1968/1973 LMX-Sirex

LMX est l’acronyme de Modern eXecutive Line…, si cela vous semble nébuleux avant même de débuter la lecture de cette chronique consacrée à la LMX-Sirex, sachez qu’un acronyme est un mot formé des initiales, où des éléments initiaux, de plusieurs mots, éventuellement composés…et se prononçant comme un mot normal et non pas « lettre par lettre »

Eh oui…, l’affaire LMX-Sirex (un constructeur automobile italien), a débuté en 1968 avec le modèle LMX-Sirex 2300 HCS, exposé à l’extérieur du Salon Automobile de Turin, parce que ses créateurs/constructeurs étaient fauchés.

Il s’agissait de deux semi-inconnus : Michel Liprandi et Giovanni Mandelli (les semi-inconnus survivent dans une position inconfortable, entre les génies méconnus et les opportunistes connus)… qui sévissaient « gentiment » dans le monde de l’automobile des sixtie’s, qui n’était pas encore le panier de crabes actuel aux mains de carnassiers éphémères et/où de Multinationales de l’exploitation des sardines humaines….

Liprandi, Français de naissance, Italien dans l’Âme, était un auto-professionnel (un autodidacte du monde de l’auto) plus où moins spécialisé dans la fabrication de « choses » en (plastique) fibre de verre, créateur/ propriétaire/ directeur/ employé/ ouvrier de sa société Limaplas, tentant de collaborer avec les principaux constructeurs automobiles pour les pousser à se lancer dans le développement et l’industrialisation de projets de voitures en fibre de verre… qui lui échapperont et deviendront les ASA 1000 GT, Abarth 1300/T « Periscopa » et 2000 SE010…

A la fin des années soixante, il décide de se présenter au monde « à la première personne »… et il change le nom de sa société Limaplas qui devient la société LMX automobile s.r.l. ayant son siège « sociétal » à Milano…, c’est un cheminement « classique », pour les entreprises qui veulent s’installer à Milano, d’autres préférant Sant’Agatha Bolognese où Modena… et dans cette entreprise audacieuse, Signor Liprandi va créer un logo percutant inspiré du mythique « Biscione Sforzesco », mais subtilement modifié en un logo personnel.

Une « énaurme » parenthèse doit ici être ouverte, je la refermerai dans quelques minutes…
Le Biscione (prononciation italienne: [biʃ ˈ ʃo ne]; Milanais: bissa [ˈ bisa], pluriel: « Biscioni « ), également connu sous le nom de « la Vipera » ([ˈ VI); « la vipère »), est un motif héraldique constitué d’un serpent d’argent sur fond d’Azur consommant un être humain « enfantisé » décrit comme étant un Maure ou un Turc Ottoman pour de basses questions politiques…., c’était l’emblème des Visconti de Milan du XIe siècle (donc pas le cinéaste), ayant pris de force le contrôle de la ville en 1277.

Lorsque la famille Visconti s’éteignit au XVe siècle (300 ans plus tard), l’emblème conserva son association avec le Duché de Milano et devint une partie des armoiries de la maison des Sforza, tandis que la présence de motifs « Biscione » en Pologne (Sanok) et en Biélorussie (Pruzhany) est due à la Reine Bona Sforza qui détestait les enants, les Maures et les Turcs Ottoman…

Pour que vous tentiez de comprendre là ou j’ai renoncé…, sachez que le mot « Biscione «  est un augmentatif masculin du féminin italien « Biscia » qui se traduit en français par « serpent non venimeux », c’est à dire selon les populaces de basses extraction, un « serpent d’herbe » (terme corrompu de « bistia », lui-même extrapolé du mot latin « Bestia »).

Comme le symbole de Milan, le Biscione est également utilisé par le club de football Inter Milan… et par le constructeur automobile Alfa Romeo (également connu comme le « Casa Del Biscione », dans une version où une fleur qui devient un trèfle, remplace l’enfant (en raison d’interprétations possibles limite pédophilisantes mais aussi concernant la symbolique raciste des Maures et des Turcs)…, c’est toutefois cet aspect qui a poussé Silvio Berlusconi à utiliser ce symbole pour ses sociétés Mediaset et Fininvest (un « Biscione » stylisé recréé à partir du nombre « 5 » étant également le symbole de la chaine TV « Canale 5 » de Berlusconi)…, un dessin semblable se trouve dans les sceaux du noble Hongrois Nicholas Garay, palatin du roi de Hongrie (1375-1385)… où c’est un serpent couronné qui dévore l’orbe d’un souverain, plutôt qu’un humain…​

Il n’est pas question de déjà fermer la parenthèse ouverte sans vous informer concernant ce « Biscione » que quelques représentations de la divinité hindoue « Matsya » l’utilisent, alors que sa forme est appelée anthropomorphiquement comme ayant une moitié supérieure humanoïde…, sa moitié inférieure étant celle d’un poisson, alors que certaines représentations lui montrent un corps supérieur émergeant de la bouche d’un petit monstre marin.

En finale…, sachez que dans l’art chrétien précoce des catacombes (sic !), le prophète Jonas de l’ancien testament est représenté comme un homme qui est avalé (ou régurgité parce que ses dires étaient indigestes) par un Léviathan semblable à un serpent, créature marine du mythe hébreu.

Je ferme donc (enfin) la parenthèse ouverte il y a une heure pour vous signaler le logo LMX est devenu, par la force des raffinements de Signor Liprandi, semblable à un hippocampe…, mais, ne vous réjouissez pas trop vite…, force m’est, d’ouvrir une seconde parenthèse concernant le terme « Sirex », accolé à celui de LMX…

Nul ne sait la raison réelle de la passion de Signor Liprandi pour le Sirex appelé scientifiquement « Urocerus gigas », c’est une espèce d’insectes hyménoptères de la famille des siricidés, dont la larve ronge le bois en creusant des galeries dans diverses espèces d’arbres, ainsi que dans le bois abattu et dans les charpentes…., il est présent dans toute l’Eurasie tempérée…, la larve, de 20 à 30 mm de long environ est dotée de fortes mandibules ; son corps, pratiquement apode, est blanchâtre et mou, c’est le plus grand insecte xylophage européen, l’imago mesure de 2 à 4 cm…., la femelle est reconnaissable à sa longue et mince tarière ou oviscapte.

L’essaimage des adultes a lieu de la mi-mai à octobre…, ils volent au soleil, les mâles se rassemblent généralement au sommet des arbres tandis que les femelles pondent dans un conifère (fine tarière noire)…, la ponte s’effectuant en plusieurs fois, les œufs disposés en groupes étant introduits à 20-30 mm de profondeur dans l’aubier, à l’aide du long oviscapte que les femelles possèdent sous l’abdomen.

Les larves apparaissent après 3 semaines et s’alimentent dans l’aubier puis dans le bois en creusant une galerie de 10 à 25 cm de longueur et dont le diamètre augmente avec la taille des larves…., après plus de 10 mues, elles se nymphosent au fond de la galerie… et les adultes émergent après avoir foré un court couloir de sortie au travers du bois…., la durée totale de vie est d’au moins 2 ans et peut aller jusqu’à 5 ou 6 ans…., voilà, je ferme ici cette seconde parenthèse…

De savoir (maintenant) toutes ces horreurs, il devient évident que prétendre avoir une « LMX Sirex » peut être à l’origine d’une sorte de dégout horrifié du public, surtout si l’interlocutrice voire l’interlocuteur n’apprécie pas le sacrifice d’enfants Maures et/où Turcs par des Italiens…, ni la vie dissolue de Visconti et de Berlusconi… et surtout pas celle des « Sirex Urocerus Gigas »…

Soyons toutefois indulgents envers les horreurs de la nature et de la vie, en effet dans ce même registre d’horreurs, Adolf Hitler et son grand ami Ferdinand Porsche ont voulu (pour l’un) et créé (pour l’autre), dans un tandem très amical…, la Volkswagen (extramoulée de la Tatra) qui s’est génétiquement muée en Porschette, puis en Porscherie, et qui est maintenant toute aussi adulée qu’Adolf par son peuple imprégné d’idéologie nazie, il y a 80/90 ans, sans que les ligues antisémites s’en offusquent, tout en vouant une haine envers l’écrivain Céline qui n’a tué personne…

Bref…, la LMX-Sirex est agressive, bien sûr en fibre de verre, réalisé autour d’un châssis monopoutre…, avec des inspirations évidentes des solutions créatives et typiques de Lotus, inspiration/copie comprenant bien d’autres choses…, le châssis-poutre de la LMX-Sirex a toutefois été construit « maison » de même que les trains roulants et suspensions…, le tout ainsi obtenu étant apparié avec le vieux (avant l’âge) six-cylindres Ford de 2,3 litres, avec sa boîte manuelle à quatre vitesses…, mais dès 1969, comme le « vieux » bloc V6  3L0 monté sur les antédiluviennes Ford Zodiac a été installé dans les Capri, il était alors également disponible sur les LMX.

L’esthétique de cette « sportivo Milano » n’a eu aucun impact…, ni sur le public, ni dans l’histoire de l’automobile, malgré un semi-long et semi-imposant capot équipé en sa face avant de grandes optiques rectangulaires, l’arrière étant de forme « Fastback ».., la conception s’avérant tout de même être de Franco Scaglione, tandis que l’assemblage était pris en charge par la carrosserie Eurostyle, un autre nom peu connu mais très actif dans le domaine des « Protipazione »…, en fait, la LMX-Sirex, avec son museau sans pare-chocs réel (remplacé par un moulage chromé qui encadrait l’avant sur ses trois faces) et avec sa coupe angulaire, rappelait d’autres prototypes réalisés sur bases Fiat 125 et Volkswagen 914/6.

L’intérieur est de suite apparu comme étant la partie la moins aboutie de cette Berlinetta : le tableau de bord étant massif, avec un profil incurvé certes « moderne façon années ’60 », mais les deux « petits » instruments principaux devant le pilote (vitesse et T/M) et même les instruments secondaires (encore plus petits), logés plus où moins dans le centre, avec peu de témoins lumineux, étaient noyés « dans la masse de l’ordinaire » comme s’ils devaient être à peine remarqués… tout ce « bazar foutraque » donnait l’image désarmante d’une « Posticcia » bon-marché.

La négligence des finitions, la console centrale grotesque meublée avec peu de commandes secondaires, de surcroit « empruntées » de la grande série, avec peu de critère de continuité (des commutateurs d’origine Fiat et Alfa Romeo et un cendrier de Fiat 500)…, faisaient peine à voir et supporter.

Sur la route, la LMX-Sirex (dont le nom interne était LMX HCSC pour éviter les quolibets concernant l’insecte « Sirex Urocerus Gigas »…) donnait/offrait moins que promis où espéré : le Ford V6 2L3 (une mécanique pas très élaborée), ne procurant aucune sensation autre que la claustrophobie de l’habitacle qui pouvait dans certaines circonstances d’ensoleillement, se comparer à un four à pain…

De plus, se faire doubler par des Fiat 126 de puissance équivalente (un peu plus de 100 CV) sans jamais pouvoir atteindre les 200km/h vantés par Signor Liprandi … était bien triste car le châssis avait du potentiel (un petit bloc V8 289ci de Ford Mustang en aurait fait un mythe…, il aurait toutefois fallu repenser l’intérieur)…

Signor Lipprandi a toutefois étudié des solutions qui auraient du être appliquées dès la création de l’engin…, avec l’ajout d’un compresseur volumétrique Costantin sur la version V6 3L0, qui élevait la puissance à 180 CV SAE, remplacé ensuite par un turbocompresseur May-Bosh plus simple qui a permis d’atteindre 210 CV.

Commercialement, les ventes de Sirex n’ont jamais décollé… et la vie du modèle a traîné pendant près de cinq ans avec moins de de 50 spécimens fabriqués et vendus., seulement environ 50% des 50 ont été produits par LMX…

Les autres 50% ont été réalisés par Autotelai, y compris le seul Spider (Sirex-HCSS) présenté en statique à Genève en ’68, et achevé plusieurs années plus tard (en 1973) par la société SAMA’s installée en région Piémontaise (il avait été développé avec le turbocompresseur May-Bosch et avec différents aménagements intérieurs bien mieux que d’origine).

Un grand nombre de LMX-Sirex, dont le cabriolet (unique) ont été vendus en Suisse alors que la société LMX ainsi que la carrosserie Eurostyle étaient tombées « insolvables », et avaient déjà été liquidées les années précédentes…, une triste déconfiture !