Chrome City Angels…
 
J’ai appuyé à fond. Le V8 m’a collé au siège.
Mais l’effet de couple passé, j’ai eu du mal à contrôler l’engin.
J’ai fait des signes frénétiques aux têtes que j’entrevoyais dans les différents habitacles que je doublais à toute allure, jusqu’au moment ou je rattarapais enfin Claire et Lorenza au volant de leur antique Zil russe…
Elles me firent un signe, index dressé vers le haut et opinèrent de la tête.
On aurait pu penser à la répétition de quelque ballet postmoderne.
Visages et silhouettes se détournaient, à la vitesse du dépassement accompli, puis ces mêmes visages et silhouettes, dans un mouvement séquentiel parfait de symétrie, reprenaient leurs positions face à la route, dés que ma voiture finissait de les doubler.
Une chose était sure : il n’y avait pas des flics derrière moi.
Déjà ça.Ensuite, tout est arrivé très vite : Claire et Lorenza ont déboîté pour se glisser en douce derrière mon véhicule.
Les deux sottes me firent alors des appels incessants de phares pour me perturber.
Peu après, j’ai fini par atteindre la vieille ville.J’ai engagé mon engin sur la petite route de gauche qui fait le tour du Building S-6543 pour déboucher le long du lac artificiel en bordure de la centrale nucléaire, face au super-marché.
J’ai bouclé acrobatiquement la ceinture de sécurité, puis, j’ai freiné plein pot, après deux cents mètres d’engagement sur la route étroite.
Une brave ménagère au volant d’un coupé Ford qui arrivait face à moi, fut prise de panique, freina à mort et enfonça l’arrière d’un Hummer 4×4 qui stationnait sur le bord de la route.
Le choc, très violent, a soulevé l’essieu puis a envoyé le 4×4 dans le lac sur un groupe de pédalos qui ont disparu au fond de l’eau avec le lourd tout-terrain.
Un vieux pépère au volant d’une berline sans âge, paniqué, continua tout droit, c’est à dire sur le ponton des mini-voiliers, après avoir traversé la chaussée en écrasant une troupe de scouts…, tandis qu’une Rolls-Royce blanche qui la suivait a préféré plonger dans le fossé pour éviter une collision en chaîne.
Elle a percuté, peu après, un arbre de son aile droite et a terminé en tonneau…Claire et Lorenza s’étant maintenus à bonne distance, réussirent à freiner : leur vieille Zil embarqua vers la gauche, mais stoppa sans trop de difficultés.
Des acrobates ces deux filles, des cascadeuses dans l’âme aussi… A moitié dans les vapes, le conducteur de la Rolls-Royce gémissait, la tête engloutie dans l’airbag conducteur.
Merde…
On roulait sans assurance, les contrôles techniques étaient périmés depuis 10 ans, Claire et Lorenza n’avaient plus de permis…
Si on laissait tout ce bazar en place sans y apporter une petite touche perso, si on attendait les flics pour expliquer l’inexplicable, notre compte était bon…
J’ai crié : « PLAN B« …
Tout le monde a compris !
Il fallait nous hâter, éviter toute visite impromptue qui nous obligerait sans doute à prendre soin des nouveaux arrivants…
Je n’y tenais pas vraiment.
On atteignait déjà le trop-plein.
Chacun se mit à la tâche.
Claire, déconcertante de sang-froid, tira froidement une balle de 357 magnum dans la tête du conducteur de la Rolls qui émergeait de son airbag.
Un mignon petit trou rouge apparut entre les yeux.
L’homme mourut, sans une plainte, œil fixe, les paupières se relevant dans un dernier arc réflexe…Lorenza lui coupa les roupettes avec un rasoir qu’elle jeta ensuite sur le tableau de bord de la Rolls-Royce…
Travail d’empreintes accompli, Lorenza tira deux coups de fusil à pompe dans la porte du coupé Ford puis déposa l’arme contre la portière du conducteur de la Rolls, comme s’il y avait eu règlement de compte entre bons amis et amies. 
Elle balança ensuite des cartouches à l’intérieur du véhicule.
Puis, à sa demande, Claire brisa la nuque du pépère. Ca s’est révélé plus difficile : l’accidenté devait déjà horriblement souffrir.
La manipulation de Claire le fit hurler terrible.
Puis, elle a fini par y arriver, et, après s’être relevée elle a arraché violemment la trappe et le bouchon du réservoir, ensuite, elle a laissé couler l’essence…
Pendant ce temps Lorenza et moi-même tentions de dégager le cadavre d’un doberman du siège arrière de la Rolls-Royce…
Le corps du clebs s’était envolé au moment de l’impact…
Il avait été violemment projeté contre le tableau de bord puis était revenu se ficher sur le dossier de la banquette passager.
Pour faire plus vrai Lorenza à placé les deux roupettes du conducteur de la Rolls dans la gueule du doberman !
Fallait se dépêcher : la rigidité cadavérique n’allait pas tarder à apparaître.
A ce moment-là, il s’est produit un truc étrange : Claire est devenue toute pâle. 
Elle fixait le corps du pépère dont elle venait de briser la nuque, puis, a dit : « Il vient de bouger » !
Je me suis approché : j’ai entendu comme un soupir…, le dernier ! 
Oh, le con devenait gazeux !
Jusqu’au bout, il avait décidé de gonfler son monde !
Ensuite nous avons balancés sur le ponton des mini-voiliers quelques molaires que nous avions récupérées sur la route…
Le tout n’a pas pris cinq minutes.
C’est plus long à décrire dans le détail qu’à faire pour de vrai…
Nous sommes repartis.
Tant pis pour les pièces détachées !
La Rolls-Royce, devenue épave, reposait dans le fossé qui longeait la petite route, elle s’est embrasée grâce à Lorenza et une torche en papier…
Avec un peu de chance, la forêt, à proximité, ainsi que tous les batiments alentours y compris le super marché prendraient feu, augmentant ainsi les chances de faire disparaître des indices par trop significatifs…
Bien évidemment, la mise en scène ne ferait pas long feu pour des spécialistes de scènes de crimes. Manqueraient les roupignoles du mec à la Rolls, par exemple, qu’ils retrouveraient finalement dans la gueule du clebs.
Pour faire désordre, ça ferait désordre.
Mais la réalisation était suffisamment emberlificotée pour laisser le temps de voir venir, et faire des bagages, si nécessaire…
Le plan B était relativement simple, à ce bazar il s’interprèterait comme suit : Après partouze pas très fine, suivie d’un chaud départ des autres convives, le pépère à fait mumuse en fin de soirée à la ménagère au coupé Ford… Ils sont à ce point allumés qu’ils finissent par foutre le rifle au super marché… Une course-poursuite s’en suit : sorte de jeu à la fois sérieux et furieux… Défi à la vie, à la mort… Manque de bol, un mafieu au volant d’une Rolls, trop joueur et facétieux, percute un arbre et oblige des  scouts à se foutre la gueule en l’air… Il se crame la canne accidentellement, tente de flinguer le pépère ; Il y parvient, après avoir essuyé une décharge de fusil à pompe… Malade complet, son rasoir sur lui (ça ferait travailler les bulbes des enquêteurs la présence de ce rasoir), se sera émasculé dans un geste de désespoir amoureux, puis il tente de se suicider au pistolet… Mais, il se rate, (Il y parviendra cependant par choc et perte de sang…) tandis que son doberman lui bouffe les roupignoles…
Du mauvais série B….
Pour la disparition des roupettes, on laisserait supputer.
Pour la plaie au crâne aussi…
Ca tiendrait ce que ça tiendrait.
On était loin de la perfection du scénario de l’accident de « Lady Di »… 
Mais l’emberlificote de la mise en scène allait leur prendre les têtes un petit moment.
Juste ce qu’il fallait pour trouver de l’air.
Un travail de voltigeurs aguerris…
Et, de toute façon, avec Claire et Lorenza, il n’y avait aucun problème…
Une heure plus tard les pompiers étaient en pleine action.
Il ne restait pas grand chose du super marché.
Les sapeurs se contentaient d’arroser les débris noircis et fumants.
Une colonne de fumée montait, abondante.
Et il y avait l’accident, l’incendie.
Selon le capitaine des pompiers, les sinistres étaient liés, ce que confirmaient ses hommes.
Le propriétaire du super marché faisait partie des victimes de l’accident tragique, les pompiers supposaient même qu’il était l’organisateur de la partouze à l’origine de ce bazar infernal…
A vrai dire, personne ne regrettait le pépère.
Les pompiers volontaires gardaient tous en mémoire la froideur de son accueil au moment des étrennes. C’était même devenu une forme de bizutage pour tout nouvel arrivant dans la brigade.
D’habitude, il foutait immédiatement le novice, avec son lot chatoyant de calendriers sous le bras, à la porte. Il lui demandait d’aller jouer ailleurs avec son camion qui faisait pimpom !
Non seulement cet engin coûtait une fortune, mais se trouvait gracieusement offert par les contribuables de la commune dont lui-même faisait bêtement partie.
Il concluait son exposé en traitant, direct, le nouveau venu de parasite et d’incendiaire.
Il ajoutait une formule tendre, du genre :  » Espèce de pisse-au-lit, de drogué de la corne de brume et du gyrophare ! « .
Enfin, il proposait de lâcher ses chiens si le soldat du feu, volontaire et bénévole, ne détalait pas sur-le-champ.Bref, les pompiers se vengeaient…Nous pouvions continuer notre promenade, l’affaire était classée…-« Roule moins vite » me dit Lorenza, « c’est pas le moment d’occasioner un autre accident« …
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