’34 Cad’Rod – The Skratcher Balls ! 

On aura connu les robots dociles et serviables, les robots en révolte contre leur créateur (HAL, Terminator, les pieuvres métalliques de Matrix), ou reproduisant la quête mystique des origines (les réplicants de Blade runner, l’androïde peroxydé de Prometheus : analogies du rapport de l’Homme envers son Dieu)…, il y eut aussi ceux, plus rares, cherchant à rejoindre la nature de celui qui l’avait façonné.
Les androïdes rêvent-ils de Hot-Rods ?
Certains d’entre eux cherchent-ils à franchir cette (mince ?) frontière séparant la machine de l’être de chair et de sang ?
Vous ne pourrez pas le découvrir par vous-même !

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Bud Skratch est un mec qui a construit le truc-machin qui est le pourquoi de cet article…
Deux ans de travail dans une période de six mois…
Tout a commencé quand Skratch, pinstriper à San Fernando Valley en Californie, mais surtout passionné de robotique, s’est impliqué dans le Hot-Rodding suite à l’émission de télévision Overhaulin, ou des fous-furieux se tuent à fabriquer des voitures thrash pour le compte de Chip Foose…, leur héros !
Mais, lorsque le producteur de ce spectacle pour tordus maniaques, Bud Brutsman, a dit, lors d’une émission ou Skratch était présent en salle, qu’il y avait des dollars à gagner dans la construction « Live » d’un Hot-Rod…, dans le cadre d’une nouvelle émission…, Skratch a levé la main.

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– Mec, tu as remarqué combien Chip Foose a toujours des poches sous les yeux de ne pas dormir ? Eh bien, ça va être ton tour, maintenant que tu as levé la main…
Il ne savait pas qu’il avait face à lui, un gars qui a l’habitude de faire 10 choses en même temps, qui gagne donc 10 salaires simultanément… et fonctionne sans interruption, poussant « ses » spectateurs à se dépasser de même…
– Ouais, c’est ça. La récompense sera un spectacle de mon cru… fut la réponse de Bud !

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Mais, il n’a pas pu dormir durant 4 jours (et nuits)…, se questionnant douloureusement sur le coté existentiel du Rod qu’il s’était engagé de construire :
À quoi aspire un robot ?
Une machine a-t-elle une âme, une pensée, des sentiments ?
En quoi peut-elle se définir quand elle n’est qu’un clone (une réplique) de milliers de ses semblables ?

Lorsque cet épisode de l’émission a été diffusé, près de 10.000 mecs l’ont appelé au téléphone pour papoter…, obligeant Skratch à débrancher…

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Objet typique de la post-modernité, à la fois prétentieux et naïf, casse-gueule et audacieux (la beauté du geste, en tout cas, est bien là), ce Hot-Rod « télévisuel »…, brasse un lot de références assez inouï, aboutissant à la méditation et à l’extase sensorielle…, finissant par atteindre une sorte d’épure !
Loin d’un ressourcement, ce retour à une nature primitive est une fable qui doit avoir valeur de parabole, saturée de symboles canoniques (roche, feu, soleil, sexe féminin), tour à tour limpides et mystérieux, d’une littéralité biblique et d’une obscurité sans fond.

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C’est un objet inclassable, aussi bien appréciable dans sa totalité que dans la somme de ses parties…? Soit autant de fictions où l’homme (du moins ce qu’il en reste, fantôme, hologramme, double animé) erre dans des univers hantés par sa propre disparition, puis se perd dans de vastes mégalopoles de néons et de micro-processeurs : l’Amérique profonde des highways et ses bourgades désaffectées, réminiscence des road movies des années ’70 et leur projet (illusoire) de reconquête des territoires !

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Et puis il y a une chose, difficilement identifiable au premier abord, qui le sauve et le fait échapper, in extremis, au délire foireux : quelque chose comme une profonde mélancolie qui émeut et finit même par bouleverser, revenant comme un cauchemar latent (un trauma), figurant une angoisse : Et si ce Rat-Rod n’était qu’au fond, qu’un ensemble de boulons et d’écrous, unis par loyauté, séparés par fatalité, détruits par désespoir ?
De fait, il n’y a que des reflets d’utopies sur le pare-brise de ce Hot-Rod avec lequel il faut sillonner les paysages fantomatiques des USA afin de perpétuer le mythe du Poor lonesome Cow-boy partant vers le lointain…
Il n’est même pas interdit de le saucissonner en morceaux indépendants les uns des autres dans un trip visuel hypnotique, une expérience aussi fascinante que barbante (on a aussi le droit de trouver l’ensemble parfaitement vain, creux et emmerdant)…, même s’il brouille les frontières entre les styles dont il est issu.
L’un est un Breaking Balls…, l’autre est un Skratcher Balls !

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Bud Skratch m’a dit : J’ai toujours été un gars Cadillac. Je ne voulais pas au départ réaliser un Rat-Rod rouillé, mais je me suis dit, que comme j’allais repasser à la télé, j’avais besoin de faire une grosse impression, je ne pouvais pas faire un Hot-Rod ordinaire. J’ai remué mes méninges au cours des vacances de Noël et esquissé un dessin. En fin de compte, j’ai fini par acheter une berline ’58 rouillée quatre portes et j’ai commencé le voyage en la mariant avec la carrosserie d’un Ford coupé 1930. J’ai sectionné le toit pour y adapter celui d’une Ford ’34 Tudor Sedan ! En fait, le seul panneau qui est resté intact est celui entre le toit et le coffre. À l’avant, la calandre est faite de deux moitiés supérieure de ’32 soudées entre elles. Ah oui, le moteur est un V8 Cad’59 390ci. Tout le câblage a été fabriqué selon les méthodes de la vieille école. Le  cinquième tuyau de chaque côté du moteur, est un vieux truc pour aider le moteur à exhaler un peu plus fort. Ca ne sert à rien, ça ne peut pas vraiment aider, mais ça a de la valeur ! 
Traduisez vous-même…
Piétons, prêtres, mères de famille, enfants sur balançoires…, le monde entier, endormi dans sa routine (son programme), est robotisé !