Sammio « 2CV », l’iconoclaste Kit-Car au look de Lancia D24-1953…

C’est une bien étrange voiture qu’a bricolé Henry Schuermans, un curieux croisement entre une 2CV et un bolide des années 50, insolite rencontre…
Impossible de ne pas lui jeter un regard fasciné, ou à tout le moins curieux, parce qu’elle porte fière le rouge des bolides extravertis !

Sa ligne affolante, c’est celle de la Lancia D24 de 1953, un bijou automobile construit pour s’illustrer dans la fameuse Carrera Panaméricane mexicaine… et pourtant, lorsque l’on tourne la clé de contact, le bruit désuet qui s’échappe du moteur ne trompe pas, c’est bien le 602 ccm³ d’une 2CV qui ronronne sous le capot !
Outre sa rareté (2 exemplaires existent encore) et ses victoires (triplé à la Panaméricaine 1953, victoire à la Mille Miglia 1954 et à la Targa Florio 1954), la Lancia D24 Sport est une réelle beauté : comparez-là avec ses contemporaines…

J’ai demandé à Henry Schuermans pourquoi il avait « pompé » sans vergogne le design de la Lancia D24 de 1953… , la réponse qu’il m’a donnée, fut stupéfiante de franchise : « Je l’ai fabriquée de A à Z, parce que c’est une des rares voitures sport qui n’avait pas encore été répliquée »…
Henry Schuermans n’en avait aucune honte, très fier de son « bolide » : 100% faux… et se moquant que son engin n’avait absolument pas les performances de la Lancia D24, non, il s’en tapait totalement…, jusqu’au moment ou je lui ai fait remarquer qu’il était sympa mais menteur car « sa » fausse Lancia D24 était un kit-car Sammio Spyder fabriqué en Angleterre depuis mi-1956…, et que son « mérite » était tout simplement de l’avoir motorisé par un Citroën 2CV… !

Deux ans après que la Lancia D24 n’était plus fabriquée sa carrosserie a été copiée puis fabriquée par la société Sammio… et ce sans se poser aucune question…, le kit « Sammio Cordite » utilisait des blocs 4cyl Austin des années 50, puis c’est le moteur de la Triumph Spitfire qui a pris la relève (le kit complet : £ 1.695), tandis que le kit « Sammio Chevaux » utilise le moteur de la Citroën 2CV (£ 1.495).
A l’un ou l’autre de ces montants, il faut ajouter £ 300 pour le cadre de soutien intérieur et £ 450 pour la totalité de l’accastillage.

Lancia D24 de 1953…
Dotée de 4 roues indépendantes (Ferrari ou Maserati en étaient loin à l’époque) et du V6 Lancia en version 3,2 litres, la Lancia D24 de 1953 disposait de 265 chevaux pour seulement 760 kg et 4,10 mètres de long…, une réussite dont les ailes furent trop vite coupées par les difficultés financières rencontrées par Lancia.

En 1944 Arturo Lancia, un cousin de Vincenzo qui travaillait chez Ford aux États-Unis, devient directeur général de la société à la place d’Adèle Lancia… et à la fin du conflit mondial, les usines de Turin et Bolzano (fondée en 1935), bombardées, ne reprennent que lentement leur activité.
Gianni Lancia souhaite dans un premier temps se mesurer à Alfa Romeo et, pour se faire, s’appuie sur le talentueux ingénieur Vittorio Jano, recruté en 1938 après son départ de chez Alfa Romeo… et qui a contribué aux succès en compétition des Alfa Romeo P2, 1750, 2300, 2900 et P3 de l’entre-deux guerres.

À la mort d’Arturo, en 1948, Gianni Lancia, le fils de Vincenzo, prend les rênes de l’entreprise et va complètement changer d’orientation : passionné de technologie et de sport automobile, il décide en 1951 de revenir à la compétition mais désormais officiellement.
Avec Ettore Zaccone Mina, il conçoit, à partir d’une étude menée dès 1943 par Giuseppe De Virgilio, le moteur de la Lancia Aurelia qui devient le premier V6 au monde monté sur un modèle de série, en plus de ce V6 incliné à 60 degrés, l’Aurelia est dotée d’un embrayage, d’une boîte de vitesses et d’un différentiel réunis en un seul bloc et logés à l’arrière de la voiture pour une meilleure répartition des masses.

Ce nouveau modèle à l’aérodynamique exceptionnelle (cx de 0,47 mesuré en 1970 dans la soufflerie de Pininfarina), à la motorisation performante (185 km/h) et avec sa suspension indépendante sur les quatre roues, constitue une base idéale pour débuter en compétition.
La firme accorde d’abord son soutien à quelques équipages privés et une berline Aurelia B10 termine première de la classe deux litres aux Mille Miglia 1950…, cette victoire encourage Lancia à développer une version coupé-sport de ce modèle…. et en cette suite Lancia décroche une seconde place aux Mille Miglia en 1951 grâce à Giovanni Bracco et Umberto Maglioli (sur Aurelia GT B20 2 litres poussée à 91 chevaux au lieu de 69) et une victoire de classe aux 24 heures du Mans 1951 (avec Bracco et Giovanni Lurani toujours sur Aurelia GT B20, douzièmes au classement général).

Lancia fort de ces succès décide de soutenir à nouveau des équipages privés engagés au Tour de Sicile : quatre Aurelia B21 (1991 ccm³ et 75 chevaux) terminent aux quatre premières places de leur catégorie, devant les Alfa Romeo 1900.
Un peu plus tard, Maglioli termine quatrième de la Carrera Messicana avec une B20 à compresseur volumétrique… et les Lancia dominent la Targa Florio avec le triplé Bonetto-Valenzano-Anselmi sur Aurelia B20…. et ce n’est pas fini…, en 1952, Maglioli et Monteferrario se classent premiers de la catégorie Turismo Nazionale et dix-neuvièmes du classement général des Mille Miglia sur Aurelia B22.

Avec la création de la barquette D20 et de ses héritières, les nouveaux adversaires de la marque sont Maserati et Ferrari…, l’ingénieur Jano peaufine et améliore pour la 20 pour gagner…, il réalise donc la barquette D23 carrossée par Pininfarina…, qui remporte le Grand Prix de Lisbonne.
À partir de cette D23, il développe la D24 animée par un V6 de 3300 ccm³ qui, pilotée notamment par Juan Manuel Fangio, Alberto Ascari ou encore Piero Taruffi, règne en maître en 1953 et 1954 en enlevant les trois premières places de la Carrera Panamericana 1953 (Fangio-Taruffi-Castellotti) et en remportant notamment la Targa Florio (Taruffi vainqueur en 1954) et les Mille Miglia (Ascari vainqueur en 1954).

Gianni Lancia décide alors de passer à la catégorie Sport…, la Scuderia Lancia est alors officiellement créée et on voit apparaître pour la première fois sur les modèles de compétition l’elefantino al galoppo.
Maintenant que vous connaissez l’histoire prestigieuse de la Lancia D24, comprenez que Juan Manuel Fangio, Alberto Ascari, Piero Taruffi et Gianni Lancia doivent se retourner dans leurs tombes, de honte et de désespoir, en cause de ce Kiteur iconoclaste et tartuffe d’Henry Schuermans, même pas capable de recréer une réplique de Lancia D24 à la hauteur de ses performances…