L’affaire Ferrari 250 GTO…

Cinquième partie : What Else ?

Malgré toute son histoire, particulièrement ses victoires au championnat du monde 1962, 1963 et 1964… et sa fin assez misérable lorsque l’ancien éleveur de poulet qu’était Carroll Shelby a battu le Commendatore Enzo pour le titre de champion du monde en 1965, la Ferrari 250 GTO continue d’engendrer une mystique qui transcende toutes les autres automobiles, y compris toutes ses congénères Ferrari.
La Ferrari 250 GTO, est l’automobile la plus convoitée et vénérée parmi toutes les automobiles qui existent jusqu’à aujourd’hui…, initialement conçue, fabriquée et homologuée pour gagner le Championnat mondial, le développement ultime de la 250 GT, la GTO a marqué la fin des Ferrari de course à moteur avant qui devenaient vite obsolètes.

La GTO représente aussi l’une des dernières vraies voitures à double usage, capable de se rendre à une course par la route, par « ses propres moyens », d’y participer… et d’en revenir, toujours par la route…
Un exemple : la 250 GTO de Jacques Swaters (garage Francorchamps) partie de Bruxelles vers Le Mans… et retour après avoir remporté la deuxième place dans l’éreintante course des 24 heures du Mans, un événement en 1963…, comme l’a rapporté plus tard Jacques Swaters, il n’a pas suffit d’aller de Bruxelles au Mans et d’en revenir après avoir gagné le seconde place…, il a aussi fallu traverser tout Paris dans les embouteillages de la circulation…, de plus la voiture fut garée au retour, dans la rue, alors que l’équipe célébrait son exploit…, ce ne serait plus possible aujourd’hui !

La Ferrari 250 GTO a fait ses débuts en compétition aux 12 Heures de Sebring en 1962, avec Phil Hill et Olivier Gendebien…, toutefois, lorsque le drapeau à damier est tombé au passage de leur GTO, ils étaient en seconde place au classement général et à la victoire de la classe GT, terminant derrière Bonnier et Lucien Bianchi qui eux se partageaient une 250 Testa Rossa !
Selon la légende, ils ont d’abord été quelque peu perturbé lorsqu’ils ont été contraints, sur ordre d’Enzo à conduire cette voiture qui était classée en catégorie GT, alors qu’ils s’attendaient à piloter un prototype du calibre de la 250 Testa Rossa.

La 250 GTO à remporté le Championnat mondial des constructeurs, trois années consécutives, 1962, 1963, 1964, plus d’autres victoires dans divers événements parmi les plus prestigieux, dont Le Mans, Sebring, et le Tour de France.
L’histoire de la 250 GTO est également indissociable de ses créateurs : Giotto Bizzarrini et Carlo Chitti, ainsi que ses pilotes de légende, y compris John Surtees, Willy Mairesse, Olivier Gendebien et Phil Hill…, par la suite, de nombreuses 250 GTO ont été utilisées dans des courses amateurs et comme moyen de transport quotidien pour certains farfelus bien-nantis (quoique pas toujours, car les 250 GTO ne valaient pas grand chose en ces temps révolus).

Seulement 39 GTO ont été construites par Ferrari.

A la fin des années ’70, début des années ’80, un phénomène est peu à peu apparu dans le marché des voitures de collection ayant à la fois des performances exceptionnelles et une évidente rareté, ont vu leur valeur de marché accélérer rapidement…, ce changement de paradigme a fait que les voitures de la valeur et de l’importance historique de la GTO ne furent plus simplement vues que comme des vieilles voitures de course magnifiques et utilisables sur route…, mais comme des outils spéculatifs !
Les personnes les plus financièrement capables de les promouvoir, surtout des trafiquants de drogues et des mafieux véreux qui voyaient là un moyen extraordinaire de blanchir de l’argent…, les ont présentées comme l’équivalent automobile des beaux-arts…, les 250 GTO sont ainsi devenues des œuvres d’art hautement spéculatives, dans le seul but de blanchir de l’argent de la drogue et autres trafics.

Après avoir pulvérisé de faux records, les trafiquants sont passés à d’autres moyens de blanchiment, mais le marché des voitures de collection qui n’y avait rien compris, a continué à devenir fou… entrainant d’autres records…, et ça continue de grimper (50.000.000 d’euros il y a 4 ans…, 70.000.000 d’euros en 2018) jusqu’au moment ou il n’y aura plus personne dans ce jeu planétaire de la pyramide…
Les valeurs finiront par s’effondrer, beaucoup de spéculateurs de voitures semblables aspirées par ce tourbillon ne s’en remettront pas …, certains vont payer toute leur vie…, mais, comme dans un cycle infernal perpétuel, 20 ans plus tard, les « ceusses » qui ont su et pu attendre occupés à relancer la machine à laver planétaire… finiront par gagner le Jack-Pot !

Pour l’instant, comme plus rien ne va nulle part, la spéculation bat son plein; les communiqués de presse commentent le bal en annonçant des valeurs mirobolantes qui ne reposent que sur des racontars de vieilles crapules…
Il y a toujours et encore de l’argent à prendre aux nouveaux riches qui ne se souviennent pas de ce qui s’est réellement passé dans les années ’80…

Ayant connu quasi tous les vieux briscards, un peu beaucoup salauds sur les bords (et même plus), j’ai crainte qu’une association plus dévote que les autres ne songe à faire canoniser Saint Enzo Ferrari…, ça aiderait les ventes !
Cette « dynamique » de marché à part, la 250 GTO continue d’enflammer les tifosis amateurs de sensations fortes, qui ne voient en elle qu’une relique d’Enzo distillant au monde sa pureté absolue de conception… et pas que des voitures, les parapluies, t’shirt, casquettes, dessous de verre, stylos, gomme, papier toilette à la gloire et la sainte figure du Commendatore…, ça fait exploser les marges bénéficiaires qui sont déjà au top !

La rareté et les valeurs financières de la 250 GTO ont donné des ailes à divers opportunistes : répliquer cette voiture légendaire.
Aujourd’hui il y a beaucoup plus de 250 GTO répliques que de 250 GTO originales…, alors que certaines répliques de 250GTO, mal exécutées en plastique et fibres de verre, sur base Datsun 240Z et 260Z, ont inondé le monde des garçons-coiffeurs incapables d’acquérir une 208 ou une 308 Bertone (les moins chères)…, une poignée de privilégiés ont eu l’occasion (qui fait le larron) d’acheter des Ferrari 250 GT recarrossées en 250 GTO.

Ce sont d’avantage des re-carrossages, que des répliques, on pourrait même dire et écrire que ce sont des sortes de restauration « accommodantes »…, d’ailleurs l’usine Ferrari en construit aussi et peut fournir de fausses attestations d’authenticité…
Ces répliques n’en sont pas vraiment…, puisqu’elles ont été réalisées très exactement comme les 250 GTO, de manière quasi empirique, sur base du châssis et des moteurs, boites, trains roulants des 250 GT…, elles « offrent » même une meilleure qualité de fabrication en carrosserie, habillage intérieur et mécanique…, leurs performances sont mêmes supérieures aux voitures originales, sans l’appréhension qui résulte de piloter une « œuvre d’art » de plusieurs dizaines de millions !

1963 Ferrari 250 GTO Berlinetta « re-création »
Estimation : £ 280,000 – £ 340,000 =  $ 420.000 – $ 500.000 = 310.000 €uros – 380.000 €uros
300 ch, 2953 cc, V12, bloc et culasses en aluminium, simple arbre à cames en tête, 2 soupapes par cylindre, six carburateurs double corps Weber, boîte de vitesses manuelle à 4 rapports.
Suspension avant indépendante à double bras transversaux, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis.
Essieu arrière rigide à lames semi-elliptiques et ressorts hélicoïdaux, bras de liaison Watt.
Freins à disque à commande hydraulique, jantes à rayons.

La Ferrari 250 GTO qui illustre cette dernière partie de la Saga, est un des plus beaux exemple des GTO refabriquées par Alain Garnier.
Il s’est servi d’une Ferrari de route d’origine, une 250 GTE 2 +2, châssis N°3781GT, considérée par les connaisseurs es-réplica comme la meilleure base possible pour une reproduction de 250 GTO (les 250 GTE ont été construites de 1959 à 1963, avec un châssis qui était quasi identique dans sa configuration et les dimensions de celui des 250 GTO).

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Cette 3781GT a été recarrossée en France en 1988, au départ d’une 250 GTE vendue neuve à Jacques Entremont, qui, après l’avoir conduite de 1963 jusqu’en 1988, a commandé à Alain Garnier sa transformation en 250 GTO.
Les travaux de finition ont été réalisés par Philippe Billot à Cannes (France), y compris les vitrages et les plexiglas (vitres latérales et arrière) de la voiture.

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Un ensemble de jantes à rayons, Borrani, une marque emblématique, chaussées de pneus Dunlop Racing, comme la monte 250 GTO d’origine, ont complété le package extérieur.
Ensuite, la voiture a été vendue par Jacques Entremont à un Canadien passionné de Ferrari demeurant près du Circuit du Mont-Tremblant au Québec…, dans ce cadre, cette 3781GT a été principalement utilisée comme une voiture de loisirs.

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Divers « arrangements » et copinages, ont permis à ce Québécois bon teint…, d’obtenir un passeport « FIA Historic » lors d’une course en classe GTS12…, faisant de la 3781GT, la seule réplique de 250 GTO qui à reçu des documents officiels de la FIA…, la rendant admissible à concourir dans les épreuve historiques (rallyes et courses), partout dans le monde.
C’est le genre de comportement qui nuit à la crédibilité de la FIA…, car dans une trentaine d’année…, c’est le genre exact de voiture qui finira par être assimilée à une vraie 250 GTO !

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Étant donné que seulement 39 Ferrari 250 GTO furent jamais produites et que toutes existent toujours… et arrivent rarement sur le marché, une 250 GTO Garnier, Favre ou autre…, offre à son propriétaire la chance de posséder et de jouir de nombreux avantages de cette voiture de course de légende tout en réalisant une économie substantielle.
Réfléchissant sur l’impact des vraies 250 GTO sur les masses laborieuses qui voient en elle « Le Saint Graal », je me suis demandé comment une telle voiture…, qui à maintenant une valeur égale à celle de 70 châteaux, où 140 grandes maisons situées dans des quartiers chics et huppés…, où à une escadrille de 12 avions Spitfires restaurés…. ou à 280 nouvelles Porsche Carrera…, ou à 1000 Mini Cooper « S »… pouvait être acquise…, alors qu’une reproduction parfaitement convaincante de 250 GTO peut être obtenue pour un centième de ce prix…, car une fois qu’on se glisse derrière le volant de cette Garnier 250 GTO, c’est du pareil au même…

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