curieux, les Smartphones et autres appareils photos n’arrêtent pas de crépiter et les questions de fuser…, indiscutablement, le Centro Style Alfa a frappé très fort, c’est une mini Ferrari…
Et pourtant, elle ne porte pas la griffe d’un carrossier italien prestigieux (ils ont presque tous fait faillite)…, mais « Que Bella Macchina »…, probablement la « Piu Bella » de sa catégorie, surtout lorsqu’elle se veut revêtue de la couleur spéciale Rosso Alfa…, difficile de résister.

Côté technologie, cette 4 C n’est pas en reste, du très grand art avec l’utilisation de matériaux de pointe, très légers mais surtout très rigides…, comme la structure monocoque centrale en fibre de carbone ne pesant que 65 kg alors que sur cette baignoire viennent se greffer les deux berceaux avant et arrière réalisés en aluminium…, les panneaux de carrosserie, les ailes ainsi que le pare-chocs (!) étant réalisés en matériaux composites.
On a aussi fait la chasse aux kilos, allégeant le pare-brise ainsi que les moyeux des disques de freins en alu, la 4 C se passe également d’assistance de direction…, du coup, l’usine affirme que ce coupé « gracieux et léger » ne pèse que 895 kg…,  mais ce sont des chiffres à l’italienne, comptez plutôt sur 950 kg avec les pleins faits…, ce qui permet à ce coupé avec une répartition des mases de 40/60 de rester sous la barre des 4 kg/ch…, justement ce qui était prévu dans le cahier des charges.
 Visible de l’extérieur, caché sous une vitre, le moteur central disposé transversalement est issu de la grande série, on y accède (tout comme au mini coffre) via un très large hayon, mais ne pensez pas qu’il se relève via deux petits amortisseurs, pas question, c’est à l’huile de bras… et pour le maintenir en position haute, prière d’utiliser une simple tige de métal comme on en trouvait durant les années soixante…
Côté opérations de maintenance et entretien, bonne chance aux mécanos qui vont devoir y travailler…, ce n’est pas évident…, en revanche, ce bloc en alu de 1742 cc avec 16 soupapes, turbo et injection directe, est le même que l’on retrouve à bord de la berline Giulietta Quadrifoglio Verde…, il développe 240 chevaux à 6.000 tr/min, mais également 350 Nm de couple entre 2200 et 4250 tr/min… et pour transmettre tout cela aux roues arrière aidées par un différentiel autobloquant électronique…

Alfa  a installé une boîte automatique robotisée à double embrayage à sec, 6 rapports avec palettes solidaires du volant, mais dont la gestion se veut nettement plus rapide : pour avancer, reculer, passer en mode manuel ou automatique et se mettre au point mort, prière de pousser sur l’un des quatre boutons poussoirs, installés sur la console centrale et pas toujours évidents à manier, surtout lorsqu’il s’agit de manœuvrer…
Cette boîte est aussi associée au logiciel DNA comportant quatre modes de conduite, All Weather, Natural, Dynamic et Race…, en position Dynamic, les rapports passent encore nettement plus vite, alors qu’en Race, il est bon de savoir que l’on gère tout en manuel et que l’on déconnecte l’ESP…, ce dernier permettant également d’activer le Launch control pour des départs canon…, à n’utiliser que pour épater la galerie…, attention toutefois sur chaussée glissante, ça pourrait jouer de bien vilains tours…
 Conduire une 4C, c’est d’abord tenter de se glisser à bord, l’expression monter en voiture n’ayant vraiment pas court dans ce cas-ci…, la hauteur totale ne dépasse pas …1,18 m…., prière également d’être assez souple, ceux ayant la taille jockey étant les mieux lotis…, je ne vous raconterai pas comment j’ai regretté d’avoir (quelques) kilos en trop et de ne plus avoir la souplesse de mes quarante ans…, mais à 72 balais, cela va encore (d’autant que Patrice n’en a que 65), mais je ne vous dis pas tout…, car pour en sortir, ce n’est pas non plus une partie de plaisir !
Le siège baquet réglable est boulonné au plancher, celui du passager étant fixe avec comme pognée de maintien, une petite sangle accrochée à la portière…, la galère…, bravo cependant pour la position de conduite (en virages ce siège pourrait offrir davantage de maintien latéral), pour la prise en mains du petit volant à méplat ajustable en hauteur comme en profondeur, pour les deux pédales en alu… et pour l’instrumentation digitale bien regroupée en face du pilote…, la fibre de carbone (visible) donnant l’impression d’être à bord d’un de proto ou d’une voiture de course lâchée sur la route.
 Contact…, l’échappement Racing du pack du même nom (comprenant également des pneus de course de 18 et 19 pouces, des suspensions adaptées, soit 3.500 € en option alors que la voiture coûte déjà 51.500 €)…, n’a vraiment rien d’un silencieux…, bien au contraire…, le bruit rauque du 4 cylindres n’est sans doute pas aussi mélodieux que celui d’un V8, mais c’est nettement mieux que les V6 des Formule1, vous savez ces tondeuses à gazon qui tournent en rond…
Avec ce bloc, rien de tout cela, c’est nettement mieux, d’autant que ce 16 soupapes turbo vit intensément et grimpe allégrement jusque 6.500 tr/min, alors qu’en mode manuel, la moindre descente de rapport s’assimile à du  double débrayage, coup de gaz compris, plaisir des sens garantis…, mais pour la discrétion, il faudra repasser… et d’aligner des chronos impressionnants comme le 0 à 100 km/h en un peu plus de 4 secondes (le moteur de notre version d’essai étant particulièrement bien libéré, il avait déjà 20.000 km dans les bielles), le km départ arrêté est avalé en un peu plus de 23 secondes, les reprises s’avèrant époustouflantes.
 Une voiture à dépasser…, une simple formalité…, un coup de palette pour se retrouver à plus de 3000 tr/min, elle disparaît aussitôt dans le rétro… et si l’on n’y prend pas garde, la vitesse est tellement élevée que l’on frôle la correctionnelle lors de chaque dépassement… et surtout le retrait de permis…
Que de sensations tout en étant assis au ras du bitume et de privilégier le mode manuel (où les rapports passent le mieux sans le moindre à-coup) à celui de l’automatique, sans doute un peu plus confortable en ville, mais comme la moindre pression sur les palettes réveille cette cavalerie, on ne lasse jamais de changer soi-même les rapports rien que pour se faire plaisir.
Plaisir, le mot est lâché, la 4C est une voiture plaisir à déguster par des accros du pilotage tout en ayant été conçue par des ingénieurs passionnés pour des clients qui ne le sont pas moins…, avec en plus une consommation moyenne de 12 l/100 km, ce n’est pas cher payé pour autant de sensations… et pourtant, ce coupé n’est pas parfait, loin de là…
La direction non assistée ne favorise pas les manœuvres à basse vitesse et de plus, la lunette arrière en forme de mini judas n’est pas idéale pour effectuer le moindre créneau…, en outre, le confort n’est pas du tout le point fort de ce coupé, l’habitacle est constamment envahi par les décibels de ce 1750 turbo, les suspensions encaissent fermement la moindre dénivellation de la chaussée et la direction doit être maintenue très fermement sous peine de quitter la trajectoire idéale.
 Si les déplacements sur autoroute à 120/130 km/h (la machine peut atteindre plus de 250 km/h, ce qui est anecdotique à moins de trouver un tronçon libre sans radars) constituent une sorte de punition…, la moindre route de campagne, surtout si elle n’arrête pas de tourner…, se transforme aussitôt en spéciale de rallye…, il y a bien longtemps que je n’avais plus conduit, que dis-je : piloté…, une voiture de sport restituant jusque dans les bras du conducteur, le profil de la chaussée tout en communiquant la moindre information venant des roues…, conduire une 4C, c’est physique, intense d’autant que les quatre disques font leur boulot très correctement…, mais attention, la faible garde au sol ne pardonne pas le moindre écart, les casses-vitesse, c’est l’enfer.
Hyper sportive radicale, intransigeante dans son comportement et ses réactions, la 4 C est sans doute difficilement utilisable au quotidien, mais pour ceux qui peuvent s’offrir ce merveilleux jouet, cette super car, dotée d’une agilité démoniaque…, il n’y a sans doute pas mieux sur le marché, du moins actuellement… et puis vous en connaissez beaucoup de coupés sportifs qui à plus de 50.000 € peuvent faire tourner autant les têtes ?

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Pour ceux qui trouvent que l’accès à bord n’est pas des plus aisés, la future version Targa à toit souple en toile devrait venir combler légèrement ce handicap…Marcel PIROTTE, pour www.GatsbyOnline.com
Un autre point de vue : http://gatsbyonline.com/main.aspx?page=text&id=1281&cat=auto