1936 Packard Rollston-Dietrich Torpédo…

Par les circonstances de la vie, je me suis trouvé, un temps, cherchant des automobiles dans des pays d’ailleurs…, c’était un drôle de boulot, assez marrant, faut bien le dire, mais pour la douillance assez terne, pas très généreux.

Pas de quoi se régaler du tout, des vrais nougats à sucer…, faut jamais confondre, sont plus rares qu’on imagine, c’était seulement une aventure…, je suis pas fait pour m’incruster…, mais alors, en fait d’expérience, je peux dire qu’elle m’a bien servi.., je regrette pas mon temps.

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J’ai vu travailler les grands arnaqueux dans les coulisses de l’univers, préparer les gros fricots…, ils y viennent tous tôt ou tard, les cons…, les ceusses qui croient qu’ailleurs c’est l’Amérique, même en Amérique, alors que c’est pas mieux sauf en pire que nos dégoutants pays d’ici, c’est à dire qu’ils seront jamais là-bas..

Pour les miséricordieux de la bagnole, l’Amérique c’est l’endroit de leurs dévotions…, c’est la plus grande Synagogue dans le plus grand Temple « Cul-Maçon-mécanique » de l’univers…, c’est l’antre des combinaisons parmi les plus vicieuses pour le pognon, y a pas d’avenir pour les branlés dans c’te fourbi infernal…, depuis le Directeur Général jusqu’au dernier journaleux en passant par la faune des rêveurs de cauchemars mités, il faut avoir une drôle d’odeur pour faire florès dans la tôle…, il faut « en être » quoi…, il faut en être !…

Tout ce qu’est pas malin dans la turlutte d’affaires, vicieux en mensonges, prévoyant de ne jamais tourner le dos aux enculeurs toujours à l’affut, est assez vite éliminé…, je me faisais pas de grandes illusions…, c’est regarder qui m’intéressait en premier chef, quoiqu’au second, me faire des ronds c’était pas mâle venu !

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En finale de cet articulet (un pt’tit article de même qu’un p’tit texte est un texticule à ne pas confondre avec un testicule, bande d’obsédés), j’en viendrais avec nonchalance à vous causer d’une de mes ex-américaine, une sacrée pute, belle, oui, mais imposante comme une Diva, une pas quart belle, pas qu’à demi…

Quoi c’est ? Vous demandez-vous, interloqués ! C’est une Packard 1936 verte bonbon et beige de saison…, pas vraiment merdique, mais pas fabuleuse non plus, c’est elle qui illustre entre les paragraphes, pour embellir…

Faut dire qu’elle en jetait des masses, car les Packard marquèrent l’histoire de l’automobile des années 1930, elles séduisirent aussi certains des grands de ce monde de l’époque, notamment le futur président des Etats Unis, Franklin Roosevelt, en personne…, lui même, alors gouverneur de l’Etat de New York et candidat du Parti Démocrate à l’élection présidentielle de 1932…, imaginez ma fébrilité…, c’était pour sa campagne électorale qu’il mena à travers le territoire américaine, un torpédo Packard pour aller à la rencontre de ses électeurs, ce qui permettra à la marque de faire son entrée dans les garages de la Maison Blanche lorsque Roosevelt deviendra le nouveau président, en mars 1933.

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Une autre Packard, à la même époque, avait marqué l’histoire, la Packard de la famille royale de Belgique…, au début de l’année 1935, le roi des Belges, Léopold III, avait offert à son épouse, la reine Astrid, un cabriolet Packard identique à celui que le couple royal avait admiré lors de sa visite au Salon de l’Automobile en décembre de l’année précédente.

C’est à bord de cette voiture que la reine Astrid trouvera la mort dans un tragique accident de voiture à Küssnacht, en suisse, sur les bords du Lac des Quatre Cantons, le 29 août 1935, à l’âge de 30 ans à peine…, rongé par le chagrin, le roi demanda à ce que la voiture soit immergée à l’endroit le plus profond du lac.

Y en a plein de rêveurs qui ont plongé tout au fond… qui l’ont cherchée, sans trouver…, en finale à vous narrer donc… et si vous êtes impatient et n’en avez rien à f… des autres conneries que je vous papote ici…, vous pouvez aller lire, mais vous n’y comprendrez rien de mieux, l’idéal étant de suivre le fil !

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Ma carrière, elle a quand même duré et elle dure encore…, c’est un bail sans fin au pays des putes en tôles, parfois en taule mais pas pour longtemps…, qui savent plus s’arrêter de toucher des biftons en contrepèterie d’engins déglingués…, je vous cause là des plus malins des crétins, ceusses qui jouissent avec des automobiles qui valent strictement plus rien et qu’ils revendent au prix du savoir-faire !

Dans ce job de péripatéticienne, le grand truc c’est pas de vendre pour ce que ça « veau » à des beaufs ahuris, non, c’est de vendre en fonction de ce que les dits nommés peuvent allonger jusqu’à être raide…, c’est sexuellement jouissif…., les beaufs n’achètent donc pas parce que l’auto-ferraille qu’ils convoitent est extraordinaire et sans défauts, non, les beaufs achètent ce qui n’est pas cher…, point.

Vous pouvez avoir une rarrrrrrissime rareté des plus rares, le beauf ne s’y intéressera que pour mettre ses paluches un peu partouze, ouvrir tout ce qui peut l’être sauf son portefeuille, casser n’importe quoi de fragile qui n’avait pas à être là… et manger des frites ou des beignets, des gaufres aussi, du moment que c’est gras, car il suffit de s’essuyer les paluches sur les sièges en velours.

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Bref, pas la peine d’arnaquer un beauf, le beauf il s’arnaque lui-même…, suffit de lui montrer une épave, de lui mettre un panneau « vente forcée » sous le nez, ce qui n’est pas un mensonge pour qui a de l’humour…, car le beauf-lambda n’en a pas plus que Bruel quand il re-re-passe chez Drucker en montrant ses dents blanches et en chatouillant qu’y a d’la joie…

Piting, c’est donc du pain béni, une Ostie consacrée, faut plus que boire le vin de cette messe jusqu’à la lie…, plus besoin en nécessité de chercher dès-lors des magnifiques raretés polies lustrées sans rouille et les pneus gonflés…, non, faut faire cracra et grandiose, faut présenter des épaves !

Il faut les vendre surtout…, mais pour vendre de la pure merde cracra, faut d’abord en chier, trouver la merde c’est pas si simple surtout si elle vient d’un autre…, vendre sa propre merde, même dégueu, c’est déjà pas la joie, sauf qu’à penser qui en a ceusses qui font chier…, ça aide !

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Les plus fortiches, les putes de tôles de luxe, les super niqueuses, savent qu’il suffit d’une petite annonce du genre : « Magnifique et rarrrrrrissime voiture de collection ayant appartenu à Pââââââtrick Bruel, valeur inestimable, cédée cause grââââve en famille de partage, part toutes distances, toute offre acceptée » …

C’est comme un billet de 500 euros en rue, même sous un caca, ça fait venir  les plus grands cons de la planète, les plus inquiets les plus arrogants, les plus endurcis, les plus emmerdants (c’est le caca de l’écrire), les plus mégalo-phraseurs, les plus tafs, les plus opulents, les plus tout ce qu’on veut qui savent tout…, il faut entendre comme ça cafouille tout ce petit monde…

Bon, on continue l’article…, déposez déjà 100 euros dans ma pogne pour m’encourager…, le plus difficile n’est donc pas de vendre n’importe quoi pas cher, käsher et Kärscher, c’est de trouver du matos pas cher, c’est important…, le bénef y se fait pas à la vente mais à l’achat…!

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Au moins c’est payé cher, au plus y aura d’la joie, c’est Bruel qui le chante, donc en grand connaisseur de famille, si lui chante ça, c’est que c’est vrai de vrai !….

C’est là que le métier se complique…, tout f… le camp chers tousses qui me lisez…, avant, y avait encore des épaves, maintenant y a plus que des pièces de collection !

Le moindre bouseux de ferme, et je parle pas de l’ancienne de Dechavane qui n’est pas homo…, mais du classique bouseux de ferme…, sait que la moindre vieillerie rouillée vaut des ronds, j’en connasse des pires qui rouillent les caisses eux-mêmes, comme s’ils se polissaient le gland, ils astiquent à l’acide et laissent pourrrrrir…, c’est que les beaufs aiment, ça fait vrai véritable, c’est tellement pourri comme pleins d’affaires politiques, que certains pleurent de bonheur.

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Cool, je digresse mais je reviens au point « G » de l’histoire, faites-moi confiance, vous allez jouir…

Donc, le moindre bouseux de ferme SAIT que même son vieux Massey-Fergusson pourri vaut des ronds…, donc la vieille guimbarde de tante Adèle qui est morte dedans et qui y est restée deux ans avant qu’on la retrouve, vaut des ronds…, c’est logique et imparable.

Ca veut dire que de pluche en peluche, faut se coltiner les bouseux ET les beaufs pour se gratter les couilles.
Dans ce commerce de dupes, faut connaître le sens du vent, jamais se baisser, même si un billet de 500 traine par terre…., mâle heureux, c’est un piège…, faut éviter de se faire enculer deux fois…, tu te baisses, on te baise !

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J’avais donc, en prévision appris aussi moi, la chinoiserie des commissions…, la dialectique des compromis…, seulement faut pas être trop curieux, se montrer friand de voitures d’origines …, c’est pas bien vu…, pas trop de précision S.V.P.!

Quand je devenais inquisiteur, mon grand patron, le grand Mickey, Maître de l’univers, il m’expédiait en voyage, en mission d’études…, j’ai fait ainsi les continents à la recherche de la vérité automobile.

Si les voyages forment l’âge mûr, je peux dire que je suis bien fait…, craquelure ! comme j’ai voyagé ! pour m’instruire, pour accroître toutes mes connaissances…, comme j’en ai vu des casses et des garages…, comparé ! épluché ! les comptes surtout…, vu fonctionner ! puis cavalé de stupeur ! admiré tant de crématoires autos ! expertisé tellement de laideries, des « modèles » et des moins propres…, de la Gold Coast à Chicago ! et de Berg-op-Zoom à Cuba !

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Je devais sans doute leur faire pitié, tellement qu’on m’a enseigné des choses, des techniques et des pires encore… extraordinairement ennuyeuses !…

Comme j’en ai vu des cons, barbus. chauves, postillonneux, bigles…, comme ils m’en ont donné des leçons…, d’Harley Street à San Francisco ! de Leyden, songeuse aux tulipes, à Port-Lagos en Nigérie… bouillante de fièvre jaune, piting !

Je devrais être presque parfait en dix mille matières automobiles après tout cela…, je suis vraiment l’un des antiquaires es-automobiles les plus fieffés de la planète, ainsi va la vie…, maintenant, je pneu vous causer de Bugarri comme de Märlène en Lorraine-Dietrish, de ferrailleries et même de porscheries, je connasse tout, les plus belles et les plus pourries, ce que ça veau d’or et ce que ça veau d’or-dur plus rien…, tout !

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Comme j’en ai parcouru des kilomètres et des Maîtres… et tous admirés jusqu’au bout, sur toutes les coutures, des heures et des heures… chacun… des fins cliniciens mécaniciens, des ventropètes de trop bouffis, des hygiénistes de l’origine si convaincus, si transformateurs malgré-tout, rénovateurs aussi, si prometteurs de beaux jours, noirs en fait… que simplement leur salive valait déjà le prix des euros en dizaine de milliers…, irisés mirages !

J’en ai vu des endocriniens éperdus ! des psychopathes sympatologues ! et des encore bien plus étranges, plus péremptoires, confusionnistes, superspicaces les uns que les autres…, graine de Dieu !… quel tourment ! quelle engeance !

Tous les Saints du Progrès moderne, ils se sont donné rendez-vous pour éberluer ma pauvre gomme…
Ah ! ce que j’ai pu les subir… vertigineux, impérieux, vindicatifs ou miellés…, toujours à se prendre, se déprendre…, se perdre un peu, s’entortiller en sottises, en mots, des heures encore pour dix euros, dans tous les sens…, comme c’est bavard, puéril et fat, étroit, râleux, bouddha, inquiet, mégalomane, persécutant, un vendeur d’épave !…

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Certains sont même les pires des cabots, un Bruel en chansonnettes, c’est encore qu’une pâle violette auprès d’un enfileur de pipettes…, les pires du monde, les plus susceptibles cabotins, les plus irascibles vedettes c’est dans les « Foires d’autos anciennes » qu’on les trouve, dans les bagarres de vanité…, faut entendre alors ces gueulements ! faut observer ces tours de vache ! ils sont prêts à tous les crimes pour gagner des euros et voir leur blaze en compte rendu élogieux par leurs confrères confraternellement jaloux : « T’as vu Loustic, ce fiéllé, ce morveux, l’a encore vendu une tire, deux fois plus cher que Pompon qu’est à l’agonie, plus un rond, sait pas comment y fait, doigt les titiller le jonc, les triquer »

Tâche bien aride s’il en fut…, à travers ces bilieux ingrats au possible… les échecs tournent en vinaigre, en instantanées ruptures, en vexations considérables, diplomatiques…, les vendeurs de tutures sont impitoyables sous le rapport vanité, pires sous le rapport du flouze…

C’est pas, croyez, une petite pause que de rassurer un beauf bigleux, de bien lui ancrer dans le châssis, que c’est bien lui qui sera le deuxième proprio au monde de l’amas de ferraillerie porscherisée qui rouille devant lui…, le tout excellentissime, qu’on en connaît pas deux comme ça… sous le rapport qualité-prix-rareté… bouleversantes synthèses… probité, etc…

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Ca demande beaucoup de gestes et de paroles et des bobards continuels et des ruses irréprochables, et puis un culot pas croyable, et puis une mémoire des bobards, absolument extraordinaire, impeccable, extra-lucide !

C’est la question de vie ou de mort…, de se rappeler ce qu’on a dit…, la moindre gaffe c’est la bascule… en toute occasion et par tous les moyens valables ou probables, les vendeurs d’épaves doivent jubiler d’un bout à l’autre, pas une seconde de répit !

Les petits fafiots, dix mille confidences, cent mille compliments et puis des tours de commissions noires comme des messes du même nom…, s’étaler discourir encore !

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Vous voulez des noms ? Y sont quasi tous pareils, mais pour faire simple je vous donne les pires.

– Philippe « O », comme histoire d’O’, pareil que pire, c’est une pute qui a sévit à Liège dans des répliques, spécialiste du reconditionnement en faux papiers, ce con bellâtre, parfaitement prétentieux et nul était et reste un des grands assidus de la carambouille et de l’enculade à sec. Il a accumulé tant de TVA et d’impôts non payés, tant de joyeux souvenirs de clients devenus cardieux, fous et rapinés profond, qu’il est parti sans laisser d’adresse sur la Côte d’Azur ou il écrit l’exact contraire de ses connaissances, des livres en numéros de châssis et conseils en photos pour passer pour un Maître. Quel mafieuse merde ! Obligé de vendre sous le manteau avec son copain

– Eric « M »… c’est son copain… On l’a bien connu nous autres, c’était un effréné presque aussi actif qu’un Piranha, et c’est pas une bagatelle !. Il a fait énormément pour l’évasion des capitaux. Toute sa carrière a consisté, sous des apparences de menteuseries, à enculer tout le monde… tous cons évidemment… Ils lui doivent une vraie statue, ces collectionneurs d’épaves reconstruites à prix d’or…!, dans la cour d’une Faculté de l’Automobile, en or ! sur un veau.

– William « V », un autre, plus vieux, plus malin, pervers, quasi assassin de l’honnêteté humaine, faut lui aussi rendre justice à reculons, il était bien moins con que les autres, dans le genre des grands enculeurs, bien plus mesquin, mais moins abruti, beaucoup plus prétentieux. Il a pigé, immédiatement et parfaitement, les astuces. Il délirait pas dans la glace. Mais il était erratique comme tous les vrais prépucés, il tenait pas en place. Il fallait qu’il trace, qu’il revendique, qu’il baise tout le monde; les copains d’abord, puis, surtout les femmes qu’il a engrossé à la file indienne, certain qu’il fourrait en Apache. Son genre de voyage favori, c’était l’enculade en Floride… Il allait thésauriser par là… Il préparait ses petites affaires, un beau garage plein d’auto nickel qu’on devait y mettre des lunettes de soleil tellement ça blinquait… Les beaufs subjugués achetaient, et puis 3 mois plus tard, quand l’auto arrivait en europe de franco-belgerie, enfin ! dans un container, douane payée et tutti-quanti, le beauf ouvrait le boxon, bordel, miracle, c’était plus la même !… c’était les mêmes papiers mais l’auto était devenue une épave… Arnaque…. 5.000 comme ça et William, fortune faite en dizaine de millions de dollars s’est reconverti à Curaçao… Mais il avait la bougeotte, des fois qu’un tordu aurait eu l’idée de le faire buter. Et en avait si peur qu’il partait dare-dare pour un bruit de pétard… Il retraversait toute la planète pour un faux télégramme plein de millions de menaces, pour un soupir de femme… pour rien du tout… Il repassait par Cuba… Il repassait plus par Macao… Il rappliquait par le Sud. Il rattrapait son télégramme… son soupir… son rien du tout. Et puis floc ! je le voyais jaillir ! un matin ! je le retrouvais d’un seul coup ! derrière son bureau… Il émergeait de l’autre bout du monde… comme ça… L’est devenu pachidermique, usé, fini comme un fat paquet d’embrouille. L’est tout rouillé !

– Vincent « E », il faisait l’errant, l’homme-lubie, l’insolite… Pour réfléchir, il s’arrêtait, il oscillait en avant… tout doucement sur ses tatanes… des vrais bateaux… comme le pendule… Cette manière de se tenir, bizarre, dans la vie, de disparaître dans les fugues et puis de revenir « courant d’air » … ça ressemblait pas à grand-chose ! On aurait bien pu penser : cette agitation est grotesque, ce n’est que de la dispersion, du pas sérieux , de l’étourderie. Cet homme travaille du grelot. Et pourtant c’était l’essentiel, faut pas se fourvoyer. C’était un vicieux, traficotait les papiers, créait des compagnies, les vidait en leasing puis faisait dénonciateur chez les flics pour camoufler les cadavres dans les placards…

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Regardez un peu les fourmis comment elles s’agitent… elles font pas toutes vraiment quelque chose, elles transportent pas toutes une bricole… elles vont, elles passent… c’est leur boulot !
Elles reviennent… elles se dépêchent… elles lambinent… elles ont plus l’air de savoir… de se promener au petit bonheur… et puis pourtant elles fourmillent.. elles ont leur idée… c’est ça l’essentiel : fourmiller.

Cher public d’ahuris, il faut apprendre, sous peine de demeurer plus sot, plus opaque, plus crédule qu’un veau dans sa première semaine, à repérer la marque, la trace, l’emprise, l’initiative des pourvoyeurs de rêves, dans tous les chambardements du monde, où qu’ils s’effectuent…, en Europe, en Amérique, en Asie… en n’importe quel lieu où se préparent les hécatombes, la destruction systématique, acharnée, des esprits et les transmutations de portefeuilles…

Il faut apprendre à déceler dans la pratique quotidienne, la couleur et le ton, la jactance, il faut apprendre à percer, déterminer, au fond de toutes les ombres, à travers tous ces dédales phrasouilleurs, entre les trames de toutes les calamités, derrière toutes les grimaces, l’universel mensonge, les tartuferies, l’imposture, l’énorme armement de cette cosmique permanente apocalypse.

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Il faut renifler les diablotins de très loin… dans tous les coins, à travers le monde… entre les minces paragraphes publicitaire de n’importe quel garage innocent, ce petit coup de pouce, furtif… appuyé… signalétique… l’épithète favorable… louangeuse… la mise en valeur d’une carrosserie, le coté franchement racoleur… le dénigrement soi-disant impartial des voitures proposées par leurs confrères…

L’addition opportune et même hors de propos d’un décigramme, d’une demi-teinte de louange… pour le succès de la moindre présentation…, les facéties de n’importe quel d’entre la confrérie, du plus insignifiant au plus magnifié…, cette mainmise du secteur s’entoure encore d’un peu de gant, pas pour longtemps, bientôt les cartes seront abattues, ceux qui ne feront pas de publicité dans les magazines automobiles consacrés seront égorgés (ils le sont déjà financièrement par les impôts)…

Il faut maintenant resituer les choses, que je vous raconte un petit peu comment c’est superbe le monde de l’automobile ancienne…, c’est pas les beaufs qui les collectionnent qui les ont construites…, ils peuvent même pas les entretenir correctement dans les trois quart des cas…, c’est au-dessus de leurs forces…, donc ils les abandonnent…, beaucoup sont effondrées sur elles-mêmes, les joints tombent en miettes de caoutchouc-tchouc…, c’est malheureux les mâles-heureux…, comment justement exprimer toute la beauté du désastre ?…

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Imaginez un petit peu… une casse d’épaves d’autos, certaines dans un bois, d’autres dans un champ…, elle s’étend encore, la casse…, toujours là-bas… vers le large livide… le ciel… la mer lointaine… encore plus loin… l’estuaire tout au bout…, à l’infini y a les cons qui achètent…, la mer qui monte puis qui descend…, diaphane, fantastique, tendue…, à bout de bras…

Que voici de majesté !…, quel fantasque géant ? quel théâtre pour cyclopes ?…, mille épaves échelonnées, toutes plus grandioses…

En retrait, l’enclos des hauts arbres… altiers… formidables monstres bouffis de ramures… nuages de rêves repris à terre…, s’effeuillant en rouille, déjà… Secondes tristes…, trop légères au vent…, que les bouffées malmènent…, fripent…, jonchent au courant…, le ciel, encore glauque…, une teinte de plus, hagarde…, d’autres percées, perspectives, vers toujours plus d’espaces…, plus aérien…

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Au milieu de ce rêve de nature, des épaves…, vieilles, géantes, ridées, percluses, croulantes.., d’un géant passé…, un cauchemar traqué qui s’éparpille comme il peut…, de toutes les carcasses il en suinte de la rouille…, c’est pas une erreur…

Je voudrais vous faire comprendre, de plus près, ces choses encore…, avec des mots moins fantastiques…, imaginez un petit peu…, bien dégueulasse endroit… et tout bondé de pervers…, un formidable contingent…, toute une armée de truands en abominable état…, encore nippés en civil…, en loques…, tout accablés, guenilleux…, efflanqués…, qu’auraient passé dix ans dans le dur…, sous les banquettes à bouffer du détritus…, avant de parvenir…, qu’arriveraient à la fin de leur vie…, tout éberlués…, d’un autre monde…, qu’attendraient des beaufs bigleux à l’achat d’une épave qui ne manquait pas à leur bonheur…, une catastrophe qui végète…, c’est ça le monde marchand, c’est ça le consumérisme, de l’arnaque partouze…

Pour arriver dans cet endroit, j’avais pas vraiment suivi mon instinct…, j’avais lu une annonce dans le fameux « Hemmings » le bouquin épais comme un annuaire téléphonique qui renferme chaque mois qu’il est publié, des milliers d’annonces de bagnoles… et j’étais tombé sur une pleine page de photos et d’explications alléchantes…, je vous traduit et conte l’affaire « en or »…

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<< L’année 1935 est une grande date dans l’histoire de la marque Packard. A l’occasion de la présentation des modèles du millésime 1936, ceux-ci passeront directement de la 12ème à la 14ème série. Par superstition, la direction de la marque décidera en effet de faire l’impasse sur la 13ème série pour ne pas s’attirer de mauvaise fortune. Suivant en cela la même politique que celle pratiquée par la plupart des autres constructeurs américains et qui vient, d’une certaine façon, contredire une croyance pourtant encore tenace affirmant que ceux-ci modifient les lignes de leurs modèles chaque année, les Packard de l’année-modèle 1936 conservent des carrosseries pratiquement identiques à celles du millésime précédent, les changements se limitant au dessin de la grille de calandre, du capot et des ailes, sensiblement remaniées, ainsi que des détails d’aménagement intérieur. A l’époque, les marques américaines ne renouvellent réellement leurs modèles que tous les deux ou trois ans. Chez les constructeurs indépendants, par contre, cela se fait souvent à un rythme moins régulier, ceux-ci n’ayant évidemment pas les mêmes moyens que leurs concurrents. Ce qui explique que les Packard conserveront les mêmes lignes entre 1935 et 1939. Comme il a toutefois été dit, la clientèle de la marque est plutôt conservatrice et se montre plutôt réfractaire à un changement de style trop radical, d’autant que le style adopté par Packard en 1935 continuera jusqu’à la fin d’être plébiscité par ses clients. Ainsi, de plus de 80.000 exemplaires en 1936, elle franchira, l’année suivante, la barre (hautement symbolique) des 100.000 unités (109.518 voitures produites, très exactement), ce qui permet à Packard de se hisser à la neuvième place des constructeurs américains, la marque occupait la 15ème place au début de la décennie)>>.

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Je téléphone qu’on vienne me chercher, alléché par le cash potentiel…, ils accourent… et je m’installe auprès du chauffeur…, son copain, il me le présente…, il bafouille un nom…, le copain aussi…, mais d’un autre modèle…, le modèle Satrape…, le très imposant Pacha est un mâtiné d’Afghanistan américanisé…, le type costaud pancrace de grande classe…, ample et fourni…, du creux, du coffre, de l’abatage…, le cinquantenaire briocheux type…, du bourlaguet, du foie gras…, une vareuse…, humblement Khalki, ultra sévère…, un peu citron des conjonctives…, un peu du Bouddha… et puis tout à fait insolite !.., les moustagaches, deux houpettes bien cosmétiquées…, séparées…, divergentes…, enfin vraiment un curieux mélange…

Je le bigle de quart…, encore un peu…, comme ça tout en brinquebalant…, les pavés sont abominables…, je me dis que sûrement ce badour c’est un ténor de l’Aventure…, un homme qui a profité dans l’épaverie… c’est un superbe hasard de le rencontrer!… !

Y a leur copine aussi, une semi blondasse qui croit être fine mais qui est maigre comme une greluche, sapée avec l’ancien rideau de la chambre pour pas risquer d’en dépenser trop… et des panards moches, d’une autre époque, sûrement découverts sur un cadavre oublié dans un coffre…, foire de récup…, c’est sonné, pour faire plus beau, elle va poser sur mes photos qu’elle dit, c’est la postérité du postérieur !

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L’auto marche très doucement, à cause des terribles fondrières…, aussi pour les ressorts… c’est une épreuve…, l’autre opulent, le ténor bouddha, voilà qu’il se met à parler entre les cahots…

Ah ! mais je trouve qu’il est cordial… et puis même qu’il est spirituel et tout… et qu’il est carrément jovial…, enfin voici un Ricain qui cause…, qu’est drôle…, en plus… et qu’a l’air tout déboutonné…, à plaisir !.., qu’en rajoute ! c’est étonnant !…, qu’a pas un barillet dans le cul !…, qu’a pas l’air de se gratter du tout !… il semble penser tout haut…, c’est le premier !… il parle anglais comme son père et sa mère d’Ouzbékistan… on se comprend…

C’est bizarre, à mesure que je l’entends, il me semble que sa voix je la reconnais…, c’est pas moi qui pose les questions, c’est lui…, j’ai pas l’habitude de ruser, je suis d’un naturel assez simple, j’aime pas les mystères…, puisque mes impressions le passionnent, je vais lui faire part immédiatement de mes réflexions…, qu’elles sont pas très favorables…, très inoffensif à vrai dire tout ce que je proclame…, que j’aime pas beaucoup leur cuisine… que j’en ai le droit…, enfin des futilités…

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Ça l’a pas mis en colère mon impertinence…, il se fend même les babouines de m’entendre avec mes sarcasmes…, persifleux…, il se tamponne de rigolade dans le fond du bahut…, ça n’a pas l’air de le froisser, je n’en mène pas large…

Bref, on arrive dans leur casse , il me filé une sorte de plan, avec des prix, style 5.000 dollars pour la pire poubelle et 10.000 pour une luxe en pire…, je flashe en photos, pas en biftons, je constate que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, qu’au contraire les prix, même en épaves, sont bien plus fumistement élevés que chez nous de Franco-belgerie dénigrée.

Je demande à voir « LA » Packard 1936 qui avait été celle du Président Roosevelt en 1930 et pas plus… une curieuse affaire de voyage dans le temps…, je vois illico vu la bête qu’est assez belle, propre et roulante même bien durant l’essai concluant…, l’était curieusement devenue plus chère, en quelques minutes, de 10.000 elle m’était « offerte » à 15.000… j’ai menacé de partir, ils m’ont retenu avec des arguments, le principal étant qu’elle venait de redescendre à 10.000, on n’est que le roi dans son territoire…!

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Sauf que ces pourries autos étaient devenues des œuvres d’art qu’un antiquaire leur proposait à placer dans son jardin d’Eden et ceux de ses clients fortunés en semi-châteaux et châteaux tout court…!

Ces objets en décor dans des sous bois grandioses, n’étaient que des bricoles…, les rupins feraient barbecue en fête à coté, la classe et l’originalité…, s’il y en a un qui lit, qu’il m’appelle…

Bref j’ai emporté le morceau à 8.000 et ai du insister pour qu’elle parte illico sur camion, destination le port du coin et zoooouuuuu vers l’Europe…, c’est comme ça que j’en suis devenu propriétaire, pas plus, pas moins…, je la garderai quelques ans… et puis vendue…, je l’ai retrouvée dans une vente aux enchères à Lohéac…, annoncée 100.000 euros…

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En tous les cas, vous, beaufs et autres, si venez me dire en écriture, même penser en cachette, quoique ce soit… et recta, oui, paf, recta une beigne, une tarte, vous risquez gros, une dérive, ou pire, un silence de mépris…, c’est comme ça…, voilà…, j’ai fini…

Si ça vous a amusé, l’intégrale du livre ou j’ai compilé quelques histoires, se lit en allant sur ce lien, c’est gratuit… 4heures de lecture à vous gratter les coucougnettes, c’est cadeau !