La Rolls…


– Bonjour, j’ai lu dans un magazine d’automobiles d’occasion que vous vendiez une Rolls Royce état neuf, peu roulé, bas prix.
– Oué… Tenè… Mon Jul’ est juchtement à côté de moi… Mais, attend une fois ! Comment esque vous avez dit que vous vous appelez ? Et c’est pour quoisque au juchte que tu dois avoir mon homme ?…
– Si votre prix est intéressant, je peux venir voir votre voiture.
– Oeïe… Ça, je m’en occupe déjà depuis longtemps de l’entretenir savez vous !… Mais pourquoi d’abord esque tu voudrais entretenir mon mari et pas moi ? Hola ! Je te connais hein mon kastar !… T’es sûrement un Casanova qui veut frimer. Te va avor une slûr qui va te demander une pension alimentaire pasqu’elle est boemvol d’avoir froucher dans l’auto !…
– Donnez-moi le prix de votre Rolls Royce…
– Je suis kooskes dans mon fauteul’ et je me fais encore une fois engheuler pour du bazar que je suis pas au courant…
– Non, pas du tout Madame, vous vous méprenez probablement… J’ai lu votre annonce et je me renseigne.
Ah ! Oeïe, comment s’qu’il parl’ celui là…
– Plaît il Madame ?
– Non, non, rien ! Oué, oué, rooo… Yende… Wat ess da’ vè ne pretensieu !…
– Pardon
– Oué…
– Ah !
– Rooo… Mais d’où esqu’il vient ce smerlap ?
– Euh… Pardon ?
– Oye, vous ça va hein ! Mon Jul’ était bien content de me marier pour sortir de son impasse de kajoebereir’s ou il vivait misèrabel’ment avec sa krumme moïer !…
– Excusez-moi mais !…
– Mon Jul’avait une vue sû l’auto d’l’héritache de ma Moema et moi bétasse j’suis devenu la domestique d’un krumme kapstok d’half gegroïed de smeirlap de loerik qui est même pas capabel de mett’ un clou dans un mur sans se retrouver sur le voisin ses schuud !… Et qui en plus passe ses après midi à trainer dans les cavitjes de tout Meuilebeik en prétendant travailler ! Got nogh ientje drinke ! Zatlap ! Wallebak ! Oué, allo, c’était quoi encore qu’est-ce que vous vouliez encor ?…
– Je souhaitais seulement avoir des renseignements sur votre Rolls Royce, son état, le prix demandé ! Mais je pense que je vous dérange et dès lors je me permettrai de rappeler plus tard.
– Oeïe, oeïe, oeïe… Maske, plus tard ça tu l’auras pas zenne !… Pasque dans une heure ou deux, mon Jul’ aura quelques Export et quelques demi-gueuze dans son plastron et là y saura sur’ment pas vous répondre !… Sans compter sa bouteille de geneivel entamée à côté de son fauteull et qu’il trouve déjà plus pasqu’il commence à êt’ zat !… Oué ce soekkeleir est en train de la chercher dans la cuisine ! Non, non, je vous consell que si t’as quelque chose à lui demander … C’est ménant ou jamais !…
– Comme vous l’entendez Madame, pouvez-vous dès lors me le passer s’il-vous-plait ?
– Oué ! Oué, oué, ça sent le coup fourré tout ça !… Ocherme ! Pourquoi esque moi je suis pas rentré chez les sœurs des Riches-Claires !… Ou au couvent de la Cambre… Pourquoi vous voulez l’entretenir avec vous ?
– Je ne souhaite pas vous l’entretenir, je voulais vous… enfin m’entretenir avec n’importe qui pourrait me dire l’état de cette Rolls Royce et son prix… !
– Tu savais pas dire ça directement alors au lieu de créer tout cet ambrass… Oeïe, faut pas te monter sur tes grands cheval’s hein !… Bon, esque vous zetes de Brussel une fois ?
– De France… J’habite Saint-Tropez !
– Awel ! Ess da’ nâ gien stuute… Zenne !
– Pardon ?…
– Oué !.. Pasque ménant moi je comprend plus rien à ton bazar hein ! Potfermille ! Tu me parles de la Rolls de l’héritach de ma Moema qui habitait Meuilebei.. Haavde ga de zot mè ma ?
– Mais… Je crois que…
– Oué mais dites une fois… Ça est quâ’même pas un cours d’histoirique et de géographique par téléphone que tu veux me donner hein ?… Pasque dans cinq minutes y a ma série qui commence à la tévé… Zenne !…

– D’accord, permettez-vous que je vous réexplique l’affaire ?
– Allé oué ! Mais vite hein… Pasqu’il te reste plus que quat’ minutes trent’ ! Et ma Fientje va bientôt m’apporter mes snâboentjes !
– Vos sna… quoi ?
– Mes snâboentjes… Ça sont des haricots coupés que ma Chérieke ma prépare pour le souper…
– Des haricots coupés pour souper quoi ?
– Oué mais ça est quoi ménant ? Te faut quan’même pas que je te donne un cours sur l’horticulturalisme hein ménant ?… Yende… ! Trois meneut !
– Pa… pardon ?
– Trois minutes… C’est le temps qui te reste pour expliquez tout ton bazar…
– Je vous contactais… concernant votre Rolls Royce.
– Wadde ? Vous savez une fois répétez ? Pasque j’ai pas compris !… Mo, je vois qu’y a une histoire dans ton histoire hein ! Ça j’ai compris !
– Je pense…, je pense que…, qu’il…, qu’il est préférable que…, que je…., vous …
– Ecoutez Meneer, moi je comprends na rien du tout à votre charabia hein… Vous savez pas parler en français comme toul’monde ?… Ou si t’as plus facile en Brusseleir alors …
– Je pense…, que…, euh…, il…, il sera…, préférable que je…
– Quoi ? Oué mais non hein, moi j’ai pas le temps hein ! Ferdekke ! Je suis déjà trop juste pour lire mon journal tous les jours… je comprends rien !…
– Euh… Euh… Euh …
– Goe gh’ett ni Meneer ?…
– Euh ! Mais… Mais… Écoutez… Euh… Je me permettrai… Euh…, de vous recontacter demain… Si vous… Euh… le spermettez… Au revoir…
– Oué c’est ça… Omnuesel’trutt’ !… Oh, tu veux me vendre un abonnement au téléphone ! Quel ziverderâa tu fais, hein ? Poezewoezeke !
– Je veux connaitre l »état de votre Rolls et son prix !
– Hier je suis sortie de chez mon garagiste a qui j’avais donné la Rolls pour la laver à neuf parce que j’avais oublié un brol, mais comme une klette je n’avais pas vu qu’il drachait. Il faisait même cru. D’habitude je mets mon pinemouche mais alors il fait vite douf, et mescrolles sont kaput. Bref, je n’aime pas ce peï, mais son ket a un boentje pour moi. Il est un peu stoeffer, mais je m’en fous de ce zievereer. Ce tich peut raconter toutes les klûtes qu’il veut, ça ne changera rien ! Bon, en passant par la drève, je m’arrête d’abord au café, j’avais envie après un cécémel. Un copain à moi était juste en train de remettre une drache à toute la bande, fieu. Et pour ne pas qu’ils zwanzent après moi, je suis restée. Je ne peux pas dire qu’en sortant j’étais krimineilscheilzat parce que je sais là-contre, mais j’avais quand même une bonne douffe…, mais pas autant que le pauvre sukkeleir qui marchait schief devant moi : un zinneke lui a couru dans les guibolles, il a fait un cumulet, a perdu une slache, et klett’ Mariette, il a renversé une meï qui est tombée sur son pèt’ et on voyait tout son cinema. Ils sont repartis comme deux qui wighel-waghel.
– Le prix de la Rolls ? Combien ?
– Bon, j’arrive en vue de la charcuterie, mais je m’arrête d’abord au bollewinkel du coin pour avoir des boules sûres. Puis au boulanger pour acheter des pistolets, des couques et du bodding. Et j’ai hésité avec un cramique , mais fourt’. Chez le charcutier, il me dit : « Ecoute, maske, j’ai plus de tête pressée, mais j’ai du kip-kap ». Je prends aussi un pain français avec de l’américain et de l’andalouse et un ravier de plattekeis tout près, et je rentre chez moi… Et là, je me suis rendu compte que j’avais oublié de lui causer de la Rolls…
– A qui ?
– Mais au pei qui l’a voulu l’acheter !
– Mais quel prix ?
– Eh bien prend la si t’a les moyens !

– Combien ?
– J’étais occupée à couper des snaabuun dans ma cuisine quand vous m’avez téléphoné !
– Ecoutez, je suis à bout de nerf, je vous demande de me dire dans quel état est cette Rolls et quel est son prix ? Voyez vous, ça s’éternise inutilement…
– Je vois na rien du tout !… Comment toi, esque tu veux que moi, je te voye ? Je vois pas encore à travers les murs hein ! Fermille ! Oué ! Quesque tu crois que je suis ici occupé à faire à ton avis ? Danser un tangho avec mon beustel peut-être ? Répond à ça Gotferdoem !
– Je vais raccrocher…
– Ah non hein ! Ça est sûr’ment encore une fois un coup du sort… Qui téléphone ici à c’t’heure ci ! Vous ? Quesque t’en sé hein ?… Tu crois que je vois à travers le câb’ du téléphone ménant ? Ça est pas difficil’ toul’même !
– Quoi ? Le téléphone ?
– Ben oué le téléphone… Quesque tu veux prendre d’aut’ ? Omnuesel ! Espèce d’aaven deghotantt’ ! Oué… Allo ?
– Au revoir…