Il s’arrête de courir, déçu de la rater d’aussi peu.
La voiture démarre dans un ronflement caractéristique, effectue un rapide demi-tour, un peu sec.
Les suspensions arrachent aux énormes pneumatiques de petits crissements de protestation.
Planté comme un i au centre de la chaussée, il voit les fines optiques elliptiques pointer vers lui.
Le regard si évocateur de la lascive beauté qu’il convoitait tout à l’heure, le cloue sur place.
La Cayman S « Porsche Design Edition 1 » agit sur lui comme ces reptiles paralysant leur proie du regard.
L’engin ne le dévore pourtant pas et se contente de s’arrêter doucement à quelques mètres devant lui.
Il reste un instant nez à nez avec le fauve ronronnant paisiblement.
Tout de puissance contenue, la Cayman S « Porsche Design Edition 1 » semble occuper toute la largeur de la route.
Il daigne enfin la contourner.
Ses mains ont envie de caresser la peinture noire.
Les élargisseurs de voie de cinq millimètres associés aux jantes Turbo de 19’’ confèrent à la Cayman S « Porsche Design Edition 1 » une allure remarquablement mise en valeur par les pneus de 235/35 ZR 19 à l’avant et de 265/35 ZR 19 à l’arrière.

Un visage lui apparaît, plus désirable qu’il ne l’avait jamais rêvé.
Arrivé à hauteur de l’habitacle, la vitre du passager s’abaisse. 
Elle le regarde sans mot dire.
A ses lèvres, un petit sourire énigmatique dont on ne sait s’il précède un coup de griffe ou un coup de cœur. Elle a négligemment posé sa fine main blanche sur le petit volant en cuir.
L’autre main laisse dépasser entre ses doigts de pianiste la tige du sélecteur de vitesse.
Il lui sourit à son tour, d’abord machinalement, puis, sans réfléchir, il saisit la palette d’ouverture de la portière et se laisse glisser à l’intérieur.
La porte se referme sur un intérieur en cuir noir et Alcantara, en parfaite harmonie avec la finesse de l’habitacle.
Les cadrans du tableau de bord arborent un design directement inspiré de celui des chronographes Porsche Design.
De même, la console centrale, la planche de bord et les garnissages de porte revêtent une intense couleur noire tandis que le volant sport trois branches, les leviers de vitesse et de frein à main ainsi que le ciel de toit sont revêtus d’Alcantara noir.
Le logo Porsche est incrusté dans les appuie-tête.
La conductrice démarre aussitôt comme si cela faisait partie de son plan.

A travers la vitre, la ville tournoie à toute vitesse comme s’il se trouvait sur les chevaux de bois d’un manège enchanté.
Ils se retrouvent tous deux seuls au monde, au sein de la même bulle.
Les lumières de la cité se réduisent à des traits de couleur.
Il se sent comme dans un cocon, isolé de la médiocrité extérieure.
Étonné par sa propre audace, il se hasarde à jeter un regard à son chauffeur.
Souligné par les lueurs nocturnes, le visage de poupée de cire n’en est que plus sculptural.
Il imagine le toucher cotonneux de sa peau au bout de ses doigts.
Sous sa gaine d’étoffes sombres, la petite poitrine exhale un parfum épicé à la saveur orientale.
Il plane.
Il rêve aux côtés de cette femme voluptueuse.
Vers quelle guêpière va-t-elle l’emmener à s’échouer ?

Il abandonne le fil de sa pensée.
Il regarde l’habitacle en tout sens, à l’arrière se trouve un élégant attaché-case, contenant un chronographe Flat Six créé il y a 35 ans par Ferdinand Alexander Porsche…, un couteau de poche, des lunettes de soleil, un stylo et un porte-clés, le tout en finition noire, y compris les lames du couteau, assorties au style du véhicule.
Surtout ne plus raisonner, se laisser seulement porter par l’instant présent…
Un feu inquisiteur, bêtement rouge, met son veto borné à leur fuite.
Arrêt total et attente languissante sous le signal liberticide.
Il entrouvre sa vitre pour écouter le sourd murmure du flat-six à moitié sommeillant.
Hélas, la dure réalité ne manque pas de se rappeler à son funeste souvenir.
A leurs côtés vient déjà se ranger une tuning-Golf à mazout.
Les claquements vulgaires du quatre pattes ne cessent d’insulter le silence tandis que la terre tremble sous le tapage abrutissant de la musique techno.
A bord de cette horreur banale, deux petits coqs, le coup plumé et le caquet haut, jubilent à l’idée d’exhiber d’aussi mâles attributs que leur jantes tape-à-l’œil et autres appendices plastico-dynamiques devant la pisseuse ordinaire.
Ils sont fiers de ce qui est peut-être leur seule raison d’exister.
A côté, la Cayman S « Porsche Design Edition 1« , noire, à l’air d’une bestiale limeuse d’autoroute.

Agacé comme peut l’être l’écrivain couche-tard en prise à un insecte nocturne, notre passager taciturne se tourne vers sa conductrice, l’air de dire : Tu ne vas pas te laisser impressionner par ces deux minables ?
Les rebelles en toc lancent à la conductrice des regards de défi, entre ricanements et sarcasmes, de cette mine de tête à claques heureuse de l’être.
Mais elle ne réagit pas le moins du monde.
Parfaitement stoïque, elle regarde passivement la route devant elle, indifférente aux agressions extérieures. Le feu passe alors au vert.
La turbo-poubelle démarre en trombe dans un nuage empoisonné de fumée noire.
La Cayman S « Porsche Design Edition 1 » détend brusquement ses muscles d’athlète dans un grondement sourd.
L’aiguille du tachymètre bondit soudain vers les hauts régimes.
Il serre les fesses.
Le flat-six se fâche.

Au loin, les vaines vociférations des deux boutonneux à la fierté quelque peu amochée, n’ont l’air que de pauvres jappements de chihuahuas débiles.
Comme portée par le souffle infini d’une irrésistible poussée, la Cayman S « Porsche Design Edition 1 » dépasse avec aisance l’assourdissant équipage avant de pointer en sourdine vers la ligne d’horizon…, sous la carrosserie abaissée de dix millimètres, le châssis actif Porsche Active Suspension Management (PASM) de série régule la dureté de la suspension et propose, par simple pression d’un bouton, un mode Sport offrant des caractéristiques dynamiques exceptionnelles.
Sous l’impulsion légère d’une main aérienne, la vitre électrique isole les deux Elus de toute agression parasitaire.
Bercé par les ondulations de la suspension, le visage caressé par les reflets des catadioptres défilant à toute vitesse, il se prend à rêver de luxe, de calme et de volupté.
La ville disparaît, se liquéfie en bandes de lumières de plus en plus fines.
Le combiné d’instrumentation diffuse dans l’habitacle une douce harmonie.
L’aiguille se stabilise au régime de croisière…
Le flat-six semble s’être assoupi.
Il n’entend plus guère que la masse d’air lissant la carrosserie.
Ils vont pourtant vite, très vite.
La réserve de puissance paraît illimitée, le sentiment de sécurité absolu.
Sentiment hallucinogène.

A l’issue d’une courbe interminable, un imprudent sans lumière a surgi du bas-côté.
Un brutal coup de frein brise à jamais le rêve.
Le beau vaisseau l’évite de justesse, au prix d’une dramatique sortie de route.
Tonneaux et retournements en série.
Ils sont ballottés en tous sens.
Tout va beaucoup trop vide pour qu’il réalise ce qu’il leur arrive.
Et puis plus rien.
Le flat-six de 295 chevaux s’est définitivement tu.
Il rouvre les yeux sur un ciel étincelant d’étoiles.
Sonné, il met un moment à réaliser qu’il admire les lueurs cristallines du pare-brise fissuré.
La conductrice a été projetée contre lui, la tête basculée sur sa poitrine.
Ses jolis yeux couleur d’azur contemplent béatement un ciel imaginaire.
Il comprend qu’il est déjà trop tard pour elle.
Il finit par reprendre ses esprits au bord de la route, quelque part sur la rive droite, dans sa vieille chignole de pigiste fauché.

Encore une hallucination de plus en cette nuit trop vide pour partager quelques paradis artificiels en duo.
La fille a disparu dans la fumée affligeante du chanvre indien.
Il regarde par la vitre, la ville s’étend à ses pieds.
Péniblement, il se réinstalle au volant et reprend la route de l’agglomération tel un luciole attiré par la ruche urbaine.
Quelques voitures de fêtards rejoignent les communes péri-urbaines.
Les lampadaires balisent leur route comme une piste d’atterrissage.
Dans dix minutes, il rejoindra son plumard.
Tout rentrera dans l’ordre.
Mais soudain, un éclair balaie son chant de vision.
« Nom de Dieu, c’est elle !« , s’écrie-t-il brusquement.
Bâbord toute, demi-tour en plein milieu des boulevards.
Il n’a pas rêvé, c’est bien elle.

Elle est au moins trois fois plus puissante que lui, mais, motorisé par ses seuls rêves, il s’emploie à la rattraper.
Devant lui, la Cayman S « Porsche Design Edition 1 » une seconde fois se dérobe.
Coûte que coûte.
La belle bifurque en direction des boulevards, zigzagant en souplesse entre quelques automobilistes lambins.
Il la suit à distance.
Même la façon dont elle conduit le renseigne sur ce qu’elle est.
Tout en douceur, tout en finesse, sur un filet de gaz, sans à-coup.
Point de sport mais du Grand Tourisme, subtile alliance de puissance et de maîtrise, de force et de sensualité.
Il croit avoir atteint l’état de grâce.
Au prochain feu, il le touchera pour de bon, peut-être, cette fameuse Cayman S « Porsche Design Edition 1 » en série limitée de seulement 777 exemplaires, chacun d’eux valant 71.249 euros et se distinguant par une plaque numérotée fixée sur le couvercle de la boîte à gants.

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