Collectionner une Lamborghini Murciélago…
Comment s’en sortir ?

Dans le monde glauque des malfaisants qui peuplent l’enfer des automobiles de collection, on a beaucoup parlé des portes de cet Enfer qui se referment en grinçant sur les damnés, des portails d’acier qui se dressent à l’extrémité de la route des bonnes intentions…, mais, c’est que l’Enfer des automobiles de collection est un endroit qui possède sept portes très puissantes qui donnent soi-disant accès à des plaisirs intenses, entre deux monts d’Utopies, ou des masturbations infernales ont lieu, qui font se transporter ceux et celles qui s’abreuvent des éjaculations de joies de ceusses qui ne savent pas encore que leur bonheur sera de courte durée…, au centre des Enfers pour y demeurer toujours et à jamais en expiation…

– Le premier portail est une porte infernale dans son expression la plus classique, faite toute entière d’un acier magique, moulée de scènes extraordinaires qui laissent supposer que le paradis est là… et qui réagit à sa propre façon aux températures changeantes de la Géhenne : les « décorations » mouvantes qui le recouvrent entièrement varient en couleur du blanc de l’incandescence au bleu que le métal prend une fois exposé au froid le plus extrême, une couleur qu’on ne peut voir qu’en Enfer : partout ailleurs l’acier s’émiette bien avant… et cette porte garde deux secrets mais… pas très bien : elle les livre à tous ceux et celles qui la voient.

– La seconde entrée est toute de cuir pourrissant monté sur une armature de bois vermoulu…, le tout identique aux intérieurs patinés des plus merveilleuses anciennes automobiles…, les craquelures que le temps a créé dans la peau laissent entrevoir les mirifiques épreuves vécues par les automobiles…, elles laissent passer les rêveurs qui peuvent ainsi se repaître des deux cotés…, cette porte a deux secrets elle aussi, rien qu’en la voyant vous comprendriez tout de suite…

– La troisième est d’un bois moyenâgeux hérissé de clous de fer noircis…, le bois lui-même est sombre et couvert de cicatrices comme si, dans un passé très lointain, on avait essayé de prendre d’assaut la porte qui semble celle d’une grange ou d’un antique garage …, mais comme toute chose en ce lieu, ce n’est là qu’une apparence : un examen plus attentif révèle que le bois est toujours vivant…, ici et là, il y a comme des veines qui battent spasmodiquement à intervalles irréguliers…, le portail vit…, ce bois connaît deux vérités qu’il est supposé ne dire à personne…, mais comme il souffre déjà tout ce qu’il peut endurer, il les hurle à qui veut bien l’entendre.

– La quatrième porte est de peau humaine qui n’a jamais été tannée : ici et là des morceaux de chair s’y accrochent encore où s’agglutinent les ahuris omniprésents…, le matériau non traité s’en dégrade assez vite et doit souvent être remplacé…, à cette fin un certain nombre de damnés se tiennent tout à coté, attendant le bon vouloir des démons qui l’entretiennent…, les damnés savent à propos des deux secrets et ne font rien pourtant…, mais ils vous le diront si vous leur demandez, qu’ils ont été pilotes de courses automobiles et y sont décédés dans des conditions abominables…

– La cinquième porte, toute d’os blanchis, sourit cruellement…, elle observe ceux qui la veulent franchir avec la compassion du vrai débauché, et pour un long moment les pèse en ce qui semble être vraiment de très fines balances…, face à cette imposante surface d’un blanc mat et sale, les collectionneurs d’automobiles se rendent là enfin compte de leur erreur de vouloir acquérir les pires cauchemars de l’univers, souvent ils se sentent comme mis à nu, les différentes couches de leur existence sont pelées et étalées comme celle d’un oignon, puis examinées attentivement…, mais quel que soit le résultat, la porte s’ouvrira toujours pour laisser passer les damnés…, elle n’a pas le choix…, bien sûr que cette porte connaît les secrets…, vous les connaîtriez vous aussi, rien qu’en la voyant.

– La sixième porte de l’Enfer des automobiles de collection est composée des cris des damnés de l’avant-dernier cercle…, tout ce que l’expérience humaine et démoniaque peut produire en termes de douleur et d’horreur, mais aussi d’humiliation et de frustration, de jalousie et de peur, ou tout simplement d’angoisse devant le monde qui n’en finit pas, est contenu dans ce cri qui garde l’entrée mieux qu’aucun bronze : « Rendez-moi mon argent, reprenez cette saloperie de bagnole »…, ce cri est tellement pénétrant que ce n’est plus vraiment un secret…

– La septième porte…, basse comme celle d’une cave à charbon est faite d’un bois tout ordinaire, mais sa structure n’est jamais la même : changeant pour chaque nouveau visiteur…, c’est qu’elle est la porte la plus fidèle, la meilleure amie, celle qui demeure toujours entre les cauchemars les plus véritables et que jamais personne ne peut oublier…, cette porte fut la première de toutes à apprendre les Secrets du monde des automobiles de collection…, elle ne sût jamais les garder pour elle-même…

Le premier secret des portes est celui de leur inexistence…, elles ne furent jamais formatées…, là réside le véritable Secret des portes infernales : celui de leur inutilité ; elles ne servent à rien, les collectionneurs n’en font qu’à leur tête…, le secret est que quiconque se retrouve dans l’Enfer des automobiles de collection, peut le quitter à tout moment…, en vendant l’automobile maudite à un autre futur damné…, une histoire sans fin…, bienvenue en enfer…!

De temps en temps, tout comme les portes de l’enfer des automobiles de collection, j’ouvre les portes de mes armoires, je vais faire un tour à la cave et au grenier ainsi qu’au garage… et je me dis : « Qu’est-ce que j’ai pu accumuler comme conneries inutiles durant tant d’années » !

Vous êtes sûrement comme moi, nous sommes d’incorrigibles fourmis n’ayant qu’une obsession : remplir la fourmilière…

Il me faut écrire (je le dis aussi quand je peux parler) qu’on n’est pas aidé avec ce qu’on reçoit comme publicités diverses en sus de ce qu’on doit supporter à la radio et en télévision,

C’était déjà vrai du temps de mes études, il me suffisait de deux valises et d’une caisse en carton pour équiper mon kot en septembre… et en juin de l’année suivante il y avait de quoi remplir tout un grenier…, sans oublier ce que les commerçants essayaient de me fourguer comme « bonnes affaires »…

Ce fut donc à force de faire plaisir et cumuler ces « bonnes affaires », que j’ai débuté une collection d’automobiles de collection (gag !)…, certaines, je ne m’en suis servi qu’une fois…, même que pour parfaire ma « collectionnite », j’achetais tout ce qui existait tournant autour de la voiture acquise, des kilos d’automobila, allant de la pompe à essence de marque et d’année appropriée…, jusqu’aux livres de collection… et manuels d’ateliers ad-hoc…

Des objets qui finissaient par prendre la poussière sur les étagères créées pour les recevoir…, certains restant dans leurs emballages, des bibelots juste bons à terminer dans une foire d’automobiles de collection ou ne viennent que des collectionneurs…

Je me suis aperçu, sur le tard de ma vie, mais il n’était pas vraiment trop tard…, que c’était ça le but de ce jeu de cons : se refiler des conneries inutiles, de l’un à l’autre, jusqu’à ce qu’on trouve un nouveau con qui aurait en finale le courage de tout liquider…, si tout le bazar n’avait pas explosé ou brûlé…

Dans cette prise de conscience inhumaine, j’ai eu le malheur d’être obligé d’acheter une Lamborghini Murciélago verte qui avait eu un parcours chaotique (gag !)… et comme cette histoire chevauche actuellement ma pensée sur l’inutilité de ces engins, je me fends d’un petit billet d’humeur…

Avant de fuir la civilisation du Grand-Nord et de migrer à Saint-Tropez, les lundis, je déjeunais toujours dans le même bistrot…, pour un prix ridicule j’y mangeais passablement bien et j’avais l’impression, à la longue, d’être en famille dans un vrai lieu de convivialité ou règnait une sorte de solidarité entre faux-culs, escrocs, entourloupineurs, affairistes et gredins, macs et putes de haut-vol.

C’était l’endroit idéal pour demander une bonne adresse, qu’il s’agisse d’un plombier, d’un mécanicien, d’un bon notaire ou de tout un tas d’autres trucs très rigolos dont je n’écrirais rien ici…

C’était un reliquat des années ou tout allait au mieux, un bistroquet dans lequel on finissait par avoir son rond de serviette…, on y aurait presque vu débouler le fantôme de Gabin que ça n’aurait étonné quiconque…

Bref, entre gens de mauvaise compagnie, à force d’y avoir ses habitudes, tout le monde connaissait tout le monde : des flics, des voyous, des tueurs, des branquignols, des juges et bien d’autres qui arrondissaient leurs fins de mois avec des dons miraculeux et/ou des enveloppes trouvées par hasard sous les tables sur lesquelles se trouvaient en permanence des pots de vin en attente…

On s’y rendait service (parfois des sévices) et on se démerdait entre nous…, le prix à payer étant qu’il fallait avoir l’esprit maison, c’est à dire ni se la péter ni au contraire être un pauvre clodo…, un milieu d’hommes où les gars jouaient au poker, pariaient aux courses, parlaient de gonzesses en termes peu élogieux, fumaient des clopes en se jurant d’arrêter l’an prochain et buvaient sec en faisant des pauses pour se ménager…

Et finalement si l’ambiance y était parfois un peu frustre, les gens y étaient largement moins cons qu’il n’y paraissaient (au vu de la Mercos V12 AMG roadster du tôlier, on se disait qu’il n’était sans doute pas diplômé de l’IEP mais qu’il savait s’y prendre pour faire de l’oseille)…, c’était clanique et rigolo, on en était ou on n’en était pas.

Moi, j’y étais le mec qui avait fait des études d’architecte et modifié des châteaux-d’eau en châteaux des mille et une nuits, qui connaissait assez bien de monde et aussi les trucs de la vie…, je n’y jouais pas la grande gueule, le fort des halles ou l’ouvraillon de base…, j’employais les mêmes codes qu’eux, sauf que je ne clopais pas, mais je buvais les tournées du patron… et, quand un pote surnommé le tueur ramenait son tord-boyaux du pays, je vidais mon verre en jouant à être une sorte de Corléone…, bref, j’étais le parrain intello, correct, qui ne méprisait pas le milieu et ses extrémités…, qui possédait les bons codes sociaux (comme on dit dans les universités)…, mais les relations devaient être comme la plomberie : utile…, on y faisait ses preuves autrement qu’en bavassant et en alignant des concepts fumeux et inopérants.

Ces mecs là, on ne les séduisait pas avec de jolis mots mais avec des capacités…, ils avaient vu trop de branleurs se payer en mots et phrases pour finalement se payer sur leur boulot, pour les respecter totalement.

Ainsi, alors que je passais régler une note, le patron avait lâché son comptoir et sa machine à PMU pour me demander carrément ce que je pensais de sa nouvelle copine, une asiatique qui était l’amante d’un Juge…, la petite amie du Commissaire en chef… et qui couchait occasionnellement avec quelques marloufs déséquilibrés sociaux, dont le sous-directeur des impôts locaux…, c’était une brave fille strip-teaseuse à thème…, qui avait acheté, dans un moment de folie, l’horrible Lamborghini Murciélago de couleur « vert-macht-métalisé » ayant appartenu à un grand ponte des télécommunications et de la télévision…

Le tôlier m’a demandé si je pouvais aider sa nouvelle copine qui avait de gros problèmes avec cette Lamborghini Murciélago…, son cas était basique, elle vivait une phobie, un truc difficile à traiter autour d’une table d’un rade de banlieue…, j’ai eu droit à l’hypersensibilité habituelle, comme quoi c’était une super nana à qui on ne racontait pas n’importe quoi parce que sinon elle montait dans les tours, comme on disait dans l’ancien temps…, je ne suis pas sur de l’avoir totalement compris, j’ai répondu que j’étais ok… et il m’a aménagé une table en terrasse avec café à volonté pour que j’écoute sa copine.

 

Alors qu’elle tremblait à l’idée de se suicider, je lui ai dit que ce ne serait pas le cas…, elle m’a demandé si j’en étais sur et certain… et les yeux dans les yeux je lui ai dit que oui… et pour faire bonne mesure, j’ai ajouté qu’on pouvait passer un moment sexuel dans un hôtel 5 étoiles ou elle aurait ainsi tout le loisir de me raconter ses déboires en détails…

Sa phobie avait commencé dès l’instant ou elle avait immatriculé la Lamborghini Murciélago…, c’était venu ainsi… parce que cela avait réactivé une dette fiscale ancienne… et puis c’est passé à peu près car elle n’a pas hésité à coucher tous les jeudis avec le contrôleur fiscal qui, pour continuer à jouir entre ses cuisses, a détruit le dossier…

Mais quelques mois plus tard, une anxiété massive s’est ajoutée à ce drame…, c’était dû à un garagiste spécialisé en bricoles de luxe qu’elle avait été voir pour un problème d’air conditionné à sa Lamborghini Murciélago, en panne…, ce blaireau plutôt que de se taire et d’attendre d’en être sur, lui avait annoncé que le compresseur était naze et que pour le changer il fallait démonter le moteur après l’avoir désolidarisé de la carrosserie.

S’il y avait bien l’archétype du diagnostic ardu et sentant l’arnaque c’était bien celui-là, car on ne savait déjà pas trop bien comment et pourquoi…, mais s’il fallait en plus expliquer le pourquoi de ce comment, c’était la galère…

Les garagistes, mécaniciens et concessionnaires qui me lisent, comprendront…, parce que la connaissance que l’on a de ce type de panne sur des voitures de sport italiennes a tellement évolué qu’il est impossible de parler d’une seule voix, chacun ayant son opinion : on parlera plutôt de spectre fantasque…, ainsi, moi qui vous écrit et qui suis pourtant doté de toutes mes facultés, je sais d’expérience qu’il y a des voitures qu’il vaut mieux vendre qu’acheter…

Je lui ai expliqué ce que je connaissais d’autres sources de cette affaire…, mais elle a tenu à me montrer le devis du garagiste…, c’était horrible, pour ce prix on pouvait acheter une Mini Cooper cabriolet flambant neuve…, alors comme j’étais surtout là pour la rassurer, puis abuser sexuellement d’elle… et non pour épiloguer…, je lui ai filé l’adresse d’un bon psychiatre tout en lui refilant le numéro de téléphone d’un tueur en série spécialisé dans les garagistes qui réparent les Ferrari, Maserati et Lamborghini…, c’était un tueur honnête et sympa qui n’allait pas balancer un pruneau dans la gueule du concessionnaire si celui-ci se rendait compte qu’il avait l’obligation morale de réparer gratuitement et qu’il s’exécutait illico-presto, comme ça, simplement…, s’exécuter pour ne pas être exécuté…, c’était un marché honnête.

Déjà, le garagiste s’appuierait sur les coupures de presse lui présentées pat le tueur en série… et traitant de l’énigme des disparitions soudaines de divers garagistes-vendeurs d’occazes de voitures sportives italiennes… et non sur la seule vague impression que la vie peut être trop courte…, il pourrait ainsi édulcorer son diagnostic en fonction des données réelles.

Les beaufs croient en effet que c’est la crise qui fait disparaitre les garagistes, surtout les grandes gueules blingbling spécialistes des voitures hors de prix…, que nenni !

Rien de mieux qu’une information concrète pour informer les survivants de cet holocauste automobile…, le garagiste spécialiste (sic !) des Lamborghini ne renverrait plus sa cliente dans ses pénates avec ses angoisses…, dans ces cas là, le diagnostic doit en effet, être annoncé de la manière la plus claire possible par un professionnel très expérimenté… et non par un charlot un peu hâtif qui peut tirer au jugé.

 

Comme c’était un diagnostic très douloureux.., il fallait l’associer à une prise en charge, en l’associant pleinement à ce qui serait mis en œuvre, veillant à juguler l’anxiété bien naturelle… et à détecter un éventuel danger…, bref, je n’ai pas fait grand chose d’autre que d’écouter la jeune-femme, la rassurer et lui refiler l’adresse d’un pro efficace et humain…, j’aurais bien aimé faire plus, mais en vingt minutes c’était difficile d’être plus efficace.

La jeune femme n’avait pas perdu de temps, elle avait direct téléphoné au tueur en série que je lui avais recommandé… et apparemment, celui-ci s’était acquité de la première partie de sa mission avec doigté…
Le week-end suivant, le garagiste s’est pointé au bistroquet, lessivé, tuméfié, dans un état apocalyptique, c’était suicide J-1…, depuis 5 jours qu’il était comme cela…, consumé de l’intérieur…, une chandelle qui charbonne avant de s’éteindre.

Le tour de passe-passe s’était effectué rondement…, j’ai observé sa bonne grosse anxiété massive… et, comme par habitude, comme je connaissais d’avance le cycle du stress, je me suis aperçu qu’il en était à la fin : la phase d’épuisement…, après c’était le suicide provoqué ou l’internement, avec de la chance.

Je lui ai dit qu’il ne fallait pas confondre cela avec un trouble anxieux généralisé mais bien saisir qui était au coeur du système qui attaquait et qui était attaqué : la chance d’être encore en vie venant en cerise sur le gâteux…, dans ce cas, c’était une belle dépression anxieuse dont il s’agissait, il était totalement incapable de s’en sortir parce qu’en plus de l’anxiété qui lui faisait redouter l’avenir (assez sombre il faut bien l’avouer)…, il y avait en lui une certitude : y perdre la vie ou y perdre l’équivalent d’une Mini Cooper cabriolet neuve… et il m’a répondu : « Parrain, Don Corléone, pardonnez-moi, je suis devenu garagiste par accident, je ne me doutais pas que les Lamborghini étaient de telles bricoles. Si je devais réparer honnêtement toutes les pannes qui surviennent à ces autos, c’est la ruine…, alors vous devez m’aider, je vous en supplie »…

Ce qui était chouette en cette époque maintenant révolue (quoique !), c’était que dès que j’étais certain d’un résultat positif, je pouvais jouer le magicien et dire à la personne que je comprenais que ce qu’elle vivait était atroce… et je rajoutais toujours que dans quelques temps on en rirait tous les deux… (croyez-moi, si vous dites tout cela d’un ton assuré, les gens concernés commencent à dé-stresser pour de bon.., en fait, on leur rend espoir)…

Ensuite, la seconde étape c’était de définir les capacités financières du loustic…, le garagiste de cette semaine était ébahi que je connaissais tant de choses sur lui, alors que cela ne faisait que vingt minutes qu’il était là…, je lui avais répondu d’une voix grave que c’était finalement simple, parce qu’il existait une solution à tout : « Ce sont toujours des gens qui s’imaginent pouvoir tout contrôler et qui ne demandent jamais d’aide, qui sont persuadés qu’ils pourront tout, tout le temps, tout seuls, faire la pluie et le beau temps… et vient un moment où la mule trop chargée, s’écroule sous son fardeau »…

Dans cette phase, je pouvais pérorer ainsi d’expériences durant des heures sans jamais me planter tellement c’était évident…, ces gens là finissaient toujours dans la dépression anxieuse ou pour les plus frustres, ceux qui ne parvennaient pas à exprimer leurs émotions : dans les troubles somatoformes…, mais ceux-là on ne les voyait plus jamais, ils se soignaient dans diverses actions philantropiques en pensant que cela réglerait leurs problèmes.

Bref, je pouvais avec ce genre de loustic, me la péter comme si j’étais un profileur du vieux et ancien feuilleton TV : « Esprits criminels »…, alors qu’en fait, ce que je leur disais n’étaient que des faits qui s’inscrivaient dans une psychodynamique connue, dont la solution était toute simple : un don… en sus de la réparation totalement gratuite de ce qui était la cause du mal…

Le garagiste a, ensuite, commencé à se calmer et à se reprendre les pieds dans le fromage…, je parviens toujours à convaincre… et, en ces temps révolus j’étais encore meilleur…, d’ailleurs, la semaine suivante, il m’a dit : « Parrain, Don Corléone, vous m’avez vraiment sauvé la vie »…

Et moi faussement modeste, je lui ai répondu qu’il ne fallait pas…, que je n’avais rien fait du tout… (ce qui était vrai), bref, après l’avoir remis au travail, ce qui avait nécessité de ma part de tronçonner le baobab qu’il avait dans sa main (et là il y avait du boulot mais je me le rappelle, la base était bonne), j’ai senti qu’on pouvait en tirer quelque chose de plus…

Vous écrire ce que l’on a fait exactement, nous, tous les machos du bistroquet…, je ne saurais pas trop vous l’écrire, vu que même si on partait toujours avec un plan d’attaque super carré on en venait finalement à bosser un peu à l’arrache au fur et à mesure en se rappelant tout de même qu’un boulot à accomplir entraine l’apport de subventions…

Bref, on s’est attaqué à un truc appelé « l’idéal du moi »…, une recette éprouvée consistant à expliquer qu’il faut cesser de mentir et de vouloir ressembler à quelqu’un que l’on n’est pas…, mais partir de ce que l’on est en élaguant le côté positif pour devenir un mec tout à fait bien…, d’expérience, nous savions qu’il suffisait juste de petites touches et retouches pour transformer ce garagiste vérolé en mec tout à fait charmant…, nous étions des gens délicats travaillant à la gouge et non au marteau-piqueur !

Chaque fois que le garagiste venait au bistroquet, on avait l’impression de voir un mec sorti du passé, un ingénieur de chez Lamborghini qui venait nous présenter la future super voiture sur laquelle sa boîte bossait depuis 20 ans…, mais de tout cela on s’en f…, sauf qu’il s’est mis à changer encore plus…, il avait trouvé son style, un truc assez curieux mais qui lui allait bien, un look suranné mais marrant comme tout… et c’était bien pour lui de l’avoir trouvé, parce que s’il avait voulu s’affubler d’un perfecto et de bottes en croco, il aurait eu l’air déguisé pour ne pas dire l’air d’un con !

Et puis voici qu’il s’est mis à se chercher une activité un peu plus virile en farfouillant de-ci delà…, il s’est initié au tir sportif et cela lui a plu…

Un jour tandis que nous avions rendez-vous, ne voilà-t-il pas qu’il a embrayé comme un fou sur les armes à feu, parlant de calibres et de munitions…, je l’ai écouté impavide mais un peu effrayé tout de même…, me parler de la puissance de feu du Glock 17 et du Berreta 92F en admettant tout de même que le Sig P210 n’était pas mal tout, de même, à condition de ne pas se faire entuber en achetant une pâle copie fabriquée dans le genre du CZ99 ou du Astra A80.., j’en étais resté sur le cul, soufflé, ébahi.

Il s’était ensuite lancé dans un cours sur les munitions en me parlant de joules, de Kgm et de recul… avec une assurance et un ton tels qu’ils ne dépareillerait pas dans la bouche du responsable de l’armurerie d’un régiment étranger parachutiste.

Comme il avait épuisé sa batterie de smartphone, il m’a demandé mon iPhone… et en l’ouvrant, il m’a montré ensuite des tas de munitions en rigolant tout seul parce qu’après avoir trouvé un calibre 577 tyrannosaur,  il m’a expliqué que là : « C’est carrément overkill » pour quelqu’un qui continuerait à m’emmerder !!!

Et zou, après n’avoir parlé que de cela, il a quitté le bistrot, ravi de lui !

Quinze jours après, il est revenu… et là gaillardement il s’est mis à parler de gonzesses avec un recul et un humour carrément graveleux…, le pauvre gars qui ne savait pas comment choper, se comportait en mufle patenté et ravi de l’être…

Il m’a ensuite parlé d’une nanana chinetoquée qui était venue se plaindre que sa Lamborghini Murciélago était en panne d’air-conditionné, lui disant qu’en ce moment la vie était dure et qu’elle raclait les fonds de tiroir… et ensuite, il m’a dit qu’elle était revenue avec un Yugo à tête de tueur en série qui lui avait fait des menaces…

Il m’a hurlé en me fixant dans les yeux : « Les fonds de tiroir je m’en f…, c’est elle que j’ai bien raclée » !

Professionnel jusqu’au bout, je suis resté de marbre, mais en moi j’étais ébahi par ce résultat…

Un mois ou deux plus tard, il s’est pointé avec la nanana chinetoquée (elle pouvait être japonaise) qui minaudait en lui faisant des mamours enchanteurs…, sa main droite dans son falzar occupée à gratouiller ses coucougnettes… et il s’est mis à me tutoyer en m’appelant « ma couille » après avoir demandé une bière, posé son calibre sur la table et ses pieds sur une chaise…, le monde à l’envers…

Bref, c’est ainsi que j’ai été obligé d’acheter l’horrible Lamborghini Murcielago avec l’air-conditionné qui ne fonctionnait toujours pas… et que je me retrouve bien emmerdé de l’avoir car j’éprouve beaucoup de difficultés pour vendre cette « chose verdâtre »…, le monde change, rien n’est plus comme avant…