La société Fun Cars bvba, organisatrice de Flanders Collection Cars qui se tient au début de chaque année au Flanders Expo de Gand, a organisé durant le Week-End des 29 et 30 septembre 2007, sa seconde exposition Brussels Collection Car au Brussels Kart Expo de Bruxelles à Grand-Bigard.

www.GatsbyOnline.com  participait à cet important évènement automobile qui a marqué durablement Bruxelles et la Belgique entière.
L’automobile ancienne est une passion d’amateurs.
Ces amoureux viennent de tous les milieux sociaux, sont de toutes origines, ce qui les unit, c’est ce même amour de la voiture, un art de vivre pour certains.
Quand on interroge ces collectionneurs sur l’origine de leur passion, ils parlent généralement de leur enfance, de ces voitures qui les ont fait rêver autrefois, et qu’aujourd’hui ils peuvent enfin s’offrir.
Tous n’ont pas la même démarche, certains s’intéressent à la voiture populaire de leur grand-père, d’autres à la sportive, fantasme de leur jeunesse.
Le monde de la collection automobile a évolué.

Ces voitures plus récentes ne posent pas le principal problème de leurs aînées, à savoir trouver des pièces détachées.
Les « vieux » et irréductibles puristes ne conçoivent pas de collection après 1914, mais les années ’60 et le rêve de liberté porté par le cinéma, verront se profiler une nouvelle vague de collectionneurs.
C’est dans cette optique que les clubs se sont créés, afin de faire se rencontrer des amateurs et leur donner un cadre pour partager leur passion.
C’est ainsi que sont nées différentes compétitions comme les rallyes de type VHC (Véhicules Historiques de Compétition), ou bien encore les rallyes de régularité qui comportent une grosse part de navigation.

Dans les années ’80, on assiste au boom de la voiture de collection avec l’arrivée des voitures sportives…, elles vont vite, elles font rêver… et il est plus facile de leur trouver des pièces détachées.
Un véritable marché de la voiture de collection voit le jour dans les années ’70, le marché de l’art se chargera de le faire prospérer.
Mais voilà le marché flambe car quelques gros spéculateurs s’y intéressent et y investissent des sommes considérables.

Au départ de sociétés installées dans des paradis fiscaux, des voitures de haut niveau (Ferrari 250 GTO entre autres), se vendent des dizaines et dizaines de millions de US $ par le biais de ventes aux enchères truquées, blanchissant ainsi la soi-disante plus-value réalisée…

Dans cette même mouvance et parralèllement au marché de l’art, certains s’en servent pour blanchir leur argent « noir« , bien souvent l’argent de différents trafics, dont principalement la drogue.

Ils se mettent alors à acheter tout et n’importe quoi, du moment que c’est « ancien« …

Les spéculateurs « lambda » ne se rendent compte de rien et croient à un boom du marché de la voiture dite « de-collection« .

Les collectionneurs tentent de suivre, mais rapidement ne peuvent plus acheter.
Le marché de l’automobile de collection explose en valeur, tout ce qui est vieux acquiert une cotation soutenue.
Les « blanchisseurs » quittent ce milieu après avoir revendu à prix d’or leurs automobiles, qui ne sont qu’un moyen de « lessiver » leur argent noir…

Pour réaliser des liquidités, certains spéculateurs et collectionneurs bradent les prix…
Faute d’acquéreur, parce qu’il n’y a plus personne en haut de la pyramide artificielle, les voitures n’augmentent plus de valeur…
A force de braderies, en 1992 c’est le crack…

Les voitures de collection vont se raréfier.
Durant dix ans, le marché de l’automobile de collection va végéter, beaucoup de voitures vont disparaître faute d’entretiens, réparations et/ou restaurations nécessaires.
Les collectionneurs vont se remettre en chasse pour en acquérir les plus beaux spécimens restants, provoquant une recrudescence de ce marché, qui, à force de passion, va s’assainir.
Des spécialistes en recherche de voitures rares et exceptionnelles, tels que Karim de la société Space-Car (photo ci-après en compagnie de son fils), vont partir dans le monde entier pour tenter de découvrir des voitures bien précises en fonction des commandes passées par divers collectionneurs.

Mais les spéculateurs d’antan ne sont plus de la partie.
En 2002, les valeurs reprennent à la hausse.
L’automobile de collection n’est plus uniquement un investissement dont il faut attendre une rentabilité financière mais du pur plaisir.

Les véhicules qui « grimpent » le plus vite, sont principalement les « Muscle-cars » américains dotés de Big-Block V-8 de 6 et 7 litres…
Toutefois aux USA, grâce aux ventes aux enchères et à l’arrivée de toute une série de nouveaux multimilliardaires enrichis avec le monde des multimédias et d’Internet, grâce également aux investissements de nouvelles vedettes du cinéma Hollywoodien, le marché de la voiture de collection explose à nouveau…
En fait, toutes les voitures puissantes dotées de V-8 sur-puissants.
Dernièrement, une Corvette ’67 Big-Block, coupé, a été adjugée pour plus de 600.000 US $ plus fee !!!
On ne peut comprendre le rapport passionnel à l’automobile et le flot de production artistique qui en découle, comme l’automobilia (bibelots, tableaux, reproductions en cristal, etc.), sans prendre connaissance des raisons de son émergence.
C’est pourquoi, il est important de connaître la genèse de l’esthétique automobile en tant qu’œuvre d’art.
L’automobile a une signification étrangère à la chose elle-même : c’est un objet d’amour, un rêve incarné, une idole couverte d’or et de bijoux, un symbole de statut, bref, l’irrationnel à l’état pur.
L’automobile apparaît donc aux yeux des passionnés comme une sculpture d’une merveilleuse beauté.
Elle est vue comme une création quasi-divine, comme si Pygmalion, le héros d’Ovide dans Les métamorphoses, avait sculpté cette automobile des temps modernes dans un état de quasi perfection.

Ils ont donné forme et vie à leur création et leur voie fut suivie par de nombreux autres ingénieurs ou artistes tels que Louis Sabattier, Scott, Géo Ham, par les couturiers worth, Schiaparelli, Lanvin, etc., ainsi que par les carrossiers Letourneur, Chapron, Franay, etc., qui avaient un même regard sur la pureté des lignes. Ce qui amène à voir en l’automobile l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : une grande création d’époque conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image sinon dans son usage par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.
A la fin du XIX ièième siècle, les premiers sculpteurs d’automobiles s’appellent Joseph Cugnot, Etienne Lenoir, Léon Serpollet, Armand Peugeot, pour ne citer qu’eux.
L’industrie automobile a principalement pris son essor à travers les courses où les hommes ont eu le coup de foudre pour ces mécaniques pétaradantes qui leur permettaient de concrétiser leur rêve d’aller plus vite et plus loin, mais, ils ont eu aussi le coup de foudre pour ce jouet luxueux qui les faisait rêver dans les concours d’élégance automobile.
Un carrossier est comme un couturier, l’un et l’autre savent marier les lignes et les coloris, leur art procède à la fois du grand dessin et du menu détail.
A l’image de l’esthétisme de la femme, très raffinée, l’esthétisme de l’automobile doit aussi être recherchée.
La carrosserie a un rôle important dans le jeu de séduction de ces automobiles.
Carrosser un châssis d’automobile, c’est l’habiller.
Pour expliciter cette phrase, je cite cette anecdote véridique, lorsqu’ Ettore Bugatti s’exclama de la sorte en offrant un modèle réduit à son fils Jean en 1927 : Cette voiture est belle comme une femme !

Ce sont principalement les stars qui ont joué un rôle prépondérant dans l’histoire de l’automobile de prestige.
L’image de la femme est pour beaucoup dans l’évolution esthétique de l’automobile.
La réception et l’usage de l’art automobile, auprès du grand public, sont à rapprocher des analyses sur la culture de masse qui depuis les années 1920 et 1930 a proposé de nouveaux styles de vie fondés sur l’accomplissement intime, le divertissement, la consommation au travers des stars des sports et de la presse féminine…

Il ne s’agit en aucun cas d’opposer la culture élitiste à la culture populaire mais, au contraire, de comprendre les mécanismes de la transmission du comportement automo-bilistique au grand public.
La culture de masse a exalté la vie de loisir, le bonheur et le bien-être individuels, elle a promu une éthique ludique et consommative de la vie.
L’image idyllique, vendeuse au niveau économique et enjeu symbolique, au travers d’ingrédients issus du marketing tels que la vitesse, le luxe, l’évasion, a fait de l’automobile, un objet mythique.
Que ce soient les héros de courses tels que Fangio, les stars de cinéma telles que James Dean, ou encore les Miss lors de concours d’élégance, ils ont contribué à alimenter le mythe.
La publicité pour les voitures est souvent construite sur le système des oppositions homologues entre les objets distingués et les objets communs, l’espace libre et l’encombrement, les élites et les masses.
L’automobile a effectivement séduit tout un public à partir de l’image enjoliveuse diffusée sur les grands écrans et dans la grande presse.
Nous avons assisté à la sacralisation de l’Objet avec un O majuscule, en tant qu’objet ludique de collection, de détente, de passion, de plaisir et d’évasion dans le cadre du loisir.
En effet, c’est cet aspect ludique de l’automobile qui en a constitué le mythe.
Ainsi, dans la production artistique, d’un point de vue médiatique, nous avons la mise en évidence d’éléments imaginaires venant alimenter la relation affective à l’Objet dont l’image est partagée en famille.
Ce sont des automobiles dites de prestige dans le sens où elles ont marqué, d’une forte empreinte, l’histoire de l’industrie automobile par leurs exploits sportifs ou cinématographiques.
C’est le cas de Choupette la Coccinelle Volkswagen dans Un amour de Coccinelle, ou de la Citroën DS volante de Jean Marais dans Fantômas se déchaîne ou encore de la 2cv Citroën pulvérisée par Louis de Funès dans Le Corniau, la Mustang Fastback ’67 de Bullit, la Ford Gt-40 d’Un homme et une femme…
Ces automobiles sont de véritables stars aux côtés des luxueuses Rolls-Royce et sportives Ferrari et Ford GT-40 telle celle du Team www.GatsbyOnline.com exposée au Brussels Collection Car.

On peut parler d’émotion esthétique au cœur même de l’art populaire automobilistique car, l’art populaire est l’art qui plaît au peuple.
La culture automobilistique est née de cette image rêveuse mise en scène à travers les mass-média.
L’automobile a profondément marqué les consciences collectives de son empreinte symbolique, largement diffusée et reproduite.
En effet, certaines automobiles de constructeurs auparavant anonymes sont devenues célèbres par les courses automobiles, les Salons, la mode, les films et par l’influence d’hommes (créateurs, hommes d’institutions, pilotes ou stars de cinéma) qui les ont élevées au rang d’automobiles mythiques.

C’est la raison pour laquelle, la connaissance sociologique de l’œuvre passe par la connaissance des contextes socio-culturels de son apparition et de sa réception.
Ainsi, la légitimation et la reconnaissance sociale de l’automobile, en tant qu’Objet d’art populaire, se font via ses apparitions médiatiques ; autrement dit, via sa production culturelle dans l’histoire sociale.
Les déterminants sociaux de l’automobile en tant qu’Objet d’art populaire sont à rechercher à la fois dans le tissu social et dans le tissu familial.
C’est la jonction des deux qui, par tout un processus, apporte une culture automobilistique et donne naissance à la passion de l’automobile.

Elle émeut, elle agit sur la sensibilité, elle fait intervenir l’émotivité.
L’automobile agit sur les représentations communes.
L’automobile ne laisse pas insensible les individus par toute une production médiatique qui a modelé les consciences individuelles de manière à ce qu’elle soit vue sous une certaine forme sympathique ayant donné naissance au mythe de l’auto.
D’où son passage d’objet utilitaire à valeur économique à Objet mythique à valeur sacrale.

L’image de la fureur de vivre fut reprise par la publicité pour vanter les mérites de l’Opel Corsa, dans un style toutefois très différent.
Penons le cas de la personnalité de James Dean qui a immortalisé la jeunesse avec sa Porsche Grand Sport.
Un embryon de religion se constitue autour de ces automobiles.
C’est le cas pour la voiture de James Dean, la voiture fatale est sacralisée.
Cette voiture disloquée, qui symbolise la passion de James Dean, est même débitée en boulons, pièces de ferrailles tordues qui sont autant de reliques sacrées que l’on peut acheter selon la grosseur à partir de 25 dollars pièce et que l’on peut garder sur soi, pour s’imprégner de la substance mystique du héros.

L’automobile des Stars a suivi ce chemin et est devenue à son tour un Objet d’art.
Depuis longtemps, les produits les plus raffinés de notre civilisation finissent tôt ou tard dans les musées et les collections privées.
Une automobile devient un objet de collection pour son intérêt historique, la personnalité de son créateur, de son propriétaire, et pour son originalité technique et stylistique.

Pièce d’origine, restaurée ou réplique, il convient de savoir aujourd’hui déjouer les embûches.
Comme le mobilier ancien, les automobiles de prestige sont classées par style.
La voiture de collection n’est pas obligatoirement une voiture très ancienne.
Certains amateurs mettent un point d’honneur à collectionner des voitures neuves et prestigieuses comme les Ferrari, Lamborghini, Bugatti, Rolls-Royce, Mercedes, etc.

Leur valeur paraît aussi sûre que celle d’un tableau de Rembrandt ou de Van Gogh : des « tas de ferraille » au prix des plus grands tableaux modernes !
A l’achat, le prix de certains modèles se compte parfois en millions d’euros.
Après tout pourquoi pas !
Ma Bugatti est plus belle que toutes les œuvres d’art, clamait André Derain, orfèvre en la matière puisqu’il n’en posséda pas moins de quatorze, c’est aussi ce qu’affirme Jacques Peirs de Jac’Cars concernant sa collection de Lamborghini, dont celle illustrée ci-dessous qui a appartenu à Gérard Depardieu… 

Il existe un marché mondial de l’automobile de prestige comme pour les œuvres d’art.
Le marché est organisé, structuré, avec ses rendez-vous annuels comme le Salon Rétromobile de Paris, le Classic Car Show à Birmingham, l’Auto Jumble à Beaulieu en Grande-Bretagne et le Brussels Collection Car, ainsi que le Flanders Collection Car.
Au cours des années ’60, l’automobile s’est démocratisée.
Des bas de gamme tel le Land-Rover ci-dessus sont entrés « en collection« …, tandis qu’à l’opposé, certains modèles de marque haut de gamme ayant fait les beaux jours de l’industrie quittèrent la France pour garnir les musées des Etats-Unis ou d’Angleterre entre 16 et 25.000 francs français de cette époque, soit aujourd’hui entre 2.500 et 3.800 euros…, triste gâchis.

Ces paléontologues de l’automobile décidèrent de les restaurer et de les conserver précieusement.
Voyant partir à l’étranger ce patrimoine, des passionnés tombés sous le charme de ces automobiles démodées, décidèrent de les acquérir afin de sauvegarder ces automobiles qui, pour certaines, furent récupérées au fond de granges, à l’état d’épave.
Ce fut le début de la collection.
Il s’agit là d’un véritable sauvetage d’un patrimoine culturel.
Mais d’autres préfèrèrent ne s’intéresser qu’à des voitures sportives plus ou moins rares, comme la Corvette C5 ci-dessus…, ou comme la Corvette C3 ci-dessous.

L’acte de restauration est une expression artistique en soi, les manières de faire ressemblent en tous points à un véritable travail d’art puisqu’il existe, non seulement, des savoir-faire transmis de génération en génération, mais aussi, des critères de restauration.

Tout ces propriétaires sont, eux aussi, de véritables Pygmalion dans le sens où ils restaurent leur véhicule « d’époque » en cherchant ou en fabriquant des pièces, en le bichonnant et le lustrant pour lui redonner son aspect d’origine.

Certains passent plus de 2.500 heures à restaurer ces automobiles passées de mode, mobilisant tous les métiers annexes à l’automobile comme le carrossier, le mécanicien, le tôlier, le tapissier, etc.
En effet, lorsqu’il s’agit de restauration d’œuvres d’art, symbole de l’élégance d’avant-guerre, on peux parler de haute couture automobile, affaire de véritables re-créateurs, à la fois artistes et artisans.
Là encore, nous avons affaire à de véritables Pygmalion désireux de retrouver L’Age d’Or de l’automobile.

C’est une véritable histoire d’amour qui lie ces hommes à l’automobile.
Autrefois, cette automobile donnait du prestige à son propriétaire, aujourd’hui, c’est lui qui redonne son prestige d’antan.
Certains n’hésitent même pas à leur donner des noms de grandes amoureuses ; elles s’appellent Esclarmonde, Artémise, Joséphine, Pélagie et Julie.
L’automobile Galatéenne est, non seulement, rattachée à son propriétaire par des sentiments ambigus mêlés d’une certaine forme d’érotisme, mais elle est aussi dotée d’une âme.
Pour ces passionnés, une automobile immobile est un non-sens.
Ils vont sur cette chose animée (anima) faire revivre le souvenir des événements qui ont fait accéder certaines automobiles au statut de véritable star, passant ainsi, de la starisation de l’automobile à sa sacralisation comme Objet mythique.
L’amour qu’ont les passionnés pour l’automobile est en soi une déification ; aimer d’amour sa voiture, c’est l’idéaliser et l’adorer.
Dans ce sens, tout amour pour une automobile suscite une fermentation mythique.
L’homo automobilis religiosus veut tout connaître sur son automobile préférée : la biographie de son créateur, l’histoire de la marque, le nom des stars qui l’ont conduite, ses apparitions cinématographiques…
On peut dire que la starisation sert, de surcroît, de modèle à l’accomplissement de la pratique ludique de l’automobile.
C’est par ce processus de projection/identification que se crée une relation affective avec l’automobile.
C’est pourquoi, la question de la production artistique est au cœur de la passion.
De même, lors de sorties, il existe un code esthétique au niveau vestimentaire en correspondance avec l’époque de l’automobile.
Il s’agit de l’acquisition d’une culture esthétique de l’automobile au sens d’une praxis.
Les propriétaires essaient, de cette manière, de préserver la pratique traditionnelle de l’automobilisme pour retrouver la sensibilité originelle à l’Objet.
Ainsi, peut-on affirmer que l’ethos de la nostalgie est à l’origine de l’effusion passionnelle.

D’autres s’offrent, trente ans après, l’objet pétaradant de leurs rêves d’adolescents.
En France, certains milliardaires achètent des voitures de collection pour échapper à l’impôt sur la fortune, dont ils sont ­ainsi exonérées, ou à l’ennui des routes à vitesse limitée aux commandes d’une voiture moderne.
D’autres enfin bricolent d’improbables tacots pour conserver le souvenir de l’odeur du cambouis et de l’huile de ricin…
Le petit monde hétéroclite des amateurs des voitures anciennes est une tribu qui a ses codes.

Si ceux qui compulsent frénétiquement les catalogues de ventes aux enchères de Coys, Bonham’s, Christie’s, R&M, Kruse et Barret-Jackson (entre-autres) sont plus élitistes, tous ces passionnés font vivre de la même manière une véritable petite industrie.
Pièces détachées, littérature spécialisée, entretien et ventes de voitures aux enchères ou entre particuliers…, le domaine est vaste : aujourd’hui, n’importe quelle auto de plus de 25 ans est considérée comme voiture de collection.

Bien entendu, toutes les autos qui changent de main n’atteignent pas le prix des pièces uniques qui sont mises aux enchères.
Évidemment, ces ventes haut de gamme restent l’exception, dans 82 % des cas, les transactions n’excèdent pas 15.000 euros.
Ces achats sont néanmoins au coeur de l’écosystème des antiquités roulantes.

En France, le commerce proprement dit représente environ 1 milliard d’euros et les deux tiers de ce total sont réalisés par les ventes aux enchères.
Un peu moins de 1 milliard est dépensé pour les sorties, la littérature spécialisée et les frais annexes.
Quant au troisième milliard, il est dû à l’entretien, aux pièces détachées et aux travaux sur les carrosseries.
Les garagistes français plus ou moins spécialisés réparent, carrossent, règlent la majeure partie des 660.000 voitures de collection répertoriées dans l’Hexagone.
Le travail est plutôt efficace : trois sur quatre sont en état de marche.

En fait, quelque 2.000 entreprises se sont spécialisées dans cette petite industrie active mais où l’on a du mal à recruter de nouveaux mécaniciens pour transmettre son savoir-faire, 58 % de ces entreprises éprouvent des difficultés à trouver des salariés.
Aujourd’hui, les jeunes semblent beaucoup plus attirés par la réparation des voitures modernes, parfois, on a l’impression qu’ils préfèrent changer l’aile d’une auto actuelle que de prendre le plaisir d’apprendre à découper une tôle, puis à la façonner.
Restaurer, sans bricoler soi-même, est un exercice dispendieux.
Une vraie restauration est le plus souvent longue et coûteuse, c’est pour cela que l’on restaure davantage de voitures haut de gamme.
Les prix de revente élevés permettent d’amortir le coût des travaux contrairement aux 2 CV, qui ne se vendront jamais très cher.
Car, les possesseurs de voiture ne roulent pas tous sur l’or.
Environ un tiers des ménages propriétaires de voitures de collection annonce des revenus inférieurs à 30.000 euros par an.
Ce sont des passionnés pour lesquels prime la valeur sentimentale d’une voiture qui, parfois, est dans la famille depuis longtemps, une restauration, c’est parfois deux fois le prix de la voiture.
Économiquement, cela n’a pas beaucoup de sens, mais c’est aussi un patrimoine familial.
Les gens sont heureux de refaire toute belle la voiture de grand-père, pour la transmettre aux générations suivantes…
Guy Evens (Collection Car Groups) & Patrice De Bruyne (www.GatsbyOnline.com)
Interview…

Guy Evens : Que penser de ce show ?
Patrice De Bruyne : Pour comprendre et survivre dans les show d’automobiles de collection, il faut imaginez un instant qu’on vit dans un monde du même genre où les gens troquent des poulets, du grain et des pièces de tissus… et que, soudain, un beau jour, des « étrangers » débarquent et proposent des voitures bizarres ; les gens en ont envie, mais : « Désolé, » dit l’un d’entre eux, « on n’accepte pas les poulets ; on ne prend que l’or, les euros et dollars« …

Guy Evens : Etrange comparaison, mais je veux bien entrer dans ta réflexion, Patrice. Que faire ?
Patrice De Bruyne : Il n’est pas difficile de comprendre qu’il faut trouver un moyen de convertir les poulets en l’une des marchandises que les marchands de voitures acceptent…, ll faut trouver quelqu’un prêt à donner de l’or en échange des poulets, ou quelqu’un prêt à donner une marchandise que les gens peuvent ensuite troquer contre de l’or, et ainsi de suite…, tant que le poulet est convertible, de manière directe ou détournée, en or, les gens peuvent acheter les voitures…

Guy Evens : Je reste sans voix face à cette idée !
Patrice De Bruyne : Ce qui vaut pour les poulets d’une économie de troc primitive, vaut aussi pour les biens impalpables comme les idées et la réputation.

Guy Evens : Quel en est le rapport ?
Patrice De Bruyne : Dans une économie de troc primitive, les échanges se limitent aux marchandises élémentaires, aux quelques automobiles qui apparaissent, alors que les gens ne souhaitent pas acquérir une automobile, quelle que soit leur richesse en grains ou en tissus ou en poulets…, seule une faible portion d’entre eux sera convertie en marchandises capables d’acheter une automobile, comme l’or. Et là encore, seules certaines personnes trouveront, à certains moments, les suites adéquates d’échanges permettant de convertir des poulets en or, suites qui dépendront de la conjecture et de la demande globale pour des marchandises aussi inhabituelles au sein de l’économie.

Guy Evens : Ou veux-tu en venir ?
Patrice De Bruyne : Les gens, en général n’ont plus des masses d’argent à dépenser dans des voitures de plaisirs, seuls des gens qui disposent de tout le nécéssaire et au delà, ont encore les moyens d’acquérir du luxe ou de la nostalgie…, les autres commencent à avoir des difficultés à acheter des poulets… Je constate que les gens de cette dernière catégorie confondent les poulets avec les pigeons…

Guy Evens : Quel rapport avec le Brussels Collection Car ?
Patrice De Bruyne : La chute des cours, principalement les valeurs bancaires et financières, fait surgir du bois quelques chasseurs impatients de garnir leur gibecière de belles proies affectées par la crise économique.

Guy Evens : Ce réveil démontre la fin des turbulences qui affectent les marchés financiers depuis quelques mois, non ?
Patrice De Bruyne : L’arrivée de ces « investisseurs » est une bonne nouvelle pour les vendeurs qui ont au moins en face d’eux une « contrepartie » acheteuse qui propose mieux que des poulets… Le marché immobilier américain est en crise profonde, les ventes de maison ont « dévissé » d’environ 10% et cela commence à affecter l’Europe. Certains se rendent compte que cette « bulle » immobilière n’était qu’une « bulle » et cherchent à vendre pour investir dans autre chose alors que pas grand monde ne veux acheter, les gens alors troquent… C’est l’exemple des poulets offerts aux pigeons qui ne mangent que des graines d’or…

Guy Evens : Et quelles solutions ?
Patrice De Bruyne : Attendre en espérant de survivre avant de rebondir… Le marché du crédit reste temporairement asséché, la Northern Bank, la banque anglaise en grande difficulté, à du recourir à un second prêt de la Banque d’Angleterre pour ne pas sombrer… Dans ce climat délétère, pas simple de rester calme et serein…

Guy Evens : Pourtant la publication des chiffres de Zetes, le groupe Bruxellois spécialisé dans les codes barres et l’identification des biens et des personnes, confirme la belle santé générale des entreprises belges…
Patrice De Bruyne : C’est vrai que les Belges n’ont pas à se plaindre, mais ils profitent de la crise des autres pour liquider leurs surplus de poulets, malgré que les valeurs automobiles continuent leur progression, les gens tentent d’acheter au troc ou en rabaissant les prix en espérant que le/les vendeur(s) ont faim…

Guy Evens : Tout le monde à faim !
Patrice De Bruyne : Oui, tout le monde à faim, mais trop de poulets provoque une indigestion… Un système économique qui tend de plus en plus à se fonder sur l’intérêt égoïste personnel et la maximisation de l’utilité de faire des trocs et des échanges déséquilibrés, nécessite d’identifier d’abord ce qui est utile, c’est à dire les sources de valeur, ainsi qu’une méthode d’interaction économique…, c’est la rareté qui crée de la valeur, mais la valeur est subjective ! Les réputations, comme les idées, n’ont pas en elles-mêmes de valeur ; comme l’argent, elles représentent des choses de valeur, comme des biens par procuration. Elles sont cruciales et entretiennent le feu qui fait chauffer la marmite de tout un chacun-chacune…, de même que l’argent est nécessaire pour réduire les inefficacités des marchés de trocs et d’échanges. Cependant, il leur faut des calculs et des techniques pour fonctionner efficacement, de même que l’argent dispose aujourd’hui de mécanismes qui fixent les prix…, alors que bien des gens le font exclusivement pour l’enfoncer bien profond dans le c… des supposés pigeons.

Guy Evens : Toujours le mot pour rire, Patrice !
Patrice De Bruyne : Pouvoir rire de tout aide à supporter la connerie des autres… Comme d’habitude…, une prise de bec avec un groupe de Ferraristes irréductibles, je leur ai renvoyé leurs médisances précisant que les Ferrari actuelles dont l’Enzo sont en plastique…, en dehors de cela, rien…

Guy Evens : C’est le même genre d’histoire de show en show !
Patrice De Bruyne : Oui, les mêmes ritournelles, cela démontre que ces « ceusses » critiquent mais n’ont ni les moyens financiers, ni les connaissances, ni la motivation, ni l’envie d’acquérir quoique ce soit d’autre que la voiture de leur Grand-père et ce pour la valeur d’un poulet roti ! Ce que je ressens de plus en plus mal, c’est le mépris de certains, comme les Ferraristes cités plus avant, et la bétise d’autres qui ne cherchent qu’à réaliser des affaires sur le dos des autres avec un risque zéro… Dans cette catégorie, il arrivait de plus en plus que des gens achètent, signent un bon de commande, tracent un chèque d’acompte…. et que celui-ci me revient sans provision, le client prétendant après coup que la voiture n’a plus ses pneus d’origine… Tout cela n’est pas très sain, il y a de quoi déprimer, d’ou mon besoin de rire de tout !

Guy Evens : C’est une chance de pouvoir rire de tout, en plus tu as la manière de décrire les choses et les gens !
Patrice De Bruyne : Ces errements d’un certain public me paraissent typiquement « belgo-belges« , dans les autres pays d’Europe, les réactions sont beaucoup plus positives, et aux Etats-Unis, le marché des véhicules de collection vole de records en records de mois en mois…  Des gens revenus dernièrement des USA m’ont dit que le prix de mes Corvette était terriblement bon-marché comparé aux prix obtenus là-bas, que ce soit dans des ventes aux enchères, dans des « swap-meet » et chez des vendeurs professionnels et/ou privés… La bourse américaine vient aussi de repartir à la hausse… Wall Street laisse derrière elle les turbulences de l’été et atteint de nouveaux sommets, avec le sentiment que le pire de la crise du marché hypothécaire appartient désormais au passé. Depuis 48 heures, les indices boursiers américains ont tous eu le vent en poupe : le Dow Jones, qui regroupe les 30 valeurs vedettes de la place new-yorkaise, a clôturé sur un record à 14.087,55 points, effaçant des tablettes son précédent record de clôture inscrit le 19 juillet à 14.000,41 points. En séance, il a dépassé les 14.100 points, à 14.115,51 points. L’indice Standard and Poor’s 500, plus large, donc plus représentatif, a fini à moins de six points de son plus haut, soit 1.553,08 points, à 1.547,04 points. L’indice Nasdaq a pour sa part retrouvé des niveaux qu’il n’avait plus touchés depuis 2001, à 2.740,99 points soit +1,46% !!!

Guy Evens : Les investisseurs ont décidé de lire au-delà des mauvais chiffres, c’est clair.
Patrice De Bruyne : Pour le quatrième trimestre, ils s’attardent sur les perspectives des grosses banques. Or celles-ci disent qu’il faut ranger les problèmes liés au « subprime » au passé et regarder en avant. Les investisseurs parient d’ores et déjà sur un excellent quatrième trimestre par rapport au troisième, qui s’est soldé, malgré la tempête financière de l’été et la montée des craintes liées à l’immobilier, par une progression de 3,6% du Dow Jones, de 1,6% du S&P 500 et de 3,8% du Nasdaq. Guy Evens : Après un premier recul en août, liée à la crise hypothécaire, l’horizon de Wall Street avait continué de s’assombrir avec la publication des indicateurs macroéconomiques esquissant une récession de l’économie américaine.Patrice De Bruyne : Oui, mais le 18 septembre, la banque centrale américaine, la « Fed« , a volé à son secours en baissant d’un demi-point son principal taux directeur et en mettant en avant les risques de contagions de la crise à l’économie « réelle« . Désormais, toute nouvelle donnée macroéconomique un peu faible ravive les spéculations sur un nouvel assouplissement monétaire d’ici la fin de l’année. Cela est le cas actuellement avec la publication de l’indice ISM sur l’activité du secteur industriel, qui a baissé à 52% en septembre contre 52,9% en août. Nous verrons, suite à tout cela, quelle sera l’évolution « belgo-belge » du marché de l’automobile de collection à ton prochain show, au Flanders Expo de Gand…