Bristol Cars, a Very British Story… Episode #1

On peut considérer la Bristol, comme une chose exotique sur laquelle l’histoire se déploie…
Je suis heureux de déclarer que la Bristol est le premier chef d’œuvre extraordinairement décadent d’un genre suranné du siècle passé…, quoique, pour une fois, dernièrement d’il y a quelque temps…, assez longtemps…, comme par magie…, la firme Bristol nous avait gratifié d’une automobile épique qui reflètait les merveilles et la magie d’un monde perdu, plutôt que le leurre d’autres mondes dans des univers lointains.

Ecologiquement, Bristol Cars, c’est un univers de biodiversités spectaculaires et d’inventions surnaturelles quasi magiques…, métaphoriquement, c’est la Terre perçue comme la scène d’une bataille entre les peuples Indigènes et les prédateurs du complexe militaro-industriel.
Mythiquement et esthétiquement, elle se positionne à des années-lumière de toute réalité…, c’est le prologue de la reconnaissance popularisée de la Déesse de la Sagesse et de son histoire, de la vision Sophianique des Mystères :« Ce qui est ici est là-bas, ce qui n’est pas ici n’est nulle part”…, selon un aphorisme Tantrique…

Dans la terrible jungle de l’évolution automobile, la survivance d’une firme aussi énigmatique que Bristol demeure un phénomène encore inexpliqué.
On a de quoi effectivement rester perplexe quant au refus de toute publicité prêché depuis des lustres par l’entreprise, encore devrions-nous parler plutôt de société secrète, tant Bristol cultive l’obsession de la confidentialité…, la marque ne dispose en effet que d’un seul point de vente (qui s’avère n’être qu’un point de contact), à Londres, dans le quartier huppé de Kensington, au 368-370 de l’avenue éponyme, au carrefour de Holland Road…

On ne vous le répétera pas deux fois, « ça ne vaut pas le coup de fusil »…, d’un ticket-billet d’Eurostar, pour s’y rendre comme on irait visiter une Sainte-Chapelle…, car sur place vous attend un spectacle surréaliste.
Situé à l’angle d’un immeuble du bureau, l’unique hall d’exposition semble s’être assoupi dans la poussière et les relents de naphtaline…, passé la façade un rien défraîchie, on foule le vieux marbre d’un espace étriqué qu’un mur couvert de glaces tente vainement d’agrandir…, cela suffit amplement à l’exhibition de la seule Bristol fabriquée il y a plus de dix ans, resté invendue, toujours invendable…, toujours disponible…, flanquée/agrémentée d’une Bristol historique (sic !) et d’une Morgan d’occasion qu’on devine sous la poussière et les toiles d’araignées.

Pour rajouter une cerise sur le pudding et donner l’illusion d’une gamme, un prototype en brick et brock de spider des années ’50 a été ressorti du formol, repeint au goût du jour puis dûment équipé d’accessoires contemporains d’il y a quelques années…, il s’agit de la Bullet…, qui, en plus de marquer le retour en force (gag !) de la compagnie…, à aussi pour objectif de souligner les 70 ans de Bristol Cars.
Fabriqué à la main à l’usine de Chichester, dans le sud du Royaume-Uni, dans la première décennie du nouveau millénaire, ce véhicule de type «Speedster» devait être motorisé par un V8 «Hercules» de 4,8 L fabriqué en collaboration avec BMW.. qui a sûrement oublié que cette motorisation de 375 chevaux était la planche de salut qui permettrait à la future vraie voiture anglaise de parcourir le 0 à 100 km/h en 3,8 secondes, tandis que la vitesse maximale serait de 250 km/h.

Un prospectus indique toujours que : « Bien que le design de la voiture soit «rétro», les technologies qui seront montées à bord disposeront de mises au gout du jour…, dont un écran tactile haute définition, une connectivité Bluetooth pour téléphone intelligent ainsi qu’une connexion Wi-Fi. La carrosserie entièrement faite de fibre de carbone permettra à la Bullet d’afficher un poids respectable de 1250 kg (2755 lb), l’intérieur du véhicule proposant une finition en cuir, en aluminium et en carbone, sans oublier un tableau de bord garni de bois »…
Et, bien qu’aucune information n’ait encore été donnée quant aux nombres de commandes reçues jusqu’à présent par Bristol Cars pour l’achat de la Bullet, la production annuelle maximale se limiterait à 70 unités…, les livraisons étant toujours prévues pour le début de 2017 (sic !), alors que nous arrivons en juillet 2018…, la voiture sport anglaise est toujours proposée aux environs de 360 000 Livres Sterling

J’ai voulu en savoir plus…, un vieillard en habit et queue de pie m’a rétorqué que les intéressés devaient s’adresser directement au constructeur…, j’ai eu beau demander des précisions, je n’ai eu droit qu’à une salutation courtoise m’invitant à « admirer », en retrait, de vieilles maquettes exposées comme au musée d’histoire naturelle, retraçant l’évolution de l’espèce Bristol depuis le Crétacé.
J’ai ainsi appris que malgré plusieurs changements de patronyme, les Bristol n’avaient fait que peu de concessions à la frénésie novatrice qui, pour un oui, pour un non, agitait l’ensemble de la production automobile : « Le temps n’a guère de prise ici, ou du moins ne s’écoule-t-il pas au même rythme qu’à l’extérieur »

D’ailleurs, en dépit des jantes en alliage à peu près modernes, des boucliers enveloppant ou du bandeau arrière emprunté à l’ancienne Vauxhall Senator, la carrosserie tout alu n’a quasiment pas changé depuis le modèle 603 de… 1976… et pour les esprits un peu lent qui en douteraient encore, Bristol prend soin de préciser qu’il n’est pas dans les habitudes de la maison d’appâter le client tous les douze mois avec de fabuleuses trouvailles technologiques.
Toutefois, en 2000, à l’occasion du changement de millénaire, cette vénérable firme avait (également) décidé de frapper un grand coup (sic !) en dévoillant la Fighter…, une étrangeté qui a certainement inspiré la Mercedes SL de 2010, quoique la Bristol Fighter s’inspirait de la Mercedes 300SL des années cinquante !

A côté de cette ancienne nouvelle Bristol d’avenir toujours incertain, l’obsolète panneau explicatif, façon bureau de poste des années 70, ressasse (depuis trente ans) les mêmes arguments d’un autre âge que la course du temps a aujourd’hui confiné dans la curiosité folklorique : « Carrosserie aluminium assemblée à la main, légère et à l’épreuve de la rouille, construction unique autour d’un châssis séparé et d’une zone de survie »…
Plus bas, une foi sans borne en la réputation autoproclamée de la marque apprend aux visiteurs intrépides notamment que : « la répartition des masses idéale, le faible centre de gravité et la conception d’avant-garde concourent à un comportement routier hors pair »…

A tel point qu’il me paraît difficile d’établir une comparaison pertinente avec un quelconque objet créé par l’homme…., pour le reste, avouez que la design integrity prônée par Bristol continue de défier nos certitudes les plus ancrées en matière d’esthétique.
Je vous accorde qu’en nos temps de surenchère dans les montes pneumatiques, les enveloppes à flancs hauts de seulement 15 pouces de diamètre montées sur les précédentes Bristol ne craignaient pas le ridicule, sans doute n’y avait-il pas suffisamment de place pour en loger de plus grandes dans la soute à roue de secours, qui se trouvait dissimulée dans l’aile avant droite, la gauche servant d’asile à la batterie, une tradition bien ancrée chez Bristol.

Certes pratique, cette cache secrète impliquait un rejet exagéré de l’essieu frontal vers l’avant.
Le porte-à-faux arrière n’en apparaissait que plus démesuré, mais les plus philosophes prétendaient que la carrosserie trouvait son équilibre dans le déséquilibre…, cela a changé avec la Bristol Fighter qui laissait la totalité de son emplacement mécanique à un vieux V10 de Chrysler Viper, ce qui ne laissait plus aucune place disponible à une roue de secours dans l’aile…

Avant de vous conter ce qu’était plus précisément la Bristol Fighter, il m’a paru bon de vous narrer le mystère Bristol qui continue à hanter les nuits des spécialistes les plus reconnus….
Depuis sa création, Bristol a suscité des réactions favorables et non favorables…, et même très élogieuses, mais aussi de nombreux commentaires hostiles…, le gang du Vatican et les Chrétiens intégristes étant particulièrement exacerbés…., la principale objection, invoquée par les Christophiles, est que nous ne pouvons pas trouver de salut dans le monde naturel mais seulement au travers du surnaturel.

A cela, les défenseurs de Bristol ont rétorqué qu’en Bristol on vivait réellement en harmonie avec le monde naturel, alors que le monde n’avait fondamentalement nul besoin de rédemption…, cette réponse étant à la base d’une argumentation larvée, par laquelle les fanatiques de Bristol retraçaient les racines du terrorisme global qui hantent l’automobile !
Allez savoir si l’étrange fascination que suscite Bristol ne vient pas justement de là…, ne reste qu’à plus d’un demi million d’Euros, il va sans dire que Bristol n’intéressait qu’une poignée de lords sclérosés dans leurs vieilles habitudes de psychorigides invétérés.

De là à considérer l’achat d’une Bristol comme symptomatique d’un état de gâtisme avancé, il n’y a qu’un pas…, la marque n’a en effet jamais attiré autant d’aristocrates fauchés que ces dix dernières années, la preuve étant qu’aucune vente n’a été enregistrée
Il m’a été rétorqué qu’avec la nouvelle « Bullet », Bristol allait désormais compter des clients venant du milieu des affaires et même du show-biz…., preuve qu’on peut être à la fois pop star et conduire une posh car !

Ce qui est ci-après commenté…, est le manque d’ambition manifeste ou la marque d’un homme de goût, selon les standards britanniques…, car être voleur d’outillage industriel et aller dérober les presses de chez Bristol, cela pose question.
Bristol n’est pas à proprement parler la marque la plus connue d’Angleterre, ni la plus riche…., il a toutefois suffit à Paul Smith, amateur de ces voitures, d’utiliser des Bristol dans son iconographie commerciale pour que l’image de la marque de Kensington High Street se rénove un poil et tente d’émerger à nouveau.

Alors que, récemment, la marque a du faire face à une escroquerie montée par un mystérieux Kevin Storm tentant de vendre des Bristol fantômes…, aujourd’hui, ce sont carrément les presses de l’usine de Filton Airfield qui ont disparu…, la malédiction Bristol continue…
Durant un week-end, le bâtiment abritant les lignes de production de Bristol a été fracturé et les presses servant à façonner les ailes, portes et pavillon du Coupé Bristol Blenheim ont été volées.

Vous imaginez bien que vu le poids et l’encombrement des outils, ça n’est pas l’œuvre de quelques sauvageons du quartier…, il a fallu mettre en œuvre au moins une grue et un camion pour parvenir à partir avec le tout…, du coup, le nombre de Bristol Blenheim à venir a été défini comme « compté » car le marché de quelques voitures par an ne permettait pas d’investir 2 fois dans un outillage identique…
Les irréductibles défenseurs de la marque ont alors affirmé : « Si l’on regarde le verre à moitié plein, on peut espérer voir un nouveau modèle éclore à côté de la nouvelle Fighter d’ici 10 ans ».

On pense que les presses ont été subtilisées pour leur métal…, elles seraient donc vraisemblablement actuellement en Inde…, après les 50 ans de l’Hindustan Ambassador, les indiens voulaient-ils changer de modèle iconique tout en restant anglais ?
Ou alors, c’était un coup des Chinois…, avec le sens de la dérision qui les caractérisent, les médias britons ont en effet avancé qu’avec un peu de chance, certaines futures MG arrivant de Chine reviendraient composées d’un véritable métal anglais !

La Bristol est une GT anglaise énigmatique sous un nom d’avion militaire, le Bristol Bleinheim, un bi-moteur qui ne s’est toutefois pas illustré en combats comme le Spitfire…
Les liens unissant l’aéronautique et l’automobile ont toujours été très serrés et de nombreuses marques sont passées de l’une à l’autre et pas des moindres : BMW, Rolls-Royce et, bien entendu Saab avec ses mythiques Viggen.

Bristol, une des entités ayant formé British Aerospace, a suivi la même recette et, après des années de vache maigre, était revenu sous les feux des projecteurs avec la Fighter, à l’instar de McLaren avec sa F1, l’objectif de Bristol était purement et simplement de construire la GT la plus aboutie de tous les temps…
Les ingénieurs anglais étaient partis d’une feuille blanche et avaient mis au point (du moins le prétendaient-ils) un véhicule hors du commun, tant sur le plan mécanique qu’au niveau du style.

En ce qui concerne le physique de la belle, on aimait ou on n’aimait pas mais il ne laissait pas indifférent…, personnellement le mélange de Honda Integra pour le nez et de profil de Jaguar Type E… m’avait laisé de marbre.
Les formes permettaient au moins de dégager de l’espace puisqu’on pouvait loger un sac de golf dans le compartiment à bagages et que la roue de secours était de taille normale (285/40 x 18 tout de même)…, ce qui se cachait sous le capot devait en revanche ravir les plus exigeants : le V10 de 8.0l (celui de la Dodge Viper) développait ici 660 chevaux et, accouplé à une boite manuelle 6 rapports, il n’avait aucun mal à mouvoir les 1540 kg de la bête.

J’espère pour la renommée du bon goût anglais que la forme générale de l’auto avait été dictée par la performance plutôt que par la beauté sculpturale.
Les performances étaient « suffisantes » pour une voiture de cet acabit (prés de 350 km/h en pointe, la première qui monte à plus de 100 km/h donnait le ton), mais ne se démarquaient pas suffisamment de la concurrence…, ses caractéristiques et son prix de 350 000€, la mettaient en confrontation directe avec une Porsche Carrera GT qui possédait une image de marque bien supérieure et un physique plus facile.

Avec ce type de voitures on était dans le fantasme et dans l’imaginaire…, Bristol revendiquait pour sa Fighter SCR une vitesse de 435 km/h  et un 0 à 100 km/h en 3,5 secondes (presque décevant !).
La Bristol Fighter exposée sentait le vécu….,  mais on s’en f…, « ça ajoute un peu de couenne au jambon » dirait mon charcutier…, car rouler en Bristol n’était pas une question de prix…, juste un état d’esprit, c’était un pied de nez à la modernité qui se tarifait tout de même…, les pragmatiques crieront au scandale, ceux qui cherchent encore une Bristol depuis 10 ans ne tiqueront pas vraiment…, passons outre les inconvenances et soyons informatifs…