Detroit exporte aujourd’hui son déclin,
aussi bien que naguère ses voitures…
Detroit est maintenant le vestige d’une civilisation, preuve s’il en fallait que la terre est ronde : c’est là que le monde moderne a commencé, là qu’il a sombré, laissant ses usines, sa grande gare, ses buildings, à l’état de squelettes urbains.
« Il ne faut pas devenir comme elle », murmurent les autres villes américaines.
Mais Detroit bouge encore, ses habitants, ces laissés-pour-compte, luttent pour se réapproprier leur cité.
Il y a encore un peu de vie malgré les façades délabrées et les rues désertées.
C’est une sensation étrange de marcher sur les trottoirs de Detroit, il n’y a plus la foule des grandes villes, plus l’anonymat et le jeu des apparences…, mais des silhouettes, des vies comme des livres ouverts.
Au centre-ville, tout est mort, tout est sombre, tout est écrasé par la masse des buildings aux vitres fumées, au travers desquelles on peut voir le délabrement et les gravats ou bien de fantômatiques hommes d’affaires qui entrent dans les tours des compagnies automobiles par le coté autoroute, par le parking, par l’ascenseur…, pour ne pas voir les ombres humaines… et repartent le soir par le même chemin vers des banlieues résidentielles où l’herbe est plus verte.

A l’Ouest des migrants venus du Proche-Orient qui mêlent l’arabe et l’anglais sur les vitrines de leurs commerces.
A l’est, des Noirs très pauvres, ils sont toujours les plus pauvres, assis sous le porche d’une maison bancale, savent quelle étoile fut Detroit pour leurs parents, qui fuyaient le Sud et la ségrégation.
Le long des grandes avenues, des églises en file indienne… et deux immenses casinos qui semblent faire la même prière : du cash !
Partout, des jardins de plus en plus nombreux pleins de courges, de salades, de haricots et de potirons sur des terrains abandonnés… des arrière-salles où l’on écoute rock, blues, jazz, techno… pour le prix d’un verre… d’immenses boutiques de livres d’occasion sur plusieurs étages… et des disquaires gorgés de l’âge d’or du Motown et des vinyles.
Mais plus personne n’achète !
Il y avait pourtant une longue file d’attente en janvier dernier devant le DIA, le musée de la ville, qui accueillait l’expo du Louvre « Rembrandt et la figure du Christ« …, des gens venus d’on ne sait ou, beaucoup loqueteux… qu’on laissait rentrer gratuitement pour meubler le vide… 
Il y a aussi un peu de mouvement, comme pour remonter le temps, sur Cass Avenue, dans le quartier de l’université…, les nouveaux bars branchés qui n’étaient pas là six mois plus tôt, attestent de ce qui se dit : des jeunes Blancs reviennent en ville, ceux dont les parents et les grands-parents ont fui les émeutes raciales de 1967 et écrit le white flight…
Mais s’ils reviennent c’est parce qu’ils n’ont nulle autre part ou aller !
Et puis, deux blocs plus loin, un trou à nouveau, terrain vague ou zone coupe-gorge.

Il n’y a pas de digue à Detroit, rien qui sépare le mort du vivant, donc pas de trottoirs qu’on emprunte à l’infini.
On a donc reconstruit un trottoir pour que Clint Eastwood vienne marcher de nuit, en ville, le temps d’une pub pour Chrysler, qui renoue avec les bénéfices, grâce aux finances de Fiat… 
A cette suite pathétique, on a entendu Obama vanter les bons résultats de General Motors…, grâce à ses bons soins…, l’un de ses slogans de campagne.
L’industrie automobile est sauvée, a-t-il dit…, tout le monde a sourit, certains ont ricané, mais Detroit en a pleuré…, même ses rues et ses cheminées d’usines éteintes semblaient incrédules d’une telle pitrerie !
Obama ment, tout le monde se ment…, mais Détroit ne sait pas mentir !
La ville aux finances en faillite, aux trop pauvres pour payer des impôts, aux écoles fermées ou sans moyens, a été placée en 2011 sous le contrôle d’un manager par le gouverneur du Michigan.
Depuis, un bras de fer se joue entre le maire et le manager, qui se terminera par des coupes sombres dans les dépenses publiques.
Le manager a d’ores et déjà gelé le projet du tramway sur Woodward, l’artère principale…, un tramway comme il en existait il y a un siècle, avant que la puissance automobile n’obtienne sa démolition et n’impose sa religion : la voiture.
Un tramway comme une offense aux recettes de l’âge d’or, qui aurait du rapprocher l’est et l’ouest, ramenant les gens vers les artères vides du centre-ville. 
Il l’a gelé…, le manager…, lui et ses maîtres font donc toujours le même rêve industriel…, mais, vue du ciel, Detroit cauchemarde… et est de plus en plus verte, car les mauvaises herbes poussent…, une sorte de jungle apocalyptique avance.
Et la ville diminue…, même si les ondes de son histoire, sa musique, ses luttes ne faiblissent pas…, du moins pas encore !
Pas encore…, pas encore, pas encore…
Même si elle devient un champ infertile…, un chant postindustriel !

A l’autre bout du monde, pas loin d’un pays greffé contre nature…, qui parque ses vrais natifs dans des zones de non-droit entourées de murs-ghettos afin d’exploiter leurs ressources énergétiques sans rien payer…, existent des monarchies, des émirats, des dictatures d’un autre âge, qui s’affichent méga-milliardaires d’exploitations pétrolières des besogneux esclaves des autres mondes à qui on a fait croire aux vraies valeurs de l’Amérique : l’automobile… dont Détroit était la capitale…
Trop long serait le temps nécessaire pour expliquer la duperie, l’escroquerie planétaire d’un banquier né, lui, sous une bonne étoile…, qui s’est accoquiné avec Henry Ford pour créer un nouveau besoin : consommer du pétrole… et tout ce qui va avec lui…
Résultat, l’apocalypse…, que des guerres pour s’approprier l’or noir, pour enfumer le monde, pour mieux asservir les besogneux esclaves…
Et en finale, que des crises entrecoupées de crises et de guerres et de crises encore, des guerres et des crises…
Des guerres nées d’une stratégie du chaos, des guerres de survie !
Pourtant, les maîtres d’oeuvre devraient se souvenir… Pyrrhus 1er, roi d’Épire, défit les Romains pendant les guerres d’Héraclée et d’Ausculum, mais son armée souffrit de pertes irremplaçables (amis et principaux commandants)…, il eut alors ces mots célèbres : « Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus ».
Voilà, c’est un peu ça en fait : « une victoire à la Pyrrhus »…, ce que vit l’occident à force d’entreprendre des guerres hors de ses moyens, organisées par l’Otan, avalisées par l’ONU…, au service des USA et du vieux brinquebalant « Nouvel Ordre Mondial » qui suce la moelle des humains sans vouloir se rendre compte qu’en finale, plus personne ne pourra acheter quoi que ce soit, que toutes leurs richesses ainsi accumulées ne leur serviront à rien !
Fusées de tourisme spatiales… à rien, Yatchs gigantesques… à rien, iles privées… à rien, automobiles extraordinaires… à rien…
Même leurs esclaves, ruinés ne voudront plus leur construire…
Le monde va changer, même si l’agonie est longue !
Détroit meurt, tandis que les pays de pétrole continuent d’assècher le monde en asséchant la terre qui devient un univers de sable…
Détroit meurt, le monde aussi…, même Dubaï est en sursis…

En ce micro-monde surfait d’hypocrisie, de mégalomanie et de mépris, toute dette constitue une infraction pénale qui se solde par un séjour en prison.
Après avoir touché le fond, un homme d’affaires britannique a simplement quitté l’Emirat pour rejoindre son pays natal, laissant derrière lui tous ses biens dont une Ferrari Enzo.
Abandonnée, la supercar italienne s’est ainsi retrouvée plus d’un an à l’air libre, face aux éléments climatiques dont les tempêtes de sable qui sont monnaie courante dans cette région du globe.
Le département des enquêtes criminelles de la police de Dubaï a ainsi pris la décision légale de saisir la Ferrari Enzo en question et de la présenter à une vente aux enchères.
Les forces de l’ordre estiment son prix de vente à 5 millions de dirhams soit 400.000€uros.
Une valeur en baisse constante, la Ferrari Enzo se négociait neuve aux alentours d’1 million d’euros.
L’acheteur hypothétique qui devrait quand même rajouter 50.000 dirhams (près de 4.000€uros) pour participer à la vente, payer les taxes ad-hoc… et surtout, acheter un gros stock de produits d’entretien de carrosserie pour redonner à la belle son éclat des premiers jours.. ne s’est jamais présenté !
La Ferrari Enzo continue donc de s’ensabler, les investisseurs aussi…
Et Détroit meurt…
Le monde agonise…
Partout des automobiles extraordinaires flambent, explosent…, se suicident-elles ?
Tout tourne fou !
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