Autos tamponneuses…

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À force de penser, puis d’écrire mes pensées… et d’y penser pour penser les réécrire…, le temps me rattrape et tourne en boucle, me greffant une trotteuse à la place du coeur qui est mon centre d’inertie.
Le monde voudrait que chacun bouge, dans le bon sens si possible, pour que chacun devienne un quelqu’un d’autre de plus que les autres…, histoire de ne rester personne !

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Bien souvent, les municipalités laissent s’installer les manèges devant leurs commerces locaux, ce qui revient à mélanger les loisirs et la culture de l’argent, installer un manège d’autos-tamponneuses à proximité d’une école ou d’un centre commercial revient à inciter les bas revenus à s’enfoncer dans le désespoir…, ce n’est pas acceptable…, pourtant…, jouer à des jeux, certes futiles, permet d’évacuer la violence naturelle qui habite les populations et désamorce le risque de contestation d’un réel consensus.

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L’auto-tamponneuse provoque les rires des grands et des petits conducteurs qui ne maîtrisent pas leurs trajectoires, elle tire son énergie d’une tige d’alimentation placée généralement à l’arrière du véhicule et qui la relie à une grille métallique d’alimentation électrique installée au-dessus de la piste.

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Reverchon…
Entre l’univers féerique des parcs d’attractions et l’histoire de Reverchon, un point commun subjectif et une différence fondamentale.
Plus de 70 ans d’existence, un modeste atelier devenu entreprise internationale, trois générations se succédant qui, loin de saper le travail de la précédente le fait fructifier par son dynamisme et son goût pour l’innovation…
Un point commun : les deux font rêver.
Une différence : la success story du constructeur français est, elle, bel et bien réelle.

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Quand, en 1915, il débarque à Paris, Gaston Reverchon n’a que 14 ans, il travaille alors chez Renault puis Binder, firme vouée à la réparation d’automobiles de luxe, telles que Bentley ou Rolls Royce… et puisque toute belle histoire a sa part de rencontres miraculeuses, de coups de pouce inattendus du destin, relevons ceci : parmi les amoureux de l’automobile qui constituaient alors la clientèle de Gaston Reverchon, Marcel Boussac, n’était pas le moins célèbre… et le chauffeur du prince du textile était quant à lui amoureux des fêtes foraines…

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Il va glisser à l’oreille de Gaston une idée qui s’avèrera géniale : pourquoi ne pas destiner sa production de grilles de radiateurs, de pare-chocs et autres phares, à l’équipement d’autos-tamponneuses ?
Douze ans plus tard et fort de l’expérience acquise, Gaston se met à son compte et se spécialise dans la fabrication de pièces détachées d’automobiles de grand standing.

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Quand, en 1929, la première auto-tamponneuse Reverchon, métallique et, surtout, inspirée des voitures américaines de l’époque, est mise en vente, le succès est immédiat, pourtant, à l’époque, les auto-tamponneuses ne sont rien d’autre qu’un volant et un siège fixés à une planche de bois montée sur roues.

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Le modeste atelier de Gaston Reverchon grandit à mesure que la vente de ses petits bolides augmente…, dès l’avant-guerre, Gaston a l’idée de produire non plus un élément d’attraction mais une attraction complète : en 1937 naît le Télécombat, un manège de petits avions militaires…., mais ceux qui se préparent à entrer en action quelques mois plus tard sont autrement moins pacifiques : la Seconde Guerre Mondiale met l’activité de Reverchon en sommeil.

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A la Libération, les gens ont soif de distractions, Gaston Reverchon va leur en vendre, il faut ici rendre un hommage à l’armée de l’Air française de n’avoir pas donné satisfaction au jeune ingénieur qu’il était…, il mettra donc ses talents au service de l’industrie de l’attraction, sa formation de technicien lui permettant toutes les audaces en termes d’innovations.

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Les enfants de Gaston sont alors en âge de l’épauler, Michel poursuit et développe la production d’auto-tamponneuses (les 1ères voitures en polyfibre en 1957) et Christian améliore des manèges créés par Gaston, tels que le Télécombat ou le Bobsleigh et lance, en 1955, le premier pavillon d’auto-tamponneuses métallique.
Les produits existants sont améliorés, développés, de nouveaux manèges sont créés, et les ventes, qui se portent de mieux en mieux, traversent les frontières hexagonales dès les années 50.

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Cette décennie et la suivante apparaissent comme un âge d’or pour Reverchon…, en 1971, l’entreprise emploie quelque 270 personnes… et cette année-là, Christian Reverchon présente à Chicago, ses deux dernières nouveautés, Himalaya et Paratrooper, deux manèges à révolution.

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Arrêtons-nous un peu sur l’année 1973…, cette année-là, l’idée est de confronter les produits Reverchon à ses concurrents internationaux, disons plus modestement, à les situer sur le marché mondial…, le public américain apprécie leur « fun » et tombe sous le charme de leur esthétique…, mais l’enthousiasme retombe quand Christian s’enquiert des temps de montage et de démontage des attractions : 3 jours de travail pour 3 personnes…

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Pour une attraction américaine du même type, avec une main d’œuvre équivalente, 5 heures suffisent !
L’épisode Chicagolais va s’avérer significatif à bien des titres…, d’une part, il constitue les premiers signes d’une volonté d’internationalisation hors-Europe de l’entreprise, d’autre part par ce qu’il renseigne effectivement sur le positionnement de ses produits, ses atouts (l’esthétique notamment), comme son point faible, en premier lieu, son temps d’assemblage et de démontage.

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Christian Reverchon apprend vite et retient bien…, cette étape est importante car ce type d’attraction va devenir un produit-phare de Reverchon (depuis, une centaine d’entre elles ont été vendues à travers le monde).
En 1976, Reverchon produit son premier Flume ride (comprendre : une série de wagons, souvent en forme de bûche, parcourant un circuit sur l’eau) pour le parc de Bagatelle.

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Le deuxième produit promis à un bel avenir, apparaît deux ans plus tard, il est aussi une preuve édifiante que la leçon américaine a été prise en compte ; il s’agit du lancement, en 1978, du premier pavillon d’auto-tamponneuses à montage hydraulique…., avant ce système, la mise en place d’un tel dispositif nécessitait deux jours de travail pour 6 personnes parcourant chacune une quinzaine de kilomètres par jour pour effectuer l’ensemble des opérations…, désormais le seul propriétaire du pavillon peut s’en sortir seul : une révolution…, grâce à cette invention Reverchon assure son succès ; ces pavillons d’une nouvelle génération représentent alors 70% de sa production.

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En 1982, l’histoire va encore s’accélérer : Gaston Reverchon meurt.
Cette 2e moitié des années 70 fait entrer Reverchon dans l’ère de sa modernité en ce sens que deux de ses produits-phares sont créés…, ses deux fils, Michel et Christian, étaient depuis déjà bien longtemps aux commandes mais la disparition du patriarche porte en elle le symbole de temps nouveaux, car le début des années 80, c’est aussi le développement massif des parcs d’attractions.

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Ainsi, la part de la production destinée aux forains itinérants entame-t-elle une décrue irréversible au profit des parcs, désormais, l’ensemble de la production Reverchon se déclinera en version fixe et en version transportable, car les forains pèsent entre 30 et 40% de la clientèle de l’entreprise.

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En 1990, Reverchon Industries se divise en deux firmes séparées…, la production historique et fondatrice des auto-tamponneuses revient à Reverchon International Design, dirigée par Michel puis par son fils Philippe…, Reverchon Industries France (RIF) conservant le reste de la production, sous la tutelle de Christian, bientôt remplacé par son fils Gilles.

 

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A peine a-t-il pris les rênes de RIF que Gilles lance la production de ce 1er roller coaster Reverchon…, son originalité tient au fait que les wagons, transportant généralement 4 personnes sur une rangée, exercent une rotation complète de 360°…, mais ce n’est qu’en 1996 que, pour cette attraction, l’étape décisive est franchie : le Spinning Coaster est conçu.

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Dès la mise en place du premier modèle, Gilles Reverchon comprend qu’il tient là un produit promis à un grand avenir…, le premier client est l’espagnol Miguel Angel Bañuls Lopez à la la Feria de Cordoba, où il installe pour la première fois le Spinning Coaster…, pour satisfaire la demande, l’attraction reste la seule ouverte de la Feria jusqu’à… 6 heures du matin…, en huit jours de Feria, 77.000 personnes l’ont essayé… et dès 1999, une vingtaine de ces Spinning Coasters sont vendus à travers le monde.

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Ensuite, le nouveau produit développé par Reverchon est un autre roller-coaster, le Gliding coaster, un grand huit suspendu.
Ce sont ces 4 produits : Flume ride, Spinning coaster, Gliding coaster et, dans une moindre mesure, les pavillons d’auto-tamponneuses (ne représentant plus que 10% de la production), que l’entreprise s’applique à développer…

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Pas moins de 6 ingénieurs travaillent à la conception de ces manèges, les adaptant au gré des demandes des clients, en termes de design bien sûr mais aussi en termes de sécurité…, le design, la qualité et la sécurité de ces attractions sur lesquelles l’entreprise concentre ses efforts sont au centre de ses préoccupations…, chaque produit est également décliné en plusieurs versions : dimensions variables, manège démontable ou fixe : « Avec Reverchon, t’en as pour ton pognon », comme le disent si souvent, dans leur langage fleuri, les forains, débouchés originels de l’entreprise.

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Gaston Reverchon Industries était devenu une holding regroupant Reverchon Industries France, Reverchon USA (pour toute l’Amérique du Nord)… et, depuis un rachat effectué en mai 2001 : Hopkins Rides, une entreprise américaine spécialisée dans le « demi-sec » (les attractions à base d’eau, type Flume ride)…, c’était aussi 120.000 tonnes d’acier utilisé depuis 1927 pour produire quelque 3.000 attractions vendues dans 65 pays répartis sur 4 continents…, c’est enfin un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros.

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Est-ce son caractère familial qui rendait Reverchon si modeste, car l’entreprise parlait de ses attractions, comme de beaux et bons manèges, aux prix raisonnables (de 500.000 à 3 millions d’euros), accessibles à toute la famille, incontournables pour les parcs de taille moyenne (de 350.000 à 1,5 millions d’entrées) ?

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Deux Spinning Coasters Reverchon vont être vendus à des parcs Disney américains, on croit que « les carottes sont cuites », que la fortune éternelle est à portée de mains…, mais, les liquidités manquent, les clients payent mal…, l’année 2002 va être difficile pour l’entreprise qui a subi les répercussions du 11 septembre 2001.., des licenciements ont dû être effectués… et en octobre 2002, l’entreprise est placée une première fois en liquidation judiciaire.

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6 années vont passer, mais la situation ne va faire qu’empirer…, d’autant plus qu’en 2005, à la suite d’un accident mortel dans le parc Lightwater Valley sur un Spinning Coaster nommé Tree Top Twister, la firme a été amenée devant les tribunaux…, manque de liquidité, clients mauvais payeurs, frais de procès et indemnités gargantuesque à payer en condamnation…, c’est fini…, le 25 mars 2008, l’entreprise est en liquidation totale et fait faillite…

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Reverchon International Design a cessé toute activité… et peu après, la société Reverchon Industrie France est radiée dle 26 octobre 2009 et cesse d’existe (il est à noter que l’ex-centrale d’achat de Reverchon International Design, la société Dodgem Parts for Reverchon (D.P.R.) a servi d’échappatoire à Isabelle et Philippe Reverchon qui a été créée pour se consacrer à la réalisation d’auto tamponneuses et de pièces détachées pour tout ce que Reverchon avait fabriqué…, en 2011, un nouveau modèle d’auto-tamponneuse à même vu le jour : la I-Car…, l’entreprise est située à Saint-Agnan, en Bourgogne, France)…

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Passons à autre chose…
Tom Wright est un homme qui préfère les bonnes choses de la vie, aux mauvaises choses… et est passionné par les autos-tamponneuses Reverchon depuis plus de quarante ans…, il s’est mis en tête de créer des autos-tamponneuses pouvant circuler partout… et a monté une carrosserie Reverchon sur un châssis « maison », motorisé par un 125cc Honda…, il a ensuite décidé de pousser plus avant… et a greffé un moteur Harley-Davidson Sportster 1200 V-Twin sur un autre châssis « maison ».

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Maintenant Tom est le propriétaire de la plus grande collection au monde d’autos-tamponneuses routières, à savoir neuf spécimens qui sont logés dans un grand garage attenant à sa maison située sur la côte ouest des Etats-Unis, ou j’ai eu le plaisir de papoter avec lui…

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– L’espace urbain est au bord de la crise de sauvagerie pour de banales histoires de signalisations débiles à respecter, de priorité dans la vie, de piétons piétinés et de doses de caféine coupée à l’eau tiède.
– Comme quoi, le bruit c’est la vie.
– Non, le bruit, c’est l’ennui ! Je prierais presque pour un acouphène, mais mon amour pour la musique m’en empêche et puis la bande originale du dehors reprend le dessus sur mon esprit. Au final je pourrais me jeter par la fenêtre pour repeindre comme il se doit la grise mine de la rue, mais je crois encore trop au double vitrage pour cela. J’aurais voulu déjeuner en paix et me perdre définitivement dans une sieste, plutôt que me faire chier, par tous les moyens possible quitte à faire de l’absurde un projet de société sur mesure pour une impossible mission !

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– Qui ne serait pas prêt à mourir de fatigue pour un pareil suicide assisté ?
– Personne !
– À la chaîne, à la queue, à la ronde, à l’unanimité l’humanité s’empale corps et âme dans la plus vieille escroquerie du monde, celle-ci n’ayant pas la dignité du plus vieux métier du monde d’ailleurs. Certains ont l’instruction nécessaire, d’autres l’expérience indispensable, mais tous, tôt ou tard, s’agenouilleront pour leur salut ou un troisième mois. Personne ne m’empêchera de goûter comme il se doit ! De bouchées sucrées et onctueuses en gorgées acides et pulpeuses, je construis mes autos-tamponneuses.
– Et ?
– Quoi ET ? C’est tout, y a rien d’autre à dire…

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Il ne me reste alors qu’à me ravaler la façade comme un bon cannibale, en attendant le dîner pour fermer la porte une fois pour toute sur ce genre de journée morte en vain, pour rien.

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À force de penser, puis d’écrire mes pensées… et d’y penser pour penser les re-écrire…, le temps me rattrape et tourne en boucle, me greffant une trotteuse à la place du cœur qui est mon centre d’inertie…, le monde voudrait que chacun bouge, dans le bon sens si possible, pour que chacun devienne un quelqu’un d’autre de plus que les autres…, histoire de ne rester personne !