Ferrabsurdie : Miami-Vice…

J’ai, tout un temps, voyagé en Absurdie, j’y ai rencontré le futur de l’avant-garde de demain et l’arrière-garde de l’avant-garde actuelle…
Les idées qui y planaient et qui y surnagent encore, n’y étaient pas vraiment neuves, c’était du recyclage névrosé, un mélange de punk-écolo-altermondialisme provocateur, égocentrique, individualiste…, un gala d’égos baignés dans une fausse auto-dérision hilarante.

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En Absurdie, les absurdistes que j’ai côtoyé s’occupaient de détruire l’art, il voulaient tout casser avant la disparition de l’espèce humaine… et le remplacer par le lard, unique valeur qui nous relierait tous, nous les lardons de l’histoire, dans des cochonneries de toutes sortes…
En Absurdie, j’ai appris qu’il fallait avoir la grosse tête avant de devenir célèbre, parce que c’était le seul moyen de ne pas l’attraper en devenant célèbre…

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Cela ne paraissait pas évident comme ça, au premier abord, mais dès le second… l’évidence l’est devenue…, c’est cette évidence qui m’a ordonné, durant un lap de temps indéfini, d’avoir une pensée claire et logique que je vous résumerai ainsi : Je n’ai pas besoin des autres pour aimer ce que je fais, la célébrité me parait donc légitime, c’est une conséquence logique de la création…, donc, je me permets de me la péter encore plus que d’habitude !
C’est dans cette mouvance que j’ai créé, début des années ’80, mes magazines Chromes&Flammes, Calandres, AutoChromes, Automania, TopWheels… etc.etc…

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J’étais comme le Gourou d’une secte, la secte des absurdités roulantes…, chaque mois je diffusais ma bonne parole avec un pic de diffusion de 500.000 exemplaires en 5 langues et éditions…, inoculant le terrible virus à la jeunesse du monde…
Mes tentatives de propager la Hot-Rod Mania en Franchouille n’ont pas donné de résultats spectaculaires, mais le virus à muté en Tuningmania et là, ce fut une intoxication telle… que, rongé par le remord, j’ai vendu mes magazines pour m’isoler… : Epaves sublimes…

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J’ai alors, horreur suprême, créé divers garages commercialisant des voitures quasi atomiques, atomisant ce qui restait de gens hésitants…, le coup d’envoi étant l’importation des Excalibur’s, puis de diverses Clénet’s et autres folies…: L’anthropologique histoire de l’abandon sacrificiel d’automobiles hors normes… 
En finale, la diffusion d’un nombre ahurissant de fausses Cobra obligea à la promulgation d’une loi destinée à enrayer la propagation de ce virus dangereux…, ma dernière tentative, la création de la Minari sur base d’une Alfa Roméo 33 ou d’une AlfaSud, se termina par mon exclusion de tous les clubs automobiles « politiquement-corrects« … : 1995 ALFA ROMEO MINARI ROAD-SPORT, la genèse…

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Le virus a muté vers la Tuningmania et j’ai développé cette maladie en transformant quelques voitures, mais… j’ai rapidement développé un anti virus puissant à force de côtoyer des gens célèbres et richissimes dont certains m’ont dit… : « Pourquoi vous acheter une réplique quand on peut acheter une vraie ? » : Qvale Mangusta… Fin d’une longue idylle…
C’était l’évidence, mieux valait une vraie Corvette qu’une Corvette kitée en fausse Ferrari Daytona !

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L’âge-d’or de l’Absurdie se situe dans la fin des années ’70 et le début des années ’80, juste avant la grande catastrophe des décenies suivantes…, une époque ou la Disco laissait croire que le clinquant était nécessaire et ou les faux servaient de substituts…
A notre époque de surmédiatisation, d’uniformisation globalisée, où l’information voyage à une vitesse folle…, contrairement aux années d’absurdie ou l’Internet n’existait pas encore, on peut dire, sans exagérer, qu’on est tous soumis simultanément aux mêmes stimulis, aux mêmes flux de tendances…, il n’est donc plus surréaliste d’affirmer que plusieurs individus avancent dans la même direction, aussi originale puisse-t-elle paraître, au même moment.

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Entre-autres médiatisations célébrant ce « renouveau » du cynisme et l’apologie du pire pourvu qu’on en vive bien… et au delà…, si Chromes&Flammes et Calandres occupaient la scène des magazines « papier« , Miami Vice en fit un résumé orgiaque « tout public » par le biais de la télévision, ces deux phénomènes s’arrêtant avec la dégringolade apocalyptique des Bourses mondiales…
Fin d’une époque, celle de l’argent facile pour toutes et tous…, arrivait le temps de l’argent facile pour qui en avait déjà ou pour qui n’avait pas peur de collectionner les cadavres dans ses placards !

Imaginez donc le délire de Miami Vice…, deux flics à Miami bossent sous couverture… sans aucune limite financière.
Ils gagnent un salaire de simples flics, sont incorruptibles et vivent comme des nababs…, mais ils ont à disposition : une corvette recarossée en réplique de Ferrari Daytona Spyder…, un Off-Shore Scarrab avec deux moteur Lamborghini de 1000 chevaux chacun…, une Cadillac Eldorado verte… et, une Ferrari Testa Rossa blanche…, ils vivent aussi dans des maisons de milliardaires et n’ont que des jeunes et très très jolies femmes, des Top-modèles de chez Top, sexys, toujours prètes à tout et plus encore…

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Le plus suave des deux flics est un richissime play-boy qui rêvait d’être flic…, l’autre est semi-black, un flic ex-New Yorkais d’origine Haïtienne qui rêvait d’être richissime play-boy et qui s’est retrouvé flic…
Costumes Armani blancs ou roses, espadrilles et Brenten en 10 mm…, Smith&wesson « chief » en 38 special et Itacha « stakeout » court en calibre 12…, autour d’eux les bagnoles sont repeintes façon « la gerbe » avec des jantes dorées…, dont une cinquantaine de Mercos (Mercedes) classe « s » Koenig des années 1980, sur lesquelles les deux flics tirent avec un micro Uzi ou un Ingram…

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A cause de Miami Vice et de Chromes&Flammes ainsi que Calandres, la Franchouille a connu une déferlante de caisses hallucinantes qui figuraient dans cette série et dans mes magazines… : des Mercos Lorinzer et Koenig…, des Lamborghini roses pailletées avec des ailerons de deux mètres et des extensions d’ailes pour jantes d’un mètre de large… des Ferrari kitées en pagaille… et surtout des Kit-cars grotesques ainsi que la fameuse Daytona…, un bazar tout plastique sur base Corvette…
Riez pas, c’était un feuilleton tellement célèbre en Franchouille profonde, que tous les Franchouillards ont cru que Miami c’était comme ça…

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Alors bienvenue sur ce panneau, ce « post » réservé à « ceusses » qui rêvent encore de repeindre à la bombe, leur Twingo en rose pastel avec le drapeau sudiste sur le toit !
La première chose à savoir est que 70% de la série Miami Vice fut tournée à Los-Angeles/Californie…, seules les scènes extérieures étaient réalisées à Miami/Floride !

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Les premiers épisodes furent tournés avec la fameuse réplique de Ferrari Daytona sur base d’une Corvette C3 (les pires) de 1983.
Mi des années ’80, en suite de l’affaire Favre (une réplique de la Ferrari 250 GTO des années ’60), Ferrari a fait des procès à tous ceux qui fabriquaient des fausses Ferrari…, une hécatombe !

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La série Miami Vice durant ce même temps, était un succès, ce qui entrainait la réalisation de quantités de répliques de Ferrari Daytona façon Miami Vice…, c’était l’obscur Tom Mc Burnies, un carrossier chargé de réaliser une copie de Daytona pour la série, qui avait eu l’idée de commercialiser cette voiture en kit… et Ferrari ne voyait pas çà d’un très bon œil.
Ferrari a donc porté plainte contre Michael Mann, le réalisateur de Miami Vice qui utilisait cette réplique, parce que ce feuilleton à succès était à la base du phénoménal succès de ce kit….

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Afin d’éviter à la série de sombrer dans un procès interminable, un accord fut signé…, il était stipulé que Don Johnson devait rouler à bord d’une vraie Ferrari Testa Rossa blanche, non dépolluée, de la première série (1984-1985) avec un intérieur crème… et que la réplique de la Daytona devait être détruite (une explosion) dans un épisode !
La seule nouvelle réplique acceptée devait servir a des cascades (cette réplique pour les cascades fut construite sur une base de Pontiac Fiero)…, ce qui donna immédiatement naissance à des répliques de Testa Rossa sur base Fiero, commercialisées à bien plus grande échelle que le kit Ferrari Daytona sur base Corvette…, Ferrari avait perdu au change !

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Rouler en Testa Rossa Blanche mi des années ’80, c’était le top-summum partout dans le monde…, des quantités ahurissantes de Pontiac Fiero furent kitées en forme de fausses Ferrari testa Rossa, puis en forme de 308/328 et aussi en fausses 288 GTO…
Des dizaines de milliers de fausses Ferrari Testa Rossa, alors qu’il n’y avait qu’un petit millier de fausses Ferrari Daytona !!!

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La fausse Ferrari Daytona du feuilleton n’a finalement pas été détruite…, c’est Don Johnson qui l’a acheté à la fin de la série…, puis l’a fait repeindre de noir… en rouge, (c’est celle qui est illustrée avec les deux nananas…), la vraie fausse ayant été remplacée par une fausse vraie fausse qui a explosé dans un épisode maintenant mythique !…
La contrefaçon est depuis devenue quelque chose d’anodin…, Montres, sacs, vètements, chaussures, bagnoles de luxe, téléphones… tout est bon…, c’est un truc, certes amusant, mais qui n’a rien de créatif… et ça f… maintenant grave les nerfs des dirigeants de marques…, certains en attrapent le Parkinson !

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Il s’est développé une vraie industrie de la contrefaçon, que tente de juguler une armada de détectives anti-faux… surtout dans la contrefaçon d’articles de mode.
Les clientes « type » s’habillent tout naturellement à la Redoute et sont incapables de mettre plus de 50€ dans une paire de pompes, même des cuissardes, alors elles craquent devant des faux !

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Mais la clientèle ne se limite pas à ces apprenties-coiffeuses…, d’autres femmes craquent pour certains faux symboles pour gravir plus rapidement les marches en s’attirant les regards de faux riches roulant des mécaniques dans des vraies Ferrari 308 (la Ferrari des garçons-coiffeurs) ou dans des fausses Ferrari Testa Rossa ou Daytona, avec fausses Ray-ban et fausses Rolex…, on s’y perd…, on s’y perd !
Ca finit généralement par 4 moufflets et vendeuse chez Carrefour pour Madame et représentant en chaussures au chomdu pour Monsieur…

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En fait, même moi qui a commercialisé quantités de fausses Cobra et autres fumisteries, je trouve maintenant ça débilissime de baver sur des escarpins Gucci ou des tricots de peau Guess quand on n’a pas les moyens… et de se reporter sur des ersatz tricotés par des Chinois (ou des Portugais, ou des Péruviens, je suis pas raciste) ; tout ça pourquoi ?
Bah pour frimer pardi…, être branchouille en Franchouille ou n’être rien…, pour se la péter plus haut que son cul, lui aussi bas de gamme, comme si en plus les marques c’était le summum en matière de tout, comme si c’était la seule et unique raison de vivre sur cette terre.

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Encore, quand on a 12 ans et qu’on n’est pas complètement terminé, passe encore, mais à plus de 20 et quelques, là je trouve ça pathologique.
C’est comme avoir un porte-clés Porsche alors qu’on a une Clio ; à mon avis pourri de psy de comptoir de bar, ça dénote une certaine frustration de la part du possesseur de ne pas atteindre certains sommets hiérarchiques de la haute élévation sociale.

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On bave sur les stars, sur les génies de l’informatique, sur les sportifs nantis… et, faute d’arriver à être un as du pilotage ou un démerde de la vente à gogos, on les copie.
Sophie-tout’l’monde ne sera jamais Paris Hilton, alors elle copie Paris Hilton…, elle sait que ça peut faire illusion ; dorénavant elle sera la Star du concours du plus beau cageot agricole, un vrai titre de gloriole…, ça s’appelle « avoir de l’ambition« …

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Le genre a été récupéré par les « téléréalités-TV, les plus débiles cageots, mâles et femelles suivis pas à pas dans leurs masturbations, leurs délires, leurs humiliations publiques…
Dans le genre, il y a eu « On achève bien les chevaux », un film quasi prophétique qui pourtant dénonçait quelques travers des années cinquante…, rien ne change, la connerie humaine est un puits sans fond !

Si, circuler en Fausse Cobra (pour autant qu’elle est équipée d’un gros V8 bien glou-glou-tant) peut procurer de l’amusement à compte raisonnable (30.000 euros alors qu’une vraie Cobra en vaut 800.000), je ne comprends vraiment pas comment posséder un faux sac Vuitton peut permettre un minimum d’autosatisfaction ?
Franchement, se ballader avec ça, c’est falsifier son identité et arnaquer son monde dans un summum d’hypocrisie financière, à quoi bon faire pâle figure à côté de l’original, déjà pas très brillant ?

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C’est pareil que circuler en fausse Cobra sur base d’un châssis et avec moteur 4cyl VW à l’arrière (comme l’hideuse Scobra), ce n’est plus de la sensation… c’est juste une soif de paraitre… et de paraitre con, le bruit d’une coccinelle n’ayant rien en commun avec le bruit d’un big block V8 427ci !!!!
Tiens c’est comme les blaireaux qui font du tuning et vivent encore chez môman en bouffant des patates toute l’année sans jamais aller en vacances (même pas en Vendée, c’est dire), ou pire les bobos à 4X4 qui achètent de la boue en bombe pour faire croire qu’ils font des rallyes le week end…, lamentable…, se donner des airs qu’on n’a pas et qu’on aura jamais en copiant vulgairement les autres, c’est se contrefaire soi-même, c’est encore plus lamentable que le Viagra bon marché.

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Lorsque j’ai acheté une réplique de GT-40 à mon ami Patrick Henderickx, c’est parce que celui-ci avait eu un élan créatif en se servant de la base pour la transcender…, et c’est vrai que cette voiture n’était absolument plus une réplique  avec ses capots évolutifs…, de plus, équipée d’un 6.000cc V8, au moins y a t’il de l’amusement pour pas trop cher payé…
Mais…, les personnes qui sont ensuite venues roder autour pour l’acquérir, ont toutes déplorées qu’elle n’était plus exactement semblable à la GT-40 originale d’époque…, mais…. ils voulaient aussi un petit 4cyl de Ford Escort, voire un V6 de Renault pour pas consommer trop…, là aussi, la soif de paraitre…, c’est là le problème, les gens veulent paraitre mais n’osent pas affirmer leurs différences…, avoir l’air sans être…, avoir sans dépenser…

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Si vous croyez que la fausse Ferrari Daytona est bien servie dans l’être parce que construite sur base d’une Corvette C3 des années 82/85…, vous avez tout faux, car ces Corvette, bien qu’équipées d’un V8, ne disposent que de 150 bien maigres chevaux avec boîte automatique…, cela signifie que là aussi, il y a plus de paraitre que d’être…
Croyez-moi, le Mojito, y a que ça de vrai…, j’en reprends un verre, car j’y rencontre le futur de l’avant-garde de demain, l’arrière-garde de l’avant-garde actuelle.

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Donc, je me permets de me la péter encore plus que d’habitude en sirotant noblement mon Mojito.
Avoir la grosse tête, ça permet de se protéger contre la connerie humaine…, les gens oublient qu’une œuvre, une création, une découverte, peut prendre tout son sens dès qu’on la plonge dans une situation bien précise… o Ouaissss !, je crois que plus on avance, plus les consommateurs recherchent des choses qui les confortent dans leurs idées souvent pas avant-gardistes,  ils aiment une réalisation parce qu’ils s’y retrouvent et non parce qu’elle est géniale, car la validation du génie est devenue tellement ardue, que même le mot génie perd son sens, le génie humain a été banalisé, soldé, la société de consommation nous a tellement fait passer de la merde pour du génie, qu’elle a embrouillé tout le public et elle se permet même, un autre crime odieux, de réécrire l’histoire.

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Regardez ces rétrospectives, « les meilleurs morceaux des années ’70 », « l’élection du plus grand français du 20 ième siècle »…, qui sont-ils pour oser résumer les années ’70-’80 à Claude François, Coluche ou au Banana Split de Lio ??
Et c’est ainsi que la machine capitaliste fabrique de l’oubli…, écrire la vraie histoire du 20 ième, démystifier les légendes, voilà un métier qui a de l’avenir…, je m’y emploie…

Il y a presque 35 ans, Miami Vice secouait le petit monde vieillot des séries télé…, mais derrière les flics pastels, la B.O hallucinante et les voitures rutilantes, la série hypnotique cachait une réflexion existentielle à contre-courant des années 1980 superficielles et insouciantes.
Il fut un temps, au beau milieu des eighties, où cette série dans laquelle on ne se déplaçait qu’en décapotable ou en hors-bord, mèche au vent et ray-ban de rigueur, avec pour seule philosophie l’absence de chaussettes dans des mocassins souples, était « the place to be » : Miles Davis et Eartha Kitt y ont fait un tour, Arielle Dombasle y a pris un bain de soleil, Bruce Willis y a débuté…, c’était la série la plus hype du moment, ce qu’on a un peu oublié : avec le temps n’a fini par rester qu’un air de désinvolture accroché au sourire de deux flics bling bling en costards pastels. Et pourtant, le 28 septembre 1984, Miami Vice a changé à jamais l’histoire des séries télé.

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La légende veut que Brandon Tartikoff, responsable des séries chez NBC, ait un jour griffonné sur une serviette en papier, en plein déjeuner, une idée qui venait de faire « tilt » dans son esprit et tenait en deux mots : « MTV cops ».
La chaîne musicale inaugurée en 1981 avait défini l’ère à venir, celle du clip vidéo… et il estimait que, pour attirer les jeunes devant sa chaîne à la réputation vieillotte, il allait falloir en tenir compte d’une manière ou d’une autre. Mais comment ?
Il alla trouver Anthony Yerkovich, scénariste sur Hill Street Blues, et découvrit que celui-ci, entre deux scripts pour la série de Steven Bochco, avait réuni une flopée de coupures de presse concernant l’expansion du trafic de drogue en Floride, réfléchissant seul dans son coin à un nouveau cop show délocalisé (New York ou Los Angeles en étaient encore les décors privilégiés), projeté sous des latitudes inédites.

Miami, jusque là simple station balnéaire de la middle class, était en train de devenir un royaume du crime : on dit qu’au début des années 1980, la majorité des billets de 20 dollars prélevés au hasard des portefeuilles des passants pouvaient contenir des traces de cocaïne…, une nouvelle terre de fiction était née, rendue plus désirable encore par sa diversité ethnique, les accords de musique cubaine qui pulsaient à chaque coin de rue, et bien sûr, sa ligne d’horizon plantée de palmiers et ses couchers de soleil chamarrés.
Yerkovich s’attela donc avec excitation à la conquête de ce nouveau territoire qui s’appelait encore Gold Coast (titre de travail de Miami Vice)…, mais il a dû déchanter un peu lorsque les décideurs de la chaîne ont envisagé de tourner quelques scènes (plans rapprochés) de la série à Los Angeles, en « maquillant » les ruelles de Venice en quartier de South Beach.
Heureusement que tout ne fut pas réalisé ainsi, car ce qui frappe jusqu’à aujourd’hui dans la série, c’est à quel point la rue vit, toujours fiévreuse, toujours électrique, traversée par des passants burinés et sans âge, parsemée de magasins de fruits et de cafés cubains.

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Autre étape cruciale : le casting…, Nick Nolte et Jeff Bridges ont tous deux été envisagés pour le rôle de Sonny Crockett, mais, à l’époque, tourner dans une série télé n’était pas rentable quand on était acteur de cinéma, pour l’image comme pour le portefeuille, ce qui ferait sans doute bien rigoler Matthew McConaughey et Woody Harrelson aujourd’hui…, Mickey Rourke a aussi refusé le rôle finalement attribué à Don Johnson, qui avait auparavant plutôt porté malheur aux autres séries dans lesquelles il était apparu.
On ne sait pas trop comment Philip Michael Thomas a été choisi, mais quand on le voit, au début du pilote, se défouler en boîte de nuit en faisant un « lip-sync » endiablé sur Somebody’s Watching Me de Rockwell entre les jambes d’une stripteaseuse, on n’a besoin d’aucune explication supplémentaire.

Lorsque le très bel épisode pilote de deux heures est diffusé un vendredi soir de 1984, le ton est donné : Sonny Crockett (Don Johnson), ancienne gloire de base-ball au visage lisse, perd son coéquipier (Jimmy Smits, pas encore Bobby Simone dans NYPD Blue) dans une opération qui tourne mal ; Ricardo Tubbs (Philip Michael Thomas), flic new-yorkais, arrive à Miami sur les traces du trafiquant qui a tué son frère…, ils vont donc faire équipe, et sont parfaitement opposés : Sonny personnifie le cool absolu de la vie en Floride (il vit sur un bateau… avec un alligator nommé Elvis), tandis que Rico est un sanguin de NYC…, Sonny nourrit un amour immodéré pour les vestes claires et les pantalons en lin, quand Rico a une préférence pour les costards rayés et les chemises en satin largement ouvertes sur son poitrail velu et sa belle médaille rutilante…, mais ils partagent le goût d’arrêter les trafiquants de drogue, et, surtout, ils aiment par-dessus tout partir en mission dans la (fausse) Ferrari 365 « Daytona » version décapotable noire de Sonny, tandis que sur le capot glissent à l’infini les reflets liquides des réverbères, et que, dans l’air moite, Phil Collins s’égosille sur In the Air Tonight – scène culte du pilote.

Une première mise au point s’impose ici : s’il a pris aujourd’hui un certain cachet, le style vestimentaire des deux héros les a longtemps fait passer pour des ringards, surtout lors des éternelles rediffusions sur La Cinq dans les années 1990…, mais il ne faut pas se méprendre : cet accoutrement est une couverture, s’ils sont attifés ainsi c’est pour se fondre dans le monde des malfrats qu’ils fréquentent tous les jours.
Deuxième précision : évidemment, à force d’endosser cette deuxième peau, elle a fini par faire partie d’eux…, tous les deux portent le deuil de nombreux morts laissés sur le chemin (le pilote est très clair là-dessus), ils sont harassés par cette vie d’infiltrés, et ne savent plus très bien qui ils sont, l’épuisement guette.

Dans la scène emblématique chantée par Phil Collins, ce qu’on avait oublié, ou peut-être mal vu à l’époque, ce sont les traits soucieux de Sonny et Rico derrière leurs accoutrements de « pimps », l’inquiétude existentielle qui traverse leurs regards…, à part l’ex-Genesis, toutes les stars de la pop eighties auront leur morceau dans Miami Vice : Kate Bush, Peter Gabriel, Bryan Adams, Tina Turner, Dire Straits, Depeche Mode, The Alan Parsons Project…
Très vite, le succès est délirant : on trouve dans la presse quotidienne la liste des chansons utilisées dans l’épisode de la veille au soir, les jeunes spectateurs organisent désormais leur vendredi soir autour de la diffusion du show…, Sonny et Rico n’auront finalement rien de MTV cops, mais Miami Vice est bien la première série de l’ère MTV.

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Cela faisait partie des négociations de départ autour du lancement de la série : le budget « droits musicaux » était considérable, et une rallonge de financement avait aussi été consentie afin de tourner des plans « inutiles » pour laisser les morceaux s’insérer intégralement dans l’épisode, donnant à Miami Vice ses moments de contemplation pure, presque abstraite…, sans compter les stases instrumentales composées exclusivement pour le show par le musicien maison, Jan Hammer, virtuose tchèque de la musique électronique.
Cette conceptualisation radicale de la musique dans une série télé, on la doit à un seul homme : Michael Mann…, c’est lui qui engage Jan Hammer et l’encourage à composer de longs morceaux bien expérimentaux.
Mann a fait ses armes comme scénariste sur Starsky et Hutch, et déjà réalisé un très beau premier film, Le Solitaire avec James Caan (1981)…, il est impliqué dès le début de Miami Vice comme producteur…, il ne sera jamais crédité comme auteur, n’en réalisera aucun épisode, et pourtant les deux premières saisons (celles où il est le plus actif) portent son empreinte indélébile, quelle que soit la parcelle du plan où l’on regarde…, il œuvre sur la série en tant que super-directeur artistique, et ce control freak qui est du genre « à être furax si la couleur des chaussettes de ses personnages n’est pas la bonne » (dixit James Belushi pendant le tournage du Solitaire), ne laisse rien au hasard.

Il impose pour chaque épisode une dominante chromatique, n’hésite pas à faire repeindre une façade d’immeuble du quartier Art Deco de South Beach Miami si elle jure avec la veste de Don Johnson…, ce serait même à lui qu’on doit le style vestimentaire, devenu iconique, des deux héros : il a envie que les hommes, pour une fois, soient vêtus de couleurs pastel, d’où les vestes vert pomme ou abricot aux manches retroussées portées à même le t-shirt.
Il interdit aussi les couleurs de terre (rouge, marron) dans l’image…, Bobby Roth, un des réalisateurs de la série, raconte : « Si le script dit qu’une Mercedes se gare dans la rue, les préposés aux véhicules vous montrent trois ou quatre voitures : il y en aura une blanche, une noire, une gris argent…, aucune rouge ou orangée…, Michael sait ce qui rend bien à l’écran.

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Mais l’influence de Mister Mann ne s’est pas cantonnée au réglage de ces détails, fussent-ils cruciaux…, tout clignote « Michael Mann ! » dans Miami Vice, et ses deux années de toute-puissance sont les meilleures.
La mise en scène implacable, à la fois précise et comme désensibilisée, les scènes d’action, ressemblent au réalisateur de Heat et Collateral, sans parler du dosage parfait action/contemplation : souvent il ne se passe pas grand chose entre deux séquences de coups de feu, et c’est tant mieux.

On retrouve son amour immodéré pour les décors désaffectés, parkings, terrains vagues, chantiers navals, les immeubles-miroirs remplis d’appartements high tech immaculés avec baies vitrées et stores en lamelles, autant de lieux déshumanisés à la cinégénie très urbaine qui met à nu la psyché de ses héros.
Saison 1, Episode 17 : lorsque Rico déambule en chantonnant pendant de longues minutes dans un hôtel-dédale abandonné, on sent derrière la caméra toute une équipe créative en train de jubiler, presque incrédule de pouvoir filmer ces murs dégoulinants, ces couloirs jonchés de détritus, à l’infini, dans une mise en espace impeccable seulement troublée par la belle voix soul de Philip Michael Thoma déguisé en vagabond.

Après cette période d’effervescence inouïe, Mann se désintéresse un peu de son bébé, appelé par d’autres projets, d’autres films.
Lors de sa troisième saison, Miami Vice est programmée à une heure différente, se retrouvant désormais face à Dallas et son univers impitoyable… et n’y résistant pas, sera annulée en fin de saison 5.
L’aventure aura tellement marqué – on aurait presque envie d’écrire « hanté » – Michael Mann qu’il y reviendra, vingt ans plus tard, avec un film où Colin Farrell et Jamie Foxx endosseront les oripeaux satinés des deux flics, assumant plus ouvertement, cette fois, leurs regards perdus (Miami Vice, 2006).
Don Johnson est depuis devenu botoxé à mort, Philip Michael Thomas a poussé la chansonnette avant d’apparaître dans des « infomercials » de voyance par téléphone…, mais Sonny et Rico, les deux kékés mélancoliques de Miami, continuent de « cruiser » pour toujours en voiture de sport sous les réverbères flamboyants et fiers de la pop culture.