Garnier & Favre, de Charybde en Scylla…

Ferrari 250 GTO… Troisième partie
Voici le troisième volet de cette histoire on ne peut plus sérieuse, déjantée, cocasse, pathétique et triviale, le grand pied-de-nez à Enzo Ferrari (qui vivait encore), d’un certain Alain Garnier, né à Paris le 27/10/1940, réparateur de TV à Bernay en Normandie, qui avait acquit la Ferrari 250GT châssis numéro 3671GT et passait tout ses loisirs à la transformer en copie de la Ferrari 250GTO châssis 3943GT…
Durant huit ans, de 1973 à mi-1981, il a, avec patience, construit à la perfection une réplique de Ferrari 250 GTO dans son box-garage…. et, peu avant que sa merveille soit terminée il a été approché par un grand amateur de Ferrari, Alexandre Van der Helden, de Tilburg, en Hollande, qui réalisait de nombreuses affaires avec le surnommé « JJ » demeurant dans la zone PACA (sud de la France), spécialiste/négociant/acheteur/vendeur et collectionneur de Ferrari rarissimes et chères, également pilote émérite, ainsi qu’hôtelier réputé… (Il m’est personnellement, physiquement et moralement impossible de révéler l’identité de cet homme qui compte parmi mes amis d’un second cercle… et qui m’en voudrait que je me laisse aller bêtement à dévoiler ne fusse qu’une parcelle de son identité…, Jean Jacques, tu peux compter sur moi, personne n’en saura rien) !

Garnier a d’abord refusé de vendre « sa » réplique de Ferrari 250GTO à Alexandre Van Helden, c’était le rêve de sa vie, son bébé, patati, patata, etc. etc…, mais, impressionné par la qualité de cette réplique, absolument indiscernable d’une vraie, construite sur base d’une Ferrari 250GT (à l’époque elles étaient peu coûteuses)…, mon ami « JJ » a insisté pour l’acheter en jouant sur la corde la plus $en$ible de tout homme…, un deal a été trouvé…,« JJ » a payé Alain Garnier, en partie en cash… et en partie en l’installant à grands frais dans un petit hangar aménagé de l’arrière pays Niçois pour y continuer de construire des répliques de Ferrari 250GTO…
Le but était de les revendre comme des vraies GTO, sans même un coup de pouce administratif sur la ré-immatriculation de la carte grise…, puisque les numéros de châssis des 250GT ou 250GTO se terminent tous par GT… (On ne sait reconnaître une 250GTO que sur base des numéros de châssis des seules 39 authentiques…, car il n’y a pas de numéros de châssis spécifiques aux 250GTO), la porte ouverte à tout et n’importe quoi…, du cousu-main…, un faux sans faux, qui plus est n’était pas un faux, mais un simple re-carrossage…

Toute tentative visant à torpiller cette affaire juteuse devait s’avérer un grand soufflé, car, strictement aucune loi dans le monde n’interdisait alors (et ça n’a pas changé actuellement) de recarrosser une voiture…, soit-elle Ferrari… et comme ce « re-carrossage » s’effectuait sur d’authentiques 250GT, il n’y avait pas de faux, puisque le châssis et toute la mécanique, en ce compris les trains roulants, étaient Ferrari !
Avec un châssis GT sans même avoir besoin d’y frapper un « O »…, une lettre apparemment sans importance… et une base de Ferrari 250GT sans grand intérêt, ni historique, ni financier (fallait-il malgré-tout qu’elle soit en superbe condition avec un bon moteur, une boîte irréprochable, un châssis non accidenté et des trains roulants en parfait état)…, en finale, pour le prix d’une restauration complète, naissait une quasi vraie 250GTO qui valait une véritable fortune…

La Ferrari 250GT châssis N° 3671GT ex-Garnier, est ainsi devenue une Ferrari 250GTO châssis N° 3671GT…, un vrai conte de Noël…, sauf que le premier client, enthousiaste, qui a acheté cette 250GT châssis 3671GT, via les bons soins de « JJ »…, après paiement de 600.000 Francs Français de l’époque, au solde d’une transaction digne de figurer dans un film policier de série C voire E…, s’est rendu compte que cette Ferrari 250GTO châssis N° 3671GT n’était qu’une 250GT recarrossée et lui présentée faussement comme 250GTO…
Sachant actuellement (alors que je réactualise la Saga 250GTO-Garnier-Favre parue dans mes anciens magazines Calandres, Chromes&Flammes et www.GatsbyOnline.com), qu’une authentique Ferrari 250GTO s’est négociée en 2018 pour 70.000.000 d’€uros (soixante-dix millions d’€uros)…, je me dis que cette affaire aurait pu rapporter l’équivalent de ce que Silberstein à touché des assurances pour la destruction des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001…, où plus que ce qu’à détourné le célèbre Madoff…

Scandale…, cris, hurlements, menaces…, ce client allemand (dénommé « Schleu » par le tandem) a été tellement loin dans ses menaces, qu’il a été intégralement remboursé de ses 600.000 FF…, il menaçait en effet de « mouiller » Garnier et surtout « JJ » jusqu’à la gueule, jusqu’à ce que mort (lente et pénible) s’ensuive…, peu de chose en comparaison de la perte de notoriété !
A mon sens, avec évidement le recul d’un quart de siècle, « Schleu » aurait mieux fait de la conserver, vous comprendrez sûrement pourquoi en arrivant en finale de ce reportage…. et la 3.671GT se retrouva enfouie dans un sous sol de Vence et proposée à tout venant contre un bon paquet d’argent.

Deux loustics qui avaient tout compris avant tout le monde, furent Lord Bracket qui tenta une escroquerie à l’assurance avec une 250GTO-Garnier mais échoua en prison… et le fumeux gourou Flamand de la finance, Jean-Pierre Van Rossem, qui acheta quantités de répliques dont une Ferrari GTO-Garnier, lui aussi… afin de les donner en caution/garantie de crédits gigantesques, comme s’il s’agissait de Ferrari 250GTO authentiques !
Pas découragé, le tandem « JJ », « Alexandre Van der Helden », sentant que l’affaire avait été mal présentée, a décidé de vendre les 250GTO « Garnier », reconstruites dans le hangar situé dans l’arrière pays Niçois (je reprécise en bis), en tant que 250GT recarrossées…, ce qui en soit n’était alors pas illégal…, laissant l’opportunité à l’acquéreur en personne (sic !) de faire ou laisser croire que…, qui…, bien évidemment…, avait saisi tout l’intérêt de la chose…, comme quoi…

Alain Garnier en fera quatre entre 1982 et 1984 (l’année ou débutera l’affaire Ferrari/Favre), une pour Vintage Automobi­les à Monaco, une pour Jacques Ohana de Marseille, une pour GTO/Cavallino à Nice et une dernière pour lui-même qui fut de temps à autre exposée au « musée de l’automobile » à Mougins…, toutes ont finalement été revendues par ces gens aux quatre coins du monde avec des profits de plus en plus considérables !
Alain Garnier, s’est ensuite diversifié… et a continué son petit bon­homme de chemin, construisant toujours des 250GTO-Garnier dans un endroit connu de lui seul.

A cette époque (en 1983), j’éditais Chromes&Flammes dans toute l’Europe, ainsi que le magazine Calandres…, je circulais quotidiennement en Clénet Continental et j’avais décidé de passer quelques jours de vacances dans le sud et de loger chez mon ami « JJ »…
Rangeant mon véhicule dans le garage du sous-sol, j’ai manqué de peu d’écrabouiller une voiture recouverte d’une bâche…, c’était une Ferrari 250 GTO…

Allant en discuter avec mon ami, lui demandant s’il voulait me la vendre, après un essai (que vous pourrez lire plus loin)… et deux heures de palabres (avec lui c’était et c’est encore toujours long car il est sans arrêt à discuter avec 4 personnes en même temps sur tout autant de téléphones), il m’a avoué qu’il s’agissait d’une réplique qu’il avait acheté à un certain Alain Garnier, qu’il avait vendu cette voiture 600.000 FF à un « Schleu » (un Allemand), qu’il avait du la reprendre… et qu’elle trainait là dans son garage en attente d’un amateur capable de lui donner la même somme…
S’en est suivit quelques heures de négociations entre chameliers du Sahara… ou j’ai tenté de lui faire reprendre ma Clénet Continental pour ne lui ajouter que 250.000 FF…

J’avais presque réussi, lorsqu’un appel téléphonique a tout anéanti…, c’était un certain Roger Pachoud qui lui disait qu’un Franco-Suisse nommé William Favre, allait venir le lendemain pour la Ferrari 250GTO…, qu’il lui avait annoncé à 750.000 FF et que « JJ » devait lui garder 100.000 FF de commission…
C’était râpé pour moi…,« JJ » m’a dit alors que si je voulais une autre GTO, il en faisait construire avec et par un dénommé Alain Garnier dans un hangar situé en sortie de Vence dans la route du Col d’Eze…

Il m’a alors dit que pour brouiller les pistes, lui et Garnier avaient décidé de prétendre que les fausses-vraies 250GTO étaient réellement de fausses-vraies Ferrari 250GTO fabriquées en Arabie Saoudite par un Emir multimilliardaire.
Il me fut proposé contre espèces sonnantes et trébuchantes… de réaliser un reportage en ce sens, dans lequel ma seule présence sur des photos, aux cotés de carrossiers habillés en bédouins-carrossiers, accréditerait le fait que des 250GTO étaient fabriquées loin de la région Paca, en terres Arabes…

L’idée grandiose était de mêler les photos du hangar avec les faux bédouins travaillant sur les 250 GTO… à des vues/photos de minarets, de cocotiers, de chameaux et dromadaires, de femmes dénudées occupées à onduler dans des danses du ventre suggestives, de bédouins en méchouis et d’un Emir…
C’est donc pour lancer ce bruit, cette rumeur, diffusée dans mon magazine « Calandres », puis qui serait sans nul doute colportée de bouche à bouche entre connaisseurs (l’Internet n’existait pas encore, il n’était pas possible d’en faire de la publicité dans les magazines spécialisés), que j’ai chargé mes troupes :  Gilles Stiévenaert, photographe…, John Mc Evoy, rédacteur en chef…, Jean Paul Justus, graphiste…, de réaliser ce reportage…

Ce fut un grand moment de stupidités diverses menant à un total ratage…, John Mc Evoy mélangeant toutes les directives sans vraiment comprendre que le but de l’affaire était de faire croire que la fabrication des 250 GTO se faisait dans les pays Arabes, avec la narration de filatures comme lui seul pouvait les accomplir…
Il a en effet situé le hangar à l’exact endroit ou il se trouvait réellement, dans une transversale de la route du Col… et donc…, non seulement le reportage fut écrit à l’envers du but recherché, mais il fut publié tel quel dans un abominable concours de circonstances, car au moment du bouclage je venais de partir aux USA… et j’étais dans la plus totale impossibilité de rectifier le texte…, qui a été pris à l’époque, pour une blague de premier avril…, voilà comment à réellement débuté l’affaire des 250GTO…, de Charybde en Scylla…, de Garnier à Favre…, un désastre !

Le « jeune » golden-boy, qui avait marqué son intérêt pour « reprendre » la commercialisation des 250GTO-Garnier, William Favre, dégoulinant de la fortune financière de son épouse bien plus âgée que lui, aiguillé/informé par le déjà cité Roger Pachoud, affairiste es-Ferrari…, a débarqué en mi-1983 chez « JJ », pour acheter  750.000 FF la première Ferrari 250 GTO-Garnier…
Après avoir recarrossé moins d’une demi-douzaine de Ferrari 250 GT en 250GTO, dont une pour le propriétaire d’une vraie 250GTO désireux de participer à des courses et rallyes avec un clone disposant du même numéro de référence… et ce sans risquer d’abimer ou détruire son bijou valant l’équivalent de plusieurs dizaines de millions d’euros…, le tandem Garnier/JJ avait là une opportunité unique de se refaire… et cette affaire a été rondement menée pour 750.000 FF.

William Favre a foncé à Paris pour la revendre 900.000 FF à Michel Seydoux, un milliardaire flirtant dans le cinéma et l’importation des Lotus en France, et ce par l’intermédiaire de l’expert automobile Christian Huet !
Michel Seydoux, lui a demandé s’il pouvait lui en fournir d’autres…, William Favre a alors pensé qu’il pourrait faire beaucoup mieux et à plus grande échelle… et a demandé à « JJ » de pouvoir racheter le concept, les bâtis en bois de fabrication des panneaux de carrosserie en aluminium (qui y étaient martelés « à la main »), les plans retracés par Alain Garnier, toutes les adresses d’artisans qui fabriquaient l’accastillage comme d’origine, les « perspex » des phares, les jantes, les pièces mécaniques complémentaires, une 250GTO-Garnier terminée ainsi que Garnier lui-même pour une période « d’adaptation »

Cette extension de « l’affaire » n’a pas abouti…, mais sous les conseils avisés de « JJ », d’Alexandre Van der Helden et de Roger Pachoud…, William Favre s’est retrouvé à frayer avec la crème de la crème des faussaires es-Ferrari : Giovanni & Enzo Giordanengo… et Pierre De Siebenthal qui lui ont garanti qu’ils pourraient faire beaucoup mieux (et plus rapidement) qu’Alain Garnier…
William Favre a alors proposé à Michel Seydoux un contrat pour la fabrication de trois Ferrari-Favre 250GTO et d’une Ferrari-Favre California.

Michel Seydoux l’a approvisionné à hauteur d’environ 2.000.000 FF pour mettre en route ce grand projet…, dans la foulée, apprenant que l’importateur Ferrari aux USA avait été écarté par Enzo en personne, Favre s’est précipité chez Luigi Chinetti pour lui proposer d’importer des Ferrari-Favre 250 GTO… et…, fier de son œuvre, William Favre a annoncé officiellement, dans les médias, qu’il fabriquait des Ferrari-Favre 250GTO dans « son » usine nouvellement construite en Italie…
Il n’y a jamais eu « d’usine-Favre » construisant des 250GTO, la seule « usine-Favre » se trouvait dans sa tête, en réalité les 250GTO-Favre, après la 3671GT-Garnier qui a servi pour les photos publicitaires, les catalogues et les communiqués de presse…, toutes les 250GTO-Favre ont été construites à la carrosserie Enzo Giordanengo !

La crème de la crème des faussaires Giovanni & Enzo Giordanengo… et Pierre De Siebenthal…, après avoir reçu de Favre d’importantes sommes d’argent en acompte, ont débuté la modification de cinq 250GT pour en faire cinq Ferrari-Favre 250GTO…et…, à peine terminées dans l’urgence deux de ces automobiles ont été expédiées aux USA pour y être exposées sur le stand de Luigi Chinetti au salon de l’auto de Chicago…
Enzo Ferrari commençait à voir rouge… d’autant que sa firme allait commercialiser une série de 288GTO… et que l’appellation GTO utilisée par Favre télescopait négativement son business…, il s’est donc laissé convaincre par les gens de Fiat (la famille Agnelli possédait Fiat, Alfa Roméo et Ferrari), de déposer plainte contre ce jeune freluquet de Favre qui se croyait tout permis… et au même moment ou Luigi Chinetti enregistrait sa cinquième commande de GTO-Favre, après seulement 5 jours d’exposition des deux 250GTO Ferrari-Favre sur son stand situé juste à coté de la marque Excalibur (pour l’anecdote)…, la plainte de Ferrari et Fiat était déposée sur le bureau d’un Juge d’instruction en Suisse…, l’affaire Favre commençait…

Oh l’impudent, comment osait-il apposer le sigle du petit âne cabré, le nom magique et vénéré de Ferrari sur des voitures qui ne seraient pas construites à Maranello ?
« II est encore possible d’acheter une Ferrari 250 GTO », affirmait William Favre dans la brochure qui présentait la série limitée de répliques qu’il se proposait de commercialiser pour l’équivalent de 150.000 $ alors que les originales, dont 39 exemplaires seulement avaient été construits entre 1962 et 1964 (et dont tous les numéros de châssis sont repris dans un livre signé Pourret, qui sert de bible en la matière)…, se négociaient en 1984/1985 aux alentours des 450.000 $ (en 1980 une authentique Ferrari 250GTO s’achetait 20.000 dollars… et en 20018, la même authentique Ferrari 250GTO a été vendue 70.000.000 d’€uros !)…

Pour qui se prenait-il, ce jeune sorti de nulle part, pour avoir le culot de faire recréer avec une précision diabolique et un soin minutieux de l’authenticité, des répliques de la fabuleuse 250GTO qui avait gagné trois fois de suite le Championnat du Monde des GT… ?
Non content de les construire en aluminium, sur un châssis 250GT, d’un moteur 3-litres à six carbus aux normes GTO… et de fournir en fin de compte des voitures nettement mieux faites que celles d’il y avait vingt ans d’alors, il les livrait avec des papiers « en ordre », dont une carte grise de 250, de 330 ou de Lusso qui étaient les voitures dont le châssis servait de base à ses répliques.

Mais pire que tout…, comme ce Favre maudit était un peu jeune et inexpérimenté, il le disait et l’écrivait !
Hé oui, en toutes lettres dans sa brochure publicitaire et dans divers communiqués de presse publiés dans les magazines spécialisés…, il annonçait clairement ce qu’il faisait, où il le faisait, il poussait la naïveté jusqu’à indiquer son nom, avec une vraie adresse Genevoise… et avec un vrai numéro de téléphone qui répondait…, alors là, c’en fut trop pour Enzo Ferrari qui vit rouge…, c’était pousser « l’honnêteté » trop loin.

Il ruait dans les brancards, rependant autour de lui une odeur de crottin non consacrée par le Pape Enzo, qui lui mettait le mors aux dents, il se cabrait…, son cheptel d’étalons primés était en émoi devant ces juments aguichantes, il fallait alerter l’opinion mondiale pour préserver l’héritage du Commendatore !
L’importateur Ferrari pour la Suisse prétendit dans divers communiqués de presse que son territoire était illégalement investi, il affirma même à la radio et en télé que ce fer de lance d’un terrorisme automobile (déjà ?), qu’était ce jeune freluquet de William Favre, français, installé pour l’argent (la honte !) en Helvétie, lui chatouillait les naseaux !

Et c’est là que l’aventure a mal tourné, car le malheureux William Favre s’est laissé entraîner dans une vendetta personnelle qui l’opposait à Monsieur Weber, l’importateur suisse en question…, ils se sont dit des mots crus…, Weber prétendant que Favre égratignait le soi-disant prestige et la respectabilité d’Enzo Ferrari…, sans doute que Favre ne lui avait pas fait assez de courbettes… et se posait par trop en challenger…
Favre a pris des coups sous la ceinture, dans le dos, dans les parties, derrière la tête…, il s’est retrouvé au trou, en tôle, au gnouf, en prison…, cinq jours au secret derrière les barreaux !

L’infortuné FAVRE a ainsi eu tout le loisir de se remémorer comme une litanie, comme une prière à Saint Enzo, la liste innombrable des faussaires, magouilleurs de tout poil, chipoteurs de bas étage, fabriquant depuis dix ans, quinze ans, vingt ans et plus…, des répliques de Ferrari sans être inquiétés…
Pourquoi lui… et pas les autres ?
Pourquoi William Favre…?

Je n’ai pas eu le loisir de poser d’autres questions au sieur Weber…, à peine avais-je posé le pied sur son stand prétentieux au Salon de Genève que j’ai été descendu en flammes par son staff de vendeurs en costumes a dix sous mais rayures de bon ton et pochette assortie !
Car non seulement je n’avais pas eu la réserve d’attendre, la mine suppliante, la tête basse et les bras le long du corps, qu’un vendeur endimanché m’invite à entrer; j’avais déjà défait la chaîne moi-même… et je m’étais dirigé droit vers eux, en plein milieu du stand, sous les projecteurs, devant la foule…, avec les magazines Chromes&Flammes et surtout LE magazine Calandres du mois de mars 1985 sous le bras, celui-là même qui présentait la Ferrari Testarossa en couverture… et un essai routier détaillé qui n’était pas laudatif à toutes les lignes !

Le ton fut glacial et hautain d’emblée : « C’est vous qui avez écrit cette cochonnerie ? Ah ! Non ! C’est vous l’éditeur de cette cochonnerie ! C’est tout ce que vous avez compris de la Ferrari TestaRossa ? L’essuie-glace n’est pas bon, les rétroviseurs sont gênants ? Non mais, c’est vraiment tout ce que vous avez trouvé à dire ? Avez-vous seulement conduit la voiture, une vraie Testarossa, et QUI VOUS L’A CONFIEE ??? Hein. QUI vous l’a confiée ?… »
J’ai eu envie de répondre au sieur Weber que je l’avais volée pendant qu’Enzo avait le dos tourné…, ou que je n’avais jamais vu une Testarossa de ma vie…, que avais tout inventé pendant un trip à la neige (faut être futé pour comprendre), que mes critiques (pourtant bien méchantes) étaient des erreurs d’imprimerie…, mais je n’ai pas eu l’occasion !

Je « suisse » resté quelques minutes aux prises avec un vendeur loquace mais décousu dans ses propos, tentant de me convaincre que son expérience personnelle de la Testarossa dépassait largement les quelques mètres qu’il parcourait tous les jours à son volant pour la manœuvrer dans le show-room…
Puis je « suisse » parti en lui laissant un exemplaire du magazine qu’il a littéralement déchiqueté sous les yeux ébahis de la foule et les applaudissements des tifosis de service… !

Lorsque j’ai rencontré William Favre, je ne savais rien de bien précis concernant son conflit avec Fiat…, après lui avoir parlé, je n’avais aucune envie de prendre part au débat…, j’étais déjà écœuré, à cette époque, comme beaucoup de monde, de ce mythe Ferrari qui faisait marcher les foules et qui ne profitait qu’aux « marchands du temple », le temple de la bêtise, de la suffisance, de l’autosatisfaction et du mépris.
Le simple fait de rapporter les déclarations de William Favre me semblait être une prise de position en soi.

Dans mes magazines édités alors (mais c’est encore pareil actuellement dans GatsbyOnline et le « nouveau » Chromes&Flammes), je traitais une Ferraillerie comme je traitais une Porscherie ou tout autre voiture à problèmes…, sans basses flatteries, sans phrases pompeuses… et lorsqu’elle méritait une critique je la critiquais.
C’était aussi simple que cela et c’était cela qui faisait que mes magazines étaient édités à 500.000 exemplaires mensuels en 5 langues et éditions…, j’avais un fond assez snob, je l’avoue, mais ayant vécu de multiples aventures hors-normes, je ne puis en faire abstraction….

A cette époque, les autres constructeurs continuaient de confier des voitures à mes divers magazines, dont AutoChromes, ils acceptaient la critique, ils reconnaissaient souvent le bien-fondé des commentaires de mon staff de journalistes, mes commentaires inclus…, ils apportaient même parfois des modifications à leurs voitures en fonction de ce qu’on en avait écrit.
Chez Ferrari pas…, chez Ferrari, on ne confiait (et on ne confie toujours actuellement) une voiture qu’à ceux qui le méritaient, les quelques élus qui en « étaient dignes »…, qui avaient su prouver par leur prose laudative et leurs flagorneries serviles qu’ils faisaient partie de l’élite qui comprenait une Ferrari comme il convenait…

AutoChromes Magazine, Chromes&Flammes et Calandres étaient sur la liste noire, au pilori, j’étais excommunié, jamais plus jamais on ne me confierait, plus jamais…, une Ferrari « officielle » à l’essai !
On ne peut pas dire que nous trouvions tous, à la rédaction, cela très dérangeant, comme Ferrari ne sortait alors qu’une vraie nouvelle voiture tous les dix ans, mes journalistes et moi-même continuions à procéder comme par le passé : il existera toujours un propriétaire de Ferrari mécontent pour en prêter une… !

Voici pour vous, l’interview exclusive de William Favre, retranscrite de l’enregistrement effectué en mars 1985.

Patrice De Bruyne : N’y aurait-il pas une forme d’hypocrisie à vouloir tabler sur le mythe Ferrari, et à exploiter la bêtise des gens en leur proposant des répliques de 250GTO qui ne sont en fait que des 250GT ou des 330GT re-carrosées et dont vous vendez également les papiers d’origines (carte grise), en ayant le culot d’en demander le prix d’une Testarossa ’85 neuve?

William Favre : Les journaux Suisses grandiloquents ont dit : « Enzo Ferrari se fâche ! »… Le père Chinetti, avec lequel je suis assez ami et qui me fait confiance, a été le voir la semaine dernière, et Enzo Ferrari lui a dit : « Je ne suis pour rien dans cette histoire, je m’en fous, je n’en ai rien à foutre. Au contraire, je trouve cela plutôt amusant que ce soit un type de 29 ans qui n’a rien à voir avec le milieu automobile qui s’amuse à essayer de faire un travail correct… » ! Pour une usine qui maintenant construit 3.000 Fiat, enfin… 3.000 Ferrari par an, que peut représenter comme concurrence déloyale un garçon qui en ferait 5 à 10. Ce n’est pas sérieux.

Patrice De Bruyne : Etes-vous bien certain que l’action intentée contre vous émane de Fiat, on ne voit pas très bien dans quelle mesure vous pourriez inquiéter ou déranger une des succursales de FIAT ?

William Favre : Ah oui, c’est tout à fait évident. C’est Squazzini, l’administrateur-délégué, qui est adjoint dans sa plainte à un dénommé Alphonsini je crois…, qui m’a attaqué, en affirmant que j’étais un danger redoutable et que je construisais vingt voitures par mois : « Il utilise la marque, il est en train de nous couler, de nous ruiner, il se croit tout permis, il dit qu’il est agent Ferrari lui-même…» !  Et de là est partie une petite querelle de personnes entre Weber (l’importateur Ferrari en Suisse, ndlr) et moi-même, puisqu’il paraîtrait que j’aurais dit que Patrick Tambay était mon frère puisque paraît-il, il y aurait une ressemblance physique entre nous, et de là sont partis toute une série de ragots minables, parce que vraiment ces gens-là sont vraiment des gens qui volent au ras du gazon…

Patrice De Bruyne : C’est un peu embrouillé tout cela. D’après moi, si vous avez des soucis avec Ferrari-Fiat, c’est parce que vous faites du bruit autour des lettres « GTO », alors que pépé Enzo sort et commercialise actuellement la 288 GTO et que ça lui casse son plan…, surtout aux USA avec Luigi Chinetti… Vous avez certainement réfléchi, avant de m’accorder cette interview, à ce que vous souhaitez me dire, aux éléments que vous voudriez me communiquer ?

William Favre : J’ai très envie de rentrer dans le chou des gens de chez Ferrari et de dire tout haut ce que personne n’ose dire, mais je ne voudrais pas me retrouver en prison… Disons que je reproche à la presse de s’autocensurer trop souvent. Vous savez très bien que le ralentissement ou le retard qui est apporté à la production des nouvelles 308 GTO et des Testarossa sont dus à des problèmes considérables de moteurs…, mais la presse n’ose pas en parler…

Patrice De Bruyne : Vous êtes cynique, comme moi… en appelant les 288GTO des 308GTO ! Mais bon, c’est vrai qu’elles se ressemblent tellement que s’en est à pleurer de rire… Et concernant les quelques Testarossa qui ont été livrées à Bruxelles, Paris, Londres ou ailleurs, elles fument comme des cheminées… et les agents Ferrari prétendent aux clients que c’est normal, que les voitures vont fumer pendant les 5.000 premiers kilomètres !

William Favre : Savez-vous qu’en Suisse, les quelques nouvelles GTO qui ont été livrées ont des problèmes d’échangeur qui casse, les moteurs ne fonctionnent pas bien…, sur cela, il y a un black-out général de la presse ! Les délais de livraison de cette fameuse GTO, on en est à presque à un an de retard. Pour la Testarossa, les délais de livraison sont ridicules aussi : on vous dit : « Tout est vendu, on ne peut rien avoir avant juin ’86…», c’est beaucoup plus dû à des problèmes de production à l’usine qu’à une masse trop grande de commandes ! Personne ne dit cela ! Personne, dans la presse automobile, ne dit jamais que les Ferraristes ne sortent leur voiture que quand il fait beau, quand il ne pleut pas, pour ne pas les abîmer. Une Ferrari de 30.000 kilomètres a parcouru ces 30.000 kilomètres dans des conditions tout à fait particulières, les plus favorables possibles. Vivant en Suisse, je le vois très bien : ce sont des voitures qui ne sortent jamais l’hiver parce que les essuie-glaces n’essuient pas dès qu’il pleut, le chauffage ne marche pas, le dégivrage embue les vitres, il y a des courants d’air effrayants à l’intérieur, les fenêtres se remontent mal, l’électricité tombe en panne un jour sur deux… et en plus ce sont des voitures qui se piquent, qui se rouillent, qui se bousillent, enfin ce sont vraiment des cochonneries et il serait temps de le dire ! Une Ferrari de 30.000 km à plus de problème qu’une Mercedes de 150.000 km.

Patrice De Bruyne : Tout à fait d’accord car j’en ai eu quelques unes, mais revenons à la question du mythe Ferrari. On sait que ce sont des voitures comme les autres avec un mythe en plus, qui se vendent comme des petits pains. Alors pourquoi copier des bricoles ? Recopier une Ferrari alors que vous nous dites que vous savez que la base est stupide, vous allez uniquement vendre une forme et un mythe à des gens qui sont tellement idiots qu’ils vont l’avaler. Cela revient au même que de fabriquer des amulettes, des casquettes, des badges, des stylos aux couleurs Ferrari, c’est vraiment de l’attrape-nigaud. On sait que Ferrari vend, alors on fait n’importe quoi. On a sorti des drapeaux Ferrari, on a vendu tous les drapeaux alors on se dit : « Je vais faire des casquettes ». Les casquettes Ferrari se vendent aussi, alors on fait des serviettes essuie de bain, des slips, des chaussettes, n’importe quoi, ça se vend toujours. Vous faites la même chose à un niveau plus élevé. Il y a les fous fanatiques qui achètent du Ferrari au 43/ième parce que c’est tout ce qu’ils peuvent s’offrir de Ferrari ! Vous vous dites qu’il y a certainement des gens beaucoup plus riches qui eux vont se payer un beau jouet, grandeur nature, et HOP, vous faites la 250 GTO-Favre extrapolée de la 250 GTO-Garnier qui l’a lui-même copiée de la Ferrari 250 GTO de Thépenier…

William Favre : Si vous appelez ça exploiter le mythe, j’en ai autant à votre service puisque vous savez très bien qu’une Ferrari en couverture fait monter les ventes de n’importe quel magazine automobile… Vous profitez donc aussi du mythe Ferrari et vous vous arrangez pour avoir une Ferrari en couverture depuis quelques temps. Votre avant-dernier numéro est un bon exemple avec la Testarossa, et le dernier comprend une 308 Koenig ! Et vous poussez la plaisanterie encore plus loin avec votre traditionnel Poisson d’Avril sous forme d’une soi-disant moto Ferrari Testasquale ! Non, soyons sérieux. Ce qui m’arrangerait par contre, c’est qu’un magazine comme Chromes&Flammes ose informer le public qu’une énorme affaire comme Ferrari, relayée aujourd’hui par un empire industriel mondial comme FIAT, s’attaque par les moyens les plus bas à un jeune homme de 29 ans sans fortune, sans famille, sans assises, sans personne derrière, qui tente simplement d’animer un petit projet de restauration de voitures anciennes, et que contre ce jeune homme on envoie à Genève quinze policiers qui débarquent dans son bureau la mitraillette au poing, qu’ensuite il se voit déférer devant un juge d’instruction menottes aux poignets après avoir été gardé cinq jours au secret à la Prison Principale de Genève, et qu’on puisse l’accuser sérieusement de concurrence déloyale ! Un artisan, un petit jeune homme qui organise dans son petit bureau de 20 m2 à Genève la production de quelques 3 à 5 répliques par an…, qui concurrence déloyalement l’Empire Industriel Ferrari/Fiat, qui met l’Italie en péril ! C’est quand même extraordinaire, lorsqu’on sait que des firmes comme Cartier ou Vuitton attaquent des industriels italiens, car tous les contrefacteurs sont italiens ou sud-est asiatiques, ce sont souvent des industriels italiens qui achètent ou fabriquent dans le sud-est asiatique et qui mettent sur le marché les fausses Rolex, les fausses Cartier, les fausses Vuitton etc… Et les italiens sont les pivots du trafic mondial de copies. C’est extraordinaire de voir cette Italie Maffieuse, cette Italie pédeuse dans ses administrations pourries jusqu’à la gorge, qui s’attaque à un type qui pour la première fois dit les choses ouvertement. Mon emprisonnement est la récompense de mon honnêteté. Les David Piper, les Mario Allegretti, les Scapini, les Siebenthal, les Perego, ou tous les types qui bredouillent, qui bricolent dans les Ferrari n’ont jamais été inquiétés, et le Jess Pourret qui traficote dans les Ferrari depuis vingt ans, il est très fort puisqu’il a fait son auto-bible, il s’est auto-sanctifié comme un enfant de choeur sacralisé… C’est formidable de voir pour la première fois un jeune type qui a fait une pub en disant ouvertement : « II est encore possible de faire une réplique », car j’ai toujours dit que mes 250 GTO étaient des répliques… et de constater que Pourret a son nom associé dans la plainte déposée par Squazzini ! Innombrables sont les magouilleurs, les voleurs de pièces, les ritals qui depuis des années trafiquent entre la Suisse et l’Italie; tel ce garagiste qui trois fois a été en prison pour affaires volées; et tous les autres pourris auxquels il n’arrive rien, et pour une fois qu’un type dit : « moi je fais les choses ouvertement », je dis à tout le monde où je le fais, voilà comment je le fais… AU GNOUF !

Patrice De Bruyne : Votre réplique de 250 GTO s’adresse certainement à un public réduit que vous avez bien cerné. Quel est d’après vous l’acheteur-type de la production actuelle de Ferrari ?

William Favre : En Europe, c’est encore partagé. On a soit quelques grands bourgeois, quelques aristocrates, mais de moins en moins; soit beaucoup de voyous proxénètes gangsters épiciers parvenus bouchers-charcutiers ; mais alors aux Etats-Unis, la 308 c’est la voiture des garçons-coiffeurs. C’est le plus infect signe du nouveau-riche, c’est un moyen de promotion sociale des plus bas aux USA… Quand le cloporte veut paraître, il s’achète une Ferrari 308 !

Patrice De Bruyne : A la lecture des déclarations de Michel Seydoux, parues chez notre confrère Auto-Hebdo, il serait en train d’étudier les préjudices que vous lui auriez fait subir… Or, vous aviez signé avec lui un contrat d’exclusivité mondiale via la firme MSC, pour la vente de vos voitures. De quels préjudices pourrait-il s’agir ?

William Favre : Seydoux dit maintenant que je l’ai escroqué. Il le prétend aujourd’hui, mais ne le dit pas dans les journaux parce qu’il sait que c’est un mensonge, que je lui aurais affirmé avoir reçu l’autorisation de l’usine Ferrari pour fabriquer mes voitures. C’est fort, très fort. Evidemment Seydoux, l’héritier milliardaire de Schlumberger, a des velléités de carrière politique très prononcées. Il a eu son nom dans tous les journaux suisses lors de mon arrestation…, par conséquent, sa première réaction a été de dissocier son nom de celui de l’escroc Favre emprisonné ! Et il m’a dit après : « Dans la vie, je suis toujours du côté du plus fort, alors entre Ferrari et vous, vous pensez bien mon petit ami que je ne vais pas hésiter une seconde ! »

Patrice De Bruyne : Et MSC dans toute cette affaire, quelle est leur position ?

William Favre : MSC, c’est un panneau AVIS quatre étoiles. Le panneau AVIS quatre étoiles consistait à acheter 60 Mercedes pour les louer à des nantis…, la première année ils s’en sont fait voler trente !

Patrice De Bruyne : Comment voyez-vous l’avenir, après ce mini-scandale ?

William Favre : Pour moi, les 250 GTO, c’est fini. J’étudie avec Franco Sbarro la possibilité de fabriquer une réplique de Ferrari California toute en plastique, avec moteur 400i et boite automatique. Mais je suis fermement décidé à continuer d’exploiter la bêtise, surtout maintenant qu’il me l’ont fait payer cher et d’avance par mon emprisonnement. Je vendrais également des Dino à des gens qui en veulent. Je les restaurerais dans mon usine. Je continuerais à faire de la surenchère sur le prix des Daytona, des châssis courts et du reste…

L’affaire Ferrari/Favre a été un règlement de compte dans un panier de crabes où tous étaient de même couleur : rouges, comme les Ferrari’s.
En Mai 1985, lorsque l’interview de William Favre est paru dans le magazine AutoChromes  l’avocat de Michel Seydoux et de MSC Automobiles-Paris, m’avait envoyé un courrier « Droit de réponse », reproduit ci-après…

Droit de réponse…
« II est regrettable que dans un souci d’in­formation complète, en plus d’avoir interviewé Monsieur William Favre, vous n’ayez pas son­gé à recueillir également les commentaires de Monsieur Seydoux et de la société MSC Automobiles à propos de cette affaire Ferrari/Favre, alors même qu’ils sont directe­ment mis en cause par votre article, ce qui les contraint aujourd’hui à procéder à la mise au point suivante :
1° Multipliant depuis un certain temps les déclarations aussi fracassantes que con­tradictoires, Monsieur Favre se forge à grande allure une réputation assurément originale. Elle lui vaut aujourd’hui d’être en délicatesse avec la juridiction pénale helvétique dans le cadre de diverses plaintes ou inculpations visant entre au­tres plaisanteries : la contrefaçon de mar­ques, la concurrence déloyale, la fabri­cation, le faux dans les titres et la fabri­cation de chèques, ce qui est assuré­ment comme il le prétend « la récompen­se de son honnêteté».
2° Les propos mis dans la bouche de Mon­sieur Seydoux par Monsieur Favre, com­me d’ailleurs tous ceux qu’il prête à la plupart des acteurs de cette affaire, relè­vent d’une imagination fertile assortie d’une volonté diffamatoire.
3° Concernant le contrat ayant existé entre MSC Automobiles et la S.A.R.L. Favre In­ternational, la réalité est la suivante :
– Selon les articles 2 et 4 du dit contrat « Favre International » s’est engagé à li­vrer avec tous les documents nécessai­res à l’immatriculation, trois répliques de GTO et une réplique de California, entre le 15 octobre et le 30 décembre 1984.
– Selon l’article 4 précité, MSC Automo­biles s’est engagé à verser entre la si­gnature du contrat et le 10 novembre 84, une « contribution au lancement de la pré-série » pour un montant total de 1.135.000 FF.
– MSC Automobiles a respecté ces en­gagements et au delà puisqu’à ce jour les sommes versées atteignent au moins 1.985.000 FF.
– A ce jour, Favre International a dispo­sé de cet argent, n’a livré aucun des vé­hicules promis, et déclare officiellement renoncer à leur fabrication, étant mainte­nant selon ses propres termes « décidé à continuer d’exploiter la bêtise ». Il appa­raît aujourd’hui que si les comptes ban­caires français de la société Favre Inter­national S.A.R.L. sont vides, le compte bancaire personnel de Monsieur Favre a enregistré dans une période récente des mouvements créditeurs très considéra­bles dépassant 900.000. FS. soit plus de 3.000.000 de FF. Ce petit pactole a dis­paru à son tour, ce qui pourrait penser que Monsieur Favre, jeune homme sans fortune, sans famille, sans assise, sans personne derrière, possède en contre­partie un sens très solide de l’organisa­tion.
4° MSC Automobiles, n’est pas un pan­neau Avis 4 étoiles… : filiale d’un groupe employant 500 personnes pour 450 mil­lions de chiffre d’affaire, elle est le pre­mier concessionnaire en France des Au­tomobiles SAAB, l’importateur exclusif des automobiles LOTUS, et exploite di­rectement à Paris et dans la région pari­sienne divers ateliers, garages et halls d’exposition ».
Maître XXX, Avocat au Barreau de Paris.

A cette époque ou je manquais du recul suffisant pour comprendre Pourquoi donc William Favre a t-il été le sorcier qu’il fallait brûler ?
Il n’a fait qu’ache­ter à des intermédiaires la première réalisa­tion GTO d’Alain Garnier et tenté de com­mercialiser une petite série calquée sur cette copie…, des copies de copies en quel­que sorte !
La lecture des documents judiciaires va-t-elle le révéler ?

Tribunal de Première Instance de Cueno…
Le17 Avril 1985, Rapport judiciaire de plainte rédigé à la charge des personnes suivantes, en liberté :
– GIORDANENGO Giovanni, Né à Boves (CN) le 20.5.1928, y domicilié. Via Marzabotto1, coproprié­taire de la société « Autorestauro », située à Boves, Via Générale Carlo Alberto Dalla Chiesa 8, marié, artisan ;
– GIORDANENGO Enzo, né à Cueno le 17.12.1963, domicilié à Boves (CN), Via Marzabotto 1, coproprié­taire de la société ci-dessus, fils de Giordanengo Gio­vanni, célibataire, artisan ;
– FAVRE William, né à Boulogne Billancourt (HTS Sei­ne/France) le 4.10.1955, citoyen français, domicilié à Genève (CH), Chemin des Mourons 3,1237 Avully,de profession libérale ;
– GARNIER Alain, né à paris (F) le 27.10.1940, domici­lié à Grasse, AlpesMaritimes (F), carrossier ;
– VAN DER VELDEN Alexandre, domicilié à Tilburg (NL), citoyen hollandais, sans précisions ;
– DE SIEBENTHAL Pierre, né à Lausanne (CH) le 13.11.1932, citoyen suisse, domicilié à Ecublens (VD), 43, chemin de l’Ormet, mécanicien ;
– SEYDOUX Michel, collectionneur de voitures d’épo­que et président central de la société « M.S.C. », à Paris (importateur de Lotus), domicilié à Paris, 29 avenue de la Grande Armée, Paris XVI iéme, sans autres précisions.
Car elles ont été retenues responsables des délits suivants :
– GARNIER Alain, du délit prévu à l’art ; 473 CP. fait commis en France en 1981 :
– VAN DER VELDEN Alexandre, du délit prévu à l’art. 517 CP, fait commis en France en 1982 :
– Tous les autres, du délit prévu à l’art. 416 CP, pour association de malfaiteurs ayant pour but la construction et la vente de copies de voitures auto­mobiles FERRARI 250 GTO modèle GS, sur lesquelles est apposée la marque « Ferrari-Favre », sans que la maison Ferrari ait donné son autorisation, et donc de façon indue, d’où commission du délit prévu à l’art. 517 CP (fraudes contre les industries nationales) au détriment des sociétés suivantes :
– FERRARI SpA. située à Maranello (MO) ;
– FIAT-Turin, située à Turin, en sa qualité d’action­naire à 50% de la société Ferrari ;
– Société SIREF, située à Milan, en sa qualité d’ac­tionnaire ;
Faits commis à partir de mai 1984 en France, en Suisse et en Italie.
Annexe n.3 : Au Parquet de Cuneo
Annexe n.1 : Au Tribunal. de Modène et de Turin et aux centres régionaux de Criminalpol de Bologne et de Turin
Le 8.2.1985, par télex dont copie est annexée à la présente, le Bureau Central Interpol de Rome nous a signalé que le Juge d’Instruction de Genève (Suisse), Me Barbey, avait, en date du 6.2.1985, décerné une commission rogatoire internationale aux autorités compétentes italiennes, dans le cadre d’une procé­dure pénale n.3501/84 contre le précité FAVRE Wil­liam, pour violation de la LF sur la concurrence déloyale et sur les marques ainsi que pour falsifica­tion de marchandises (annexe 1).
La procédure précitée a été ouverte à la suite d’une plainte portée par les représentants légaux de la société Ferrari S.p.A. de Maranello (MO) à l’autorité judiciaire de Genève et au Parquet de Modène (an­nexes n° 2 et 3).
Par télex susmentionné, Interpol a fait savoir que FAVRE William était en contact avec M. Giordanengo Giovanni, copropriétaire de la société « Autorestau­ro » de Boves (CN) ; ce fait ressort également des plaintes suscitées.
Le 16 et, en vue de l’exécution de la commission rogatoire internationale, Lina Longe, Juge d’Instruc­tion auprès du Tribunal local, assistée du personnel nécessaire, a effectué des perquisitions au siège de la société Giordanengo Giovanni et fils et dans leurs habitations respectives.
Ces opérations ont été requises par le Juge d’Ins­truction de Genève dans le but de rechercher et de séquestrer les preuves inhérentes au délit, dont est accusé William Favre.
Les Inspecteurs de la Police de Genève, MM. MONNIER Marc et BARONI Roland, ont également pris part à ces perquisitions, représentant le Juge d’Ins­truction suisse précité.
Au cours de ces perquisitions effectuées en présence de Giordanengo Bruno, fils de Giovanni et en l’absen­ce de son frère Enzo et de son père Giovanni, il a été trouvé dans l’atelier en question 5 châssis de Ferrari 250 GTO modèle GS, en phase de construction avan­cée, ainsi que deux voitures du même type, déjà pra­tiquement terminées et prêtes à être mises sur le marché.
Dans ces voitures, seuls les longerons et le moteur sont originaux Ferrari.
Il a été aussi trouvé une documentation variée prou­vant les relations d’affaires entre Giordanengo Gio­vanni & Fils, et Favre William, De Siebenthal Pierre et Seydoux Michel, dont les identités figurent dans les actes.
Les documents ont en outre révélé que les châssis étaient tous fournis par le dit De Siebenthal Pierre.
Des premières informations recueillies et des décla­rations faites par les ouvriers de la société en objet, il a été possible de constater que la construction des voitures Ferrari 250 avait pratiquement commencé en septembre 1984 et les documents séquestrés comportaient de nombreuses commandes de clients allant jusqu’en mars 1986 et s’élevant à plusieurs dizaines de millions de lires.
Plus particulièrement, les inspecteurs suisses préci­tés nous ont permis d’apprendre que :                Entre 1973 et 1981, le citoyen français Garnier Alain, qui répa­rait des télévisions et qui était un grand connaisseur de voitures en tous genres, a réussi par des métho­des empiriques et sur la base (semble-t-il) de mensu­rations et de calculs manuels basés sur la voiture 250 GTO châssis N°3943GT d’un certain Thépenier, à reproduire pour lui-même sur base d’une Ferrari 250 GTE châssis N°3671GT, une copie parfaite de la Ferrari 250 GTO.
Puis, il s’est mis à exercer le métier de mécanicien.
Six mois après son arrivée sur la Côte d’Azur, Garnier a fait venir depuis la Normandie où il était précédem­ment domicilié, la copie de la Ferrari 250 GTO.
Puis il a réussi en 1982 à « placer » ce véhicule à des clients allemands, aidé par M. Van der Helden, en le vendant comme original, pour la somme de 600.000 NF.
Par la suite, les clients allemands précités, qui n’avaient pas réussi à « commercialiser » la copie de la voiture en objet, l’ont restituée au citoyen hollan­dais suscité, qui l’a remise à son tour à Garnier, dans l’attente d’autres clients.
En 1984, un citoyen suisse nommé Roger Pachoud, bien connu de la police helvétique pour ses antécé­dents, a présenté Garnier à Favre William.
En février de cette même année, De Siebenthal Pier­re, ami du dit Favre, a présenté ce dernier à Giorda­nengo Giovanni.
En mai 1984, la voiture « copiée » a été vendue à William Favre pour la somme de 750.000 NF.
Par la suite, la voiture a été vendue à M. Seydoux, dont l’identité figure dans les actes, pour la somme de 900.000 NF.
Impressionné par la perfection de cette copie, le dit Seydoux, célèbre importateur de la marque Lotus pour le compte de la société « M.S.C. » de Paris, a déclaré à Favre William qu’il était intéressé par l’achat d’une autre copie du même modèle de voiture, au même prix que celui payé pour celle réalisée par Garnier.
C’est à ce moment que les précités ont eu l’idée de fonder une société, dans laquelle chacun aurait son propre rôle à jouer pour la construction et la commer­cialisation de « copies » de Ferrari 250 GTO, mais sans demander préalablement l’autorisation de la maison mère : ils ont décidé d’utiliser la marque « Fer­rari-Favre », dans le but de tromper leurs clients potentiels.
Vers fin 1984, ils ont pris la décision de charger Gior­danengo Giovanni et son fils Enzo de réaliser ce type de voitures, car ils étaient déjà à la tête d’une société spécialisée dans ce secteur depuis un certain temps déjà.
Ces derniers ont accepté et, vraisemblablement, avant d’entreprendre leur activité, ils ont fait réaliser par Favre toute une série de photos pour illustrer la bonne facture du travail effectué dans leur atelier (cette documentation a également été séquestrée).
Les photos représentent des voitures de sport de marque « Ferrari ».
Chacune comporte, en bas et à droite,l’inscription « Ferrari-Favre », qui est une preuve de l’usage illégal de la marque Ferrari par les précités.
En pratique, les tâches étaient réparties comme il suit :
– FAVRE William : faire de la propagande par des comptes-rendus publicitaires, etc.
– DE SIEBENTHAL Pierre : fournir des châssis et des moteurs originaux à la société Giordanengo Gio­vanni et Fils.
– M. SEYDOUX : introduire sur le marché propre­ment dit les copies de voiture, en les achetant de fois en fois, au prix de 900.000 NF.
– VAN DER VELDEN Alexandre : même si, en réa­lité, il n’a pas participé à l’association proprement dite, il a joué un rôle déterminant au départ puisqu’il a acheté et revendu, d’abord aux Allemands, puis à William Favre, la copie réalisée par Alain Garnier, et il a permis ainsi le démarrage du trafic de copies de Ferrari 250 GTO.
Par ailleurs, l’enquête a fait ressortir le nom de LUTRICO Giovanni, mécanicien à Turin, qui a eu des contacts avec Favre et avec Giordanengo.
Il n’est pas exclu qu’il puisse être impliqué dans ce trafic.
Afin de mettre son rôle en évidence et de déterminer quelle est sa responsabilité éventuelle dans cette affaire, le tribunal de première instance de Turin, auquel les documents ont été remis pour connaissan­ce, est prié de rechercher l’identité complète du pré­cité et de l’interroger sur les relations d’affaires qu’il a eues avec les précités, et plus spécialement en égard à la construction et à la commercialisation des modè­les de voitures en objet.
Il devra faire connaître le résultat au Parquet de Turin et à nous également pour connaissance.
Par ailleurs, dans le but d’établir les différentes res­ponsabilités de chaque acheteur de copie qui, à cha­que fois, ont eu des contacts avec M. Giordanengo et ses complices, il serait opportun d’acquérir officielle­ment la documentation séquestrée chez Giordanen­go Giovanni et son fils Enzo, ainsi que celle qui se trouve dans les mains de la magistrature suisse (Le fait qu’il y ait eu plusieurs acheteurs résulte clairement d’une documentation séquestrée durant les perquisitions, d’où il ressort que plusieurs personnes ont versé des acomptes considérables pour pouvoir obtenir « une de ces copies »).
Il convient de faire remarquer par ailleurs que, comme l’a vérifié la police suisse lors de l’enquête menée par le juge d’instruction de Genève, que Garnier Alain avait eu la possibilité de réaliser une seconde copie du modèle Ferrari, et qu’il l’avait revendue à un dénommé Ohana Jacques, dont l’identité n’est pas mieux connue.
Vu ce qui précède, les précités sont accusés des délits énoncés à côté de leurs noms respectifs.
Pour mieux déterminer la responsabilité des préve­nus, nous soulignons que ce ne sont pas les intérêts de Ferrari S.p.Â. seulement qui ont été lésés, mais aussi ceux de Fiat-Turin et de Siref de Milan.
Ainsi, dans le but d’obtenir de nouveaux éléments de preuves contre les prévenus et d’autres complices éventuels, nous vous demandons d’examiner s’il est opportun d’ordonner le séquestre des voitures et de la documentation en possession de l’organe judiciai­re qui a exécuté la commission rogatoire et, dans le même temps, de demander formellement à la magis­trature suisse compétente, d’envoyer la copie de tous les actes qu’elle a acquis et qui sont jugés à l’enquête.
Nous considérons en outre qu’il est opportun d’or­donner la perquisition des dépendances de la société « Autorestauro » de Giordanengo Giovanni et Enzo, de Boves, à l’adresse sus indiquée, ainsi que celle de leur maison d’habitation, située également à la Via Marzabotto 1, et de tout autre lieu où il serait possible de trouver des documents prouvant l’association de malfaiteurs.
Enfin, nous demandons que toute la documentation bancaire de Giordanengo Giovanni et de son fils Enzo soit séquestrée, afin de pouvoir identifier tous ceux qui ont été en relation d’affaires avec les prévenus.
Le tribunal de Première Instance de Modène est prié d’effectuer les enquêtes nécessaires sur les faits à l’examen.
Vérifications et rapport des Inspecteurs de Police Di Nino Rinaido, Albano Domenico, et Turina Flavio, ainsi que des agents de police Urso Alfio et Dilelsi Michèle.
Annexe : 3 documents.
Signature et sceau du Tribunal de Cuneo 22/4/85
Copie conforme à l’original, sceau de la Brigade Mobile de Cuneo.
Traduction certifiée conforme C. DULON traducteur-juré.

Procès verbal de perquisition et de séquestre par le juge d’instruction du Tribunal de Cuneo, Tribunal de première instance 09 Cuneo, Brigade Mobile
01) Une réplique de voiture, modèle Ferrari GTO 250, en phase de construction
02) 3 voitures en phase de construction munies uni­quement d’une ossature et d’un châssis, trouvées sur les établis, toutes trois répliques du modèle ci-dessus
03) 1 châssis prêt à être travaillé, relatif au modèle de voiture précité
04) 1 voiture déjà vernie en rouge, dépourvue de moteur, comportant sur le pare-brise avant une feuil­le collée portant l’inscription suivante : « Garelli Enzo, Corso Inghilterra, Mondovi/Cuneo, réplique », du même type et du même modèle que celle décrite aux points précédents
05) 1 voiture déjà vernie en rouge, munie d’un moteur de marque Ferrari, portant le numéro 128 F, d’un châssis comportant une plaquette « châssis 201-Giordanengo », toujours du même modèle
06) 2 moules en résine de verre pour coque avant et coque arrière, se rapportantau même modèle que ci-dessus
07) 2 modèles, un en bois, l’autre en carton, ayant respectivement les formes et les mesures de l’arc et du coffre avant, se rapportant au modèle de voiture enquestion
08) 4 coques à vernir, relatives à la partie avant de la voiture en question
09) 4 coques à vernir, relatives à la partie arrière de la voiture en question
10) 4 toits à vernir relatifs à la voiture en question
11) 3 coffres avant à vernir concernant cette même voiture
12) 3 ossatures de coffre arrière concernant la même voiture
13) 2 ossatures de coffre avant concernant cette même voiture
(Nota Bene : les parties de voiture énumérées des points 8 à 13 sont toutes en aluminium)
14) Documentation variée, (formée d’agendas, de factures, de notes, de coupures de journaux, de photos de modèle Ferrari GTO, et autres docu­ments), découverte dans les bureaux de la société « Autorestauro » de Boves.
Rédigé à la charge de GIORDANENGO Giovanni, dont l’identité figure dans les actes
Fait à Boves, le 16 avril 1985
Tous ces objets sont à considérer comme corpus delicti.
Mise sous séquestre. Le 16 avril 1985, à 20 heures, dans les bureaux de la société « Autorestauro » de Giordanengo et fils. ayant siège à Boves, nous soussignés, Agents de Police Judiciaire rattachés au tribunal de première instance de Cuneo, informons l’autorité compétente que nous avons, à la date et sur les lieux décrits ci-dessus, sur délégation orale du Juge d’Instruction Lina Monge, séquestré les objets indiqués aux points 1 à 14, le tout étant considéré comme « corpus delic­ti » et étant jugé utile pour la procédure pénale contre FAVRE William intentée par la magistrature.
Nous donnons acte que la réplique de voiture dont il est fait état au point 1) a été trouvée dans le magasin appartenant à Giordanengo Giovanni, situé à Boves, à l’angle entre la Via Cuneo et la Via Dalla Chiesa, à la suite d’une visite domiciliaire ordonnée ce jour par l’autorité judiciaire.
Nous donnons acte que tous les objets et documents, ainsi que certaines voitures susmentionnées ont été trouvées dans l’atelier de la société « Autorestauro », à la suite d’une visite domiciliaire ordonnée comme précédemment.
Nous donnons par ailleurs acte que les noms sui­vants figuraient sur les voitures en phase de construction :
1) VINA Y Giorgio, Corso Milano I, Mondovi – répli­que
2) SIEBENTHAL
3) PEREGO.
Nous donnons enfin acte que le châssis indiqué au point 3 portait le nom de Siebenthal.
Les objets et les voitures finies ou non ci-dessus, à l’exception de la documentation citée au point 14) ont été confiés par procès-verbal séparé, à M. Giorda­nengo Bruno, qui doit les garder à la disposition de la justice.
Copie du présent procès-verbal est confié à Giordanengo Bruno, en lieu et place de son père, qu’il représente.
L.C.S. ; Giordanengo Bruno – Turina Flavio – Albano Domenico – Di Nino Rinaido
Sceau de la Brigade Mobile du Tr. de Cuneo.
Traduction certifiée conforme C. DULON traducteur-juré.

Justice ?
En fait, Favre a démarché l’importateur Fer­rari aux USA, Luigi Chinetti pour que celui-ci commercialise les 250 GTO-Favre sous le label NART, allant jusqu’à expédier deux voitures à New York à l’occasion du salon automobile annuel.
Ce qui aurait dû être une gigantesque affai­re dans laquelle Luigi Chinetti intervenait officiellement pour une commercialisation sur son territoire, a tourné court, car Enzo Ferrrari a réagi devant le succès qu’obte­naient les répliques dès les premières heu­res d’ouverture du salon, ce qui pouvait mettre en péril la vente des 288 GTO !
Luigi Chinetti avait en fait été évincé peu de temps auparavant par Ferrari qui disposait récemment de son propre réseau aux USA.
Chinetti tentait sans nul doute de réali­ser un gros coup en réciprocité, tout en fai­sant un pied de nez au commendatore Enzo Ferrari.
Après vingt ans d’importation Ferrari aux USA, Chinetti avait non seulement de l’ar­gent mais aussi des relations et des amis.
Son projet de commercialiser une vraie-/fausse/GTO mettait donc, pour Ferrari, la commercialisation du mythe GTO (via la 288 GTO) en péril !
Par Favre interposé, Ferrari se devait de court-circuiter le réseau des fausses 250 GTO, et il y réussissait sans égratigner son ex-ami Chinetti !
Du cousu-main !
L’affaire n’était constituée que de grands noms qui en venaient à s’entredéchirer.
Même le célèbre expert Christian Huet fut de la partie, en présen­tant Favre à Seydoux, et en aidant au peaufinement de la 250 GTO-FAVRE en réalisant un plan au 1/10ème.

Les courriers échangés démontrent que chacun voulait se blanchir en noircissant les autres.
De : Christian Huet  Expert en automobiles de collection auprès de la Cour d’Appel de Paris  64, rue du fg Poissonnière 75010 Paris Tel (1)824.71.40 A : Monsieur Michel Seydoux  6, avenue Gourgaud 75017 Paris
Fait à Paris, le 6 février 1985.
Cher Ami,
Comme suite à notre entretien téléphonique, je vous confirme que j’ai rencontré sur sa demande, le 25 juin 1984, Monsieur William Favre car il désirait une expertise sur la réalisation de la réplique de Ferrari GTO qu’il avait soi-disant construite dans son usine d’Italie.
A cette occasion, Monsieur Favre qui cherchait un financier, m’a demandé de vous être présenté, ce qui fut fait dans la journée.
Ayant noté quelques défauts dans les lignes de car­rosserie et dans le but de vous aider, puisque vous souhaitiez financer cette affaire, j’ai donne à Mon­sieur Favre que j ‘ai rencontré avec Monsieur Vergniole dans le magasin MSC de l’avenue de la Grande Armée, un plan au 1/10ème que i’avais réalisé pour une maquette.
Pendant ce rendez-vous, Monsieur Favre m’a bien précisé qu’il avait rencontré Monsieur Enzo Ferrari en personne et que ce dernier lui avait donné l’autorisation de fabriquer les répliques de Ferrari 250 GTO et l’avait même félicité pour la qualité de cette réalisation !
Une photo aurait été faite àcette occasion ?
Je vous prie de croire, Cher Ami, à l’expression de mes plus cordiales salutations.
Christian Huet

Je soussigné Pierre Vergniole, né le 21 août 1947 à Lyon, domicilié 3, rue Valentin Henry 75015 Paris, de nationalité française, sans profession, déclare vou­loir donner l’attestation suivante pour des faits dont j’ai été le témoindirect.
Je confirme les termes de mon télégramme du 24 avril 1985 selon lesquels : Un rendez-vous a bien eu lieu chez MSC Automobi­les, 29, avenue de la Grande Armée, entre Messieurs Favre, Huet, et moi-même.
Dans ma mémoire, ce rendez-vous s’est situé au début du mois d’août 1984.
Il n’a en aucun cas été question d’une éventuelle autorisation de Ferrari concernant l’activité de Mon­sieur Favre, ni de photo faite à cette occasion.
Ce rendez-vous a été organisé pour trouver un accord entre les parties quant au montant et au mode de règlement de la commission demandée par Mon­sieur Huet pour avoir mis en contact Monsieur Favre et MSC Automobiles.
Je donne ce témoignage à Monsieur W. Favre, ayant été informé par lui qu’il entend l’utiliser dans le cadre de la procédure existant entre la société MSC Auto­mobiles et lui-même et qu’un faux témoignage de ma part pourrait m’exposerà des poursuites.
Fait à Paris, le 10 juin 1985.
Pierre Vergniole

Restent ensuite des documents que nous ne publierons pas, et qui sont des photoco­pies du compte bancaire de Favre Interna­tional auprès de la banque Veuve Morin Pons.
De : Banque Veuve Morin-PonsA : Maître Rutfet  Huissier de Justice  80 bis, rue de Turenne 75003 Paris le 5 juillet 1985 Recommandée avec A.R.AFF. SARL FAVRE INTERNATIONAL  n/réf. 511 – MGB/JMB – affaire suivie par Mlle Boyadjian Tel direct : (7)234.20.24.Cher Maître, Notre agence de Paris nous a transmis la sommation interpellative que vous lui avez fait délivrer le 26 Juin 1985, à la requête de la SARL FAVRE INTERNATIO­NAL.
Il est exact que notre banque a bien reçu de la Société MSC Automobiles ordre de virement d’une somme de 200.000 F. au crédit du compte de la Société FAVRE INTERNATIONAL les 23 et 24 janvier 1985.
Le relevé de compte constatant ces opérations, régu­lièrement envoyé au 31 janvier 1905 à la Société Favre International, n’a suscité de sa part aucune observation, de même que les relevés ultérieurs qui lui ont été adressés par la suite.
Par lettre du 12 mars1985, Monsieur Favre, agissant en sa qualité de gérant, a demandé à notre banque de solder et clôturer définitivement le compte de la Société Favre International, sans faire d’observa­tions sur aucune des opérations antérieures, et notamment les extournés de janvier 1985.
Ceci confirme, s’il en était besoin,les indications que nous avait données la Société MSC Automobiles sur le fait que l’extourné des virements intervenait en accord avec cette société et la SARL FAVRE INTER­NATIONAL.
Nous vous prions d’accepter, cher Maître, l’expres­sion de nos sentiments distingués.
Marie-Geneviève Barbier Service Juridique

Outre un mouvement de fond de 1.070.000 FF en crédit (pour la vente d’une Ferrari et d’une autre voiture que nous ne connais­sons pas) et qui porte le numéro 4180426, nous avons noté :
– Un chèque 4180737 d’une valeur 15.10.84 de 200.000 FF en crédit portant la mention « Contrat MSC »
– Un virement de 135.000 FF valeur 10.11.84 portant la mention VT MSC Automobiles
– Un virement de 250.000 FF valeur 15.01.85 portant la mention VT MSC Automobiles
– Un virement de 200.000 FF valeur 23.01.85 portant la mention VT MSC Auto
– Un vire­ment de 200.000 FF valeur 24.01.85 por­tant la mention VT MSC Auto.
L’ensemble nous donnerait en ce qui concerne les ap­ports de MSC (virements et chèques) 985.000 FF…, et si l’on y ajoute le premier mouvement de fond, on arrive quasiment au montant de 1.985.000 FF que Michel Seydoux nous avait signalé avoir versé à Favre International.
On devine que la 250 GTO/ex Garnier n° 3.671GT, s’y trouve… !
Comme celle-ci est maintenant entre les mains de Michel Sey­doux, elle pourrait avoir été payée dans le virement de 1.070.000 FF (?)…, voilà ainsi explicitées, les péripéties de l’Affaire Ferrari/Favre/GTO… n° 3671GT..

Point de vue…
Il était normal d’essayer de dé­couvrir pourquoi Ferrari se lançait dans une telle bataille juridique.
C’était une guerre entre Enzo Ferrari/Fiat-/Siref… contre Luigi Chinetti par William Fa­vre interposé…, pour la défense des parts de marché de la 288 GTO aux USA…
Tout cela n’était pas très sain.
1) Nulle action n’a été entreprise simultané­ment à Favre contre les fabricants de ré­pliques de 246 GT (Karma et Kellmark), de 250 LM, de Daytona et de TestaRos­sa (les procès contre les « répliqueurs » de Daytona viendront plusieurs années plus tard)
2) Des gens comme David Piper ou Joe Al­phabet qui fabriquaient également des copies de 250 GTO, n’ont jamais été inquiétés
3) Alain Garnier qui a réalisé, durant le temps de l’affaire Favre, 5 copies de 250 GTO et une copie de Testa Rossa, n’a été inquiété que sur pa­pier… et par Favre interposé, pour la seule GTO qui fut acquise par Favre !
4) Favre qui a commandité la fabrication de Testa Rossa chez Giordanengo n’a pas été ennuyé pour cela, et Giordanengo non plus (aucune copie de Testa Rossa n’a été saisie).

L’affaire Favre/Ferrari, a entraîné Michel Seydoux sous les phares de l’actualité, comme bien d’autres milliardaires qui s’en­tourent sans le vouloir, d’une masse d’inu­tiles grappilleurs, Michel Seydoux s’est re­trouvé mal entouré, et, se rendant compte que tout ce jeu relevait de problèmes juri­diques, il a commis quelques erreurs re­grettables.
C’est pour toutes ces raisons qu’il fallait piocher dans le jardin d’Enzo Ferrari…
S’il n’y avait pas d’argent à gagner, il n’y aurait jamais eu d’affaire 250 GTO Réplica !
Jugez vous-même…:
– Coût d’une épave de 330 GT ou de 250 GT 2 + 2 en 1984 = 70.000 FF
– Coût de la réalisation d’une réplique en 1984 = 250.000 FF (main d’oeuvre et piè­ces) + 70.000 FF (épave) = 320.000 FF
– 1er bénéfice, constructeur-intermédiaire, de 320.000 FF à 600.000 FF = 280.000FF
– 2e bénéfice, intermédiaire-Favre, de 600.000 FF à 750.000 FF = 150.000 FF
– 3e bénéfice, Favre-MSC Automobiles, de 750.000 FF à 900.000 FF = 150.000 FF
– 4e bénéfice, MSC Automobiles-Luigi Chinetti, de 900.000 FF à 1.300.000 FF = 400.000 FF
– 5e bénéfice, Luigi Chinetti-clients USA, de 1.300.000 FF à 1.600.000 FF = 300.000 FF
– Total des bénéfices par voiture : 1.280.000 FF

Spéculation…
Enzo Ferrari avait depuis le dé­but des années 80 lancé diverses rumeurs tendant à raviver le mythe GTO pour lui permettre de sortir une évolution de la 328 GTB en fin de carrière, qui bénéficiant du mythe, serait immédiatement enveloppée d’une aura permettant de jouer sur l’esprit de spéculation de certain Ferraristes col­lectionneurs rêvant de 250 GTO sans pou­voir en trouver à acquérir.
La GTO Favre perturbait tout cela, non seulement par la publicité que faisait Wil­liam Favre dans toute l’Europe, mais sur­tout par la commercialisation que lançait Luigi Chinetti aux USA.
Favre mis à l’ombre, les GTO saisies, Fer­rari pouvait vendre les 288 GTO sans sou­cis, tout en profitant d’une fameuse publici­té… !
Les 288 GTO se sont toutes vendues avant d’avoir prouvé quoique ce soit et n’ont de plus jamais concouru dans aucune épreu­ve !
Ces engins, sans passé, sans gloire, font l’objet de surenchères spéculatives étour­dissantes.

Ce coup commercial de première force, basé uniquement sur la bêtise humaine, et non sur la reconnaissance par le public d’un palmarès sportif comme la 250 GTO a acquit en son temps, donna au directoire Fiat-Ferrari l’idée de récidiver.
Il fut question d’une 288 GTO Evoluzione, qui devint le testament du patriarche, com­biné au quarantième anniversaire de la marque, en une matérialisation sous forme hyper spéculative… la F40 !
Ce fut le moment ou le grand Pachacamac décida qu’Enzo Ferrari en avait assez fait…, la F40 allait donc être son véhicule de l’au-delà et atteindre le ciel des valeurs spéculatives.
Tordu, battu, vidé, William Favre a vu tout cela sans plus participer à la grande mes­se.
Il a tenté de continuer la fabrication de « ses » GTO en Grande Bretagne, mais la fo­lie des valeurs amenait le coût des épaves de 250 GTE ou 330, tellement haut qu’il n’était plus possible d’en fabriquer encore et d’en tirer les mêmes profits.
Il s’est mis à errer, a dilapider ses gains, et à faire quelques procès pour regagner son image passée.
Il les a tous gagnés !…
Il a même gagné le procès que lui intentait Ferrari…; le tribunal statuant que Ferrari ne pouvait pas atta­quer Favre en concurrence déloyale pour une voiture qui n’était plus fabriquée, le ris­que de tromperie n’était de plus pas justi­fié.
Favre a également gagné le procès d’arbitrage contre Seydoux (qui a du payer à Favre 8 millions de FF).
Avec ses gains judiciaires, William Favre s’est installé de l’autre côté du lac, face à Genève mais du côté français, il avait le vague à l’âme, le goût amer de la justice et du temps perdu, le sentiment d’avoir été manipulé et d’avoir raté son passage dans l’aventure du mythe…

Un homme est mort…
II s’est « suicidé » le 26 octobre 88 d’une balle dans le cœur, tiré avec un 357 Magnum dans le dos…., comme pour le stopper d’un chagrin d’amour… !
Dans l’indifféren­ce générale…, certains croyant qu’une cer­taine mafia à la solde de ses adversaires aurait tenu le revolver dans la « bonne » di­rection !
Sans famille sauf son fils de 7 ans, sans amis, sans assises, sans personne derrière mais avec une petite fortune provenant de « l’affaire », il est seul sous terre, et jamais quiconque ne vient fleurir sa tombe..
Moi qui l’aimait bien, je lui murmure pourtant, de temps en temps qui passe…, derrière le bloc de granit : « Pendant près de mille ans tes semblables qui revenaient de guerre ont connu l’honneur du triomphe et les acclamations du peuple. Dans leur cortège se trouvaient des joueurs de trom­pette, des danseuses courtisanes et des animaux étranges qui venaient des territoi­res conquis. Il y avait aussi des chariots pleins de trésors pris à l’ennemi. Le con­quérant se tenait dans le char triomphal, les prisonniers chargés de chaînes mar­chaient devant lui. Quelquefois, ses enfants chevauchaient à ses côtés. Toujours un esclave était debout derrière le conquérant tenant la couronne d’or et lui murmurant à l’oreille comme un avertissement… : la gloire est éphémère, la gloire est éphémère ».

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