Fiat Chrysler Automobiles (FCA) : L’héritage de Sergio Marchionne

Par Marcel PIROTTE

Le patron emblématique du groupe FCA, Fiat Chrysler Automobiles, est décédé le 25 juillet 2018 des suites d’une opération jugée bénigne mais qui s’est compliquée par la suite.
Il n’avait que 66 ans et depuis 14 ans il présidait avec brio aux destinées de ce groupe italo-américain qui de l’ombre est passé en pleine lumière.
C’est peut-être le bon moment de lui rendre un hommage appuyé mais également de mesurer à sa juste valeur l’héritage qu’il lègue à ses successeurs qui sans aucun doute ne peuvent revendiquer un tel charisme dans la conduite des affaires.

Ayant eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises, lors des conférences de presse suite à la présentation de nouveaux modèles, Sergio Marchionne était selon moi un personnage plutôt complexe, un subtil mélange de financier de très haut vol doublé d’un joueur de poker particulièrement habile et chanceux.
Mais il ne laissait personne indifférent lui qui avait l’habitude de ne porter en toutes occasions que des pulls de couleur sombre et qui selon son entourage fumait « comme un turc »…

Né en juin 1952 dans les Abruzzes, fils d’un carabinier, la famille Marchionne émigre au Canada alors que Sergio n’avait que 14 ans.
A Toronto, ce surdoué va accumuler les diplômes, d’abord en philosophie et en droit, ensuite en économie et commerce où il décroche un MBA tout en devenant docteur en droit du commerce pour être nommé procureur légal et avocat dans l’Ontario où il acquiert la nationalité canadienne.
La première partie de sa carrière professionnelle se déroule en Amérique du Nord comme consultant chez Deloitte mais au début des années ’90, ses activités prennent une autre tournure avec le poste de Directeur Général à Zurich du groupe « Alusuisse Lonza » spécialisé dans la production d’aluminium.

En 1992, le groupe SGS de Genève, leader mondial des services de contrôle, vérification et certification, un véritable colosse de 46.000 collaborateurs dans le monde, le bombarde Directeur Général…, en fait, une filiale du holding de la Fiat à travers l’IFI aujourd’hui devenu Exor.
C’est là qu’il rencontre la famille Agnelli et se fait connaître en redressant en deux ans seulement le groupe SGS, déficitaire jusqu’alors.
Suite au décès d’Umberto Agnelli, Président de Fiat, survenu en janvier 2003, Marchionne entre au conseil d’administration en mai 2003 pour devenir en 2004 le « Boss » de Fiat SpA détenant le groupe Fiat Automobiles (Fiat, Alfa Roméo, Abarth, Lancia, Ferrari et Maserati) mais également Iveco (les poids lourds) ainsi que CNH regroupant les machines agricoles et engins de chantier, un géant de la construction automobile employant plus de 300.000 personnes à travers le monde.

En arrivant à Turin, Marchionne découvre une situation financière catastrophique : une perte de 1,6 milliard d’euros clôturant l’exercice précédent ainsi qu’une dette de 14 milliards d’euros. Sans compter que les usines italiennes ne tournent pas comme il le faudrait en cause des méthodes de production obsolètes et de certains modèles qui le sont tout autant.
Il faut réorganiser tout cela, accélérer la sortie de nouveaux modèles comme la Nuova 500 en 2007 avancée de trois mois et surtout repenser le design.
D’où des licenciements en cascades de nombreux dirigeants qui se prenaient pour des barons italiens se pensant intouchables, la montée au pouvoir de jeunes cadres ultra-dynamiques de 35 à 45 ans , entièrement dévoués à la cause du nouveau « Boss » et ce 24 heures sur 24 à des rythmes effrénés, la fermeture de l’usine de Termini en Sicile, tout en faisant très attention que le « petit personnel » soit préservé…, ce que les syndicats vont tout particulièrement apprécier.
Et de se faire remarquer par un coup d’éclat sans précédent : à peine arrivé chez Fiat et en compagnie de quatre avocats, il va défier la toute puissante General Motors qui suite à un contrat mal torché voulait racheter Fiat mais ne l’a pas fait… et Marchionne va découvrir les faiblesses de ce contrat et empocher deux milliards de dollars.
Pas mal évidemment, ça impose son homme…

Mais le plus beau coup de Marchionne, c’est de prendre en 2009 et en pleine déroute le contrôle à 20 % du troisième constructeur US, le groupe Chrysler et ce sans débourser un seul dollar mais en amenant de la technologie.
Ca, il fallait le faire, hériter d’usines flambant neuves remises à neuf et aux normes par l’acheteur précédent, le groupe allemand Daimler mais également par le contribuable américain.

C’est du jamais vu dans l’industrie automobile mondiale.
Rusé en fin joueur de poker, Marchionne attend patiemment son heure tout en augmentant sa participation dans le groupe Chrysler et en le rachetant complètement en 2014, ayant au passage seulement déboursé quelque 6,3 milliards de dollars dont 2,3 milliards provenaient des caisses de Chrysler.

Du coup, FCA devient le 7e groupe automobile mondial et après avoir séparé CHN Industrial (engins et camions) du groupe en 2011, débarqué le charismatique patron de Ferrari depuis près d’un quart de siècle, l’élégant aristocrate Luca Cordero de Montezemolo, il devient aussi le « Boss » de Maranello tout en ayant séparé le cheval cabré de Fiat.
La pépite Ferrari entre alors en Bourse, 43 euros en 2016, sa valeur grimpe aujourd’hui à plus de 114 euros, belle plus value.
Et le plus étonnant, c’est que sa capitalisation boursière est estimée fin 2017 à plus de 18 milliards d’euros contre un peu plus de 15 milliards pour la maison mère Fiat Chrysler qui elle produit pas loin de cinq millions de véhicules contre seulement un peu plus de 8.000 chez Ferrari.

En 2017, le groupe FCA a réalisé un bénéfice de plus de 3,5 milliards de dollars.
Alors que Marchionne doit céder, par limite d’âge, le pouvoir en 2019, catastrophe pour le groupe, il décède le 25 juillet dernier !
Dans l’urgence, le Président du groupe Exor, John Elkann, le petit-fils de Gianni Agnelli, représentant la famille Agnelli et Président de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) avait déjà pris les devants trois jours auparavant en nommant le britannique Mike Manley (le patron de Jeep et de RAM) à la tête de FCA alors que le patron de Philip Morris, le Suisse Louis Carey Camilleri (sa compagne n’est autre que Naomi Campbell, ça vous dit quelque chose) devient le Boss de Ferrari, la présidence de CHN Industrial étant désormais assurée par une autre britannique : Suzanne Wood.

Au sujet du bilan de Sergio Marchionne, il est plutôt controversé.
Certains lui reprochent d’avoir laissé tomber Lancia bien à l’agonie avant son arrivée, de ne pas s’être beaucoup intéressé au groupe Fiat qui en Italie emploie 65.000 travailleurs (alors que Marchionne a lancé en 2007 la 500, une véritable succes story ainsi que la berline Tipo et relancé avec l’aide Mazda le roadster 124) tout en privilégiant Alfa Roméo et Maserati bien difficiles à redresser…, Marchionne voyait plutôt dans Jeep et RAM (pick-up et autres crossovers) de véritables pépites.
Sur ses engagements à long terme, on pourrait aussi lui reprocher de ne pas avoir compris assez vite que désormais l’avenir de l’automobile passe par les voitures électriques et les hybrides mais également par celles qui veulent devenir autonomes, au grand désarroi de ceux qui aiment conduire.
Néanmoins, il faut bien reconnaître qu’en 14 ans, Serio Marchionne a réussi a redonner vie à une industrie automobile italienne un peu moribonde et à l’avoir attelé à un très grand groupe international américain, le groupe Chrysler tout en le projetant à la 7e place au niveau mondial et en faisant des bénéfices.
De quoi rassurer la bourse et surtout les actionnaires.
Rien que pour cela, on peut lui tirer un grand coup de chapeau, il fallait oser mais surtout réussir…, il l’a fait, bravo !

Et maintenant si l’on jetait un regard sur le futur des marques de ce groupe italo-américain qui en 2017 a vendu près de 4.650.000 véhicules à travers le monde et qui ne se contrôle plus à Detroit ni même à Turin mais bien dans des sièges sociaux et financiers établis aux Pays-Bas ainsi qu’en Angleterre.
Difficile dès lors de parler de Chrysler comme « Big Three américain », tout cela, c’est du pipeau, Marchionne l’avait bien compris, lui qui privilégiait avant tout des marques pouvant apporter une importante plus value.
C’est en tous cas ce qui ressort du plan 2018-2022 dévoilé par Marchionne début juin 2018.

Ferrari : c’est la marque la plus rentable de l’industrie automobile mondiale, du moins selon une étude menée par le professeur d’économie allemand Ferdinand Duddenhoffer du centre de recherche automobile CAR, rattaché à l’université de Duisbourg-Essen.
La marge opérationnelle serait de près de 69.000 € par voiture contre près de 17.000 € de gain chez Porsche.
Autant dire qu’à Maranello, on jubile et que la valeur boursière de Ferrari se porte comme un charme.
Avec la présentation du spider 488 Pista à Pebble Beach, la marque de Maranello a encore marqué les esprits et les portefeuilles.
C’est la 50e version découvrable de la marque et ma foi avec le V8 3,9 l biturbo de 720 chevaux et 770 Nm de couple, il y a une certaine réserve sous le pied.
Près de 1400 kg de muscles, 340 km/h en pointe, de 0 à 100 km/h en moins de 3s, 5s en plus pour atteindre 200 km/h, ça décoiffe.
Prix, un peu plus de 300.000 €, à ce tarif-là, ça va s’écouler comme des petits pains… avec 69.000 euros de profits pour Ferrari…

Mais l’avenir de Ferrari selon le pan Marchionne passe également par la présentation en 2019 d’un SUV (Enzo Ferrari doit sûrement se retourner dans sa tombe) mais également une version hybride qui elle aussi serait dévoilée l’année prochaine !
Certaines rumeurs laissent aussi envisager l’apparition d’une Ferrari 100 % électrique, car, comme disait Marchionne il ya quelques mois : « Si Tesla l’a fait, Ferrari peut le faire mais en mieux ».
Affaire à suivre…, notez qu’en 2018, Ferrari devrait produire environ 9.000 voitures, toutes évidemment bien retenues à l’avance et avec un bénéfice moyen par voiture de 69.000 euros….

Maserati : Marchionne comptait beaucoup sur la pépite Maserati, mais ne lui avait sans doute pas donné les moyens de prospérer.
En 2010, Maserati est au plus bas, 5675 ventes à travers le monde, mais ça repart enfin avec une progression constante et plus de 36.000 voitures vendues en 2014 pour frôler le cap des 50.000 unités en 2017 avec plus de 48.000 voitures livrées, un fameux record, tout cela grâce au SUV Levante.
Du coup, 2018 avec l’arrivée d’un Levante V8 s’annonçait sous les meilleurs auspices, mais à cause de problèmes de ventes en Chine, le premier semestre de cette année se passe très mal, Maserati devrait en 2018 ne vendre que 45.000 unités à travers le monde !
Et encore !
La faute à qui ? à quoi ?
Simple, on n’a pas procédé à temps à un renouvellement de la gamme en remettant sur le métier de « vieilles casseroles » qui, un peu modifiées, ne parviennent toujours pas à convaincre les acheteurs.
Difficile de faire du neuf avec du vieux !

C’est la tâche de l’américain Timothy Kuniskis, ex Chrysler, nouveau PDG depuis février 2018 des marques Alfa et Maserati.
Il n’a pas droit à l’erreur et doit d’abord imposer l’an prochain le coupé ainsi que le nouveau cabrio Alfieri chargé de succéder aux « antiques » Granturismo et Grancabrio, disponibles en trois versions de moteurs, essence, hybride et 100 % électrique, mais dans quel ordre ?
Aucune précision.
Afin d’épauler le grand Levante, un SUV plus petit, dérivé de l’Alfa Stelvio serait sur les rangs, son nom, Levantino, il devrait concurrencer les Porsche Macan, Jaguar E-Pace et autres SUV’S du même acabit…, avec en prime une version 100 % électrique comportant trois moteurs.
La grande berline Quattroporte serait renouvelée mais la Ghibli ne subirait pas d’importantes modifications.
Enfin, et c’est Maserati qui l’annone, plus de 100.000 modèles arborant le célèbre Trident devraient être vendus en 2022.
Selon les meilleurs experts, un objectif irréalisable compte tenu de la gamme actuelle, mais les Italiens de Maserati donnent toujours l’impression de vouloir « changer l’eau en vin »…

Alfa Roméo : En 2017, Alfa Roméo est enfin sorti de l’ornière, les chiffres de ventes ont repassé le cap des 100.000 unités, 115.000 pour être plus précis dont 41.000 Giulia, 35.000 Giulietta qui fait de la résistance, mais également 25.000 Stelvio.
La petite MiTo est en perte de vitesse, seulement 12.000 unités livrées en 2017, soit une régression de 12 % alors le coupé/spider 4C s’est seulement écoulé à 1.400 unités l’an dernier (-30 %), le marché américain en absorbant un peu plus de 400 unités, la France 80 et la Belgique ainsi que le Luxembourg faisant 40 heureux.
Pas étonnant dès lors que dans ce plan 2018-2022, la MiTo soit abandonnée dès l’an prochain au profit d’un mini SUV qui la remplacera aisément alors que la 4 C passe elle aussi à la trappe.
Mais il ya cependant de bonnes et de très bonnes nouvelles à propos d’Alfa dans ce plan.

D’ici 2022, Alfa présentera pas moins de 7 nouveaux modèles qui seront électrifiés ou hybrides alors que le diesel sera abandonné dès 2021.
A commencer tout d’abord par des versions sportives et pas n’importe lesquelles puisque le coupé 8C refait son apparition… et qui dit 8C pense évidemment à un V8 biturbo en provenance de chez Ferrari qui développerait avec l’aide d’un moteur électrique entraînant le train avant un peu plus de 800 chevaux.
Cette quatre roues motrices accélérerait de 0 à 100 km/h en moins de 3s alors que le châssis monocoque serait fabriqué en fibre de carbone.
Pas mal vous en conviendrez !
Seconde belle surprise, le retour du coupé GTV basé sur la berline Giulia, elle aussi une quatre roues motrices, quatre places avec une excellente distribution des masses (50/50), ce bien joli coupé (du moins sur papier) serait entraîné par un V6 essence boosté par un moteur électrique, de quoi délivrer plus de 600 chevaux.
La suite passe par le restylage de la Giulietta qui aura bientôt dix ans, elle doit encore tenir jusqu’en 2021 alors que les modèles Giulia et le SUV Stelvio feront aussi l’objet d’un restyling tout en voyant l’apport de versions allongées et de moteurs hybrides essence, un Stelvio 100 % électrique serait aussi dans les projets, de quoi se rendre en Chine avec des arguments plutôt convaincants.
On évoque également un gros SUV, sorte de Maserati Levante mais revu à la sauce Alfa.
De toute manière, il semble qu’Alfa ait enfin retrouvé le tonus qui lui faisait défaut.

Et comme je suis un Alfiste convaincu mais fortement déçu par les modèles antérieurs qui avaient perdu leur âme, je l’ai enfin retrouvé avec la Giulia 2 l turbo essence de 280 chevaux Q4 traction intégrale et boite automatique 8 rapports avec palettes au volant.
280 chevaux, 400 Nm de couple dès les plus basses rotations, à partir de 2250 tr/min… et là, c’est une vraie Alfa, du caractère surtout en mode Dynamic, du tonus, beaucoup de motricité pour cette grande berline superbement dessinée typée propulsion… et ma foi, ça déménage, enfin, de 0 100 km/h en un peu plus de 5s, le tout avec un quatre cylindres turbo de 2 litres dont on aimerait davantage que la sonorité sportive soit nettement plus marquée.
Mais pour moins de 60.000 € avec quelques options, cette Alfa Giulia Veloce vous fait renouer avec le trèfle à quatre feuilles, les anciens savent de quoi je parle.
Et, avec un appétit de l’ordre de 10 l/100 km, on ne se ruine pas à la pompe, mais en revanche, cette Alfa Giulia est enfin redevenue une voiture plaisir, comme on les aime.
Et puis quel design pour le moins assez superbe comme seuls les Italiens peuvent le concevoir, Alfa revient enfin par la grande porte…, il était grand temps.

Fiat : Miracle à l’italienne…, avec une gamme qui ressemble à une peau de chagrin, le constructeur turinois est parvenu en 2017 à vendre dans le monde un peu de 1.520.000 Fiat.
Du jamais vu et dont la grande partie des ventes repose en partie sur la famille 500 composée de la berline née en 2007, de sa version cabriolet et bien évidemment des modèles dérivés que sont les versions plus familiales du type 500 L et de la 500 X deux ou quatre roues motrices qui seraient déclinées en versions hybrides.
La Mini 500 électrique et micro hybride avec un alterno-démarreur de 12 V et non 48 V seraient elles aussi au programme !
Selon le plan, cette gamme 500 devrait tenir jusqu’en 2022 sans grande modification, sauf que l’on attend une version électrifiée ainsi qu’un mini break Giardiniera plutôt charmant.

Avec ses nombreuses versions spéciales dont le modèle Collezione, cette Mini italienne a toujours une belle bouille, un intérieur superbement traité mais ce n’est qu’une 2+2 avec un mini coffre. Mais pour cette icône déjà fabriquée à plus de deux millions d’exemplaires, le moteur de base, un 1200 cm3 de 69 chevaux, n’est sans doute pas particulièrement excitant à conduire, la 500 mérite beaucoup mieux.
Mais c’est malheureusement le seul qui subsiste alors que les autres blocs à savoir le bicylindre turbo de 900 cm3 de 85 ou 105 chevaux ainsi que le diesel de 95 chevaux n’ont pas réussi à passer les nouveaux tests anti pollution WLTP nettement plus contraignants que les anciennes normes NEDC et ne sont donc plus proposés à la vente.
En fait, ce sont les organismes de certification qui ne savent pas suivre la demande !
Une situation plutôt cocasse et aberrante à la fois, c’est le vieux bloc 1200 cm3 essence avec sa boîte 5 vitesses, cent fois remis sur le métier ayant déjà quelques années derrière lui, on le retrouvait déjà au début de ce siècle sur la Punto qui doit se farcir le job !
Comme pas mal d’autres constructeurs, Fiat est donc tombé dans le piège des nouvelles normes, ce qui ne fait pas la joie des acheteurs et surtout des concessionnaires qui n’ont plus grand-chose à offrir à la clientèle du moins avec cette 500 berline et cabrio.
Il faudra sans doute patienter encore quelques mois pour que le nouveau trois cylindres turbo essence de 1 l de 120 chevaux déjà monté sur la Jeep Renegade et sur la 500 X vienne à la rescousse.
Mais que de temps perdu !

Du coup, Fiat deviendrait une marque régionale opérant principalement en Amérique du Sud avec chez nous deux gammes de modèles, 500 et Panda…, sans oublier la Tipo bien partie mais qui ne réalise pas encore de gros chiffres de ventes ainsi que le spider Fiat 124, dérivé de la Mazda MX-5.
Il coute un peu cher à assembler du fait qu’il faut envoyer les moteurs et boîtes de vitesses Fiat au Japon, à Hiroshima plus précisément pour que ce spider arrive finalement en Italie pour quelques travaux de finition.
Lors de la présentation de ce plan, pas un mot à propos de Qubo et Doblo, pas de descendance non plus suite à l’arrêt de la Punto, il semble également que les jours de la Tipo, du Spider 124 et du pick-up Fullback, en fait un Mitsubishi L 200 rebadgé soient désormais comptés, il ne devrait pas y avoir de descendance.
Rien non plus à propos d’Abarth, la branche sportive de Fiat qui boostent les 500 et 500 C ainsi que le Spider 124.
Quant à la marque Lancia, elle s’éteint lentement mais sûrement…

Et si l’on passait maintenant de l’autre côté de l’Atlantique afin de découvrir les produits américains de Chrysler, Dodge, RAM et surtout de Jeep qui fait un tabac en termes de ventes mondiales, 1,4 million de véhicules vendus l’an dernier, en 2022, ce chiffre devrait passer à 1,9 million d’unités, voire frôler de justesse les deux millions.
Et pour cela, Sergio Marchionne a voulu donner les moyens d’y arriver, son successeur à la tête de FCA, Mike Manley, ne va certainement pas y déroger, lui qui a porté Jeep aux nues.
Ce véritable feu d’artifice qui va proposer d’ici 2022 deux nouveaux modèles par an a déjà débuté avec la Jeep Compass, un SUV compact livrable en 4X2 ou quatre roues motrices, pouvant être entraîné par le bloc essence 1,4 l turbo de 140 ou 170 de chevaux ou bien livrable en diesel 1600 cm3 de 120 ou 2 l de 140 /170 chevaux.
L’essai d’une version diesel 1600 cm3 de 120 chevaux, deux roues motrices, confirme que jeep est décidément sur la bonne voie, ça ne déclenche sans doute pas les passions mais ce véhicule bien positionné en prix fait correctement le job.

Avec la Renegade, Jeep a vraiment touché le jack pot, ça marche à tous les coups et le nouveau moteur trois cylindres est particulièrement prometteur, 1 l et 120 chevaux, ça devrait cartonner.
Dans le plan, Jeep prévoit également le lancement d’un mini SUV, un rien plus petit que le Renegade basé sur une nouvelle plate-forme Fiat et qui devrait être fabriqué en Italie avec en prime une version hybride rechargeable.
Jeep voulant mettre les bouchées doubles dans l’hybridation dès 2021 sur les modèles Renegade et Cherokee renouvelé avec notamment des versions 100 % électriques, du Wrangler notamment.
Le diesel serait progressivement abandonné, la fin est programmée pour 2021.
On annonce également la venue en Europe de sept nouveaux modèles parmi lesquels un grand SUV 7 places, le nouveau Grand cherokee 7 places devrait lui aussi adopter l’hybridation alors que le Wrangler serait proposé en version pick-up.
Pas étonnant dès lors qu’avec une telle gamme renouvelée, Jeep devrait casser la baraque…, d’autant que Jeep vient de proposer à la vente en Europe une bien jolie friandise qui nous met l’eau à la bouche tout en pensant que ces Ricains sont parfois un peu …déjantés.

Jugez plutôt !
Oubliez les Porsche Cayenne turbo de 550 chevaux, les Lamborghini Urus de 650 chevaux et les Range Rover de 565 chevaux, Jeep a beaucoup mieux à vous offrir et pour nettement moins cher, près de 125.000 € mais je ne vous compte pas les Malus et autres TMC (Taxe de mise en circulation) tout simplement affolants.
A ce tarif-là, Jeep ne fait pas dans la dentelle, le Jeep Grand Cherokee Trackhawk-Hellcat 707cv…, avec un nom pareil, on s’attend à voir débouler des indiens au gros galop attaquant cette diligence en furie, est tout simplement le SUV le plus puissant au monde, 707 chevaux à 6000 T/min, 875 Nm de couple à 4800 tr/min, il est fait pour grimper aux arbres mais également pour donner à son conducteur le grand frisson en permanence.
Avec en prime, une carrosserie bodybuildée à la Rambo, quatre grosses sorties d’échappement bien charpentées…, mais pas de V10 ni de V12, ce SUV est bien entraîné par le bon vieux bloc Hemi Chrysler V8 de 6,2 l revu par la division sport de Dodge et Jeep…, avec un arbre à cames central, comme au bon vieux temps mais également par 16 petites soupapes un peu modifiées il est vrai, le tout boosté par un compresseur qui fournit des valeurs tout à fait démentes.

Evidemment, l’intérieur de ce bloc typiquement américain a été revu et renforcé au niveau des pistons et de l’embiellage, dame, il faut bien que ça tienne le coup.
Avec en prime une transmission intégrale permanente favorisant la propulsion, une boîte automatique ZF 8 rapports ainsi qu’un « launch control » et différents modes de conduite, les sensations sont plutôt démentes…, à l’accélération, on pense qu’il va se cabrer sur ses roues arrière, un dragster je vous le dis, 3,5s pour atteindre 100 km/h, certaines voitures de sport peuvent toujours s’accrocher alors que la vitesse de pointe approcherait les 290 km/h.
Tout cela se passe dans un véritable bruit d’enfer, on dirait un vieux Spitfire en pleine phase de décollage.
En ligne droite, tout se passe plutôt bien mais malgré un amortissement renforcé par Bilstein, ce SUV avoue bien vite ses limites en virages, la caisse se tord un peu dans tous les sens et comme il est haut sur pattes et de surcroit très lourd, plus de 2400 kg en ordre de marche, mieux vaut y aller avec précaution…, car même le freinage revu par Brembo avoue bien vite ses limites.

Mais cela reste quand même un engin jouissif comme pas deux, une bouffée d’air frais dans ce monde automobile confiné avec des réglementations en tous genres (j’oubliais, ça pollue et pas un peu !) et de plus, ça devrait consommer pas loin de 20 l/100 km de Super 98 en moyenne.
Mais de cela, les futurs propriétaires n’en auront cure, ce qu’ils veulent, c’est de l’esbroufe et d’en mettre plein la vue pour pas trop cher à des concurrents nettement plus huppés tout en étant capables de laisser sur place les meilleures voitures de sport de la planète.
D’accord, ils sont fous ces Ricains mais ça reste de grands enfants, ils peuvent encore continuer à nous offrir de tels jouets… http://www.gatsbyonline.com/automobile/2018-jeep-grand-cherokee-trackhawk-hellcat-707cv-384841/

Aux States, la marque RAM fait un véritable tabac, elle est surtout connue là-bas pour ses pick-up RAM 1500 qui se vendent comme des petits pains, près de 700.000 l’an dernier.
Et ça va continuer de plus belle avec des versions encore plus puissantes mais qui seront vendues au compte-goutte en Europe.
Avec tout d’abord l’an prochain une version « Heavy Dufy », du lourd alors qu’en 2022, le nouveau pick-up TRX veut tout simplement concurrencer le Ford Raptor…, avec notamment le V8 6,2 l de plus de 700 chevaux qui bénéficierait d’une électrification.
A voir mais surtout à essayer..

Pas grand-chose cependant à se mettre sous la dent à propos de Dodge et de Chrysler, deux marques qui se sont retirées des marchés de l’Europe de l’Ouest.
La gamme Dodge qui produit à la fois des berlines et coupés à vocation sportive comme la Charger de 485 chevaux mais également des SUV Journey et Durango reprenant une base Chrysler et autre monovolume du genre Caravan, cette marque fondée par les frères Dodge en 1900 mais rattachée à FCA depuis 2009 a réussi à produire près de 600.000 unités, la toute grande majorité étant destinée au marché nord-américain.

Et de terminer avec la lanterne rouge du groupe FCA, Chrysler !
Une marque mythique mais qui aujourd’hui a bien perdu de sa superbe : seuls deux modèles sont inscrits au programme, une antique berline 300 dont la première mouture a vu le jour en 2004 sous l’ère Mercedes ainsi que le monovolume Pacifica, sorte de Grand Voyager relancé en 2016.
Pas étonnant dès lors que Chrysler n’ait vendu qu’un peu plus de 200.000 unités l’an dernier.
Et Chrysler dans le plan 2018-2022, on n’en parle même pas…, à vrai dire, on en arrive à se demander si Chrysler ne va pas connaître le même sort que Lancia en Italie, la disparition pure et simple.
Ce serait quand même dommage qu’une des marques mythiques de l’Amérique disparaisse à son tour…, elle qui faisait les beaux jours des « Big Three » US…, mais les sentiments n’ont plus cours aujourd’hui, ce sont les financiers qui dirigent, ça se voit de plus en plus, surtout au niveau de ce groupe italo-américain de FCA.

Rendez-vous dès lors en 2022, du moins si Dieu le veut, pour s’assurer que toutes ces belles promesses ont véritablement été tenues tout en espérant que ce n’était pas que du vent.
Par un passé plutôt récent, certaines déclarations d’intentions n’ont jamais vu le jour et de plus, l’on jonglait un peu trop avec les chiffres et les belles promesses souvent non tenues.
Sergio Marchionne a fixé des objectifs, sa succession sera lourde et difficile, semée d’embuches mais ce serait vraiment dommage de ne pas faire fructifier un tel héritage…

Marcel PIROTTE