<< Chromes&Flammes, le mythique magazine qui a ébranlé la jeunesse Française des années ’80…, qui paraissait à 500.000 exemplaires mensuels en 5 langues/éditions diffusées dans le monde entier…, est incroyablement reviendou en kiosques, librairies et grands-magasins de France après 35 ans ! Tel un improbable fantôme au style inclassable le « nouveau » Numéro 1 est sorti en novembre 2018 rendant le monde de l’automobile incrédule et ses lecteurs exophtalmés. Les journaleux « politiquement-correct » et publicitairement polis se sont tus avec componction, mais les merdias qui les emploient au tarif minimum admis en Papouasie et au Zumibaloulé oriental…, ont considéré dans leurs « lettres confidentielles », hautement délatrices, distribuées à leurs annonceurs, que cette rédemption était un acte chimérique qui risquait de relancer le style « toutenplastoc » des années ’80, ce qui allait polluer les esprits de la plus mauvaise façon d’aborder les années à venir qui tendent vers l’obligation des voitures électriques et l’interdiction formelle et définitive de circuler pour les automobiles de plus de 15 ans… Les détracteurs parmi les moins respectueux des libertés, ont été jusqu’à évoquer la possibilité d’interdire la diffusion de Chromes&Flammes Magazine et de provoquer astucieusement et rapidement un accident fâcheux et définitif de son éditeur, dès lors qu’ils considèrent que Patrice De Bruyne gène leurs affaires ! Faire renaitre les légendes et prolonger la vie éditoriale d’un magazine qui fut un chef-d’œuvre, attire la rancœur !  >>…

Tel est ce qui m’avait été rapporté peu avant que me parvienne une chronique de Tancrède de Beaufort, écrivain de talent qui fut et est toujours fanatique de mes magazines…

Buehrig : Grandeur et descendance !

Par Tancrède de Beaufort

Une néoclassique de plus, coincée entre l’Excalibur et la Zimmer Golden Spirit ?
Pas vraiment, la « Buerhig » portait un nom autrement renommé que ces nouvelles venues, le patronyme d’une légende du style ornait les flancs de sa carrosserie torturée.
En observant cette curieuse chimère sur roues, une question m’étreint soudainement : « Peut on être et avoir été ? »

En 1935, les visiteurs de salon de l’auto de New York furent sidérés par la beauté futuriste de la nouvelle Cord 810.
Nombreux se précipitèrent sur leur carnet de chèque pour partir au volant de la belle, mais cette auto n’était pas vendable, car les exemplaires présents sur le salon, ainsi que les cent premiers exemplaires déjà construits étaient tout bonnement incapables de prendre la route, privés de transmission, celle-ci n’ayant pas été livrée à temps à l’usine.
Au-delà de cette fâcheuse anecdote, la Cord 810 (puis 812) mena une assez belle carrière de voiture de rêve.

Sans provoquer, sur le long terme, de grands chiffres de vente (un spécialiste de la période d’Avant-Guerre me confia un jour : « Elle faisait rêver beaucoup d’américains qui ne l’achetaient pas, et pourtant, elle n’était pas si chère que ça ») elle eut au moins le mérite de marquer durablement les esprits. Sa calandre futuriste et ses phares escamotables (une première mondiale !) ne manquèrent pas d’imprimer l’histoire automobile.
Le responsable de ce dessin audacieux n’était autre que Gordon Buehrig, dessinateur de grand talent à qui l’on devait déjà le très beau design de la fameuse Auburn 851…
Gordon Buehrig, fort entre autres de ces deux réussites flamboyantes, entra par la grande porte dans le club très fermé du gratin mondial de l’automobile.

Après un passage remarqué chez Ford, Gordon Buehrig prit sa retraite en 1965 et accepta un poste de professeur dans la prestigieuse école Art Center Collège of Design de Pasadena California où il n’officia que cinq années durant, puis, le temps de la vraie retraite sonna pour notre héros…
Auréolé de gloire, légende vivante des grandes années de la carrosserie élégante d’Avant-Guerre, il passa le plus clair de son temps à hanter les manifestations automobiles, salons et concours d’élégance, où la foule ébahie des badauds, amateurs et autres afficionados se poussaient du coude, le montrant discrètement du doigt : « Tu vois, le vieil homme élégant, là-bas ?…c’est Buehrig ! Le génie qui a dessiné l’Auburn et la Cord 810 !! ».

Pour bien faire, l’histoire aurait dû s’achever ainsi, en happy end américain, dans la plus pure tradition des films de Walt Disney et l’odeur rassurante du popcorn ingurgité par les médiocres spectateurs qui rêvent de conte de fées.
Mais la vie est toujours plus complexe que les fictions made in Hollywood, la vanité des hommes est inextinguible, elle taraude les plus repus d’entre eux, jusqu’au tréfond de leur sommeil de vainqueurs.

Dans l’ambiance de la mode néoclassique qui fleurissait en ces années 70 (Stutz revival, Excalibur et Clenet tenaient le haut du pavé du prestige à mesure que les Lincoln et Cadillac s’enlaidissaient à vue d’œil) Buehrig, poussé par ses amis flagorneurs et ses admirateurs finit par imaginer apposer son nom sur une automobile de prestige…, c’était la seule lettre de noblesse qui lui manquât : une auto qui répondit à son nom. Vanité !
De fil en aiguille, ce fut son ami Richard Kughn, homme d’affaire et collectionneur compulsif, qui finit par le convaincre de se lancer dans l’aventure…, et de livrer le combat de trop !

La future auto devait être élégante, puissante luxueuse et, forcément, évocatrice des chefs d’œuvres infrangibles de Buehrig…, ce dernier, donc, se mit au travail, et opta pour le pari (risqué) d’adapter le style de son antique Cord 810 au corps musculeux d’une Corvette de série.
Les premières esquisses firent ressortir une contrainte impérative : Pour conférer à la future auto de rêve une allure « grand siècle » il convenait d’allonger le châssis de la Chevrolet et d’en augmenter assez considérablement l’empattement…ce qui fut fait.

Sur le papier, le résultat paraissait à peu près acceptable, mais c’était sans compter sur le travail bâclé (le mot est faible) de l’atelier de Farmington (Michigan) où une brochette d’amateurs non éclairés s’activa à accoucher de la bête : un ectoplasme grossier, un mauvais rêve sans la moindre finesse !
Cet improbable fantôme au capot-cercueil fut dévoilé au monde incrédule et à nos regards exophtalmés, en l’an de grâce 1979…, les observateurs polis se turent avec componction, d’autres considérèrent l’acquisition de cette chimère « toutenplastoc » comme la plus mauvaise façon d’aborder les années ’80…, les derniers, et les moins respectueux en tous cas, évoquèrent la possibilité de placer rapidement en hospice les vieux designers dès lors qu’ils commencent à « sucrer les fraises »…, pas sympa !

La Buerhig, telle qu’on peut encore l’admirer aujourd’hui, n’est qu’une Corvette 1979 (L82 small block) standard, allongée, affublée d’ailes rétro, d’un capot-cercueil inspiré de la Cord 810 et d’une malle arrière au look des années 30.
Le tout a été exécuté (c’est le mot) en polyester…, la cellule centrale, pare-brise et portières demeurent en tous points semblables à ceux de la Chevrolet d’origine…, à l’intérieur de l’habitacle, il n’a pas été jugé utile d’apporter la moindre modification au modèle de série, tout juste a-t-on ajouté quelques placages de « bois précieux » avec un souci de finition et de finesse dignes d’un atelier tuning de banlieue… et les sièges cuir ont été légèrement modifiés tandis que la bulle arrière a cédé sa place à une custode rétro qui n’améliore pas la visibilité.

C’est tout…, fin de la visite.
Pour le reste, vous êtes juste au volant d’une Corvette de série à l’empattement trop long…, avec une telle offre, on ne s’étonnera pas que la Buerhig, proposée à l’époque, sans le moindre complexe, au prix d’une Rolls Royce Corniche (US$ 130,000.00), n’ait pas vraiment trouvé sa clientèle…, doux euphémisme…, elle ne séduisit en fait que… deux acquéreurs !
Deux !
Ce qui nous porte, en comptant le prototype de présentation (en orange et crème), à une production totale de trois exemplaires !

Le prototype initial (la Burgundy) prenait, depuis 1980, la poussière dans le musée ACD Museum Auburn (Indiana), mais a été nettoyé pour que je puisse réaliser quelques photos…, quant aux deux autres modèles, leur valeur sur le marché des collectionneurs s’établit aux alentours de 25/35,000.00 dollars, une misère pour une auto aussi rare, quand on sait qu’une authentique Cord des années 30 (produite, elle, à plus de 2.500 exemplaires) se négocie à plus de 150.000 dollars.
La 1980 Buehrig Orange et crème de cette chronique (la même combinaison de couleur que la 1930 Duesenburg châssis J-134), a été vendue US$ 25,850.00 par RM Auctions/Sotheby’s lors du « AUBURN FALL 2017 »…, l’heureux (sic !) acquéreur l’a ensuite inscrite à la vente aux enchères de Mecum Auction « Kissimee 2018 » du mercredi 11 janvier (Lot T185.1) avec une estimation de US$ 45/60,000.00…, la Buehrig a « seulement » atteint US$ 35,000.00, soit US$ 10.000.00 de plus en moins d’un an, belle spéculation…, mais comme c’était en dessous de son prix de réserve ( l’ex-acquéreur devenu vendeur était trop gourmand), elle n’a pas été adjugée…, malgré qu’elle n’affiche que 1.300 miles réels depuis 1980…

S’il fallait trouver une moralité à cette triste histoire, alors que Gordon Buerhig nous a quitté en 1990, c’est qu’il ne faut sous aucun prétexte chercher à faire renaitre la légende ni à prolonger un chef-d’œuvre…
L’histoire ne repasse jamais deux fois les mêmes plats, qu’on se le dise…