« Elle vaut quoi la Mustang Mach 1 de 1971 ? »…

C’est le genre d’intitulé de rubrique qu’on peut trouver dans les sites-webs d’amateurs de « ricaines » orientés Ford Mustang des seventies : « Elle vaut vaut quoi la Mustang Mach 1 de 1971 ? »….
C’est une interrogation à laquelle n’importe quel individu sensé qui a été possédé par une…, répond en souriant : « Ben elle est nulle, mais pis que les autres, pourquoi cette question? »…

Cette évidence n’est pourtant pas du goût de tout le monde, la « Stang’71 » étant traitée comme un chef-d’œuvre par une grande partie des américanophiles, d’ailleurs certains en causent pour proposer qu’elle soit exposée en version Mach One au Panthéon de Paris (à l’entrée), ou au Guggenheim de New-York (à la sortie)…
Avant de tâcher de trouver une explication à cet engouement délirant, il faut évoquer l’apparition d’une Ford Mustang Mach One dans « Diamonds Are Forever », un « James Bond » de ceux avec Sean « Conneries » en vedette…, qui avait Las Vegas en toile de fond d’Amsterdam (sic !) ou une Triumph Stag était la voiture d’un diamantaire et ou l’agent 007 (Sean Connery) succombait aux charmes de la sexy Tiffany Case (Jill Saint-John)…, le film aurait pu s’appeler « Stag et Stang, les diamants des seventies »…

Le synopsis est « James-bondien » : le héros se lance à la re­cherche d’un tra­fi­quant de dia­mants (à Am­ster­dam), et se re­trouve face au ter­ri­fiant Blo­feld qui est en passe de fi­nir la construc­tion d’un gi­gan­tesque la­ser d’une puis­sance phénoménale, à l’aide de tous les dia­mants qu’il a ras­sem­blés… et ce pour dé­truire Wa­shing­ton ou vivait son Popa et sa Moman…
Le film n’en fait pas grand cas, mais ce point est d’une importance capitale pour une meilleure compréhension de l’histoire et une nouvelle vision cinémascope : Blofeld est un névrosé-psychopathe multimilliardaire qui a été violé par sa mère alors que son père vivait avec un autre homme…

De plus, Blofeld en a voulu à son oncle de ne pas avoir réagi…, puis sa mère a culpabilisé de l’avoir fait culpabiliser…
Voilà, c’est fini, comme dirait Jean-Louis Aubert.
Alors ?
Alors, il faut évoquer la difficulté terrible à comprendre pourquoi Blofeld aime son chat : aucun être humain passionné de cinéma d’aventures débilitantes, qu’il soit occasionnel ou régulier, n’est préparé à un scénario aussi spectaculairement catastrophique, à un vocabulaire aussi pauvre, surtout en version sous-titrée ou la ponctuation (aussi) est mal employée.
Ce n’est pas que ce soit une histoire difficile à comprendre, comme pourraient l’être, au hasard, des scénarios extrapolés de « Normance » de Louis-Ferdinand Céline, « Finnegan’s Wake » de James Joyce ou « Exterminateur » de William Burroughs…, non, c’est une histoire dure à comprendre tant elle est mauvaise.

Certains dialogues, d’ailleurs, sont incompréhensibles… surtout que pour achever ceux et celles déjà sévèrement torturés, les dits dialogues sont tellement affligeants que le film prend des airs de pièce de théâtre logorrhéique…
Pour distraire le spectateur englué dans ce gruau stylistique, une Mustang-Mach-One-Rouge-Ferraillerie lui est offerte en guise de friandise, via les mains de James Bond : hélas, tout cela est d’un ennui colossal dans le fond et dans la forme…, et cet ennui rend la compréhension encore plus ardue qu’elle ne l’était déjà dans la forme.
C’est le drame de nombreuses personnes (qui s’en rendent compte l’être) : persuadés que leur vie est passionnante, ils se sentent obligés d’en faire des tonnes et d’en faire profiter les multitudes, c’est ce qui explique sans doute la naissance, la vie et l’agonie dantesque de la Mustang, en ce compris sa version Mach One…

On dit que la vérité sort de la bouche des enfants…, Donald Frey, l’un des pères de la Ford Mustang, une voiture de légende, en a fait l’expérience.
Le déclic qui sera à l’origine du modèle se produit alors que l’ingénieur en chef dîne avec ses rejetons : « Tes voitures puent, papa. Elles manquent de peps », lui lance l’un de ses fils.
Piqué au vif, il décide alors, au début des années 1960, de se lancer dans la conception d’un modèle à la fois stylé et abordable, susceptible de plaire aux jeunes…, le concept des « pony cars », ces voitures de sport si chères au cœur des Américains, est né.
Mais l’accouchement se fera dans la douleur : « L’ensemble du projet a été mené en sous-marin, il n’y a eu aucune approbation officielle de cet objet. Nous avons dû faire avec les moyens du bord « , racontait en 2004, dans une interview au quotidien USA Today, Donald Frey, aujourd’hui décédé.
Henry Ford II, qui préside alors le constructeur automobile, est l’un des plus réticents, promettant à l’ingénieur de le virer si jamais la Mustang n’est pas un succès…, il n’y a guère que le patron direct de Donald Frey, Lee Iacocca, pour soutenir le projet « T-5″…

Dès lors, il n’est pas surprenant que les objectifs de vente assignés au modèle furent si pessimistes.
Ford avait prévu d’en vendre 80.000 dans la première année…., dès le premier jour, 22.000 commandes étaient déjà engrangées.
Au bout d’un an, 418.000 exemplaires s’étaient arrachés… et la barre du million était franchie après à peine deux ans.
La Mustang détient toujours le record du démarrage de ventes le plus rapide de l’histoire de l’automobile.
Un succès inespéré pour un modèle, qui, après tout, ne faisait que reprendre le châssis de la Ford Falcon et le moteur V4 de la Taunus.
Mais le style du roadster à moteur central emporta d’autant plus facilement l’adhésion que son prix était imbattable : 2.300 dollars d’alors, soit 18.000 dollars d’aujourd’hui !

Le marketing fit le reste…., à commencer par son nom, celui d’un cheval sauvage, emblème de la conquête de l’Ouest.
Présentée en avant-première à l’Exposition universelle de New York en 1964, Ford réalisera deux ans plus tard une véritable prouesse en exposant la voiture au 86e étage de l’Empire State Building, le plus haut gratte-ciel de l’époque et le plus emblématique.
Dans un premier temps, il avait été envisagé de déposer le véhicule par hélicoptère, mais la solution fut considérée comme trop dangereuse…, finalement, après avoir soigneusement mesuré portes, couloirs et ascenseurs de l’immeuble, les ingénieurs de Ford décidèrent de faire monter la voiture en pièces détachées pour l’assembler sur l’observatoire panoramique…

Bis repetita, cinquante ans plus tard, la nouvelle version de la Mustang, présentée en avant-première en décembre 2013, puis en janvier 2014 au Salon de l’automobile de Detroit, a été à son tour hissée au sommet de l’Empire State Building pour une exposition de deux jours les 16 et 17 avril.
« New York est l’une des plus grandes villes du monde et c’est là que l’histoire de la Ford Mustang a commencé il y a cinquante ans », avait rappelé Mark Fields, le numéro deux du groupe et futur successeur d’Alan R. Mulally.

Aujourd’hui… et après plus de 9,2 millions d’exemplaires commercialisés, la Mustang n’est plus tout à fait le best-seller de ses débuts.
Ford vend plus de pick-up F150 en une semaine que de Mustang en un mois…., plus vexant : longtemps leader de sa catégorie, le modèle s’est fait doubler en termes de ventes il y a trois ans par l’ennemi de toujours, la Chevrolet Camaro, qui, elle, en est à sa quatrième génération après avoir été lancée en 1967…
Mais, je ne vais pas m’embarquer dans l’histoire complète… je vais me contenter de vous causer da la « dernière-vraie » Mustang, des années ’71, ’72, ’73…

L’année 1971 marqua une nouvelle ère pour la Mach 1…., profitant d’un re-styling de la Mustang, la direction de Ford a englouti ce char brinqueballant sous des tonnes d’équipements pour justifier les prix-catalogues en hausse, il devenait possible d’acquérir une Mach 1 même si les beaufs n’optaient que pour le petit 302 ci. à mono-carburateur double-corps…, une suspension plus dure accompagnée de barres stabilisatrices permettait d’affirmer que la voiture avait un comportement plus « viril » et « sportif »….
Du côté des équipements…, le public avait toujours le droit (sic !) à deux rétroviseurs sport couleur carrosserie, à un bouchon de réservoir à ouverture rapide situé en plein centre-milieu du panneau arrière… et nouveauté 1971, la calandre offrait une structure « nid d’abeille » avec deux « projecteurs » (re-sic !) de route…, le gros cheval « cow-boy » et son corral disparaissaient pour un logo Mustang riquiqui plus discret.

Les « nouveautés » étaient infinies (re-re-sic !)…, la carrosserie recevait quelques modifications « esthétisantes » par rapport au modèle « standard-1971″…, à commencer par le capot avec deux prises d’air NACA de série, non fonctionnelles… mais qui pouvaient le devenir si le client choisissait l’option « Dual -Ram-Air-Induction ».
Le capot était en partie peint en noir mat ou argent suivant la couleur de carrosserie choisie et disposait de « verrous » de sécurité (les mêmes que la Mach 1 ’70)…, autre partie de la carrosserie à recevoir du noir mat ou de l’argent étaient les bas de caisse ainsi que la partie basse de l’avant et l’arrière de l’auto.

Ce qui devenait une option était en revanche les bandes latérales de décoration (presque les mêmes que la Boss ’71) et un lettrage « Mach 1 Mustang » qui était apposé sur les ailes avant entre les passages de roues et la portière.
Le pare-chocs avant était en plastique semi-mou, peint de la couleur de la carrosserie…, celui de l’arrière restait chromé…
L’intérieur « Luxury » était devenu une option, ou plus exactement le « deluxe Mach 1 interior »…, qui comprenait une console centrale, un volant « Deluxe » à 3 branches, des applications de faux bois un peu partout, et des sièges « Confortweave » à haut dossiers.

Il y eu peu de changements esthétiques pour 1972…, le même équipement de série fut repris, à l’exception du bouchon d’essence à ouverture rapide qui restait disponible en option.
Par contre, sous le capot, exit les big blocks, ne restaient que l’ensemble des small blocks… mais dépollués, ils n’avaient plus du tout la même âme que ceux rencontrés les années précédentes…

La Mach One 1973 sonnera le glas de la Mustang…, peu d’évolution…, des moteurs encore moins puissants… et la crise pétrolière débarquant à grands pas.
Plus de peinture noir mat ou argent sur les bas de caisse, ceux-ci étant désormais de la couleur du restant de la carrosserie…

La Mach 1 survécut à la seconde génération de Mustang, avec une carrosserie « compacte » qui sera produite de 1974 à 1979, mais l’esprit initial n’était plus là et elle disparaîtra sans grands regrets…
Pourquoi, alors, ces dithyrambes hallucinés d’une médiocrité « sensationnelle » dans les magazines franchouilles de « ricaines » ?
Peut-être parce que pour écrire douloureusement d’un mythe mité, il faut avoir eu l’expérience d’en avoir possédé quelques-unes…, il faut aussi être doué…

A l’inverse, si on publie sérieusement, dans des tonalités graves, au gré du vent qui souffle, pour faire plaisir aux masses, on est indigne de toute considération d’oser un style d’écriture faisandé…, façon « Collection Harlequin », en version sinistre, un ensemble de photos légendées, façon haïku serait moins fatigant, moins cher pour les lecteurs (sauf s »ils volent les mag’s), un vrai geste pour la planète.
Enfin…, pfffffffffffffffff…, tout cela est tragique, poignant, dramatique…., il faut respecter les drames, même s’ils ne font pas forcément de bonnes histoires…