Ils se rencontrent, comme par hasard, quoique pas vraiment, au gré de divers shows, de ventes aux enchères et de meeting’s en balades pour n’importe-ou…, au hasard des mouvements de foule, mimant la surprise sur leurs visages irradiés de stupéfaction, affichant à leurs lèvres un faux sourire de complaisance, manipulant leurs émotions à la manière des politiques…
Leur démarche, souvent, s’identifie, sciemment ou non, à celle d’un gang de faux jeunes, vrais futurs vieillards, ce qui constitue un paradoxe. D’où leur vient cette attitude ?

Certains prétendent qu’il s’agit de robots, de clones d’eux-mêmes, protéiformes et parfois lobotomisés d’idées fixes, qu’on leur a introduit par des histoires d’appartenances qui requièrent, dans les cas extrèmes, l’obligation de se vétir de même façon…, lodden vert, blazer beige en pied de poule et cocotte minute avec bijoux cartier et sac Vuitton… si ils et elles sont de la confrérie des « anglaises« , celles d’avant que Jaguar et Aston-Martin deviennent propriété de Tata, l’Hindou…. et Bentley à Volkswagen (la voiture du peuple… appréciez le gag) et Rolls-Royce à Focke-Wulf…, une dévotion sur le retour des genres, en arrière…

Un lodden vert ne peut aimer une américaine, impossible… et un fan’ d’américaines ne s’habillera jamais en lodden vert, non…, santiag’s et franges pour les gammes moyennes…, baroudeur blasé pour les catégories supérieures…
Entre-deux, il n’y a place que pour la teutonisation, pas au point de s’afficher affublé Tyroliens et Tyroliennes, mais c’est du sérieux, souvent avec camouflage, couleur passe-muraille, gris acier, le regard aussi…

Un esprit plus logique, moins enflammé, ne saurait donner foi à de telles rumeurs, (je vous y invite donc)…, mais il apparaît plus qu’indéniable que leurs moeurs, aussi étranges qu’inopportunes, ne s’inscrivent dans nul autre système de pensée ou d’action connu.
Dans ces lieux de concentrations, sans que le double sens soit voulu…, à peine…, ils n’ont d’autres raisons d’être que celle de se rencontrer, comme par hasard, selon les lois mathématiquement démontrables de la foule.
La normalité se caractérisant par son adhérence au plus grand nombre, on peut légitimement s’interroger sur leur appartenance à la dite catégorie.

Tenez, par exemple, par le plus grand des hasards (si, si, croyez-moi)…,, je les ai croisés durant ce dernier week-end, plus précisemment ce samedi passé, à Rétromobile (Paris-Porte de Versailles, 8-17 février 2008, 12,50 euros l’entrée, plus le parking et les extras)… installés tous ensemble sur des sièges pour célébrer et participer, les yeux fixes, pointant droit devant eux, leurs lèvres closes comme leurs porte-feuilles…, à la plus belle et magnifique (extraordinaire aussi…, je passe la pommade et la crème pour me faire bien voir)…. vente aux enchères de voitures extraordinaires et de collection européenne.

Bonhams, avait fait les choses en grand, en énorme, touchant au sublime, en re-créant une vente « à l’américaine » avec les voitures présentées une à une sur une estrade, face au public (médusé)…
A observer le public tétanisé, la foule immobile, les gens droits sur leur siège, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer qu’on allait atteindre une sorte d’orgasme collectif…
Ce fut le cas…
Mes pupilles ont contemplé un spectacle unique en autant de tableaux qu’il n’y avait d’objets d’automobilia et d’automobiles à la vente, une oeuvre orchestrée par le génial Matthieu Lamoure (qui finalisait ici un triomphal retour sur la scène Parisienne des automobiles de collection) et par Marielle Digard une Commissaire-Priseur talentueuse dont la verve présentatice en animation de la vacation, flottait devant les gens en foule, qui dès-lors vivaient cette histoire comme dans un théâtre, dont la pièce, admirablement interprétée, ne leur semblait demeurer visible qu’à eux seuls…, toutes choses subtillement mises en valeur par la sobriété toute britannique de Philippe kantor, naturellement avare d’envolées descriptives…

Lot # 134 1989 Sauber-mercedes Benz C9 Groupe C Jean Louis Schlesser et Jochen Mass
Avant…, il y a plusieurs années…, il y avait une logique, tordue mais cohérente, une sorte d’enchaînement des prix en fonction de critères précis…, on savait toujours quoi penser et ce qu’il y avait à faire.
Maintenant, ici…, plus rien n’a de sens… et, personnellement, je ne sais plus quoi penser de ces enchevètrements de valeurs disparates.
Tous ces gens, là, dans cette vacation, ont leur attention fiévreuse palpable qui leur brûle la peau, à moins que ce n’est le sable du sablier du temps qui passe…, qui envahit l’air.
J’avais un but en venant ici, maintenant je n’en ai plus…, rien, je me contente d’attendre le numéro suivant, le regard éteint et la conscience vidée.
Je perd la Foi en l’automobile….
Il y a pourtant une règle et une seule pour survivre : avoir confiance en soi.
Et je n’ai plus confiance en rien, sauf en moi-même.
Un artiste ne doit jamais douter, sinon il est foutu.
J’ai eu le loisir d’étudier l’absurdité des valeurs…, simple phénomène transitoire et pour tout dire pratiquement imperceptible au moment même, mais qui, je ne sais évidemment pas pourquoi, me parait couler de source : c’est-à-dire les disparités de certaines de ces dites valeurs entre les pays…
Pourquoi tant pour l’une et pas autant pour une autre alors qu’ailleurs c’est l’inverse ?
La réponse me fut donnée par un bouillant personnage en pull gris-bleu, qui, lorsque je lui ai demandé d’immortaliser notre rencontre par une photo numérique, m’a dit : « Ne dévoillez pas mon nom… et je ne peut figurer que devant une Ferrari« …, devant une des quelles il s’est placé…
J’avais alors tout compris…, je suppose que vous aussi…, Jean T…. est un grand philosophe !

Lot # 143 1964 Ferrari 250GT Lusso Berlinetta
Lors de la vente, existe comme un combat entre « ceusses » qui veulent acquérir une automobile…, pourtant, ils ne se font pas face…, les combattants ont le front plissé en un pastiche de front plissé…, regard moite et violent, se fondant l’un dans l’autre… et pas un tressautement de lèvre, pas un clignement de paupières, pas un seul frémissement…, juste un geste imperceptible que doit débusquer la Maîtresse de cérémonie pour faire monter les valeurs.

Lot # 155 1928 Mercedes Benz 26/120/180 S-Type 6.8 Litres à compresseur
Passé quelques instants, secondes plutôt que minutes, lorsque le marteau tombe et qu’on entend « adjugé à deux millions cent mille euros« …, les visages se détournent au même moment, dans une direction identique, vers l’endroit d’ou provennait cette enchère… et au plus elle frise l’incongru en nos périodes de clash’s monétaires…, au plus l’engin ainsi acquis est inutilisable…, au plus le frisson d’une angoisse existentielle mâtinée d’envie, d’idolatrie et de jalousies en répulsions d’amour-haine…, parcours la salle qui exorcise en applaudissements…
Les gens, ensuite, récupèrent leur absorbante rectiligne et flaccide attitude et re-fusionnent avec la masse.

Sa bouche s’est pliée en un semblant de sourire qui se voulait complice et il a hoché la tête.

L’un d’entre eux a fait mine de me reconnaître au fond de mes pensées (celles que je viens d’écrire…), le catalogue de la vacation à la main et une liste de statistiques d’autres résultats de vente dans l’autre (main…, je précise que chaque individu n’a que deux mains)… , les deux s’ordonnant par anticipation dans l’organigramme de son cerveau très vif.

Lot # 123 1948 Cisitalia 202 Nuvolari Mille
Je n’étais qu’à moitié surpris.
L’esprit occupé à ses séries de chiffres et de données n’aide pas à l’exhaltation…
Je lui ai accordé un coup d’oeil entendu, à la lisière du sourire de circonstance…
C’est que mon ami, Xavier (c’est lui, ci-dessus en photo), s’initie aux joies des ventes aux enchères…
Il apprend vite !

Lot # 130 1965 Ford Mustang Shelby GT350
Le hasard des attributions de sièges m’a fait m’installer à coté de Claude Dubois, entre lui et son ami Christian, juste devant le tonitruant Marc Nicolosi qui n’a pu s’empécher, en me reconnaissant d’il y a 30 ans, de me parler de mes anciens magazines Chromes&Flammes…, il faut dire que le premier C&F show s’était tenu à cet exact et même endroit et que ça avait fait grand bruit…
Claude Dubois et moi avons parlé du temps ou il entretenait ma Mustang Shelby GT-350 dans son garage de la rue Vanderkinderen à Bruxelles et particulièrement d’un certain jour ou j’étais là alors que Carroll Shelby en personne était venu discuter des ventes de ses oeuvres, les Shelby GT350 et 500 ainsi que des Cobra 289 et 427 !
Grand moment que d’avoir papoté une demi-heure avec ces deux géants il y a trente années…

Lot # 130 1965 Ford Mustang Shelby GT350
Claude Dubois était ici pour la vente d’une Mustang Shelby GT-350… et ce fut grande émotion… lorsqu’elle ne fut pas vendue, alors qu’une insipide Mercedes 190SL roadster 1962 sans aucun plaisir de conduire (l’exact opposé de la Shelby) était adjugée 70.150 euros !
D’autres « non-gagnants » de cette loterie, affichaient un sourire biaiseux et un mutisme obstiné, rien de plus, sinon un échange de regards vides de sens, en cause de la non-vente de leurs voitures.

Lot # 149 1927 Salmson Grand Prix
Le public, vers les 2/3 de l’épreuve… (75 voitures présentées c’est beaucoup) était fatigué, tout autant que la Commissaire-Priseur (peut-on dire/écrire : Commissaire-Priseuse…, à moins que ce ne soit simplement Huissière…, je ne sais ?), qui parfois semblait lasse… et en conséquence peu ont résistés à plus de 4 heures de vacation ininterrompue…
La Commissaire-Priseur a toutefois eu quelques envolées lyriques et une renaissance a été perçue chez-elle lorsque quelques voitures ont retrouvé des candidats acquéreurs…
Pourquoi se priver ?

Lot # 162 1936 Mercedes Benz 500K Cabriolet A  Carrosserie Sindelfingen
Derrière le rideau usé, j’entendais des murmures, une rumeur s’élèvait, c’était le clou de la vente aux dire de Matthieu Lamoure.
La foule était en haleine…, le cœur battant…,  la tension était au plus haut…, les murmures impressionnés…
Raz de marée d’applaudissements.
Une sarabande d’images a défilé devant les yeux sous forme d’un film à la gloire du peintre Mathieu et de sa prestigieuse Mercedes 500K.
Les ventes aux enchères sont une course contre le temps, et rien ne saurait l’arrêter.
Ne pas s’évanouir, ne pas flancher.
Garder la tête haute, car c’est à ce moment-là qu’apparait l’appréhension, cette humeur traîtresse qui paralyse et ankylose les pensées.

Lot # 104 1962 Chevrolet Corvette Roadster 
Avant chaque voiture présentée, elle s’insinue comme un parasite le long des veines, elle enveloppe les muscles et vide de toute intention et attention…
Elle rend chacun ombre de lui-même, automate sans vie, jeté dans l’arène d’un spectacle dont on ne voit plus ni le faste ni les attraits, réduisant à néant toutes les certitudes, brûlant le mode d’emploi et la table des valeurs, mélangeant la fiole des vices et des vertus, unifiant même les couleurs.
Pendant les quatre heures de la vacation, une malsaine impatience s’est progressivement substituée à mes craintes antérieures qui se sont justifiées… et lors des quelques regards fugaces avec mon ami d’alors Xavier, très interessé à en connaître plus sur l’opportunité des ventes aux enchères, je n’ai pu que m’étonner de nos réactions mimétiques….

Lot # 157 1965 Chevrolet Corvette Sting Ray Convertible 
Après vacation ou on n’a su dire « au revoir » à quiconque, tellement tout le monde, même ceux qui ne le sont pas, étaient pressés de ne rien commenter, puisque rien n’est commentable dans une sorte de loterie des valeurs et intérèts…, nous sommes rentrés, sans attendre…, sans même jouer de la voix pour commander un verre quelque-part d’autre… et aucun d’entre nous n’a pris sur lui de commenter vraiment cette vacation.
Nos yeux se sont portés au loin… et, il fut, somme toute, aisé de les maintenir ainsi, comme coincés dans un tunnel transparent, sans rien au bout.
Que voyaient-ils ?
Se posaient-ils les mêmes questions ?
Puis, arrivé à destination, lorsque s’achèvait notre si curieuse réunion roulante en retour… (quel autre terme employer ?)…, dans une gestuelle remarquable par son insolente synchronie… et d’un commun accord, quoique guère plus que tacite…, nous nous sommes séparés d’un simple signe de tête empâté…
Il était presque deux heures du matin, le sommeil serait réparateur !
En sortant de mon lit, ce dimanche matin, j’ai pris garde d’éviter les pensées négatives que je fréquente habituellement… et, pourfendant, anonyme, l’air de mon chez-moi, je me suis servi un double café pour ne pas attirer leur présence.
Ensuite j’ai cliqué sur le « On » de ma tour d’ordinateur…

Bonhams au salon Rétromobile
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