F-650, le truck extrême…!

Une pancarte noire fixée sur une porte en bois qui grinçait au fouet des quatre vents…, puis une allée de ciment, couverte, qui sentait encore l’huile de vidange, qui donnait sur ce qui avait été un miteux garage de banlieue, encore placardé de posters et encombré de pneus usés et de batteries mortes.
Contre la paroi de gauche du hangar, un grillage avait été tendu sur des piquets épais, fichés dans le béton du sol et du plafond que les impacts avaient fait exploser sans qu’on cherche à le réparer…, ce garage désaffecté, puant et délabré, servait à l’heure actuelle de bar-à-putes à usage de divers baroudeurs érrants qui y venaient chercher l’art de se faire torturer et souffrir, en échange de quelques billets…

Depuis l’entrée du hangar, les mains contre la grille, je contemplais ces installations plantées dans la déchéance… et les moindres détails de leur architecture complexe et foutraque à la fois…, je m’y étais arrêté sans bruit, mettant mes pieds dans l’eau fangeuse du terrain inégal.
Quelquefois, une portion du grillage tremblait avec une violence sauvage, comme sous le coup d’un poing énorme : un doberman accrochait ses crocs dans les croisillons tordus, dont des écailles de rouille tombaient, faisant suivre, dans leur grincement âcre, le crépitement de fragments de cailloutis et de béton du plafond…, mais remettant ses pattes, comme un sceau, sur les immondices de toutes sortes qui tapissaient sa cage, tandis qu’il avait encore la gueule crispée dans la grille, il reprenait sa posture naturelle, allait laper l’eau d’une gamelle boiteuse et recommençait à tourner en râlant et grognant autour du centre de sa cage.

Lorsque le doberman laissait ainsi éclater sa haine contre le métal, une chienne couverte de plaies se levait en geignant, gueule entrouverte et se traînait vers sa gamelle…
Alors des rats, tapis au pied des murs et derrière l’écuelle de fer blanc sautaient en criant, énervés par cette odeur de sang infecté, la renversaient par terre, malgré ses efforts vigoureux, bondissaient sur son corps secoué de spasmes et de réflexes de défense et la déchiquetaient un peu plus, jusqu’à ce qu’elle parvienne à en tuer un et faire peur aux autres.

Ses oreilles étaient en lambeaux, sa nuque ouverte allait du rouge profond au noir, ses cuisses écorchées aux deux tiers et l’énorme béance qui joignait son anus et sa vulve gonflée par l’infection étaient le résultat d’une morsure plus vicieuse que les autres.
Les rats allaient alors couiner plus loin dans le hangar, un peu rassasiés de fièvre et de chair brûlante ; la chienne se relevait, tremblante, plus abîmée encore, comme lorsqu’on s’éveille après un cauchemar…, elle n’avait plus besoin d’eau et léchait ses plaies fraîches à la place, retournant se coucher en boule près du grillage, en attendant d’avoir soif à nouveau.

J’allais ouvrir la lourde porte d’acier, quand je vis, sur le mur de gauche, cette inscription en dialecte local, en lettres baveuses au marqueur rouge : « Fuyer ! Ici sait des malade ! Vous saver pas quesqu’il font avec les zumain ! Ojourd’ui sait mon fis il a payer !!! »
A ce spectacle, moi aussi, je voulus pénétrer dans ce hangar…, la curiosité malsaine, parce que je ne vaux pas mieux qu’un autre, l’emporta sur la crainte ; au bout de quelques instants, j’avais soulevé la poignée, ouvert la lourde porte… et j’étais entré, sur la pointe des pieds, évitant les flaques de sperme et de cyprine et divers débris…, pour me plaquer derrière le coin du mur de gauche, dans l’ombre.

D’abord je ne pus rien voir ; mais mes pupilles s’accommodèrent vite à l’obscurité…, la première et la seule chose qui frappa ma vue fut une jeune femme, avec de longues cuissardes en latex noir brillant et un collier à clous acérés se croisant deux à deux…, elle tenait un autre doberman, énorme comme un tigre qui grognait grave, régulièrement…
Rendu nerveux par ma présence, il se mit à bondir contre un mur…, ses efforts pour me déchiqueter étaient inutiles, sa maîtresse blonde le tenait fermement en laisse, le laissant rebondir et retomber sur ses pattes comme une balle élastique…, ce hangar, ex-garage miteux, en réalité un bar glauque, correspondait à l’adresse qu’on m’avait donnée, comme point de rendez-vous avec une folle-furieuse, dévote-amatrice de Big-Truck d’enfer…

J’ai commandé un Mojito…, il me semblait d’autant plus frais que l’endroit était glauque…, elle m’a demandé si j’étais bien le Mec de GatsbyOnline et Chromes&Flammes qui venait pour réaliser un reportage sur les Big-Trucks…, j’ai fait oui de la tête…, elle m’a rétorqué : « Le Hummer c’est pour les nabots, rien ne vaut le F-650″… 
J’ai commençé par lui poser des questions simples, les questions naïves d’un voyageur-baroudeur-journaliste qui ne voit que des conneries depuis qu’il roule sur les routes, un déjanté qui n’en a plus rien à faire de regarder des tableaux qui défilent devant ses yeux et d’écouter les cons et connes discourir sur la taille de leur zizis ou la masse de leurs seins…

– « La route est plus qu’un corridor, c’est une galerie »… a t’elle marmoné…
Face à son radotage, répétitif comme un piston, je lui ai avoué mon amour des épinettes.
– « Je ne connais rien de plus beau, de plus profond et de plus intimidant qu’une épinette noire de deux cents ans, je tiens cet arbre pour l’emblème de l’éternité et je les trouve bien chanceux, les forestiers et les épinettes, de passer ensemble leurs journées au milieu de ce temps arrêté »…
Elle m’a regardé, interloquée… et m’a avoué que c’était la première fois, en trente ans de vie dans cette région de bûcherons, qu’elle rencontrait quelqu’un qui se pâmait devant la beauté des petites épinettes maigrichonnes du Nord.

Bien sûr, je parlais de la beauté du temps qui passe…, ce à quoi elle m’a répondu ce qui m’a paru être « à coté de la plaque »...
– « Comment pouvez-vous couper une vieille forêt boréale sans vous poser la question du temps ? Ces épinettes sont vieilles, on dirait des sorcières endormies, le dos voûté, le nez pointu, inoffensives, les mains croisées. Couper un paysage qui a mis des siècles à se profiler, c’est une grande décision. Effacer d’un trait le monumental et l’essentiel, c’est une grande affaire »…
– « Oui mais ce n’est pas la même vieille forêt, lui ais-je-dit…, ce ne sont plus des paysages anciens, ces horizons d’épinettes noires qui se répètent à l’infini et qui découpent le ciel bas en autant de petites pointes qui traduisent le monotone effiloché »…
Elle m’a dit que l’on replantait, que l’on reboisait et qu’elle connaîssait des coins où la repousse était spectaculaire.
– « Les paysages changent, ils changent pour toujours. Il est probable que nous ne reverrons plus jamais les paysages originaux. La gueule d’un terrain reboisé n’est pas la gueule d’un terrain naturel »…

De bonne foi, j’ai reposé mes questions.
– « La forêt vierge du Nord est-elle en train de disparaître à jamais ? »…
Pas de réponse…, les commentaires des politicards vérolés, que j’avais lu attentivement pour me documenter, tournaient autour des aménagements, des volumes, des rendements, du reboisement, de la surveillance, de ceci et de cela qui est le discours commun habituel…, mais en fait, les gens du milieu finissent par avouer qu’il faut se croiser les doigts, c’est-à-dire espérer, que les choses ne sont peut-être pas si pires, qu’il faut bien faire rouler les choses, c’est-à-dire l’économie…, mais l’erreur boréale (sic !) la fatiguait…, le sacré n’a jamais gain de cause en face de la raison…

J’arrivais du Mariland où j’avais tenu les mêmes conversations à propos des poissons de fond, avec des scientifiques et des pêcheurs, autour d’un autre Mojito…, ici, comme dans tous les milieux extrèmes, on ne coupe pas dans le gras, on coupe dans le beau…, cependant, qui a vu la grandeur monotone de ces tableaux sublimes ?
Nous avons parlé des morues…, c’était beau l’océan Atlantique, ils étaient beaux les villages de pêcheurs…, mais il ne restera bientôt plus qu’à les fermer…, les scientifiques-experts ont cru que leurs modèles scientifiques représentaient bel et bien la réalité, et ils ont échoué…, il n’y a plus beaucoup de crabes dans les paniers.., ici, dans la forêt boréale, ils font la même chose, ils parlent le même langage, certainement qu’ils auront les mêmes regrets…, nous tuons toutes et tous l’éternité.

– « Viens, mec, plutôt que de me raconter des conneries, je vais te présenter à mes amis, grands amateurs d’espaces verts et de supers engins extrêmes »…
Je suis sorti du bar à sa suite.
– « C’est indiscret de vous demander ce que vous faites dans ce bar glauque ? »…
– « J’y travaille…, t’aurais demandé, je t’aurais fais une pipe à l’œil mais ça peut encore se faire en soirée ! »…

On pouvait dire de cette région qu’elle était sauvage…, je me souviens d’être passé ici, sur cette route alors en sable et gravier, en 1985, du temps ou je cherchais des sujets pour mes magazines…, elle ne l’est plus assurément…, personne n’a jamais remarqué sérieusement la grande beauté des paysages du grand nord américain et canadien.
Ici, les gens ont le culte de leur apparence, ils se moquent de tout ce qui n’est pas eux-mêmes, ils n’en ont rien à f… des arbres, de la culture de leurs propres espaces, ils ont perdu l’estime de la véritable nature.

– « Une Loi nationale sur la beauté du pays, du bâti et du vivant serait certainement souhaitable…, il faudrait alors tout mettre sur la table : Qui sommes-nous, que voulons-nous, que faisons-nous dans le fond ? Où est la richesse qui n’exigerait pas ces sacrifices, ce renoncement ? Qui détient les droits sur le beau et le sacré ? »…
– « Ouaisss, mec, t’es torturé, toi, t’as pas besoin d’un traitement BDSM à mon bar…, tais-toi, profite du paysage.
Oui, nous tuons l’éternité…, je rêve que je vais dire aux arbres, un par un, qu’ils peuvent s’éterniser tranquilles…, l’humain n’est pas fin…, s’il l’était, cela se saurait »…

Je suis monté à bord de son F-650, un énorme Truck extrème, mû par un Cummins Diésel de 6L9 et 325 cv…, un bruit infernal, des dimensions fantasques, 11.000 kilos…, 11 tonnes d’acier…, 4 fois le poids et le volume d’un Hummer H3 !!!
Alors même que l’Amérique chante depuis toujours (qu’elle existe) la gloire de ses technologies, l’efficacité de ses systèmes, la rationalité de ses choix collectifs et individuels, la maturité de ses politiques, la grandeur du progrès…, voilà qu’avec ce F-650 le naturel s’exprimait au trot et au galop, pour le meilleur et surtout pour le pire…

Et voilà que, arrivant en ville, soudain, perché à deux mêtres du sol dans la cabine climatisée de ce F-650, j’ai été témoin d’une scène qui en disait long sur le devenir de l’humanité…, car la rationalité américaine est un mythe bien entretenu, un discours incantatoire qui ne correspond nullement à aux authentiques besoins.
Dans ce cafouillis de voitures et de gens, voilà qu’est apparu un Hummer noir…, il s’est arrêté et s’est garé en double ligne, bloquant une voie complète, provoquant un bouchon, comme de raison…, le propriétaire de cette affaire n’était plus tout jeune, il avait les cheveux gris de ses soucis, il est descendu de son armure et s’est mis à simplement discutailler sur le trottoir avec je ne sais qui, faisant de grands signes en direction de notre F-650…, ils faisaient sûrement des comparaisons entre le F-650 et le Hummer…

Dans le bouchon qui s’était formé, ma conductrice, au volant de son jouet de 11 tonnes servant à simplement transporter son Harley-Davidson sur le plateau arrière…, s’est mise à s’impatienter…, elle voyait forcément les choses de haut.
C’était déjà assez que cette rue soit encombrée en permanence pour les nécessités des livraisons et du commerce, voilà qu’elle se bloquait encore plus en raison des caprices d’un individu qui voulait se montrer et montrer son Hummer…, toute l’absurdité de notre monde se jouait dans cette simple scène de la vie.

C’était déjà assez que, pour augmenter les profits, les entreprises maintiennent des entrepôts roulants qui doivent arriver juste à temps, multipliant les camions lourds par trois ou par dix sur les routes, les obligeant à livrer dans les villes aux heures dites, à augmenter le trafic d’autant, sous l’œil du maître GPS… et, voilà qu’un Hummer se posait tel un caillot dans le flux déjà surchargé de la nécessité.
L’apparition du Hummer et du F-650 dans le paysage urbain en disait long sur la direction où nous allions, c’est-à-dire nulle part…, ces deux véhicules étaient des parades en eux-mêmes…

Le Hummer…, un bloc de trois tonnes bouffant de l’essence comme le feu du bois (40 à 50 litres d’essence ou de diesel selon la version…), une forme militaire symbolisant la défensive du blindé et l’arrogance du char, un utilitaire sans aucune utilité, un symbole bas de gamme au prix de cent douze mille dollars et j’en passe…, qui me feraient écrire des mots qui sont mauvais pour la pensée.
Le F-650…., une montagne de 11 tonnes engloutissant jusqu’à 100 litres de diesel aux cent kilomètres, un bazar camionnesque, démentiel, ou le conducteur et ses 3 ou 5 passagers sont assis à deux mètres du sol, la tête à trois mètres et plus…, impossible à garer, in-manoeuvrable en ville… prix de départ 90.000 US Dollars, prix d’une version spéciale (comme les F-650 des photos illustrant mon article) : 200.000 US$ !

Le Hummer et le F-650 en quatre fois plus lourd (de sens), sont larges sur leurs pattes, il sont intimidants…, dans leur esthétique comme dans ce qu’ils expriment, il sont guerriers et militants, des genres de gros dinosaures de métal aux faces malcommodes…, on pourrait leur poser des pinces et ce seraient des crabes géants…, pourquoi encombrer les villes de ces airs bêtes ?
– « Vous pensez toutes et tous au protocole de Kyoto, mais vous honorez un autre dieu. Dans cette affaire vous n’êtes pas sérieux. En 1973, nous traversions toutes et tous la première crise du pétrole. L’Amérique disait alors que, dans un avenir proche, les véhicules routiers seraient profilés comme des plumes légères emportées par le vent…, qu’on allait rouler tels des frissons rafraîchissants et purificateurs, de véritables courants d’air sans tache d’huile ni odeur de fuel. Là-dessus, l’Amérique a certainement raté la fourche, la courbe ainsi que l’embranchement. Vos véhicules les plus populaires sont dits sportifs et utilitaires…, alors qu’ils sont de plus en plus lourds, de moins en moins sportifs et surtout pas utilitaires. Vos autos sont des camions, elles se sont engagées plus encore sur la voie des marqueurs de pouvoir et de statut. Vous avez choisi le boulevard du délire. Plus je fréquente les gens aisés, plus je vois qu’ils roulent dans leurs symboles d’acier, dans des camions blindés, chacun étant une manière de Brinks ou de Sécuritas…, pour aller d’un point à un autre à l’intérieur de ce qui s’appelle la vie de quartier »…

Je ne saurais dire…, mais j’avais risqué ici un commentaire « d’hummer noir« … à ma conductrice…
– « Ouaisss mec, pour ta gâterie gratuite tu peux repasser, mais quoi que tu dises les Hummer et les F-650 se vendent bien… Oui, mec, le Hummer est une mauvaise plaisanterie, c’est pour ça que je me suis payé un F-650, parce que c’est l’Amérique mon gars »…
– « Il ne vous reste qu’à mettre en marché des missiles privés et des canons domestiques. Juste pour afficher vos intentions. Le Hummer et le F-650 sont des chars allégoriques qui commémorent la simple farce de notre temps. Non seulement l’ego fait foi de tout, il fallait en plus qu’il se blinde. La tenue soldate infiltre même la vie civile. Ce n’est qu’un début, continuons le combat… J’en veux un pour mon anniversaire, j’en veux un tout noir avec les vitres teintées…, je veux moi aussi partir en guerre, tourner en rond au centre-ville, obstruer la circulation, attirer les regards, l’envie, les foudres ou l’attention de la population. Ces chars d’assaut ne sont pas faits pour faire de la grand-route. Non, ils sont faits pour être stationnés en double-file sur les boulevards, là où ils sont immobiles, inutiles, monuments nuisibles mais combien révélateurs du seul culte qui soit : je suis gros comme mon compte en banque, je carbure à l’inutile, je ne lésine pas sur les bébelles et je me vois comme un général sur le champ de bataille, tête d’affiche au théâtre de mon sport. Non, l’humain n’est pas fin. Petit soldat en manque de plomb dans la tête, il perd facilement le nord du ridicule. Il n’achète pas un véhicule pour se déplacer, mais pour déplacer de l’air »…

– « À la défense de GM, on peut dire qu’avec la gamme Hummer, ils ont su présenter une série de véhicules vraiment particuliers. Depuis sa toute première présence sur les routes, sous la forme du Hummer H1, ce véhicule n’était accessible qu’à une clientèle limitée, pouvant autant se le procurer que le faire rouler. Non seulement son prix était important mais sa consommation digne d’un camion Kenworth le rendait encore moins accessible à la masse…, mais ce n’était pas un véhicule de masse, mec, tu comprends pas ça, c’était le symbole de notre nation, l’Amérique victorieuse, c’est pour cela que ceux qui en avaient les moyens en ont acheté. mais pour élargir cette fierté américaine à un plus grand nombre, devant la popularité croissante des énormes SUV, GM a donc décidé d’introduire le H3, un véhicule tout à fait unique, à un prix plus raisonnable…
– « Bien sur, la plupart du temps, les compagnies offrent différents modèles faisant partie d’une catégorie donnée et en fin de compte, ils deviennent des concurrents semblables, par contre, avec un Hummer, à cause de ses caractéristiques singulières, il est plus difficile de le comparer »…

– « L’esprit Hummer est unique et la question que je me demandais auprès du H3 était sa capacité d’être à la hauteur de la réputation de ses prédécesseurs. Bien que celui-ci soit le seul de la famille à posséder uniquement des caractéristiques issues de la General Motor, j’ai du admettre qu’il profitait tout de même de son propre caractère. Ses formes, son côté robuste et ses capacités hors route démontraient clairement le lien génétique avec les purs Hummer H1. Néanmoins, si tu as déjà conduit un Chevrolet Colorado, tu constateras rapidement qu’il existe des similitudes entre les deux »…
– « Pourquoi cela ? »…
– « Simplement que ceux-ci partagent le même moteur et le même châssis. On parle donc d’un 5 cylindres de 3,5 litres, développant 220 chevaux. Soyons honnête, ce n’est pas le point fort du véhicule. Dans une camionnette, ce moteur est à la hauteur mais sous le capot d’une bête de 2.132 kg (4700 lbs), ce n’est pas aussi évident. Sans dire pourtant que le H3 est sous motorisé, j’ajouterai qu’un peu plus de puissance n’aurait pas fait de tort. C’est à cause de tout ça que j’ai préféré un Ford F-650, car là, encore plus que le Hummer, c’est le symbole de l’Amérique, la taille et la majesté »…

Je me suis recroquevillé dans mon siège et je me suis remémoré tout ce que j’avais étudié sur le F-650…, pas la peine de discutailler…, pour la trentième année consécutive, la famille F-Series a décroché le titre de pick-up le plus vendu aux USA…., avec son allure de gros jouet et ses tarifs revus à la baisse, le nouveau Super Duty avait de quoi remporter un 31 ième sacre.
Les amateurs d’engins utilitaires comme les détracteurs des excès de style à l’américaine se souviendront avec émotion du F-250 Super Chief : une calandre aussi imposante que simpliste, trônant au bout d’un capot aussi vaste qu’une table de ping-pong…, ainsi se caractérisait cette étude de style qui, comble du ravissement ou de l’horreur (c’est selon), a fortement influencé la refonte du Super Duty.

Pour schématiser, entre le Ford F-150 et le Super Duty, c’était un peu comme entre le Renault Master et le Mascott : lorsque le « petit » ne suffisait pas, le grand frère était là pour prendre en charge les tâches les plus difficiles…., la cabine étant plus vaste et le châssis plus robuste…., les moteurs plus gros et les transmissions plus solides…., bref, la famille des Super Duty faisait le lien entre le monde du poids lourd et celui du pick-up qu’affectionne tant les familles américaines qui n’ont pourtant que faire d’une benne en semaine.
Le plus gros représentant de la famille des Super Duty était le F-650.., à noter, l’arrivée d’un V8 Diesel Power Stroke de 350 chevaux en même que celle d’un châssis et d’une cabine revisités… et, parmi les raffinements inédits, on retiendra le TailGate Step, un marche-pied escamotable facilitant l’accès à la benne, ou bien encore les rétroviseurs rabattables électriquement Powerscope, parfaits pour tracter une remorque.

Le Ford F650 est ce qu’il y a de plus extrême et de plus massif en matière de Truck Américain…, ce monumental engin est équipé de divers moteurs 6 cylindres, dont le haut de gamme est le Turbo Diesel 32 soupapes Caterpillar de 7,2 litres de cylindrée développant 330 chevaux et 700 Nm de couple, qui est accouplé à une boîte de vitesse Allisson automatique à 5 rapports, d’un système de suspensions pneumatiques Air Ride, d’un essieu arrière à roues jumelées…, côté look, le travail est soigné : chromes rutilants et très large calandre chromée…
Ce SUV format XXL, ou XUV est construit sur la base d’un Ford F-650…, vu son imposant gabarit de SUV suralimenté au Mc Do, impossible ou presque de ne pas l’apercevoir…, trop fade et super riquiqui le Hummer H3-T en comparaison !

Le F-650 XUV revendique un poids de 11.803 kgs soit, une fois la conversion effectuée (gag !), plus de onze tonnes…, monstrueux…, de quoi rendre un soupçon ridicule toutes les Ferrari… et cette carrosserie voguant entre camion et monospace coûte 200.000 dolllars soit 138.000 €uros hors taxes…
A ce prix : tapis de plancher en bois véritable, sièges individuels et personnalisés, équipement audio constitué de 42 enceintes (tant qu’à faire) plus quatre ordinateurs, deux télévisions LCD de 16 pouces et, pour ceux qui préfèrent regarder le All Star Game sans avoir à coller les yeux à l’écran, un plasma de 42 pouces…, idéal pour transporter le week-end son équipe de basket au derby du coin.

Les caractéristiques impressionnantes du F-650 sont nombreuses : tout d’abord, partout où il va, il ne passe jamais inaperçu, spécialement s’il est jaune ou rouge, mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est son prix de 200.000 US$…, c’est quand même une belle somme mais pour le type de véhicule et la différenciation qu’il offre, certains y verront là une vraie aubaine…, de toute façon, la plupart des gens qui se procurent un F-650 le font dans un souci de paraître… et non pour ce qu’il peut faire…, alors, pourquoi ne pas en choisir un qui est aussi extrême que ceux illustrant ce reportage « sur-le-vif« … même si vous ne l’utiliserez jamais.

Tous les possesseurs de F-650 que j’ai rencontré, grâce à la jeune et jolie propriétaire du F-650 Pick-up double cabine à 165.000 US$ (à 300 US$ la fellation, ça fait une masse de clients à satisfaire avant de se payer ce dinosaure)…, jugent que ce prix est justifié car malgré la dernière annonce de réduction massive des prix de la majorité de leurs produits (F-150, F-250, F-350, F-450), la gamme F-650 n’est pas visée.
Tout un comportement…, le F-650 a son caractère bien à lui…, quand on est au volant, la taille et la forme du véhicule, rappellent bien que l’on se trouve à bord d’un véhicule plutôt viril…, quant au confort, les sièges font un très bon travail, la position de conduite est adéquate et la suspension ne fait pas souffrir…, disons qu’on a plus l’impression de se promener sur un gros ballon, entre autre à cause de l’immensité des roues.

Malgré tout cela, il se débrouille bien en zone urbaine, à condition d’être conscient de son énormité…, le rayon de braquage est l’un des plus impressionnant que j’ai vu sur tout type de véhicule confondu…, j’ajoute à tout ceci un fait fort impressionnant lors de manœuvre de stationnement : on a l’impression de ne jamais pouvoir le tourner tellement il est long…, mais là, c’est bien beau la ville sauf que si on veut aller s’amuser sur un terrain accidenté, peut-il tout de même bien se défendre ?
Rassurez-vous, le F-650 sera difficile à prendre au dépourvu dans ces conditions…, vous remarquerez que la garde au sol est impressionnante, que le véhicule est équipé de bons pneus et que sa solide conception ne vous inquiétera pas trop en affrontant différents obstacles… et si par malheur vous restez embourbé… le treuil devrait vous sortir d’affaire…, je vous souhaite par contre de vous en servir pour plutôt dé-stresser vos amies et amis.

Il m’est difficile de me prononcer sur sa fiabilité mais si effectivement cet aspect est au rendez-vous, on pourra dire que Ford-Truck a su frapper de brillante façon et se forger une niche très solide…, il consomme vraiment plus de diesel que les autres SUV…, j’ai calculé entre 70 et 120 litres de gasoil aux 100 kms… mais son confort est hors pair.
Après l’avoir conduit sur 1.000 km d’autoroute et aussi dans des conditions hors-route plutôt sévères, le F-650 m’a grandement étonné…, de plus, ses aptitudes en tout-terrains sont vraiment remarquables… et tout ça sans parler de sa gueule de dinosaure !

Combien de fois les gens m’ont fait des signes ? OK…, parfois c’était un doigt d’honneur, j’avoue, mais plus souvent c’étaient des signes de réelle sympathie…, c’est déjà assez nul, ce l’est encore plus quand on ne va nulle part, quand on ne  fait juste que tourner en rond pour se promener en dominant la foule des gnous deux à trois mètres plus bas…
Le principe des SUV, c’est de brûler plus d’essence pour aller moins loin…, en leur faisant peur aussi, car le bestiau pèse 11 tonnes et les voitures 10 fois moins….

J’étais coincé à un feu rouge, lorsqu’un autre F-650 tractant une remorque porte-bateaux est passé devant moi…, je n’ai pas noté le nom de la compagnie qui offrait ce service de pimping publicitaire par F-650 et Off-Shore sur remorque interposé, sachant que le nom se lirait sur la photo…
Ce Truck et le Off-Shore, étaient là le symbole de notre dépendance au pétrole, le roi des SUV sans aucune utilité, à part tracter une remorque chargée d’un Off-Shore passant un message au voisinage : « Moi, je peux me permettre de claquer 200.000 US dollars pour le Truck et 500.000 US$ pour le Off-Shore »… !

En plus, pour en conduire un, dans le cadre de ce reportage, je vous avoue que j’avais l’impression de conduire un camion de déménagement customizé…, mais ça flashait, oh, ça oui…, les têtes tournaient, on me regardait, on m’épiait…, j’ai encore vu un autre F-650 en bordure de route, avec également une remorque porte-bateaux, quoique plus petit, là, j’ai retenu le pimping publicitaire : Lucky Craft…, il y a des gens qui sont impressionnés par n’importe quoi…, j’ai jamais su de quoi il s’agissait…, comme quoi, la pub…, pffffffffffffff !!!
Mon voyage touchant au but…, ou à sa fin (ainsi que la mienne), j’ai résolu de continuer ma discussion avec la propriétaire du F-650 Pick-up double cabine qui ne lui sert qu’à transporter son Harley-Davidson…

– « Je compte faire la critique la plus hilarante, la plus mesquine, la plus incisive de l’Histoire de l’humanité sur cette idiotie à six roues…,puisque les 2 arrières sont jumelées…, c’est la plus risible des compensations phalliques et je m’étonne qu’une jeune femme comme vous se soit acheté un tel monstre ! »…
– « Mon chou, je croyais que tu l’avais deviné, mais je suis transsexuelle »…
Glup ! La fin de Quelqu’un !

– « Hypertrophié, arrogant, offensant pour des millions de gens, le F-650 est un monstre inutile »…
– « C’est bien l’avis d’un Bastard de frenchie, ça… Fuck-you et profondément ! De mille manières et aveuglément encore ! Est-ce trop sévère ? »…
– « Prudente en l’absence de subtilité ma choutte ? »…
– « Il est temps pour bien se faire jouir. Il est temps pour un up-raising des mains et un hallelujah du cul et faire une louange vers le ciel »…
– « En dépit de la façon dont, bien sûr, le ciel n’existe pas vraiment »…
– « Non, car ce serait inutile et de mauvais goût ! »…

– « Vous souvenez-vous de 2003, date à laquelle le pétrole était (relativement) bon marché et que la guerre de Bush était encore comme une sorte de juste cause, avec les mensonges des armes de destruction massive ? »…
– « Le réchauffement planétaire est un canular républicain car ils veulent contrôler l’univers. Ils n’ont qu’à gagner plus de dollars, comme moi ! »…
– « C’est l’Amérique du pire, plus dangereuse, moins respectueuse de l’environnement avec ses Super-Trucks, ses camions monstrueux, ses célèbrités et rappeurs… et ses athlètes et supermodèles à paillettes qui ne pensent qu’au Bling-bling en se foutant totalement des autres… Les Hummer et F-650 sont essentiellement l’emblème de tout ce qui est ou était le mal de l’Amérique de Bush, la taille démesurée, l’impudence, le machisme. Quelque chose, enfin, semble être en train de changer pour le mieux »…
– « Malgré tous les discours de « l’écologisation » de l’Amérique, les ventes de SUV géants comme mon F-650 sont de nouveau en hausse…, malgré plusieurs mois de baisse des ventes. What the hell is going on ? Est-ce que tu connais déjà ma réponse ?  Elle est simple : Fuck-you, frenchie ! »…

– « Est-ce que les SUV géants, le surpoids de la culture américaine ne sont pas en train de devenir de tristes stupidités ? De nombreux Américains pensent que l’achat du plus récent modèle de F-650 avec 23 porte-gobelets en lieu et place du modèle précédent avec seulement 14… est une amélioration qui nécessite un achat à crédit….
– « Plus nous apprenons sur la diminution des réserves de pétrole et plus nous apprenons que notre pays, les États-Unis, n’est pas responsable, c’est pourquoi nous sommes en guerre pour posséder le pétrole, il est à nous parce que nous sommes les USA, mec, tu peux pas comprendre ça…, pas question de ne pas avoir le plaisir de posséder une automobile extraordinaire parce que nous serions soi-disant sur le point de rendre notre dernier souffle de plaisir, peu importe l’avenir et les répercussions, nous devons bénéficier de cette liberté de rouler en F-650 ou en Hummer ou en Corvette…, avant que le pétrole vient à manquer et que les terroristes viennent manger nos bébés… et les libéraux sacrément modifier les lois et nous obliger à rouler en micro-voitures Smart »… 
– « Measure of American attitudes ».

– « La vérité est que maintenant, nous sommes peut-être tout simplement occupés de passer à la phase suivante, unfazed by $ 120 le barril de pétrole ! »…
– « Vos réponses sont une de mes plus fascinantes études culturelles ! Et la pollution en cours… et l’idée qui va de soi que, malgré le battage médiatique, rien de significatif n’a vraiment changé du tout »…
– « Tu peux rêver d’avoir l’espoir d’une sorte de grand réveil, une sorte d’enlèvement de la tumeur et un soulagement de la douleur de l’excès de déchets et de l’abus et l’ignorance heureuse qui sont en toi. Mais, bien sûr, ce que tu obtiendras c’est de l’aspirine et des ampoules fluorescentes compactes »…
– « Et une copie du livre « Une vérité qui dérange » sur DVD »…
– « N’est-ce pas ça l’Amérique ? »…

Sombre affaire, souvenirs confus…, donc…, ce dont je me rappelle…., c’est que nous étions dans le F-650, sa propriétaire, une transsexuelle mignone comme tout, amatrice/amateur de F-650 (je ne m’y retrouve pas), m’avait cédé le volant et peut-être une dernière virée sur l’Harley-Davidson qui était solidement amarrée sur la petite plateforme arrière étriquée, sans nul doute rageusement rajoutée en fin de montage à ce baise-en-cambrousse motorisé.
Si je tente de me remémorer la scène avec exhaustivité, il devait y avoir deux chiens, une chienne, des rats, une maîtresse nue en cuissardes… dans le début de ce reportage, choses ignobles, jappantes et léchantes, couinantes et gambadantes… et qui sautillaient des allers-retours entre les genoux de la blonde et ses fesses (les plus moelleuses et odoriférants que j’avais palpées depuis longtemps…, c’est le danger d’être en manque, j’imagine !), non sans recrudescences concomittantes… et d’où venions-nous ?

Dans le crépuscule romantique et champêtre de la vallée, semblaient répondre des mammouths F-650 disparus avec le pétrole bon-marché… depuis magnifique lurette, mais dont la nymphe blodinette (quoique transsexuelle) à mes cotés, semblait aimer à ressusciter la réalité toute américaine… et où allions-nous ?
Le soir tombait comme, dans les saunas au nord de Malmö (que j’ai connu en d’autres temps), tombent les inhibitions…, ou encore comme, lors des soirs de premières, avant la fin du premier acte des pièces existentialistes norvégiennes, tombe un rideau jauni par les années et troué par les canettes, mais également comme, au nez et sur la gueule des électeurs des couches populaires, abrutis et enculés mais consentants, six mois après une foire à la démagogie, tombe le voile de l’illusion et le couperet de la régression sociale.

Or, sur les routes, par les beaux soirs de printemps secs et sans match de Coupe à la télé, il advient, par de certaines fois rares et mémorables, trop de Mojitos aidant…, que surgisse, dans le halo des phares estomaqués par la fourberie de l’embuscade, un gnome bleu et casqué, arborant matraque à la taille et carnet de verbalisation à la poche, muni d’un encensoir phosphorescent qu’il expose en un mouvement pendulaire aux regards des fidèles automobilistes médusés…, cependant que l’autre bras, encore plus majestueux puisqu’impératif, par un second mouvement harmonique orthogonal au premier, intime l’ordre de vous ranger sur l’accotement de la chaussée.
Alors, si tôt et si tactiquement immobilisé, vous assistez impuissant au déboulement d’une meute de ses semblables qui procèdent à l’encerclement de votre véhicule… et bien peu de ce qui s’ensuit dépend de votre libre-arbitre.

Mon sang surfluidifié ne turbina qu’un tour…, je connaissais la manoeuvre, j’appréhendai d’un coup d’oeil la disposition du terrain, l’éparpillement des troupes, le laissez-aller d’une ligne de front dégarnie et réduite à deux tire-aux-flanc démotivés…, mon bras plongea vers l’arrière du véhicule, en ramena un extincteur que je propulsai dans la tronche du gnome à l’encensoir lumineux…, la chose ignoble et la chose nuisible roulèrent à terre.
Le second farfadet de la ligne de front s’était rapproché, mais restait distrait par la scène de qui s’épandait sur l’asphalte…, il prit le F-650 dans le dos, car à la guerre comme à la guerre… et Mars se mit de notre côté, et le gnome éclata sous le choc, répandant son contenu sur le sol.

Je vis passer, le long des roues du F-650, le doberman qui gardait le bar-à-putes, jappant et grognant.
« Où sont les toilettes ? »… bégaya ma jeune conductrice transsexuelle, émergeant d’un silence que j’avais jugé philosophique jusque là.

Le premier agresseur se relevait déjà et tentait de relever le deuxième…, erreur fatale…, ces êtres sont cruels et sans pitié, mais pas très vifs d’esprit ; leurs stratagèmes procèdent moins de leur intelligence que du génie de la sélection naturelle et du sens de l’imitation…, il me laissait le temps de partir au loin…, la victoire était à nous.
– « Je n’ai rien d’autre à déclarer, si ce n’est votre alcootest mal chorégraphié ».
– « Nous sommes magnanimes »…

Ils étaient déjà en train de dévaler le talus vers le fleuve, véloces mais à la course hasardeuse, que devançait et poursuivait alternativement une silhouette canine aux aboiements enjoués…, je ne sais s’ils survécurent…
Quand je me suis réveillé…, le hangar-bar était vide, tout comme mon portefeuille…, dehors, le F-650 avait disparu, ma voiture également…, seules restaient : mon appareil photo digital et mes notes…, juste assez pour réaliser ce reportage !