La Dolce Vita…

Terrassé d’ennui d’être perpétuellement confronté au barnum télévisuel et y subir les homélies pseudo-laïques que nous dispensent les politiques en soif de règner… et ce d’un timbre tout bercé de monotonie quasi hivernale, arbitrés par des commentateurs-bonimenteurs, jouant à être « professeurs de moralité »…, aussi peu soucieux d’un vrai avenir que les beaufs le sont eux-mêmes…, déterminés à ne rien apprendre qui put entraver une libre pensée que certains qualifient exagérément de nihiliste alors qu’elle n’est qu’un vaste foutoir de lieux communs ramassés dans des magazines de salle d’attente…, terrassé d’ennui, donc… constatant que la franchouille cheminait à petits pas de misère vers le puits sans fond de la connerie humaine…, j’ai zappé.

Il y a belle lurette que la pensée inique complète l’obligation d’accepter la pensée unique aux allures moutonnantes, les donneurs (et donneuses) de leçons ne digérant toujours pas qu’un troublion milliardaire puisse avoir été élu 45ième président des USA…, osant nous les briser grave en répétant sans cesse que ça va être l’enfer…, affirmant que l’Hillaryante Klingon, succube aux sévices de toutes les mauvaises causes, EST la descendante directe de la Vierge-Marie…

Tout passe d’intravénéneuse façon, comme de la colle blanche fluide semblable à de la crème aux amandes… pendant que des ciels de guerre aux pastels aussi gras et capiteux que les fards des houris du prophète, assombrisent le monde !

Ahhhh, l’orient…, on nous lobotomise de terrorisme… et on oublie les saveurs orientales, toutes vêtues d’écarlate, tête de Bergamote et d’Orange, cœur d’épices et de Patchouli… que doucement réchauffe un frisson de vanille porté par une note unique, tenue, tendue…, presqu’en apesanteur de cette écorce de bouleau que l’on nommait joliment durant les années folles « le cuir de Russie »…

Les parfums se souviennent pour nous ; les parfums se souviennent mieux que nous…

On serait bienheureux que Trump et Macron parlent de paix avec Poutine, mais pas du tout, c’est l’inverse…, ces  politiquement-corrects  sont des « va-t’en-guerre » prêts à créer l’apocalypse…

Dans ce monde consumériste et fort pourri, j’en oublie peu à peu le grain de peau poli, serré, cendré (ou du moins il me plait à imaginer qu’il l’était)…, de mes successives amantes ; mais je garde intacte, plus étincelante, plus tranchante que le biseau d’un diamant, les mémoires de leurs arômes capiteuses buissonnières qui se jouaient de mes émois…

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Belle lurette que la populace des beaufs ahuris n’a plus aucun plaisir à parader dans des vêtements neufs et chers (absolument identiques à ceux que portent tout le monde), ni à échanger des souvenirs de vacances plus ou moins imaginaires dans lesquels des bisous et attouchements furtifs plus ou moins fantasmés se changent en expériences sexuelles plus ou moins inédites…, mais totalement mensongères.

La « plouquesque » lit plus volontiers « Biba » et « Vogue » que Montesquieu ou Molière, mais cherche le « sel de la vie » dans des émissions TV débilitantes ou s’exhibent des « vedettes », composées de fausses vierges affichant leur bronzage et leurs ruts estivaux (et hivernaux) dans des vêtements-chiffons aux teintes gourmandes de bonbons…, avec des grâces alanguies de pétales ployées par les notes romantiques et poudrées dont ces nananas si peu rangées parfument leurs replis de peau…

Les cils passés au bleu Majorelle, les lèvres au rose de caftan, voilée de transparences scintillantes de sequins argentés, en pleine déconfiture gluante façon baba-cool post-Woodstock tendance Katmandou/Marrakech avec un détour par les stocks des petits-riens…, les plus baisables parmi cet aréopage d’apprenties-salopes déguisées en innocentes fleurs…, prenent un plaisir sournois à distiller leurs sourires mouillés par des regards de braises…

Ces gamines, suaves comme des lys aux sucs empoisonnés, aiment comme au théâtre…, il y a presque du Racine dans leur aveuglement à s’embraser pour celui qui flambe ailleurs : Oreste aime Hermione.., qui aime Pyrrhus…, qui aime Andromaque laquelle aime un tombeau…, ces « Proserpines » préférant se noyer dans une caverne engloutie plutôt que d’avouer avoir abandonné leur virginité dans un lit de hasard un soir qu’il faisait chaud, alors que leur taille dolente comme de la soie turque s’enroulait aux bras d’un bellâtre acidulé, tout cloné, qu’elles trouvaient beau…

Que n’ai-je la nostalgie d’une époque que je n’ai pas connue, pas vécue, celle des calèches et des voilettes, des Catleyas épinglés sur le grain d’un corsage, des fracs et des ombrelles, des guêpières, des falbalas, des interdits, des non-dits, des artifices…, les gilets de Brummell ; les boucles dorées de Dorian Gray, les collerettes du Gilles de Watteau, les talons rouges d’Oriane de Guermantes.
La chasteté amoureuse et la loyauté envers l’homme de leur vie en gardaient toutefois certaines au loin…, des malheureuses qui pourtant succombaient à mes écrits plus qu’à un texte, elles auraient pu être envahies par un moment d’éternité qu’elles ne croyaient jamais encore possible, une sensation puissante, forte, enivrante…, assurément la même que celle dont les belles déesses étaient pénétrées, quand, saisies par l’aigle céleste de l’Olympe, elles voyaient devant elles l’éternelle jeunesse promise par l’ambroisie, le breuvage sacré qui, en coulant dans leurs veines, divinisait leur être…

J’ai trop lu et bien trop vite…, dévoré que j’étais d’acquérir cette intelligence de l’histoire dont Proust écrit qu’elle est le commencement de la liberté.
Un parfum d’ambroisie, embaumant les lieux d’alentour, répand la force dans l’âme, comme l’huile sacrée qui fait les reines et les rois, ou prépare l’âme du mourant aux béatitudes célestes…
Nous vivons de rayons, de soupirs, de parfums, et nous nous abreuvons de l’immense ambroisie qu’Homère appelle Amour et Platon Poésie…
Tout cela me donne envie d’un verre de Rosé-Cassis-Pamplemousse-Vodka…, avec quelques glaçons…, pour m’irradier la tête d’images de Muses et de Grâces indécentes…
Mais…, plutôt que supporter ces délires, ici au sud, j’aime à rêvasser, moment délicieux dans la pénombre ou mon Blacky vient se blottir contre moi et m’écoute…

– Dis donc, mon Blacky…, ça te dirait un périple à Rome en Fiat 500 d’époque ?

On commence par la visite de Santa Maria dell’ Orto dans le Trastevere, une église discrète, étriquée, coincée entre les bâtiments de l’ancien hôpital et les hautes façades d’immeubles modernes, mais dont le petit jardin ou poussent, vertes et vivaces, à l’ombre d’une cote de baleine aussi spectaculaire qu’incongrue, ex voto d’un marin au long cours soigné et guéri en cet hospice, des aromates, de mauvaises herbes et la « Latarella »…

Cette « terre crépie », sorte de pissenlit sauvage dont ne sauraient se passer les épaisses soupes de pays parfumées à l’os de jambon et à l’échine de porc, un délice pour toi, mon Blacky…, est un asile de fraicheur, de senteurs, de couleurs…, s’y cache « La machine des Quarante heures », une structure complexe de bois précieux doré à l’or fin ornée de 213 bougies que l’on allume toutes au même instant le Jeudi Saint, une pièce unique signée Luigi Clémenti…

Et parcourir les rues et les ruelles quasiment désertes en tout début d’après midi…, tu adoreras… moi interrogeant en les photographiant, les symboles cabalistiques qui, aux frontons de certaines arches, portes, gorges ou portières prétendent révéler l’avenir aux Rose-Croix…, écoutant le murmure des statues, le silence oisif des fontaines…

Il y a aussi la villa Borghèse et ses jardins en terrasses, la grâce frêle et vide du temple d’Esculapes, perdu au bord d’un lac romantique dont les eaux argentées bruissent, entre les racines des arbres, comme un refrain d’harmonica, mais aussi et surtout les collections de Scipion Borghèse auxquelles s’ajoutent, non moins remarquables, celles de la famille Aldobrandini…

Et « La Vénus Impériale » due au ciseau d’un Canova inspiré par le charme sans égal de la princesse Pauline Borghèse née Paoletta Bonaparte, elle qu’avec indulgence et affection l’Empire surnommait « Notre Dame des colifichets »..., elle, la plus belle et, au grand dam de son auguste frangin : la plus chaude femme de son temps…, l’éclat nacreux du marbre blanc peinant d’ailleurs à tempérer l’obscure aura de prédatrice sexuelle et la plantureuse sensualité Méditerranéenne du modèle…

Piazza Napoleone…, on y domine le Champs de Mars jusqu’à l’Aventin, la ville entière…, Rome s’étend là, immense et lascive, austère et solennelle comme les longues limousines noires glissant silencieuses le long des artères du Vatican, vulgaires et hâbleuses telles des putains callipyges offrant leurs charmes bruns et laiteux, leurs rires éraillés de filles folles, aux berges du vieux fleuve.

Va savoir, mon Blacky…

Siroter une flute de mures d’été et de musc patchouli, une coupe de poussière de roses au cœur automnal de fruit secs et de pétales doucement fanant sur un fond de cannelle et d’encens…, un grand verre de diabolo rose, pétillant de toute la verve de la menthe poivrée et de la Bergamote de Sicile, comme en un five-o-clock dans le boudoir d’une cocotte…, une tasse de rose praline aux accents chaleureux de chocolat noir et de Lapsang Souchong ou, masculin en diable, un cocktail de citron, de vanille, de mandarine et de cuir, mais aussi pour y choisir, voire y composer un parfum de premier rendez vous ou d’un dernier baiser.

Certains couples se séparent à cause d’un mensonge, d’une trahison, d’autres par lassitude ou par ennui…, à Rome un couple peut se rencontrer et se quitter rien que pour l’insolente simplicité d’une note éblouie de mimosa, de mandarine rouge et de bois blanc qu’une belle taquine dépose derrière ton oreille…

Mais qu’importe la raison ou l’absence de raisons…