Burnout… 1969 Chevy Camaro « Tim Arkebauer »…

J’écris mes chroniques au sein d’une géographie concentrique…, de grands systèmes composent évidemment les premières couches de cet environnement : l’évènement et/ou le sujet…, le continent, le pays, la ville ou le quartier ou cela se situe, mais, après avoir vécu cela (et ça coûte « bonbon », pis qu’un pont d’or-dur que personne ne paye le droit de passage), le travail d’écriture se déroule à domicile, en total confort…

J’entends rien par là, mais j’explique par là que…, à moins d’être Hemingway durant la guerre d’Espagne, ou Hunter S.Thompson sur la piste des Hells Angels…, le journaliste, le romancier, l’écrivain, le chroniqueur, l’éditorialiste, tous en un qui demeure un animal casanier : il vit et écrit essentiellement à l’intérieur d’une maison (il peut s’agir aussi d’un appartement, d’un bistrot, d’une taverne, d’un boxon…, mais ça ne change pas grand-chose.)

À l’intérieur de cette maison (de cet endroit), ce personnage (donc moi-même) quasi légendaire (sic !)…, vit essentiellement dans son bureau, à moins bien sûr de traverser une de ces phases où il préfère plutôt fréquenter le garde-manger, la baignoire, le hamac ou le vide sanitaire du cabanon.

Réglons tout de suite la question : je ne me trouve peut-être pas dans mon bureau, mais je devrais y être…

Dans mon bureau, je suis censé passer le plus clair de mon temps à ma table de travail…, vous m’imaginez avec mon Blacky à mes pieds, me regardant avec des yeux d’amour…, alors que peut-être ma table est vide, ou encombrée de babioles : têtes réduites jivaros, liasses de billets de 500 euros, armes, matériel de forage, radar, manuel de premiers secours, le Kamasutra et l’intégrale des discours de Jean-Luc Mélanchon et de Marine LePen…, mais également un ordinateur (il existe encore des « ceusses » qui utilisent la Remington ou le calepin ligné, voire la tablette d’argile…, passons)…

L’ordinateur n’est pas un simple outil : il s’agit d’un lieu, d’un écosystème, d’un espace immersif…, par conséquent, en plus de vivre à l’intérieur de sa maison, dans son bureau et à sa table de travail, le journaliste, le romancier, l’écrivain, le chroniqueur, l’éditorialiste, tous en un qui demeure un animal casanier…, vit dans son ordinateur, c’est-à-dire au sein de cet ensemble de règles, de métaphores, de conventions qui constituent un système d’exploitation…

À l’intérieur de ce système d’exploitation, je m’amuse à dériver… et à délirer, surtout qu’il m’arrive de souffrir (comme vous et d’autres) d’une tendance au multitâche et à la procrastination…, mais si on veut arriver à un résultat, il est impératif de se contraindre à passer la majorité du temps qui passe dans une seule fenêtre : celle de « Word » ou « Page » ou « Scrivener », ou « Vi », « eMac », « Bean ou « Mellel », ou « Open Office »…, quoique…, finalement, j’écris en cache sur « Outlock » et je classe en brouillons…

C’est à cette profondeur que la situation se corse, car non seulement le journaliste, le romancier, l’écrivain, le chroniqueur, l’éditorialiste, tous en un qui demeure un animal casanier… travaille dans une maison et dans un bureau, attablé devant un ordinateur et concentré sur un logiciel de traitement de texte, mais il passe de surcroît ses journées à l’intérieur d’un texte…

Dans ce texte, celui-ci que j’écris et que vous lisez…, je circule entre les différentes chambres que constituent les faux-chapitres, les demi-sections, les doubles-strophes…., mais surtout entre les lignes, y plaçant de manière perverse des double-sens…, je construis des escaliers et des tunnels, des cagibis et des trompe-l’œil…, j’ajoute et retranche des étages…, j’habite mon texte comme si j’étais dans une minuscule maison de LEGO, au centre d’une série de maisons nichées les unes dans les autres…

Or, cette ultime maison qu’est le texte possède une caractéristique déconcertante : elle est, à l’instar de « La Maison des feuilles » de Mark Z.Danielewski…, plus grande de l’intérieur que de l’extérieur…, son volume habitable est supérieur au volume qu’elle occupe…, le texte est un dedans-dehors, une anomalie monstrueuse, digne d’Escher ou de Borges.

Cette entorse à la hiérarchie est unique au texte : la maison ne peut pas contenir la ville… et la table de travail ne peut se trouver à l’intérieur de l’ordinateur…, le texte, en revanche, parvient sans problème à englober tout l’univers visible, donc la maison et le bureau, et la table de travail occupée par l’ordinateur et son système d’exploitation… et enfin son logiciel de traitement de texte dans la fenêtre duquel se trouve le texte que vous êtes en train de lire…

Dans cet endroit où je me crois seul, penché sur mon clavier, je suis en réalité occupé à observer ma propre nuque…, je ne m’observe pas en train d’écrire, mais plutôt de m’enfoncer dans cette spirale de maisons, de lieux, d’écosystèmes, de paradigmes…, je respire à fond, je ressens un début de nausée…, un mélange de vertige et de mal des caissons.

Le journaliste, le romancier, l’écrivain, le chroniqueur, l’éditorialiste, tous en un qui demeure un animal casanier…, travaille au sein d’une géographie concentrique…, il a le choix de se garder à l’œil ou de détourner le regard, ou même de prendre une aspirine…, il est une seule chose que l’écrivain ne pourra jamais faire : s’en aller en claquant la porte, car le texte est une maison dont on ne sort pas.

Journée « typiquement maison » (le programme est tout autre en reportages extérieurs, là, c’est la folie débridée, aucun horaire)…
07h00 : Réveil (Blacky vient me faire des bisous et si je ne bouge pas, il saute sur mon ventre, puis me donne des coups de pattes (affectueux)…
07h12 : Pipis…
07h15 : Café chimique, pain grillé-confiture et croquettes pour Blacky (de temps en temps assorti d’un œuf et de bouts de saucisses…
07h41 : Cacas… avec lecture réciproque du journal (je tente de le lire, Blacky tente de le grignoter)
07h48 : Ablutions, bain ou douche selon humeur…
08h15 : Café chimique…
08h25 : Préparatifs de sortie…
08h36 : Promenade (on joue à qui tire le plus fort sur la laisse)…
09h00 : Repos… Glandouilles diverses… Ouverture de l’ordinateur… Comptes, décomptes… Courriers, courriels, mails…, lecture des messages Facebook… Téléphones… Signaux morses… Appels télépatiques et parfois télépathétiques…
10h30 : Jeux avec Blacky, attrape ma baballe si tu peux, découvertes diverses (par exemple chaussettes grignotées si oubli d’avoir fermé la porte du dressing)…
11h00 : Repos… Glandouilles diverses… etc.etc… Terrasse ensoleillée, piscine, relaxation, re-piscine, re-terrasse ensoleillée…
12h00 : Apéro…
12h15 : Autre verre d’apéro en préparant un frugal repas…
13h00 : Infos TV, vite coupées si sports, matchs, olympisme et discours politiques…
13h12 : Infos coupées, retour en terrasse avec pousse-café et relaxation (Lafuma), piscine, re-relaxation, jeux avec Blacky…
16h30 : Inspiration d’écriture… Ordinateur… Tapotages OU balade en mer…
17h30 : Sortie digestive…, balade au port, courses éventuelles… OU comportementaliste canine…
20h00 : Apéro… Soit sortie « dinatoire », soit diner « maison »…
20h45 : TV…, si rien de passionnant, ré-ouverture de l’ordi et tapotage d’une chronique…
24h00 : Hop, dodo…

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Hunter S.Thomson avait une toute autre organisation de ses journées…
15h00 : Réveil…
15h05 : Rhum…
15h10 : Rhum…
15h15 : Rhum…
15h20 : Première tasse de café, un demi paquet de Dunhills
15h35 : Cocaïne
15h50 : Jus d’orange, le reste du paquet de Dunhills
16h00 : Cocaïne
16h30 : Cocaïne
17h00 : Cocaïne
17h15 : Café, un demi paquet de Dunhills
17h30 : Chivas…
17h45 : Cocaine… etc. etc.
18h00 : Herbe pour atténuer les effets pour la journée…
19h00 : Woody Creek Tavern pour un repas Heineken, deux Margaritas, salade coleslaw, un tacos, double rondelle d’oignons frits, gâteau aux carottes, crème glacée, beignets de haricots, un demi paquet de Dunhills, autre Heineken, cocaïne, et retour à la maison, un cône de neige (un verre de glace pilée sur lequel on verse trois ou quatre doses de Chivas)
21h00 : Deux traces sérieuses de cocaïne…
22h00 : Gouttes d’acides…
23h00 : Chartreuse, cocaïne, herbe…
23h30 : Cocaïne, etc., etc.
24h00 : Hunter S.Thompson est prêt à écrire… Sauf que la journée ne pourrait pas s’arrêter en si bonne voie…
Entre 24h15 et 07h00 : Chartreuse, cocaïne, herbe, Chivas, café, Heineken, cigarettes aux clous de girofles, pamplemousse, jus d’orange, gin, et des films pornos en continu…
07h00 : Coupes de champagne, Dove bars (barres glacées), Fettucine Alfredo (pâtes au parmesan)…
08h00 : Heureux…
08h15 : Dodo…

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Vous avez compris que si j’écris « GONZO », je n’emprunte pas les mêmes voies (les voies du Saigneur sont impénétrables, pas d’enculades)…, ne faisant pas corps avec les équipes de journaleux alcooliques qui remplissent les pauvres colonnes de magazines en décrépitude qui font office de chambres de compensation pour le moindre écrivain, photographe ou intrigant à ambition littéraire et qui y échoue « à-la-pige »…

Les mag’s « de survivance » regroupent des journalistes vagabonds, noyant leur besoin de partir dans l’alcool, tout en n’ayant que la possibilité d’aller nulle part dans des doses massives de rhum bon marché.

Du temps de mes mag’s Chromes&Flammes, j’ai eu un ami journaliste…, il y a longtemps de cela, Jean-Lou Nory, qui quelques semaines avant de se suicider au Jack’Daniels, façon Hunter S.Thomson (lui c’était au Chivas car il était mieux payé que Jean-Lou), m’avait dit, alors qu’on faisait une virée « putes » à Paris entre Boss et Rédac-chiefs des 3 mag’s de Custom Franchouille : Chromes&Flammes, AutoVerte, Nitro :

– « Patrice, comme presque tous mes semblables, je suis un fouineur, un éternel insatisfait, et parfois un fauteur de troubles inconscient. Je ne m’arrête pas assez longtemps pour avoir le temps d’y réfléchir, mais mon instinct me semble juste. Je partage avec toi l’optimisme fantasque qui nous fait croire que certains d’entre nous vont de l’avant, que nous avons choisi la bonne voie et que les meilleurs finiront inévitablement par percer. Mais comme tant d’autres, j’ai aussi le sombre pressentiment que la vie que nous menons est une cause perdue, que nous sommes des acteurs qui nous abusons nous-mêmes tout au long d’une absurde odyssée. Et c’est la tension entre ces deux extrêmes, idéalisme tapageur d’une part, hantise de l’échec imminent de l’autre, qui continue à me pousser en avant… Mais plus pour longtemps »…

Me souvient plus qui était le Boss d’AutoVerte, à moins que c’était Rod&Custom, sais plus…, mais le Boss de Nitro c’était Michel Hommel, qui n’arrêtait pas de me causer de sa Ferrari TestaRossa et du fisc…, j’ai jamais vraiment su ni compris le but ultime de cette réunion si ce n’est que les deux Boss voulaient stopper la guerre des mag’s de Custom, une enculade…

Jean-Lou était le médiateur…, l’affaire a fini dans les bars, puis dans les boxons, y avait des putes partouze, Hommel s’est endormi en parlant de sa Ferraillerie, le Boss du troisième mag’ est parti sans payer, me suis retrouvé avec 3 putes qui, si elles avaient leurs mains dans mes poches, c’était pour me les faire…, pas pour me tripoter le gland et gratouiller mes coucougnettes…

A 6h du mat’ on était au bar, ivres-morts, Jean-Lou et moi, je ne me souviens plus du reste…

À mesure que les jours passaient, la bienheureuse hébétude s’est changée en prise de conscience de la totale connerie du Custom Franchouille…, Jean-Lou m’a téléphoné pour me dire qu’il ne pouvait pas vivre indéfiniment de ça en ne comptant que sur ses couilles et en jouant au plus malin avec le peu de flouze que l’éditeur de Nitro le payait…

– « Moi, Patrice, tu sais, mon pote…, je fonctionne comme cela depuis dix ans que j’ai été le premier et le seul à rédiger un article dans l’AutoJournal, sur toi et ton Hot-Rod Olds’48 du temps ou sa peinture était enflammée… et j’ai maintenant la nette impression que tu es le seul qui avait raison, je n’ai pas arrêté de le dire ici à cet enfoiré de Jacky Morel…, mais il est jaloux et a la haine… et mes réserves s’épuisent. Mais rien de tragique ou de douloureux. Ma désillusion est désabusée. Je me regarde partir à vau-l’eau dans Nitro. Un vain et éphémère sursaut s’énergie trompe les apparences, mais le naturel revient au galop. Je reste un incapable et je me suis rendu prisonnier d’un mag’ de merde. J’aurais du accepter de travailler pour toi »…

Il est mourru peu après de mort subite, au Jack Daniels, il n’en pouvait plus…, j’en ai pleuré, tristesse d’abord, rage ensuite… et j’ai déposé une couronne à l’enterrement avec écrit dedans en rouge et noir sur fond blanc : « Lisez Chromes&Flammes »…

Les cons l’ont piétiné de rage…, ou de désespoir…

Me souviens d’en avoir parlé avec Serge Gainsbarre, mon voisin, invité à la « Première » de « Calandres », un mag que je lançais en grandes pompes-funèbres à la Terrasse Martini aux Champs-Elysées… et qui s’était pointé avec Fernand Legros, le faussaire en tableaux, accompagné de Christina Onassis…

C’est dingue ce que ces gens éclusaient…, Gainsbarre raide ivre était comme fou…, Fernand Legros tétanisé par mon Trike V12 m’a proposé un échange : je lui prête le Trike et il me prête Christina…

C’est la seule profondeur recto-verso que j’ai connu des Onassis, l’était pas mince, mais c’était la fille d’Onassis…, ça s’est passé dans le parking sur la banquette arrière de ma Rolls Silver Shadow…

J’ai en cette suite de merde, fait l’expérience d’une subjectivité poussée à son paroxysme en relisant Hunter S.Thomson, le pape du Gonzo-journalisme, pour qui tout tournait autour du nombril alcoolisé du monde…, lecture impudique d’un récit sans pudeur…, le regard résigné qu’il portait a posteriori sur sa vie était noyé dans de vieilles vapeurs éthyliques…

– « Midi arrive et le matin miroite comme un rêve déçu. La sueur devient une torture et le reste de la journée est jonché des cadavres de toutes les belles occasions qui auraient pu se présenter mais qui n’ont pas réussi à survivre à la fournaise. En continuant à monter, le soleil carbonise mes dernières illusions et me donnent à voir tout ce qui m’entoure sous son vrai jour, étriqué, maussade, vulgaire et je me dis que non, rien de bon ne pourrait m’arriver ici »…

À l’en croire, il y aurait toujours du rhum ou un autre alcool pour étancher sa soif de disparaître et hâter le passage du temps…

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le journalisme, les relations entre les équipes de presse, les infâmes relations financières…, mais je me contente vous narrer le coté malsain, bouffon et désenchanté d’un monde en perdition…

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L’occasion est ainsi trop belle de me laisser aller à mes souvenirs d’il y a presque bientôt 40 ans…, tout en vous présentant une « Street-Machine » Chevy Camaro, en pleine Amérique profonde…

C’est pas vraiment seulement l’inutilité de ce bestiau qui est en jeu, c’est la mentalité des gens qui tournent autour et alentour, surtout (quoique) en Amérique profonde…

Ce pays de bouseux est si fondamentalement pourri qu’un sale bigot comme John Wayne y est toujours un grand héros national.

Même l’ancien président Thomas Jefferson aurait été horrifié par un monstre tel que Wayne…, et Wayne (eût-il pu effectuer le saut dans le temps) aurait été fier de pouvoir frapper à coups de crosse sur un sale radical comme Jefferson.

John Wayne est le dernier symbole avarié de tout ce qui a foiré dans le rêve américain, il est leur monstre de Frankenstein, un héros pour des millions d’individus…, Wayne est l’ultime Américain final…, il bousille tout ce qu’il ne pige pas…, les ondes cérébrales du « Duke » sont les mêmes que celles qui parcourent le cerveau du requin-marteau, une bestiole si stupide et si vicieuse que les scientifiques ont abandonné tout espoir d’y comprendre quelque chose… et le décrivent comme un archaïsme inexplicable.

« Le requin-marteau », disent-ils, « n’a pas évolué depuis un million d’années…, c’est une bête impitoyable, stupide, qui ne sait faire qu’une seule chose : attaquer, blesser, mutiler et tuer »….

La science moderne ne dispose d’aucune preuve comme quoi le requin-marteau aurait eu des ancêtres, apparemment il n’a pas non plus de descendants…, sauf que, sur cette question, la science se trompe, du moins en partie…, comme bon nombre d’espèces, le requin-marteau a évolué en changeant d’habitat…, les plus évolués d’entre eux ont quitté leur habitat marin pour apprendre à marcher sur terre…, ils ont appris à parler américain malgré leur cervelle de moineau et certains d’entre eux ont migré à Hollywood où ils ont été fort prisés en tant que figurants (voire héros) et utilisés dans des centaines de films dits de cowboys.

Le nouveau requin-marteau faisait un cowboy parfait…, il était vicieux, stupide et ignorant de tout, hormis de ses propres frousses et de ses propres appétits…, il tabassait à mort quiconque le mettait mal à l’aise, quelle qu’en soit la raison.

Le requin-marteau faisait un guerrier parfait…, il défendait le drapeau…, n’importe quel drapeau…, il a appris à comprendre des mots tels que « ordre » et  » patriotisme », mais le secret de sa réussite était son goût immémorial pour le sang.

C’est dans l’action qu’il se révéla…, mais il n’avait pas un sou de jugeote ; aussi fallait-il le guider…, le requin-marteau était le type que vous engagiez lorsque vous vouliez buter des Indiens…, il était également disponible pour casser du nègre…, puis, plus tard, pendre haut et court les Wobblies.

On lui a fourni un badge et une matraque et, aux alentours de 1960 ou peut-être même 1860 , l’Éthique du requin-marteau a été le Rêve Américain !

Qui en bénéficie ?

Qui possède à la fois l’opportunité et le motif ?

C’est le genre de questions de base que je me posais… alors que je regardais la Chevrolet Camaro 1969 de Tim Arkebauer au milieu d’un champ humide, bourdonnant, dans le sud de l’Illinois, tout en entendant quelques commentaires « déclaratifs » absurdes de quelques « connaisseurs » locaux de Camaro…

Personne n’avait vu une Camaro comme celle-là dans ce bled pourri de l’Amérique profonde des bouseux…, personne ne savait quoi faire.

– « Mon voisin avait une Camaro, j’entendais la voiture démarrer tous les matins quand j’étais jeune. Les échos d’un big-block années 1960 s’entrechoquaient dans ma tête »…, m’a dit Tim Arkebauer…, comme pour s’excuser…

Tim avait du traverser la vie avec une vision floue limitée à une question stupide : « De quel genre de Camaro, j’ai besoin de construire pour être un homme » ?…

Son père ne l’y a pas aidé… et quelques années plus tard, Tim a trouvé une Camaro à Tipton, en Californie pour 1500 $ et il a commencé à la reconstruire..

– « Mon père est mort, et puis ma mère, puis j’ai eu une crise cardiaque et j’avais besoin d’un stimulateur cardiaque, mais j’ai continué à avancer. Le projet Camaro a été ma motivation pour récupérer de ma crise cardiaque et perdre plus de 40 kgs »…

Tim a été fortement influencé par un fan de Dragsters qui concourrait sur 400 m avec une Chevy Nova de 1967…

– « 10 secondes avec un moteur six-cylindres en ligne avec trois carburateurs de 4-bbl 500-cfm. Je m’en souviens comme si c’était hier, il s’appelait Coton Perry et était de Ringgold, en Géorgie. J’ai eu toujours la vision que la Camaro devrait avoir une boîte Lenco et un big-block Chevy »…

Tim a acheté un Blower 14-71 et appelé son ami Rodger qui l’a aidé à fabriquer un collecteur et des poulies pour le compresseur utilisé pour les bateaux off-shore ou en courses de Drag IHRA Pro Mod.

J’ai pu me balader au volant de ce monstre…

Une légère brise soufflait sur ma nuque, la transpiration coulait dans mon dos, je soufflais comme un phoque… et je me suis souvenu du temps où je pouvais monter les escaliers en courant sans appeler immédiatement SOS Asphyxie…

J’ai senti monter l’hypoglycémie, j’ai regardé le Blower qui barrait la vue… me rappelant ma Cobra Comprex…

A côté de moi, Tim avait l’air relax, persuadé d’être la réincarnation de Don Prudhomme, un célèbre pilote de Drag des années ’70….

J’ai appuyé sur la pédale des gaz et la Camaro est partie comme un boulet de canon…, aucun problème d’équilibre…, enfin, tout ça pour dire que c’était cool, rapide, bref… et franchement con…, j’aurais aimé être ailleurs, mais où ?

Quels sont les endroits qui me font rêver ?

Je vous donne un indice, ça n’est pas dans le Gévaudan, ni dans les Vosges, ni dans les Alpes, ni en banlieue parisienne, ni en Corse, ni au Népal, ni à Madagascar ou à la Réunion, pas plus en Patagonie que dans la neige du Kilimandjaro, même pour m’en faire un blanc manteau où je pourrais dormir.

C’est encore moins à Vegas, même à une table de poker, entouré de Russes blancs vides, servis par de plantureuses bimbos décolorées aussi distinguée qu’une bouche pleine peut le permettre.

Non, simplement d’être face à la Méditerranée avec mon Blacky… et de boire du rosé pamplemousse sur glace midi et soir, mais ça aurait été difficile à avouer à des Américains bouseux…

Je me suis mis à rêver d’être revenu en Franchouille du sud, de me servir un bon verre de Tavel bien frais, de manger un tartare de saumon, menthe fraiche, avocat, fraises et pâte kadaïf, de me griller une belle côte de bœuf accompagnée d’une vague recette de patates, mi Welschoise, mi portugaise, accompagnée d’un pas trop vieux Clos Fourtet, avant de finir cette journée estivale, sur la terrasse d’un bistro sur le port, suçotant une glace à l’abricot, regardant de temps à autre le petit soulèvement des jupes des filles qui laisse deviner piercing et ticket de métro, les époques changent, pas les rêves…

Notes techniques

Qui : Tim et Cindy Arkebauer
Quoi : Camaro 1969
Surcompresseur : 14-71 / 206 b PSI « vis-style », donc il comprime l’air dans l’affaire au lieu de juste pomper de l’air dans le moteur…, en conséquence, le compresseur est plus efficace que d’autres modèles avec le même déplacement.
Moteur : Bloc Dart, alésage 4.530, course 4.500, 580ci. Commande numérique par ordinateur, 2000 chevaux…
Transmission : Lenco CS2 cinq vitesses et inverseur. Cloche d’embrayage Lakewood et embrayage Titan. .
Châssis : La voiture est certifiée pour un 7.50 sec…, mais Tim m’a assuré que sa Camaro est 100 pour cent roulable dans la circulation avec lumières fonctionnantes, clignotants et une corne de brume (sic !)….
Intérieur : Cage SFI Funny-Car en tubes chromoly 25,2. Le tableau de bord est Pro Stock.
Roues/pneus : 33 × 22.50-15LT Hoosier Quick Time Pros et 15 × 17 pouces Magnum 2. 0 s…

@ Pluche…