Derelict-Cars…

Les voitures au look pourri, rouillées, qui semblent abandonnées malgré qu’elles circulent, sont la tendance automobile en Californie…
Cela vient du monde des Hot-Rods version Rat-Rods…, un ras-le-bol des Hot-Rodders purs et durs par rapport aux créations de feu Boydd Coddington, qui s’affichaient à des valeurs stratosphériques de plusieurs centaines de milliers de US$…

Lorsque la tendance Rat-Rod est devenue une quasi généralité, ce style outlaw revendiquant le retour aux sources du Hot-Rodding à atteint les fondus de VW-Cox, puis les mordus Pick-Ups… et les Low-Ridders Mexicanos s’y sont mis aussi…, le virus de la rouille finissant par atteindre le mental des fanatiques de Tuning et les félés de 4X4…, mais aussi divers déjantés fatigués des Rolls Royce et Bentley étincelantes, heureux de s’affirmer anticonformistes et politiquement-incorrects…
Ces automobiles « Derelict » sont devenues hyper-tendance, de Wall Street à la Silicon Valley… et certains des esprits les plus influents de la mode aux USA se sont relancés dans le « Destroy », une nouvelle antithèse sociétale…

Je suis allé m’immerger dans ce joyeux foutoir… et me suis retrouvé à Chatsworth/Los Angeles, chez « Icon », qui est devenue la fabrique qui transforme les tôles pourries en lingots d’or…, située dans un quartier industriel à l’abandon, un cloaque d’immeubles gris qui est aussi le centre de l’industrie sexuelle du divertissement tendance BDSM de Los Angeles.
La marque y a bâti sa réputation en recyclant et en réimaginant d’anciennes Jeep, Jeepster, Toyota et Landcruisers, équipées de mécaniques modernes et d’intérieurs avant-gardistes…

Son propriétaire et PDG, Jonathan Ward, a constaté que ce concept avait ses limites.
-« Je redoutais la première égratignure financière, car tout n’a qu’un temps…, j’ai alors poussé à l’extrême les bagnoles « Derelict »… et une quantité hallucinante de déjantés à déboulé pour que je leur fasse des voitures du XXIe siècle à l’esthétique vintage. C’est un business assez simple : il faut trouver une voiture abandonnée et y greffer une mécanique moderne, le tout placé sur un châssis avec trains roulants d’avant-garde. Mais il ne faut pas sous-estimer la complexité, c’est aux risques et périls des clients… Moi et mon équipe, on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour donner l’impression que la voiture sort d’une casse automobile pour aller dans une autre »…

La profondeur philosophique qui ressort de ces engins va bien au-delà de l’emballage, tout est dans les détails, de sorte que chaque voiture est une sculpture de haut niveau.
-« La toute première « Derelict » que nous avons fabriquée chez Icon, une Chrysler Town And Country Estate de 1952, a remporté le premier prix de « l’ArtCenter College Of Design of California » et l’attention des chaussures Nike, une entreprise qui est régulièrement à la recherche de nouveautés pour capter l’attention du public et l’informer du développement de ses produits. Ensuite, une autre voiture de Icon a été invitée à participer à un salon du design réservé aux créations exceptionnelles et uniques du design industriel. Le Big-Boss de Nike conduit maintenant une Buick Kustom d’apparence pourrie, mais équipée d’un V8 7Litres avec Blower, notre liste de clients est merveilleusement diversifiée »…

Icon liste dans ses clients renommés le concepteur de J. Crew, un des piliers de Wall Street… et une dizaine de stars du show-Bizz et de Hollywood…, mais quoi qu’ils fassent réellement pour gagner leur vie, ils doivent engranger des tonnes d’argent, car les « Derelict’s » ne sont pas bon marché…, les prix commencent à 250.000 dollars, mais en moyenne une création coûte 350.000 $ à son propriétaire… et Ward dit qu’il peut facilement toucher un million de dollars pour certains modèles…
-« Dans la clientèle de ICON, nous avons aussi des célébrités du sport surtout des vedettes du base-ball, et du football américain qui achetaient des Ferrari et des Lamborghini, mais qui ont fini par en avoir ras-le-bol »…

Pourtant, les créateurs de goût « à l’Européenne », restent réservés, ces voitures ne stimulent pas leurs zones érogènes ni ne les définissent…, le Boss d’Icon dit que ces gens sont « Has been », dépassés.
« Ils sont des demeurés, prenez Lagerfeld par exemple, ça devient ringard à donf, écoeurant…, toute la mode Française façon LVMH, Vuiton, Dior et les designers de préciosités sont des culs de luxe post-moderne, privilégiant leur image de crétins abâtardis et leurs gains financiers par-dessus tout. De la même manière qu’une Rolex Submariner avec une lunette destroy vaut plus qu’une originale restaurée, la patine individuelle de chacune de mes voitures ne peut pas être reproduite, ce qui lui confère une valeur d’œuvre d’art. Achetez une supercar comme une Ferraillerie ou une Porscherie et ça ne dit rien sur vous, mis à part la taille de votre portefeuille ».

Les « Derelict’s » sont-ils donc plus réfléchis, plus émotionnellement plus subtils ?
-« Mais pas n’importe quel vieux Hulk rouillé ne fait la coupe, il faut du savoir-faire. mes clients ne fournissent presque jamais la voiture à transformer. La plupart du temps, ils arrivent chez Icon avec un concept, allant de quelque chose de relativement simple, comme associer une voiture à une maison de style Art déco, à des trucs plus abstraits. Un client m’a demandé de construire une voiture qui lui rappelle ses grands-parents. J’ai recours à un réseau national de chasseurs d’épaves, comprenant à la fois des architectes, des techniciens de stations-service, des agriculteurs et des chauffeurs UPS, pour trouver la bonne voiture. Cela pourrait être n’importe quoi, mais je dois être enthousiasmé par chaque épave, et c’est ça qui commande ma vision de la construction »…

En dépit du fait qu’il traite de vieilles choses, Jonathan Ward est farouchement progressiste…
-« J’évite de construire des voitures d’après 1965… et trop clichées comme les Ford Mustang. Je préfère de loin créer une bagnole qui est déjà passionnante sur le plan visuel et j’enlève quelques couches pour créer plus de surprises. Mon prochain projet, par exemple, est une Mercury Eight 1949 trouvée dans une étable, dont les tripes huileuses et la mécanique ont été remplacées par un ensemble électrique de Tesla, des freins à récupération et une paire de moteurs électriques pour une puissance de 800 chevaux. Cela ressemblera toujours à une Mercury de ’49 à l’intérieur et à l’extérieur »…

Indépendamment de la technologie et de l’aspect pratique, les « Derelict’s » n’ont aucun sens objectif, pour le prix d’une voiture au look totalement pourri, on peut acquérir une supercar neuve ET une voiture classique, mais ce sont des « facilités » sans recréation…
Jonathan Ward prépare un nouvel avenir, celui d’après les « Derelict’s », avec Tesla, sur base de leur Modèle S, mais selon le Boss de Tesla, il faut imaginer une série limitée de voitures ultra d’avant-garde, avec un look ancien se rapportant aux sommets des créations Françaises…

A ce sujet… et sur ce sujet, le Boss de Icon est intarissable.
« Il manque quelque chose à la berline électrique de luxe, c’est un peu de style Art déco… et peut-être un soupçon du design des avions de combat de la Seconde Guerre mondiale…., certains éléments steampunk cool s’y mélangeraient pour faire bonne mesure ».

Tous ces aspects se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans l’Icono Helios, un streamliner de style années 1930 utilisant les batteries et le train roulant de la berline électrique de Tesla…, mais elle n’existe pas encore, pour le moment, il ne s’agit que d’une série de dessins (Topline) sur la planche à dessin de Jonathan Ward !
« L’Iconos Helios n’est pas une Tesla modèle S mieux inspirée, c’est un véhicule inspiré du design classique mais utilisant une technologie de pointe. Pour le design, le style des années 1930 est facile à comprendre, beaucoup considèrent les voitures de cette époque – Bugatti, Duesenberg, Talbot-Lago – parmi les plus belles jamais créées…, et je partage tous leurs repères visuels : la queue de bateau, l’aileron central qui longe le toit, les passages de roue imposants et la calandre d’inspiration Art Déco qui ne serait pas à sa place sur un gratte-ciel de New York. Ma conception intègre également le style d’un avion des années 1930, en aluminium nu façonné à la main et en rivets apparents, il s’agit d’une interprétation automobile d’un Vought Corsair mélé d’un P-47 Thunderbolt »…

Il est vrai que la Tesla Modèle S est idéale pour une réinterprétation design, c’est rare pour une voiture des années 2018 en ce sens que l’ensemble de sa transmission et ses organes de roulement peuvent être plus ou moins utilisés indépendamment de sa carrosserie…, les batteries, le moteur et les composants de roulement forment un traîneau qui peut être déposé sous à peu près n’importe quelle autre carrosserie, comme le châssis/plancher d’une vieille Volkswagen Bug.
En réalité, Icon s’intéresse davantage à la plate-forme de traction intégrale du prochain multi segment Tesla Modèle X et Ward m’a dit que le projet avançait rapidement avec Elon Musk et Ralph Laureen qui va l’acheter pour inaugurer une nouvelle ère de voitures « Art-Séco-Vintage » alimentées à l’électricité.

Peut-on croire que cette « chose » dont il existe quantité d’exemplaires similaires dont les fabriques se sont toutes écroulées, d’Excalibur à Delachapelle en passant par un bon millier de marques de répliques en tous genre…, serait « la » nouveauté ultime qui va à nouveau révolutionner l’univers ?
« Appellée « Helios », car elle est nommée d’après le Dieu grec du vent, ma voiture fusionne l’esthétique simplifiée des avions d’après la première guerre mondiale, c’est la renaissance du 21e siècle des carrosseries classiques. Bien que presque tous nos projets jusqu’à présent aient été des recréations inspirées par des véhicules Vintage, je suis fasciné par le concept de revisiter l’histoire à ma façon…, célébrer une époque particulière dans une approche révisionniste de la conception des transports a rempli mon cerveau avec des tonnes d’idées et de théories »…

Ces théories ont donné naissance à un monde totalement différent dans l’esprit de Ward…, un endroit où les concepteurs d’automobiles ont adopté l’esthétique de l’avion une décennie plus tôt, où la frugalité provoquée par la grande dépression et la seconde guerre mondiale n’existait pas…, une époque où la notion de quantité primant sur la qualité n’a jamais envahi la révolution du design !
-« Les voitures de collection sont des gouffres de consommation d’essence, avec ce projet Hélios, ce sera un gouffre de bonheurs… Alors… c’est mon Pitch »…

 

En attente de cette création, Jonathan Ward s’est lançé dans un mix de cette idée électrifiante avec une carrosserie rouillée de coupé Mercury 1949 équipée d’un moteur bi-électrique Tesla de 400 chevaux et 470lb-ft fonctionnant sur une configuration de batterie 85kWh Tesla.
Deux méthodes de chargement (autonomie estimée entre 150-200 kms)…, soit un port de charge rapide de 125A caché derrière la plaque d’immatriculation arrière, l’autre étant une conversion intelligente de l’orifice de remplissage de carburant via une sorte de douille qui accepte les chargeurs Tesla.

Tout cela a été réalisé avec l’assistance de la société Californienne Stealth EV, via une ré-ingénierie à divers degrés intégrant des équipements haut-de-gamme comme l’air conditionné, diverses assistances de navigation, un équipement audio, des fenêtres électriques, etc.etc…
Cette Nième création fusionne deux ères sans que l’une ne « surpuissante » l’autre…, mais qu’en pensez-vous ?

Cet aspect vieilli/pourri est-il une sorte de malhonnêteté par rapport à la motorisation électrique ?
Cette évolution dans le monde des voitures américaines aux V8 surpuissants et aux musiques enchanteresses (quoique assourdissantes) ne sape-t-elle pas l’esprit original des grands Cruisers et autres Yachts de terre-ferme construits dans un temps où le litre d’essence ne se calculait qu’à l’importance des sensations éprouvées…?

La Tesla (électrique) d’Elon Musk nécessite une phase d’accoutumance avant d’en tirer le meilleur parti, il en est de même de cette Mercury fort trompeuse…, accueillie avec une pointe de commisération et de sarcasmes au dernier grand salon des automobiles hors normes qu’est le SEMA-Show, ou cette « chose » vieillie à l’allure pourrie mais renfermant les dernières avancées technologiques «made in California» d’Elon Musk… a fait voler en éclats les vieux schémas du Hot-Rodding et du Kustomizing…
Phénomène encore impensable voici peu, un Kustom où un Hot-Rod électrique a réussi la prouesse de créer une sorte d’agacement, en crainte de la fin d’un monde…

Séduire davantage que les historiques du segment ou se nichent les Outlaws est considéré comme un schisme…, piqués au vif, les possesseurs de Kustoms et Hot-Rods ont marqué pour la plupart une sourde colère, quoique certains y ont vu comme une rédemption salvatrice…
Pour sa défense, Janathan Ward dit qu’il ne faut pas attendre les bras croisés un improbable miracle et affirme que la déferlante électrique est promise depuis l’annonce de la mort programmée des voitures à moteur thermique d’ici à 2040.

Cette évolution démoralise surtout les vieux adeptes des gros V8 gloutons, mais les Geeks sont ravis de ce mix entre le Vintage et l’avenir style « Guerre des étoiles »…, mais les badauds sont interloqués surtout en rue, dans la circulation urbaine… ou cet objet non identifié circule en silence…, ce qui est le propre de la propulsion électrique.
De surcroit, pas plus une moto qu’une voiture de sport ne résiste à la violence de l’accélération dès les premiers mètres de cet ancêtre…, à en avoir le souffle coupé.

Tout cela à ces à-côtés lorsqu’on conduit le bestiau, car pied au plancher et malgré le poids imposant de la Mercury, la direction se déleste et l’autonomie fond à vue d’œil.
Ce point est vraiment le talon d’Achille du véhicule électrique…, il oblige à repenser la façon de rouler et à planifier chaque trajet et les arrêts pour recharger la batterie.

Sur la High-Way, la consommation dépasse les 35 kWh/100 km, l’autonomie ne dépasse pas 250 kms…, un peu juste pour envisager d’aller de Los Angeles à San Francisco puis à Las Vegas…, on roule ainsi en permanence avec un fil à la patte, ce qui devient anxiogène.
Sur une borne 3 kW, l’ordinateur indiquait vingt heures pour recouvrer 50 %…., j’ai aussi expérimenté le fait que toutes les prises domestiques ne fonctionnent pas forcément…, le système de la voiture teste l’installation électrique et s’il la juge déficiente, la charge ne démarre pas.

Les « Superchargeurs » ne sont pas légions, quelques stations disposent de bornes Tesla de 11 kW…. et c’est finalement sur le parking d’un Hilton que j’ai échoué, en limite de panne.
L’hôtel haut de gamme disposant d’un chargeur ultra rapide, j’ai pu récupérer 80 % d’autonomie en trente minutes… ce qui, dans le fond, était stupide car j’ai passé la nuit dans une chambre de grand luxe offerte par Jonathan Ward…

Le lendemain, pour aller à Venice, j’ai préféré prendre un vieux Hot-Rod qui faisait un bruit effrayant, plutôt que continuer dans la Mercury-Tesla, de peur de me retrouver batterie à plat loin de la civilisation des « bonnes vieilles pompes à essence »…
Changer ses habitudes n’est pas chose aisée !