« L’aventure suprême dans sa dimension totale ! »…

Tel est le slogan que devait titrer une pub Russe en 3D au seul profit (aléatoire), non en faveur de l’Audi TT, mais du créatif ayant imaginé cette joyeuse aventure…, qui n’avait de « suprême » que l’effort déployé par les nananas lubriques, pour tirer cette Audi TT avec des cordes…, la dimension « totale », elle, n’étant que de l’esbroufe !

Ce procédé « à la mode » ne perdura que peu de temps mais fut néanmoins assez éloquent pour marquer les esprits et donner envie à certains de profiter du concept pour dépoussiérer des franchises (« Freddy », « Jason » et « Jaws » par exemple) par l’exploitation de la 3D…, engouement passager, car il faut reconnaître que le résultat technique n’était pas folichon (il faut plus parler en terme de « relief » que de réelle 3D) et que le système n’était absolument pas prévu pour l’exploitation vidéo, les effets visuels donnant de plus, des maux de tête insupportables.

A l’heure où James Cameron a mis tout le monde d’accord sur l’effet d’une réelle « troisième dimension » avec « Avatar »… et où Hollywood l’utilise à tout bout de champs pour justifier l’inflation du ticket de cinéma…, il faut rappeler que la quête de la 3D au cinéma ne date pas des années 2000…, mais quasiment du début de l’histoire du cinéma, au début des années 1900…, après différents procédés développés au cours du temps, ne marquant que très peu l’histoire du cinéma en trois dimensions en définitive, est apparu dans les années ’80 le système de Stéreovision…, un procédé qui consistait à projeter deux images superposées diffusées par le biais d’une focale anamorphique, ce qui permettait une stabilité de l’image et du son…, ainsi, pour voir héros et héroïnes en 3D il fallait aller au ciné et profiter du spectacle grâce à des lunettes en cartons ridicules…, quoiqu’heureusement (pour vous), la mode vestimentaire des années ’80 éclipsait ce dernier aspect.

Ayant avec lui un scénario original (honteusement pompé sur « Les Aventuriers de l’Arche Perdue »), il se dit qu’avec son projet nommé « Le Trésor des Quatre Couronnes »… et le soutien financier de la Cannon, il allait tout défoncer sur son passage…, il ne pouvait pas se planter…, mais sachez sans devoir lire plus loin (si vous avez déjà envie de passer à autre chose) que ses effets 3D prestigieux dans un film miséreux vont le précipiter dans une Nième dimension…

C’est ainsi que, dans le marasme ambiant d’un cinéma cherchant un nouveau moyen de rentabiliser les salles, survint Tony Anthony, un acteur de western italien typique, versé dans la co-production et la réalisation de films de cow-boys en 3D : un regard d’acier, une démarche lente, une présence qui peut remplir une pièce à elle seule…, ce lascar, après avoir engendré un western (en relief), décida de continuer l’aventure 3D avec un film qui serait spécialement dédié à sa gloire.

Youri Alevanovitch autre aventurier des temps modernes, le genre à chercher des trésors cachés dans les coins les plus dangereux du monde, un peu comme le Dr Jones mais les études d’archéologie (et de sport) en moins…, le Harison Ford Russe version Hard Discount, cherchant fortune à Hollywood…, va croiser la route de Tony Anthony au hasard d’une tentative de masturbation publique involontaire en sortant d’une Party orgiaque dans un bar lépreux de Venice… et ces deux branleurs vont se lier d’intérêts communs…

Mais voilà : si Harrison Ford possède une allure virile, un visage de baroudeur aux yeux perçant et arbore la chemise déchirée comme une pin-up les porte-jarretelles, ce n’est pas le cas de notre Youri Alevanovitch…, c’est plutôt Droopy avec une parka rouge qui le fait ressembler au bonhomme Michelin roulé dans de la terre battue, décidant avec l’agilité digne d’une brouette de se prendre pour le gagnant de Koh-lanta…, ses rêves de devenir « LA » star Hollywoodienne montante, vont s’évanouir…, mais grâce à l’amitié naissante (et turgescente) entre Tony et Youri…, Anthony va faire comprendre à Alevanovitch que son don d’érections sauvages ne le mènera pas à prester DEVANT, mais DERRIERE… les caméras… et que la 3D devrait être l’avenir du cinéma Russe !

De retour en Russie, notre aventurier va tenter de prouver tout son talent en mettant au point la première scène d’introduction anale en 3D, déclenchant l’ire de Vladimir Poutine en personne qui exècre les homosexuels et le cinéma déviant…, affirmant dans un discours que Youri Alevanovitch en qui l’industrie cinématographique Russe avait placé de grands espoirs, agissait comme un aveugle courant nu dans un champ de mines anti-personnel…

Se prendre une telle flèche dans le cul, sera pour lui comme recevoir une clef qui ouvre un compartiment secret dans une boîte magique…, je vous passerai, par bonté d’âme, les détails de ce récit pour une raison évidente : il faut être un homosexuel russe pour comprendre ce qui peut-être sous-entendu…, ce que personne n’a jamais vraiment montré en réalité (dans des films).

Coup de bol, le Gourou d’une secte convertie en agence publicitaire à Moscou, passant le plus clair de son temps à se taper des femmes consentantes (ou non) tout en se payant des voitures de luxe, ayant eu vent des frasques de Youri Alevanovitch, va lui proposer de réaliser un film publicitaire pour la nouvelle Audi TT…, la mission qui lui est confiée est alors simple : créer un court métrage délirant en 3D destiné aux salles de cinéma, qui donne envie d’acheter une Audi TT

Ni une, ni deux, Youri Alevanovitch compose alors une équipe cinématographique en compagnie d’anciens compagnons d’infortune et d’anciennes amies de débauches diverses… et échafaude un scénario rocambolesque ou des filles dénudées tirent une Audi TT avec des cordes dans un parking abandonné (il me faut d’ailleurs mentionner, dans la mauvaise foi la plus vile, que le plan d’attaque, consistait à atteindre un point B venant d’un point A sans que la voiture ne touche le sol, une scène copiée sans vergogne d’un film de Brian De Palma : « Mission Impossible »)…

Cette Agence (de putes) tous risques parviendra-t-elle à ses fins ? Verra-t-on un plan nichon en 3D ? Pourquoi le système de vue en relief est-il si omniprésent, alors que le scénario lui, manque de profondeur ? Tant de questions auxquelles je ne répondrai pas, sauf à la dernière (la douleur, c’est moche)…, car pour être honnête, niveau relief, si ce court métrage a fourni ce qu’il promettait : de la 3D à foison…, c’est surtout parce que cela procurait à Youri Alevanovitch un prétexte pour filmer les filles en gros plans et en contre-plongée…, gros plans nécessaires pour profiter de l’effet « profondeur » dans sa totalité.

Ainsi, si vous aviez vu le film au cinéma, comme moi, vous auriez eu le privilège de voir en gros plan (et en contre-plongée) diverses choses de la vie courante telles que : fesses, anus, clitoris, seins, tétons, des cordes, un serpent en plâtre, un oiseau en plastique, un chien qui saute une chienne qui aboie, un type qui court nu en érection, des lambeaux de tissu, une main de squelette, une épée, des ustensiles de cuisine (une marmite je crois), un jet d’eau, une porte de frigo, des casseroles, une plume, une main, une main qui tient une plume, un transpondeur, des sangles, un pied, une paire de ciseaux, un cierge, un brasero, un couteau, des tambourins, un chalumeau, des jets de flammes, une Audi TT rouge (tirée par des cordes) et des trucs qui crépitent dans différentes gerbes… de couleurs.

Si on peut comprendre que ce film a comblé de bonheur masturbatoire les plus myopes branleurs Russes (de Moscou)…, pour les autres on frisait l’overdose…, comme l’adage du film porno consistant à dire que les gens veulent du cul et pas d’histoire, je suppute que l’importateur Audi pour la Russie s’est dit la même chose, pensant que les jeunes Russes capables d’acheter (ou de voler) une Audi TT, voulaient de la 3D excitante, mais pas un tel scénario !

Car l’histoire se décompose finalement en trois parties simples, à la limite des trois actes d’une pièce de théâtre : l’introduction sans dialogue d’objets divers…, puis la partie ou l’équipe de tractrices femelles aux bras cassés tirent sur la corde… et enfin l’orgasme ultime au final…, on ne peut alors que rire devant ce scénario digne d’une arnaque post-Stalinienne où les références sexuelles analytiques (pour ne pas employer un autre mot juridiquement répréhensible) sont légions…, dans un élan de générosité je gratifierai même ce court métrage de « foutage de gueule ».

Même la musique plagiée d’Ennio Morricone (pompée sans droits d’auteur), jouée par une fanfare locale… n’aidait pas, finalement, à comprendre comment on peut recomposer une musique académique pour un film anémique…, tout cela n’arrivant pas à sauver les meubles…, surtout lors des dernières minutes complètement dingues du film qui rendraient à elles seules crédible un long-métrage de Michael Bay.

Et par charité, face à ce court métrage prônant véritablement la forme sur le fond, je n’ai pu que mesurer, hilare, les tentatives perdues de la réalisation pour montrer un tant soit peu d’aventures épiques durant les 20 mètres de « tractations »…, c’était à la fois raté et bâclé, reposant entièrement sur un gimmick complètement inutile, le genre de film qui n’est pas plus achevé que les histoires imaginaires que vous viviez avec vos amis à 11 ans quand vous espériez voir à quoi ressemble une femme sans ses vêtements dans le jardin (et encore, la théière en faïence de votre papy enterrée à coté du cerisier était réellement en 3D, elle).

Aussi bien, sur son site-web aujourd’hui mystérieusement disparu, que lors de diverses interviews, la carrière cinématrographique de Youri Alevanovitch, n’a pas réellement été passée au crible et il est plutôt compliqué de trouver des informations sur lui, surtout après que la direction mondiale d’Audi à cherché à lui faire payer des dommages et intérèts…, néanmoins, sur sa vie personnelle, on peut toujours dire qu’il est né le 29 février 1954 à Sébastopol…, il déménagera très vite à Moscou où il passera toute son enfance et va s’y gargariser de films à la gloire de l’Union Soviétique.

Sa passion ne s’arrêtera pas là car il va également affectionner des films d’horreurs, des bandes dessinées horrifiques et aussi des navets érotiques, il n’est donc pas étonnant que, lorsque le moment fut venu pour lui d’entrer dans le monde professionnel, il se soit alors dirigé alors le cinéma…, dans un premier temps, il avait l’intention de travailler dans les effets-spéciaux ou les maquillages afin de pouvoir être à même de recréer ces monstres qui avaient bercé son enfance…., mais sans aucun réseau et très peu d’expérience, il va vite comprendre que cette branche ne serait jamais suffisante pour exercer un métier qui subviendrait à tous ses besoins, il va se lancer dans la réalisation…, mais là encore, n’ayant jamais réellement appris à faire un film… il va vivre divers ratages qui vont l’obliger à hypothéquer le peu de biens qu’il possédait…, il va alors, par hasard, acheter un livre qui pourrait être apparenté à « la réalisation pour les nuls »… et une caméra Super-8 pas vraiment de première jeunesse… et va se lancer dans le tournage de son premier film consacré à sa jeune cousine.

A en juger les témoignages, « Ma cousine » ressemblait plus à un film expérimental, un coup d’essai qui va lui faire comprendre que l’Union Soviétique n’est pas l’Etat idéal pour tourner des films de ce style…. et que s’il y a un endroit où l’on pourrait reconnaître son talent, c’est en Californie…, c’est bel et bien à Venice-Californie que Youri ayant réussi à s’enfuir aux USA via la Suède après un périple de 4 jours en barque à rames…, va connaître ses premières émotions homosexuelles avec un groupe d’étudiants qui procèdent à des jeux pervers entre-eux…, toujours est-il que c’est après, qu’il va devenir un véritable stakhanoviste du cinéma d’art pornographique… et va alors jouer à fond la carte de l’exploitation humaine, l’annonçant clairement, il fait des films pour gagner de l’argent, point barre…, il ajoute même que lorsque l’on entreprend une carrière dans le film à petit budget, il ne faut pas trop se soucier de ce qu’on appelle l’art…, il faut vendre et c’est tout.

Pour un total de 2.987 Roubles, Youri va parvenir à financer son film, pour un résultat des plus étranges, ce court-métrage d’une durée de 15 minutes, va être considéré, pour le peu de personne qui l’ont vu, comme l’un des pires films pornographiques de tous les temps…, il est en noir et blanc, certaines scènes sont silencieuses et sont tournées dans des pièces où il n’y a aucun mobilier… et la trame de ce film est racontée par lui en tant que narrateur-violeur de sa cousine (abusée en tous sens dans quelques scènes de tortures perverses au moyen d’une louche à potage et en présence d’un ours en peluche)… et non pas par des dialogues entre personnages.

Il va alors comparer son métier avec celui d’un pâtissier…, pour lui, un pâtissier ne doit pas vendre le gâteau qu’il adore manger mais le gâteau que les gens veulent manger…, si un pâtissier prend du temps à confectionner un gâteau en y ajoutant des ingrédients chers, même si le résultat est délicieux, cela ne servira pas à grand chose s’il n’en vend aucun…, il faudrait pour cela qu’il fasse toute une campagne de pub autour de son gâteau mais cela coûtera encore plus cher pour un résultat non garanti…, alors que s’il se contente de faire des pains au chocolat, il a au moins l’assurance d’en vendre une centaine chaque matin…, c’est un peu comme ça que Youri Alevanovitch résume sa carrière : vendre des films que les gens sont susceptibles d’avoir envie de voir pour se branler avant d’aller dormir : une niche !.

Il serait extrêmement rébarbatif et ennuyeux de décrire un à un les 135 court-métrages qu’il a réalisé, cependant, on peut en dégager des thèmes importants afin de mieux connaître sa carrière, surtout lorsqu’il va donner une nouvelle orientation à celle-ci et tourner alors son premier véritable rip-off (ou « plagiat de salaupiaud » en français)…, certes, ses premiers films étaient indubitablement influencés par ses passions masturbatoires de jeunesse, néanmoins, on pouvait y trouver une certaine créativité…, sauf que pourquoi perdre du temps à écrire un scénario novateur et original alors qu’il suffit de pomper (c’est un double-sens) ce qui a déjà marché ?

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Youri Alevanovitch va alors rencontrer Tony Anthony dans les circonstances narrées (sans enthousiasme) en ce début d’article… et ce qui va en sortir (sic !), outre de vouloir ne plus tourner qu’en 3D avec le matériel récupéré à prix d’ami auprès de Tony Anthony…, c’est une façon systématique de préparer ses castings féminins…, quand on lui demandait quel était le meilleur effet spécial qu’il pouvait réaliser dans un film, il répondait que c’était d’enlever le haut de ses actrices…. que ça ne coûtait rien, que ça marchait à chaque fois et que jamais personne ne s’en plaignait.

S’il a fait se construire un véritable réseau d’actrices en engageant souvent les pires scream queens, il n’hésitera pas à recruter des playmates ratées, des actrices de bas de gamme de films érotiques médiocres ou mêmes des actrices pornographiques, voire des prostituées de rue pour ses films…, ainsi, va-t-il devenir un vrai maniaque du plan nichon et autres scènes de nus…, il va alors décider de tenter une nouvelle aventure dans le film érotique Russe, après tout, avec son réseau d’actrices et sa filmographie déjà existante, c’était bien le diable dans sa tête s’il n’arrivait pas à s’imposer dans le genre…, pardonnez moi l’expression mais Youri Alevanovitch va réussir à se faire un trou dans le milieu du film softcore…

Et c’est la fameuse et fumeuse scène en 3D d’introductions anales… qui lui permettra d’obtenir une commande pour la réalisation d’un film publicitaire pour Audi-Russie (en 3D)…, certes, son nom sera sûrement oublié des années après sa disparition, ses court-métrages n’ont, pour la plupart, que peu d’intérêt, cependant, peut-on blâmer un homme qui a filmé plus de nichons et plans-culs que certains pornographes de renom ?
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