Balade en Rolls-Royce Dawn Edition Saint-Tropez, dans cette merveilleuse contrée qu’est le Var…

En cette merveilleuse contrée qu’est le Var (en plein sud-France, en bordure de Méditerranée), durant l’essai d’une magnifique et somptueuse Rolls Royce Dawn Edition Spéciale Saint-Tropez (si, si, c’est 100% vrai et réel), n’ayant pas même encore eu le temps et la ressource de la photographier pour l’afficher en première page et en reportage dans mon magazine « Chromes&Flammes » qui reparait fin 2018…, au bout de trois heures d’une route brûlante, je tombe en panne d’essence…, et, en panne des sens également…, je me masque toute irresponsabilité en m’affirmant à mon moi-même (qui n’en croit rien)…, que c’est la faute d’un réservoir trop petit et d’une consommation de dragster…
La route longe la mer, s’en écartant brusquement pour aller chercher l’ombre d’un des rares palmiers de la région et d’arbres aux troncs biscornus (comme les articles de divers journaleux)… et s’y ajoutent des affaissements de terrain, des mares sans eau, toute une faune d’insectes jacasseurs… et puis le ciel à la fois décoloré et lourd…

J’ai réussi à ce que la guimbarde finisse sa course au pied d’un gougnafier multiple, à coquilles vertébrales claquemurées… et me voici assis, passablement tout con…, si tu veux la vérité franche et massive, mon Popu adoré, toi qui me lit assidument avec la dévotion d’un Saint envers son Saigneur : je suis déshydraté, désabusé, suant et maudissant mon sort…, tout en pensant qu’une voiture finira bien par se manifester.
Un quart de plombe n’en finit pas de passer, malaxé par des tourbillons de bestioles aux carapaces luisantes dont les élytres produisent un vacarme de crécelle, lorsque tout à coup, un véhicule surgit, à contre-courant de la Rolls Royce Dawn Edition Saint-Tropez…, il s’agit d’un énorme camping-car presque aussi gros qu’un camion.

Il est entièrement blanc, avec de gros caractères bleus peints sur ses flancs…, je me gesticule tout le système au milieu de la route du bord de mer (ditude) et le véhicule s’arrête docilement.
Un gros mec passe sa hure rubescente et déplumée hors de sa portière.
« Vous avez un problème avec votre Rolls ? »… qu’il demande avec l’accent pied-noir.
– « Panne sèche ! »…
Il ricane :
– « Hé ? Bon, je vais vous arranger les bidons ! »…
Et il éclate de rire de sa boutade particulièrement bien venue, je dois l’admettre.

Le bonhomme se jette hors de son engin, il est en forme de toupie : renflé du haut et pointu du bas…, il a une tête marrante, à bajoues, avec un gros pif plongeant, pareil à un projet de trompe inabouti… et de larges oreilles étrangement minces parcourues de veines, comme celles des lapins, où l’on voit presque circuler le sang.
Il porte une chemise jaune dilatée par des poches-poitrine bourrées jusqu’à la gueule, un short en jean’s dont il ne peut assurer les boutons supérieurs… et des sandales de cuir défraîchies au travers desquelles fleurissent les plus admirables cors-aux-pieds qu’il m’ait jamais été donné d’admirer.

Ce personnage n’a pas fait dix pas qu’il manque de passer de vie à trépas…, une Rolls-Royce blanche de moins haute condition (une Silver Shadow d’à peine 15.000 euros ne peut se comparer à cette Dawn Edition St-Tropez de 450.000 euros)…, me surgit à l’hauteur, égayée seulement par sa plongeuse mascotte de l’avant…, la chignole s’arrête dans une moelleure qui n’appartient qu’à ces étranges véhicules dont le prototype remonte (ou plutôt descend des) aux rois fainéants.
À travers les vitres, j’aperçois confusément un visage…, la portière de gauche s’ouvre et je vois paraître…, tu ne devineras jamais quoi, qui, ni qu’est-ce…, mon Popu, toi qui me lit (au lit) avec l’avidité d’un Doberman scrutant un os géant tout en bavant d’amour…, tu donnes ta langue ?
Pas à moi, merci bien, elle est trop chargée…

En sort une vieillasse refaite de partouze (trop en est la cause), encore baisable, semi-appétissante, pinunuche, baderne, ganache, exquise, du genre à donner force raison à l’adage : « C’est dans les vieilles casseroles qu’on mijote les meilleurs plats »…
– « Pssssst » ! Me crie-t-elle.
Et je « Pssssste » en courant… en criant au bonhomme du camping-car que je n’ai pas besoin de ses sévices !

Je me racagnarde dans la litière à bœufs de la momie…, l’intérieur de la guinde sent bon la Vieille Angleterre…., je crois y entendre sonner Big Ben…., cuir gris éléphant, acajou sombre…., une merveille de l’art antique…, de plus, de surcroit, en sus(se)…, la vieille peau est affable, habillée d’oripeaux de prix stupéfiants, tellement sobres ses loques, que si elle se trouvait dans un autocar on ne la verrait pas et quelqu’un s’assiérait par inadvertance sur ses genoux.
La personne a de la bouteille, mais millésimée…., cheveux gris-bleu, chapeau confectionné à Londres par un type qui doit également fabriquer des abats-jour…., un soupçon de poudre farineuse aux joues, une présomption de rouge à lèvres mauve autour de la bouche (et non sur)…, une représentante de la gentry de là-bas, quoi…

– « Chère lady, spermettez-moi de me présenter » que je glousse…
« Inutile, pas de pénétration, travail entièrement à la main, finitions comprises, 1000 euros »… qu’elle répond !
Elle parle très bien français, ayant habité Nice lors de la création de la Promenade des Anglais (appelée de nos jours Promenade Max Gallo)… et elle vient de proposer de m’aider dans la mesure de mes moyens.
– « Je suisse en panne des sens »… que je murmure…
– « C’est fââââcheux mon cher »
– « Très Chère…, je testais une nouveauté de chez Rolls Royce portant le nom de St-Tropez…, si c’est une éphéméride de votre bonté divine de me conduire au septième ciel, couvert…, je vous en saurais un pot de gré grand comme ça, avec vue mer, mais après, il vous faudra, inclus dans le montant de votre prestation, vous arrêter à une station d’essence pour que je puisse acheter 10 litres de super… et ensuite me ramener ici »…
– « Soyez pratique, téléphonez chez Rolls, en expliquant votre cas, ils viendront vous dépanner, je ne suis pas votre larbine »…

Ainsi est fait…
Je suisse affalé sur et dans la banquette arrière, même dedans et bien profond…, la dame me raconte son château des environs : douze mille hectares, 145 pièces…, elle est adorable, fofolle, comme le veut la tradition des gens « de la Haute », elle ajoute avoir été comblée par diverses aventures avec des frenchies-boys déboulant en trombe dans son veuvage morose…, devenu institutionnel avec le temps.
Tout en devisant et en rollsant, nous atteignons son antre
– « Rentrez-vous ? »… s’inquiète la Chère mémère de luxe.
– « Je vais seulement opérer quelques vérifications »…, dis-je.
– « Que le Saigneur guide vos mains ! »… murmure-t-elle en ayant l’air de déjà suffoquer, ce qui n’est déjà pas mal pour une vieille rombiasse !

Elle descend et fait le tour de la Rolls Royce Silver Shadow dans le sens inverse des aiguilles d’une montre…, m’ouvre la portière et m’invite à la suivre….
Je déteste que les femelles exercent des métiers d’homme, que ce soit celui de juge d’instruction ou celui d’éboueur, alors, tu penses mon Popu…, une chauffeuse de Rolls péripatéticienne, avec ce que cela comporte d’obséquiosité…, je me sens dans mes petites targettes…, comme en commotion cérébranleuse !

A mes yeux (verts) et à mon avis (qui n’a rien à voir avec le loueur de bagnoles), une piloteuse de Rolls est obligatoirement une beauté suave de vingt-huit balais environ, belle à me faire craquer le futal sur la façade sud, d’un beau blond ardent, les cheveux coupés au niveau des maxillaires, un regard indéfinissable, sombre, d’un bleu très fonçé tirant vers le clair avec des reflets violets… et puis une bouche « à pipes », charnue qui va bien avec l’ensemble…, sans oublier quelques taches de rousseur comme des étoiles dans une nuit d’été…, le pied !

Le château de la Lady, a, comme elle, subi un ravalement…, c’est malgré tout une ruine…, ma première visite en un endroit d’aisance, m’amène à constater que « l’endroit ou se situe le trône » est un peu moins confortable que les chiottes de la gare Saint-Lazare, mais beaucoup plus vaste.
La continuation de ma visite (de mon parcours) m’amène dans une chambre au centre de laquelle se trouve « érigé » un plumard pour grabataire du troisième âge…, il y a aussi quelques meubles bancaux (à Monte-Carlo, « Bancaux » s’écrit « Banco » ; ailleurs certains indigènes de l’hexagone écrivent « bancals »)

Le sol sert de piste d’entraînement à une compagnie de cancrelats en manœuvres…, ça pue le rance, le surchauffé, le cul intorché et le végétal fané.
Quoi encore ?
Non, ça suffit, après tout, c’est seulement pour un moment…
La vieille bique, salope à ce point, faut oser…, c’est un cas, d’autant qu’elle se déloque à la vitesse d’un Mirage IV en pleine poussée au décollage et me susurre d’un ton faussement langoureux : « Tu-m’-dégustes ? »

Je l’entreprends façon « maison », manière d’opérer une trêve des confiseurs dans mon équipée… et pour commencer je la bascule sur le plumard…, ensuite la débarrasse du reste de ses fringues…, cette nana, tout juste je lui branche deux doigts dans la prise électrique, la voici qui démène, démantèle, tout bien…, c’est l’occase très formide, le coup inespéré comme les cas les plus beaux…
Elle affirme comme quoi c’est bon : « good, wonderful » et tout le chenil : qu’again, et oh oui, « very again », on est pas pressés, qu’il faut prendre son temps pour prendre son pied, pas transformer les stances du Cid en rondeau…, bon, je sais que ça va pas être de la bâclette, mais du tout beau travail, style horlogerie suisse.

Bien prendre par le début…., se donner déjà dans l’avant-propos… et puis dans la préface, l’avertissement, le prologue, comme dans les bouquins à ces vieux crabes qu’en finissent pas de préambuler pour expliquer la chierie bâilleuse de ce qu’ils tartinent…, de la merde !
On devrait instituer une censure pour interdire d’emmerder les lecteurs…. si tartant, s’abstenir…., juste on ronéotype leur ramassis, ces nœuds, qu’ils se relisent à loisir puisqu’ils sont leurs seuls et uniques lecteurs.

Alors, donc, d’entrée de jeu, je la fignole…, lui fais gazouiller le trésor…., elle clapote du delta…., il y a con s’il y a bulle…, des mouches énormes frelonnent autour de nos corps exaltés…., il fait chaud poisseux…, dans la radio (à lampes) d’époque… il y a une noirpiote qui chante un machin à Michel Sardou avec une voix comme des pommes de terre plongées dans la friture…, une chanson à-la-con qui explique que son Julot a pissé dans l’évier de la cuisine pour s’épargner de descendre aux chiches…, le bœuf !
Non, mais tu te rends compte, mon Popu… dans quoi je baigne, là ?.

Il fait chaud, soif et faim.
Il fait torpeur.
Il fait chiasserie.
Il fait faim… et on décide d’aller manger au resto d’un pneu plus loin sur le port de Saint-Tropez…
Les gens de chez Rolls à qui j’ai donné l’adresse du château pour qu’on vienne me sauver, klaxonnent devant le portail tout en m’envoyant moult SMS m’invitant d’arriver sur le champ…

Après rhabillement précédés d’un lavement mutuel, elle parvient à s’inviter pour le reste de mon essai, sous le prétexte (fallacieusement suave) qu’elle me guidera à Saint-Tropez dans des sphères qui me sont inconnues… et, de retour à la Rolls Royce Dawn Edition Saint-Tropez, après que les gens de Rolls aient rempli le réservoir, je fonce à tombeau ouvert vers l’endroit qu’elle me désigne comme étant « le Top du Top »… ou on pitance en regardant les ploucs passer en regardant ceussent qui bouffent de la merde hors de prix…
Nous roulons entre deux gerbes de poussière blanche, mettant en fuite quelques volailles étiques qui se fourvoient sur la chaussée à la recherche de je-me-demande-bien-quoi…, sans le trouver d’ailleurs.

Le Var, c’est quelques châteaux, beaucoup de villas hors de prix et d’autres un peu moins que les ceusses d’un même monde se vendent et s’achètent sans vraiment conclure…, mon Popu…, tu vas voir les sites-web de maisons et châteaux chics et chers, au delà du million, y en a des milliers qui s’affichent…, mais, en pluche de celles qui ne s’affichent nulle part d’autre que dans des magazines…, existent bien plus encore de maisons-moches…, des maisons minuscules, ravaudées à la va-comme-je-t’repousse, sur les seuils desquels sont accroupis des êtres engourdis par la vie torride d’ici…
C’est la chasse gardée de Stéphane Plaza qui fait fortune dans son émission « Moches maisons à vendre »…, qu’à force de laideurs horribles on ne regarde plus…, tout comme « L’amour est dans la bouse des prés » qui devient plus comique à visionner que Blanche Gardin…

On roule donc, toujours à tombeau ouvert, la végétation est parcimonieuse, donc ombre rare…, hors de la Rolls en cabriole…, on n’entend que les insectes et les enfants en bas âge.
Le Var, je vais te dire mon Popu, il est kif kif avé le bled Sassédutrou, mais la chaleur y est plus intense… et le peuple édenté gencive encore d’ultimes sourires en remerciement du ciel bleu et du soleil qui tape dur, obligeant à des siestes sans fin….
L’existence ici est pleine d’imprévus pour qui remue de la queue…, si tu te livres à des estimations, mon Popu… et la réalité te baise en canard…

Concerts de klaxons, pouces levés en guise d’approbation, sourires : ces scènes se répètent à l’envi, la Rolls-Royce Dawn Edition Saint-Tropez est un auguste cabriolet qui toise tout ce qui roule et renvoie le commun des mortels à sa modeste existence…, il faut le vivre pour y croire…, les locaux, les indigènes Provençaux…, dévisagent avec curiosité mais sans agressivité celui qui conduit la Dawn et la Milady à ses cotés.., une Rolls pose un homme…, la Flying Lady est le symbole absolu de la réussite…, elle nourrit un imaginaire où se confondent de multiples fantasmes, à commencer par la provenance de la fortune.
La Dawn n’est pas une Rolls comme les autres…, alors que la monumentale Phantom, qui a été remplacée début 2018, est centrée vers l’intérieur et est confiée en majorité à un chauffeur, la Dawn est ouverte vers l’extérieur…, comme le coupé Wraith, elle rajeunit la marque avec une clientèle qui n’est pas disposée à laisser les commandes.

Ce modèle ouvre un nouveau chapitre pour la vénérable marque anglaise…, elle a vocation à succéder à la Phantom Drophead Coupé, dont la production s’est arrêtée en septembre de l’année dernière…, elle est seule au monde… « Ses concurrents sont les hélicoptères, les jets, les yachts, les montres et les œuvres d’art »…, m’a dit Torsten Mueller-Ötvös, le président de la marque…
Plus petite, moins guindée et plus abordable, la Dawn n’en demeure pas moins une Rolls à part entière…, elle domine ses sujets de toute sa prestance et malgré les 330 mm concédés à sa grande sœur, elle continue d’impressionner avec ses dimensions hors norme, ses roues de 20 ou 21 pouces et son capot démesuré, difficiles à apprécier lors des manœuvres.

S’installer à bord de la Dawn tient du cérémonial…, signe de reconnaissance de la production de Goodwood, la porte s’ouvre à l’ancienne d’avant en arrière en saisissant une poignée de 400 mm de long…, une coquetterie qui impose de se présenter de face pour ensuite pivoter et se laisser tomber dans le siège en cuir chauffant et ventilé…, pour éviter toute contorsion inutile, l’imposante portière se referme électriquement en pressant un bouton placé à côté du cadre du pare-brise.
Sobre, la planche de bord ne multiplie pas les fonctions et les gadgets… et, conduire cheveux au vent demeure une sorte de nirvana automobile…, l’ambiance est conforme à l’esprit Rolls…, la température et le débit d’air sont commandés par une molette rotative…, la commande de la boîte de vitesses auto à huit rapports est installée sur la colonne de direction…, elle se passe de mode « Sport », mais un programme « Low » maintient les rapports intermédiaires, pour conserver du frein moteur en montagne, par exemple.

La planche de bord ne multiplie pas les fonctions et les gadgets… et si BMW fournit la technologie et notamment le système de communication ainsi que l’écran central, la Dawn a une manière bien à elle de les mettre en scène.
Cet ordinaire aux accents déjà superlatifs pourra être amélioré en piochant dans le programme des options et de personnalisation « Bespoke »…, attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès car le résultat est parfois saisissant avec des combinaisons de couleurs très originales.

Une fois que le logiciel personnel a entré les dimensions patibulaires de votre vaisseau, on est prêt à lever l’ancre…, au démarrage par bouton-poussoir, le V12 associé à une paire de turbos chuchote…, la triple épaisseur de la capote lui coupe définitivement le sifflet…, mais son credo reste la conduite cheveux au vent…, une sorte de nirvana automobile auquel on parvient en un peu plus de 20 secondes, en roulant jusqu’à 50 km/h, en faisant disparaître la toile sous un élégant couvercle à choisir recouvert de teck bateau (6.000 €)…, de quoi accentuer cette impression de voguer plus que de rouler.
Au passage, le volume du coffre décevant perd encore 50 litres, capote repliée…, sans filet coupe-vent, l’air tourbillonne dans l’habitacle mais on peut tenir une discussion sans difficulté…, de toute façon, les deux sièges arrière sont faits pour être occupés, ce cabriolet offrant quatre véritables places.

La Dawn respecte la tradition maison, elle se conduit avec deux doigts et évacue toute brutalité pour ne proposer qu’un monde de douceur…, un indicateur de réserve de puissance en pourcentage fonctionnant dans le sens inverse de l’aiguille d’une montre remplace le compte-tours, mais à la différence d’une Phantom, il suffit qu’un indélicat vienne chatouiller le pare-chocs pour comprendre que la Dawn ne craint pas grand monde, malgré une masse conséquente.
Les accélérations sont stupéfiantes, passé le temps de réponse de la transmission… et le châssis se comporte dignement, bien aidé par une direction consistante et des suspensions pneumatiques digérant toutes les failles de l’asphalte…, reste le freinage, un peu tendre…, la douceur : un mode de vie pour ce cabriolet vraiment hors normes.

La vioque, subjuguée par tant de volupté automobile, me dit que ce cabriolet Rolls-Royce n’est pas une automobile :
– « C’est un art de vivre, dans le respect des valeurs de la marque…, aussi majestueuse capotée que décapotée, la Dawn est faite pour caboter d’un endroit à un autre…, elle a sûrement pour vocation de ne pas casser l’ambiance lorsque vous passerez de votre yacht Gatsby amarré dans le port de Saint-Tropez aux restaurants des plages de Pampelonne, ou à votre villa nichée à la pointe du Capon »…
Elle ajoute qu’on doit voir en passant sur le port, un artiste méconnu mais qui dit être très connu…, je m’attends à débouler dans un truc infect, genre antre (nom masculin) d’artiste vieux et armagnac…, Zob, mon frère…, en fait, le gars se fait appeler Chevalier-Gauguin-Torpez…, il vend ses croutes hors de prix (c’est une coutume Tropézienne) sur le port… et a son atelier ou il crèche aussi, qui est une des plus belles demeures du centre du village, au milieu d’un jardin de rêve…, exotique certes, mais par rapport à quoi ?
– « C’est une maison de pêcheur de luxe… et si le jardin est exotique par rapport à la France, la maison l’est par rapport à je ne sais quoi d’indéfinissable mais hors de prix, c’est l’habitude à Saint-Tropez »….

On n’abandonne pas la Rolls Dawn Edition Saint-Tropez (je confirme que c’est son appellation d’origine) dans le parking très payant du port, on préfère la confier au voiturier du Byblos…, puis on déambule un pneu… et après 100 mètres en direction de « La Ponche », on pénètre dans une curieuse bâtisse typiquement Tropézienne…, l’entrée étant une vaste pièce où ronronne un appareil à air conditionné…, elle est pleine de canapés, de meubles dix-huitième, il y a même un piano à arbre droit, noir, avec la photo de Beethoven dessus…, les murs sont garnis avec les croutes du maître…, au fond, une cheminée dans laquelle on croit que brûle un vrai faux feu de bûches dont la chaleur est neutralisée par un pare-feu frigorifique…, alors que c’est un habile montage réalisé avec une télévision… !
Mais ce n’est pas tout…, une sixaine de filles stationnent dans ce fastueux livinge…, trois Blanches, trois Noires…, les Blanches comprennent : une blonde, une brune, une rousse…., les Noires : une ébénite, une capucino, une mulâtreuse…. et ces dames sont ravissantes, sobrement dévêtues et vétues (quand même) d’une simple ceinture d’or à laquelle est accrochée une plaque portant leur nom.

– « Mon harem »…, présente sobrement le peinturlureur…
Il s’empare d’une sonnette d’argent à manche de prunier confit et l’agite, « drelin drelin », jusqu’à tant qu’arrive un énorme Turc enturbanné, chamarré, obèse, eunuque, ça, tu peux y compter, muet comme dans les films qui racontent une histoire d’amour dans l’Arabie d’avant le pétrole, à l’époque où les émirs ne se déplaçaient pas en jet privé mais en tapis volants, qu’ensuite, leurs esclaves allaient vendre aux terrasses des cafés.
Et le Chevalier-Gauguin-Torpez se tourne vers la vieille peau et moi (en personne) en disant :
– Je vous propose un foie gras frais de la Barrière Poquelin, arrosé d’un château d’Yquem ; suivi d’une potée auvergnate qu’accompagnera un cahors servi frais. Fromage, tarte à l’ananas. Si vous jugez cette collation insuffisante, je peux dire à Ali d’intercaler un ris de veau Clamart entre le foie gras et la potée ? »…

Bien que je suis déshydraté à outrance, je trouve le moyen de laisser dégouler une stalactite à l’énoncé du festin.
– « C’est trop d’bonheur, monseigneur », que je balbutie…, « Oui, oui, d’accord sur tout, et d’accord aussi pour l’inclusion du ris de veau, si ça ne vous inconvègne pas »…
Et le Chevalier-Gauguin-Torpez me sourit à moi, en personne… en ajoutant :
– Vous me pardonnerez, mais je vais devoir retourner à mon tableau. Quand l’inspiration est là, c’est comme pour la bandaison : il ne faut pas la faire languir. Oh ! à propos de bandaison, il est bien entendu qu’après votre repas vous avez toute latitude pour vous amuser avec ces demoiselles. Vous serez tranquilles, vous et Lady-Châtelaine…, aucune ne parle le français. J’y ai veillé. Pas même l’anglais. Cela facilite les transports. Combien de filles sublimes m’ont saccagé les ardeurs d’un mot inopportun ! Mais le pire, oh ! oui, le pire, c’est après. Ce besoin de bavardage qui les prend, Seigneur ! Elles veulent justifier, expliquer, s’assurer de vous. Je fuyais, ou bien les chassais. Mais il est difficile de foutre à la porte une donzelle nue et surtout décoiffée par l’amour. Enfin, maintenant tout est bien. Sur ce, laissez-moi jouer les Ruy-Blas en vous souhaitant bon appétit »…

Et l’excellent Chevalier-Gauguin-Torpez se hâte vers le chef-d’œuvre abandonné sur la place…, tandis que je le regarde disparaître, ému :
– Ma Chère Milady, on ne trouve plus d’hommes comme cela de nos jours et nuit, je vous remercie de m’avoir amené ici, j’ai hâte d’en arriver au dessert que nous nous partagerons »…
Et puis bon, mon Popu…, merde à la fin…, je ne vais pas te raconter le repas, à toi, bouffe-merde comme je te sais…, non plus que les papouilles, mignardises et lutineries que nous avons prodigué à ces affables damoiselles en attendant la jaffe, re-non plus à quel point je me suis fait gratouiller le zigomard folâtre, après le dessert, un enchantement !

Romain, quoi…., je me suis pris pour le cousin germain de Caligula…, d’autant que le cuisinier méritait au moins deux étoiles, comme le général de Gaulle… et que les filles étaient d’une expertise rare dans l’art d’extrapoler le sensoriel en faisant voler la bistougnette en éclats…, les chères salopes.
La chère Lady, elle raffolait se laisser grumeler le joint de culasse… alors qu’elles se pratiquaient le lapsus, entre elles, pour meubler les temps morts…, mais où on a obtenu auprès d’elles un succès franc et massif, c’est à la baguette magique…, elles se bousculaient au portillon pour toucher leur pension !

Fatal : la tringle, c’est pas le domaine au peintre, compte tenu de ses quatre-vingts balais, à cézigue pâteux…, il a beau se faire une santé dans la térébenthine, il ne caracole plus de l’aubergine à moustaches, l’ancêtre… il y a une limite à tout.
Bref, je ne peux pas m’attarder sur la fiesta…, je suis un auteur plein de retenue et qui ne se complaît (veston) pas dans les descriptions au jus de burne…, tout ce que je peux te dire, mon Popu, c’est que la séance méritait le détour…, surtout du fait de la brune qui devait être contorsionniste avant de s’engager dans l’Armée du Salubre…, quelle charogne, elle travaillait de tout à la fois…, une femme orchestre (de chambre), mamma mia !.

Après ces réjouissances, « Chère Lady » et moi sommes allés promener sur le port grouillant de marchands (et marchandes) en plein air, qui s’éclairent avec des loupiotes à acétylène qui puent tout ce qu’elles peuvent…, la foule déambulant des uns aux autres aux unes et retour…, s’arrêtant pour regarder, palper, marchander.
On vend de tout à Saint-Tropez : des saloperies en faux ivoire made in Paris, des tissus africains made in Hong Kong, des noix de coco, des lézards empaillés, des bijoux de cuivre ciselé, des épices odoriférantes, et surtout des tableaux-croutes peinturlurés en chine pour 5 euros la toile et vendues ici comme « faites maison » par l’hurluberlu(e) tenant l’échoppe, pour mille fois plus… et à tout ça…, ne manquent que des charmeurs de serpents jouant « La Paimpolaise ivoirienne » à leurs cobras…

Par contre, il y a des musicos qui liment les tympans de la plouquesque, de leurs petites flûtailles…, c’est beau comme l’Avant-Guerre, coloré malgré le crépuscule…, pittoresque à redégueuler sur ses ribouis et admirable d’ingénuité…, c’est la vie qui va, qui grouille, qui lève comme de la pâte à pain noir…, j’en suis un brin conforté…, je me sens en état de fraternité, moins seul, moins en butte, moins déçu.
Et on traverse cette splendeur en refrénant notre allure trop pressée parce qu’on n’a pas le droit de ne pas savourer les minutes d’enchantement…, que, malgré tout, à grands ou petits pas, lorsqu’on continue de placer un pied devant l’autre, on finit par se rendre là où on va…, nécessairement…

Devant « Le Quai » à coté de « Sénéquier », s’agitent des dames danseuses du ventre, une animation consumériste pour attirer les friqués, parce que c’est cher payé en finale des menus…, on m’a d’ailleurs confié (je ne sais plus qui, mais c’était quelqu’un de confiance) que pour les entraîner, on leur carrait une craie dans l’oigne et qu’on leur faisait écrire huit milliards huit cent quatre-vingt-huit millions huit cent quatre-vingt-huit, en chiffres arabes bien entendu, contre le mur d’abord, sur le plancher ensuite, au plafond pour finir.
Celle qui, en tout cas, se produit en meneuse-vedette est capable de l’exploit… et même de beaucoup plus…, car quand la musique gniagniarde à toute pompe, outre qu’on attrape un torticolis à la regarder…, on a l’impression que son nombril va partir en couilles un pneu partouze.

Des enturbannés flûtistes et tambourinaires mettent toute la sauce…, les ceusses qui regardent sans pouvoir financièrement rentrer, les enfougués…, frappent dans leurs pauvres mains de Dupont en vacances, histoire de participer à la frénésie, que ça devienne de l’hystérie collective pour, en rentrant au turbin, le raconter à leurs potes : – « On était en transe ! Germaine a pas pu se retenir : elle s’est mise à danser aussi »…
Pendant les agapes proposées aux clients du « Le Quai », j’ai eu tout le temps de retapisser, matant un couple de génaires, trois vieilles dames maquillées comme des Mercedes volées, et un vieux pédoque et son giton se donnant des allures père-fils pour pas indigner la tablée…

J’ai attendu l’arrivée d’autres attractions avant de nous faire installer, Miss Chère Lady et moi…, il m’a suffi de cinquante euros et d’un clin d’œil au loufiat pour qu’il m’arrange le coup vite fait, bien fait, sans avoir l’air d’y toucher.
Quand le spectacle bis a démarré, plongeant la salle dans les pénombres, je me suis coulé en loucedé vers Milady…, elle sentait bon le vieux parfum vigraineux, cette vioque avait changé d’allure, une fausse vague de timidité la submergeait…, une tactique sûrement bien rodée pour que je ne me jette plus dessus comme un loup sur une vierge en route vers Compostelle au Moyen-Âge…, elle m’a susurré qu’elle ne pouvait jouer à « saute-au-paf » devant tout le monde, c’est-à-dire des personnes qui ont un idéal avec du poil autour.

Et alors bon, très bien, je regarde la danseuse ventripode s’escrimer…, tandis que la musique pour serpents à sornettes s’amplifie.
En finale de ces pitreries, les consommateurs se martyrisent les paumes…, tout le monde applaudit, Milady aussi, mais mollement…, tandis que pour ma part je m’abstiens…, les ventrardises m’exaspèrent, et je murmure, sur un ton de soliloque :
– « On est loin de Béjart, déjà que j’ai eu du mal à supporter le décès de Johnny alors que je ne m’étais pas encore remis de la mort de Beethoven »…
– « Béjart ! vous avez dit Béjart ! Comme c’est Béjart »...
– « Peut-être ai-je tort, mais je ne pourrai jamais considérer ce genre d’exhibition comme appartenant à l’art chorégraphique ».
– « Moi non plus »...
– « Notez, que cette concession au folklore a quelque chose de naïf, voire même d’attendrissant. C’est la carte postale sonore à l’usage des bonnes gens qui nous entourent et qui se rappelleront cette danseuse dodue, une fois rentrés chez eux »…

Je poursuis, toujours de mon petit air détaché, comme un qui se parle surtout à lui-même et qui n’a pas l’intention de captiver un auditoire, chose toujours déplaisante…, j’ai une sainte horreur des grandes gueules de restaurant qui sont seules à jacter à leur table, ne tolérant que des rires ou des approbations… et qui déconnent de plus en plus vite, de plus en plus haut, de plus en plus fort, bien certains de représenter le nec plus ultra de l’intelligence et de l’aisance.
– « Ces voyages organisés qui débarquent des flots de touristes de leurs paquebots géants », continué-je donc…, « sont certes une chose appréciable puisqu’ils apportent des pépètes aux chers commerçants… et spermettent à ces gens de découvrir nos merveilles Tropéziennes aux meilleurs prix, par contre ils nous contraignent à des promiscuités lamentables. C’est affligeant de devoir supporter une horde d’imbéciles mesquins et le plus souvent grotesques »…

Pour dire ça, j’ai baissé le ton et approché ma bouche de son oreille délicate pour qu’elle ne soit pas gênée de l’amplification de son appareil acoustique…, m’est avis que mon souffle sur sa nuque lui cause un début de commencement de brouillon d’émoi…, je le constate à un léger mouvement de ses épaules…, on croirait une pub pour une savonnette qui évite aux gerces d’utiliser du parfum.
Alors là, pardon ! Elle me reçoit 6 sur 5…, j’ai mis ma plaque sur le numéro gagnant…, la voici de nouveau passionnée, toute acquise.

Un haut-parleur annonce le rassemblement dehors pour aller à « Son et Litière » à la Citadelle… et c’est la bousculance…, un grand nombre de ploucs sont bourrés à la clé, à cause du jaja corsé…, il y a même un gros énorme, éléphantiasique je crois déceler, qui prétend emporter une boutanche pour écluser pendant la cérémonie…
Il redoute que le Mistral, l’assoiffe…, qu’après il aurait le gosier comme de la toile abrasive !

Nous ne suivons pas le mouvement, mais décidons de passer une partie de la nuit au Byblos.
Ce soir, le « Son et litière » aura lieu en anglais…, aussi ils ont dû monter l’ampli en prévision des touristes Belges, Allemands et Français qui ronflent à chaque fois comme des vaches…, cela dit, même pour un gars de Belleville qui ne connaît de la langue de Sa Majesté Elizabeth Two que les mots figurant sur les menus des fast-foods, c’est vachement impressionnant les éclairages changeants sur la Citadelle…, le plus sublime étant quand ça s’éteint et que la nuit reprend possession de ses merveilles…, qu’elles redeviennent de magistrales ombres sur un ciel encore bleuté, indifférentes aux générations qui dégoulinent à leurs pieds…